En ce troisième dimanche de l’Avent, nous publions un sermon de Noël de Saint Bonaventure (1221–1274) sur le Cantique des cantiques (8,1). Le texte complet du sermon est disponible en facsimilé sur le site livres.franciscains.fr.
Oh! Que n’es-tu mon frère, Allaité des mamelles de ma mère! Je te rencontrerais dehors, je t’embrasserais, Et l’on ne me mépriserait pas.
Cantique des cantiques 8,1
Le thème proposé décrit le désir de l’âme dévote attendant la nativité toute proche du Christ selon un certain ordre. La raison en est que l’âme raisonnable a été créée à l’image de Dieu et placée en tête de toutes les choses visibles ; toutes choses sont mises à ses pieds selon la Genèse 1,26 : Faisons l’homme à notre image, comme notre ressemblance, et qu’ils dominent sur les poissons de la mer, les oiseaux du ciel, les bestiaux, toutes les bêtes sauvages et toutes les bestioles qui rampent sur la terre. Mais en péchant, l’homme perdit cette excellence, bien que l’appétit de sublimité et d’excellence demeurât en lui. L’homme, voyant qu’il ne pourrait pas récupérer cette excellence perdue, comme nous le savons par la foi, à moins que le Fils de Dieu ne s’humilie autant que s’était élevé l’homme dans son orgueil, et croyant qu’il pourrait bien venir, commença à l’aimer ardemment. Et parce que celui qui aime désire s’unir à l’aimé, il désira cette union bienheureuse ; et parce qu’il ne peut y avoir d’union bienheureuse dans l’absence et le secret, il désira donc une présence visible et manifeste. Donc, cette âme dévote désire d’abord l’apparition manifeste du Christ afin de parvenir par elle à sa présence familière; elle désire cette familière présence pour parvenir à l’union bienheureuse ; elle désire l’union bienheureuse pour ressurgir avec elle dans l’excellence. Elle désigne d’abord le désir d’une apparition manifestée en disant : Ah ! que ne m’es-tu un frère. En second lieu, le désir de la présence familière : te rencontrant dehors. En troisième lieu, le désir de l’union bienheureuse : je pourrais t’embrasser. Enfin, le désir de l’excellence perdue : sans que les gens me méprisent.
L’âme dévote implore donc l’apparition manifestée du Fils de Dieu, car elle ne supplie pas seulement qu’elle lui soit donnée en esprit, comme cette âme dévote dont parle la Sagesse 9,4 : Donne-moi celle qui partage ton trône, la Sagesse, etc ; mais elle implore qu’elle lui soit donnée réellement, en chair : Que ne m’es-tu un frère. Elle n’implore pas non plus qu’elle lui soit donnée sous le voile comme dans le sein de la Vierge, mais de manière apparente sur ses genoux ou dans la crèche, et c’est pourquoi elle ajoute : allaité au sein de ma mère, comme si elle disait : non seulement je demande que Dieu me soit donné en esprit, non seulement comme un frère du même sein, mais visiblement comme un petit enfant sur les genoux. C’est ce qui est arrivé à Noël, comme le chante l’Église et comme Isaïe l’avait prédit, Isaïe 9,5 : Un enfant nous est né, un fils nous a été donné, etc. Elle ne supplie pas seulement que cet enfant soit né, mais qu’il nous soit aussi donné, car la nativité du Christ est une donation : il est né pour nous et il nous est donné. Dans cette donation, nous admirons trois choses : la première est l’insistance du suppliant, la seconde la largesse du donateur, la troisième la valeur de ce qui est donné.
