Du temps des nations – Notule d’exégèse
2 décembre 2025

Cet article est issu d’une discussion sur notre groupe Telegram « PLF Lectures Bibliques » associé à notre plan de lecture., d’où le style plus léger. Cette ressource est aussi accessible par notre index biblique des sermons, rassemblant toutes nos ressources d’exégèse et nos prédications sur des passages bibliques particuliers.

Luc 21:24 (NEG1979) ²⁴Ils tomberont sous le tranchant de l’épée, ils seront emmenés captifs parmi toutes les nations, et Jérusalem sera foulée aux pieds par les nations, jusqu’à ce que les temps des nations soient accomplis.

On prend habituellement « le temps des nations » comme une expression indiquant le temps entre la destruction du Temple en 70 ap. J.-C. et un supposé rétablissement d’Israël à la fin des temps (ou au début du millénium chez les prémillénaristes). Mais il semble qu’il faille lire cette expression dans la bouche de Jésus, le « fils de l’homme », i.e. le nouvel Ezéchiel, à la lumière de l’emploi par le premier Ezéchiel de cette même expression.

Ézéchiel 30:3 (NEG1979) Car le jour approche, le jour de l’Eternel approche, Jour ténébreux: ce sera le temps des nations.

Or, Ezéchiel 30, qui emploie ce langage du « temps des nations » prophétise l’invasion par Nabuchodonosor de l’Egypte. Cet événement marque le début d’une période où un grand empire domine de l’oued d’Egypte à l’Euphrate (l’aire d’influence idéale des rois davidiques). Les Babyloniens, les Perses et les Mèdes, les Grecs et finalement les Romains domineront désormais dans ces contrées.Au terme (ou à l’accomplissement) de ce temps des nations, nous dit Jésus en prophétisant la première guerre juive qui conduit à la destruction du temple, Jérusalem sera foulée aux pieds par les nations coalisées dans l’Empire romain.

Cela suggère que le temps des nations est strictement équivalent aux temps des empires bibliques, et ne désigne pas le temps de l’Eglise (qui prendrait la suite du temps des Juifs), mais la période qui va de Nabucodonosor à la seconde destruction de Jérusalem, en 70 ap. J.-C. Le temps des nations a ainsi duré du 6e siècle av. J.-.C au 1er siècle ap. J.-C. La destruction de Jérusalem marque un tournant dans l’histoire. Désormais, l’opposition n’est plus entre le peuple juif et l’empire qui le domine, mais entre ceux qui sont de l’Eglise, et ceux qui sont en-dehors.S’il en est ainsi, alors Jésus prophétise ici non pas le piétinement de Jérusalem par des païens de la destruction du Temple jusqu’au rétablissement d’Israël à la fin des temps, mais déclare simplement qu’à partir du siège de Rome jusqu’à la fin de la période de domination de la Rome impériale païenne, Jérusalem restera un tas de ruine. Jésus ne dirait alors, ici du moins, rien d’un relèvement possible de Jérusalem à la fin des temps, même en creux.

J’ai schématisé cela ainsi dans le cours NT101 Etudier le NT que je professe à la Faculté Jean Calvin :

Cette lecture change profondément notre manière de comprendre le discours de Jésus. Le temps des nations n’est pas la période de l’Église, ni une parenthèse entre Israël et Israël restauré. Il s’agit de la période qui court du VIᵉ siècle avant Jésus-Christ à la chute du Temple en 70. À son accomplissement, un basculement historique se produit. L’opposition qui structura l’histoire d’Israël depuis l’exil, celle entre le peuple de l’alliance et les empires qui le dominent, cesse d’être déterminante. Ce n’est plus l’appartenance nationale, ni la souveraineté territoriale, qui définissent où se joue le plan de Dieu. Désormais, l’opposition fondamentale passe entre ceux qui appartiennent au Christ et ceux qui demeurent en dehors de lui. Le temps des nations se referme, et le temps de l’Église commence, non comme une étape intermédiaire, mais comme la réalité définitive de l’histoire du salut inaugurée par la résurrection du Fils de l’homme.

Dans cette perspective, Luc 21.24 ne contient aucune promesse, explicite ou implicite, d’un relèvement final de Jérusalem comme capitale d’un Israël restauré. Jésus n’annonce pas une alternance entre le peuple juif et les nations dans la domination de Jérusalem, mais l’achèvement d’un cycle impérial commencé six siècles auparavant. Ce qu’il révèle, c’est la dissolution prochaine du monde politique et religieux du Second Temple, et l’ouverture d’une nouvelle réalité où la centralité du peuple de Dieu n’est plus géopolitique mais christologique.

Étienne Omnès

Mari, père, appartient à Christ. Les marques de mon salut sont ma confession de foi et les sacrements que je reçois.

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