Il est vraiment admirable que l’âme ose demander à Dieu un don si grand que le Fils de Dieu se fasse homme : il est plus admirable encore qu’elle ose le demander de manière si importune que Dieu ne diffère plus longtemps, et fasse immédiatement ce don. Cette âme ne demandait pas en effet : que ne me seras-tu, mais : que ne m’es-tu. A considérer les raisons qui meuvent cette âme, cela ne semble pas seulement admirable, mais délectable. Tout d’abord, elle implorait avec insistance parce qu’elle était portée par la vérité de celui qui le lui promettait. Car elle n’aurait jamais osé supplier ainsi Dieu s’il n’avait pas seulement daigné lui-même faire cette promesse, mais encore s’il ne l’avait confirmée par serment, comme le dit Luc 1,73 : Du serment qu’il a juré à Abraham, notre père, de nous accorder ; de nous accorder, dis-je, par serment le Christ, ainsi que le dit la Genèse 22,16-18 : Je jure par moi-même, parole de Yahvé : Parce que tu as fait cela, que tu ne m’as pas refusé ton fils, ton unique, je te comblerai de bénédictions… Je te multiplierai toi et ta descendance. Par ta postérité se béniront toutes les nations de la terre. Cette descendance dit l’Apôtre aux Galates, est le Christ. Avec la confiance que leur a donnée cette promesse, les âmes ont osé s’adresser à Dieu et le supplier instamment (Psaume 84,8) : Fais-nous voir, Seigneur, ton amour. Toi, Seigneur, tu l’as promis par ta parole, maintenant montre-le réellement et que nous soit donné ton salut, c’est-à-dire, le Christ. C’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. En second lieu, l’homme suppliait parce qu’il était pressé par la nécessité. Les justes étaient, en effet, plongés dans une épreuve extrême ; il leur fallait donc crier vers Dieu en face du persécuteur, Romains 7,24 : Malheureux homme que je suis ! Qui me délivrera de ce corps qui me voue à la mort ? Et parce que, grâces soient à Dieu par Jésus Christ, ils ont osé demander au Seigneur et lui dire : Porte-nous secours dans l’oppression ; ton secours, dis-je, ton bras, ton Fils ; non un pur homme car néant, le salut qui vient de l’homme, néant parce que momentané, mais Jésus Fils de Dieu, peut sauver de façon définitive ceux qui par lui s’avancent vers Dieu. En troisième lieu, l’homme suppliait parce que le temps le crucifiait par sa longueur. Car le Seigneur avait promis depuis longtemps, depuis les temps anciens, qu’il se donnerait, et les âmes des saints se lassaient d’attendre. Elles insistaient opportunément et importunément en disant les paroles de l’Ecclésiastique 36,18 : Donne satisfaction à ceux qui espèrent en toi, comme si elles disaient : tu nous avais promis de nous donner le Christ, mais nous avons attendu tellement que nous avons été punis par cette attente ; donne donc satisfaction, donne, dis-je tout de suite, que tes prophètes soient trouvés véridiques ; et les paroles d’Isaïe 46,13 : Mon salut ne tardera pas, je mettrai en Sion le salut ; et les paroles d’Aggée 2,7.10 : Encore un très court délai et j’ébranlerai le ciel et la terre, etc., et après : Dans ce lieu je donnerai la paix, c’est-à-dire, le Christ qui est notre paix, lui qui des deux n’a fait qu’un peuple (Éphésiens 2,14). Si donc tu diffères plus longtemps, tous ces témoins ne seront pas trouvés véridiques, mais menteurs. O bienheureux ce désir de l’âme! O exemple de sainteté à imiter! Combien misérable, combien impie serait l’âme dans laquelle cet amour ne se renouvellerait pas, alors que s’approche la nativité du Sauveur. Celle qui ne se sentirait pas remuée et remplie de joie devrait s’estimer comme morte.
J’admire aussi la largesse du donateur, car à l’âme suppliante, ce n’est pas de l’argent qu’il donne, mais une personne ; non pas un serviteur mais le Fils ; le Fils, selon sa propre nature auquel il dit : Dès le sein, dès l’aurore je t’ai engendré. Et parce que la nature est unique du Père et du Fils, en se donnant lui-même, il donne tout ce qu’il est, aux Galates 4,4 : Dieu envoya son Fils, né d’une femme. Il a donc donné son Fils comme un frère, il s’est donné lui-même comme un Père, et c’est pourquoi Paul ajoute : afin de nous conférer l’adoption filiale. Et de plus, il a donné l’Esprit Saint comme consolateur. L’Apôtre ajoute encore : Et la preuve que vous êtes des fils, c’est que Dieu a envoyé dans nos cœurs l’Esprit de son Fils qui crie : Abba, Père. En donnant son Fils selon la nature, il a donné toute la Trinité et donc tout ce qu’il est. Ainsi nous a-t-il enrichis, nous a-t-il divinisés, selon Jean 1,12 : Il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu. Il a donné aussi son Fils égal à lui-même, selon ce que dit le Fils au Père : tout ce qui est à moi est à toi et ce qui est à toi est à moi, de même qu’il dit à nous-mêmes : Tout ce que j’ai reçu, je le tiens de mon Père (Jean 17,10). Il nous a donc donné tout ce qu’il avait, selon l’épître aux Romains : Lui qui n’a pas épargné son propre Fils, mais l’a livré pour nous tous, comment avec lui ne nous accorderait-il pas toute faveur? Bien plus, il a accordé vraiment toute faveur, parce que celui qui possède quelque chose, possède tout en lui. Si donc le Père aime le Fils et lui a tout remis en main, ne se réservant rien en donnant son Fils, il nous a donné tout ce qu’il possède en nous le donnant : et en cela il nous a admirablement enrichis, selon Tobie 12,3 : Nous sommes par lui remplis de tous les biens. Il donna aussi son Fils unique selon ce que dit Matthieu 3,17 : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, qui a toute ma faveur. Et donc en nous le donnant, il a donné tout ce qu’il pouvait, parce qu’il était son Unique et parce qu’il ne pouvait engendrer un autre Fils, Jean 3,16 : Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique. Ce don admirable de donner son Unique pour serviteur pourrait paraître excessif, et pourtant il s’est réalisé. Mais il n’est pas étonnant que ce don fût excessif, puisque l’amour était excessif : car ainsi, il aima pour donner, et parce qu’il aima à l’excès, il donna à l’excès, aux Éphésiens 2,4 : Dieu qui est riche en miséricorde, à cause du grand amour dont il nous a aimés, alors que nous étions morts par suite de nos fautes, il nous a fait revivre avec le Christ, etc. Quelle admirable largesse de celui qui a donné tout ce qu’il était, tout ce qu’il avait, tout ce qu’il pouvait ! Comment rendrai-je au Seigneur tout le bien qu’il m’a fait? Quel service pouvons-nous rendre, alors qu’il n’a besoin d’aucun de nos biens? Rendons-lui au moins le don de l’amour. Car comme le dit Hugues de Saint-Victor : « Ce qui est donné par amour ne peut être mieux rendu que par l’amour »
J’admire aussi en troisième lieu la valeur du don. Il n’y a, en effet, de meilleur don que ce don parfait comblant toute notre nécessité et toute notre multiple indigence ; pour nous en relever, un enfant est né et un Fils a été donné. L’âme, en effet, est malade de la première prévarication, car elle a perdu la puissance comme le dit le Psaume 37,11 : Aies pitié de moi, Seigneur, parce que je suis malade ; elle est aveuglée en ayant perdu la sagesse, comme le pleure le Psaume : ma force m’abandonne et la lumière même de mes yeux ; elle est rendue captive en ayant perdu la justice, car le Seigneur l’ayant abandonnée, le diable l’a envahie : Lamentations 1,5 : Pour ses nombreux péchés, ses petits enfants sont partis captifs devant l’oppresseur. A cette âme malade lui est donné un petit enfant puissant, Isaïe 40,29 : Il rend la force à celui qui est fatigué, il réconforte celui qui faiblit. Celui qui est fatigué, c’est le genre humain malade et débile ; la force lui est donnée quand la force et la sagesse s’incarnent. Mais y aurait-il cette force, si elle ne s’était pas incarnée ? Elle était là, et c’était la force de Dieu, absolument sans proportion aucune ; il fallait donc que la force s’affaiblisse, que Dieu se fasse enfant. Auparavant, il était une nourriture pour les anges ; mais en suçant le sein de sa mère, il est devenu le pain des enfants et le remède des malades. Aussi, il a été donné comme un soutien, Jean 6,52 : Mon Père vous donne le pain du ciel. Ce pain réconforte vraiment : Qui mangera de ce pain vivra à jamais. Nous devons toujours désirer ce pain réconfortant selon ce que le disaient les Juifs : Seigneur, donne-nous toujours de ce pain-là. Surtout les religieux et les prêtres doivent le désirer, eux qui le demandent quotidiennement : Donne-nous notre pain quotidien ; et matin et soir, nuit et jour, nous devons le demander, parce que nous devons toujours en avoir faim, selon ce que dit l’Ecclésiastique 24,21 : Ceux qui me mangent auront encore faim, etc ; Mais peu ont encore faim, et donc peu se délectent et peu sont réconfortés. C’est pourquoi parmi les religieux, il y a beaucoup de malades et d’infirmes, et bon nombre sont morts. C’est donc une grande misère de ne pas avoir faim du pain capable de procurer toutes les délices et de satisfaire tous les goûts. A l’âme aveuglée il est donné en lumière, comme le dit Isaïe 49,6 : Je ferai de toi la lumière des nations, car les nations étaient aveuglées et ignoraient Dieu. Aussi Jean le disait en Jean 3,19 : La lumière est venue dans le monde. Mais avant l’incarnation, n’était-il pas la lumière véritable, qui éclaire tout homme venu dans le monde ? Il l’était certes, mais inaccessible à cause de son incompréhensibilité. Il était donc nécessaire qu’il fût voilé par la chair afin que les hommes puissent le voir et l’imiter. Ainsi le Seigneur, pour que les autres puissent l’imiter, a-t-il donné un exemple insurpassable d’humilité et d’anéantissement. Ainsi, Matthieu 11,29 : Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur. Cet exemple, il le laissa avant de mourir, lorsqu’il lava les pieds de ses disciples en disant : Je vous ai donné l’exemple, pour que vous agissiez comme j’ai agi envers vous. En toute vérité et surtout aux religieux qui sont les serviteurs et les disciples du Christ, le Seigneur dit : Vous m’appelez Maître et Seigneur, et vous mes serviteurs et mes disciples. Si donc l’esclave n’est pas plus grand que son maître, vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns aux autres, c’est-à-dire vous humilier sous leurs pieds. Mais il est à craindre que parmi les religieux, il ne s’en trouve qui préfèrent être lavés que laver, être servis que servir, dominer qu’être soumis, commander qu’obéir; ils ne sont pas les serviteurs du Christ, mais ses seigneurs, ils ne sont pas disciples du Christ, mais ses maîtres. Saint Bernard leur dit : « Chaque fois que je désire la préséance devant les hommes, je prétends me placer devant Dieu » 3 . A l’âme captive, le Christ est donné pour son salut afin qu’en réconciliant l’âme avec Dieu, il la libère de la puissance du diable, Isaïe 49,8 : Je t’ai désigné comme alliance du peuple, je te restituerai des héritages dévastés, en réconciliant l’âme avec Dieu et en la ramenant sous la protection de Dieu ; et il dirait aux prisonniers : Sortez, en les libérant de la prison du diable. Mais le Fils de Dieu aurait-il pu nous réconcilier avec le Père, même s’il n’avait pas assumé notre chair? Je ne limite pas sa puissance, mais j’y ajoute la cohérence. Car celui qui doit réconcilier deux partis, doit avoir la main dans les deux camps et être le Médiateur, tout en communicant avec chacun des deux ; il ne doit donc être ni un pur Dieu, ni un pur homme, mais Dieu et homme. Ainsi le Médiateur, liant par nécessité les extrêmes, et étant Dieu et homme, il fallait ou bien que Dieu aime l’homme ou bien que Dieu haïsse Dieu. Et ce médiateur très fidèle, pour pouvoir instaurer une paix parfaite, s’est donné totalement à l’homme dans sa naissance, et s’est offert ensuite et s’est donné totalement à Dieu pour l’homme, comme le dit la Lettre à Tite 2,14 : Il s’est livré pour nous afin de nous réconcilier. Nous avons été bel et bien rachetés à grand prix et libérés du piège du diable. Mais tous doivent craindre de retourner sous le joug du Pharaon, car si nous péchons volontairement, il n’y a plus de sacrifice pour les péchés. Les religieux doivent craindre non seulement de retourner au péché, mais aussi de regarder vers le monde et ainsi d’être comme la femme de Loth, transformés en statue de sel.
Après le désir de l’apparition ou de la donation, vient le désir de la présence ou de la découverte du Christ lorsqu’il ajoute: te rencontrant dehors. Dans cette découverte, trois choses surviennent: d’abord le lieu de la découverte, en second le mode de la découverte, en troisième le fruit de la découverte. Le lieu dans lequel nous trouvons spirituellement le Christ nous est signifié par le lieu où nous le trouvons corporellement. Or nous le trouvons dans l’étable, dans la maison et dans le temple. Ces trois lieux désignent l’état religieux car l’étable est le lieu de l’abjection, la maison est celui du repos, le temple celui de la prière. Nous trouvons le Christ dans le lieu d’abjection, l’étable où l’on mettait ordinairement le bétail, Luc 2,12 : Ceci vous servira de signe : vous trouverez un nouveau-né enveloppé de langes et couché dans une crèche. Vous trouverez le nouveau-né dans un lieu méprisable, enveloppé de langes, dans une crèche pauvre et dure. Cette étable est de fait l’état religieux à cause de son caractère méprisable : la vie religieuse est, en effet, instituée, pour que l’homme fasse pénitence : or la pénitence se fait sous la cendre et le cilice, c’est-à-dire dans le mépris et la rudesse. Si la condition méprisable n’existe plus dans l’état religieux, ce n’est plus une étable mais un palais : si la rudesse disparaît, ce n’est plus une crèche mais une couche; et alors on ne trouve plus le Christ, Cantique 3,1 : Dans mon lit j’ai trouvé celui qu’aime mon âme, etc. Dans ce lit ni méprisable, ni dur on ne trouve pas le Christ, Job 28,13 : On ne le découvre pas sur la terre de ceux qui vivent dans la douceur. Il est à craindre, très chers, que beaucoup n’expulsent le Christ. Ils le chassent ceux qui déjà vils dans le siècle, le chassent, une fois devenus religieux. Ils le chassent ceux qui déjà méprisables dans le siècle veulent être couverts d’honneur une fois devenus religieux; ceux qui mendient, dans la vie religieuse, mais veulent être traités avec délicatesse, comme le dit saint Bernard. On trouve aussi le Christ dans le lieu de repos c’est à dire dans la maison : Dans la paix est établi son lieu ; Matthieu 2,11 : En entrant dans la maison ils trouvèrent l’enfant, etc, où il reposait avec sa mère loin de la multitude des assistants. Cette maison est la vie religieuse où se trouve le repos en raison de la concorde de ceux qui l’habitent, Psaume 67,7 : Dieu qui fait habiter dans l’unité la maison ; dans une autre leçon: unanimes. La conformité extérieure des mœurs ne suffit pas, il y faut la concorde intérieure des esprits, de même que doivent concorder l’extérieur du corps et les sentiments de l’esprit, comme le dit la Lettre aux Philippiens 2,2 : Mettez le comble à ma joie, etc. La joie sera comblée parce qu’il est bon et qu’il est doux d’habiter en frères tous ensemble. Alors on trouvera le Seigneur, car c’est ici mon repos à tout jamais, là je siègerai car je l’ai voulu. Mais il faut cependant craindre que la maison ne devienne un simple bâtiment là où ne se trouverait pas le Christ ; dans le dernier chapitre de Luc, les femmes entrées dans le monument ne trouvèrent pas le corps du Seigneur Jésus. Le monument est un lieu de repos pour le corps de chair, quand l’esprit l’a quittée. Or donc la maison de la religion est transformée en monument quand on n’y trouve pas le repos de la conscience, mais seulement le repos de la chair ; alors on ne trouve pas Jésus car, comme la chair ne repose pas dans le monument mais y pourrit, ainsi ce repos rend l’homme fétide et abominable à Dieu. Les femmes qui entrent dans le monument et n’y trouvent pas le Christ sont ces âmes molles et fragiles qui entrent en religion pour y trouver le repos de la chair et sa consolation. Il ne doit pas en être ainsi, mais il faut constamment dominer le corps pour que l’esprit soit en repos. On trouve aussi le Christ dans le lieu de la prière, dans le temple, Luc 2,46 : Au bout de trois jours, ils le trouvèrent dans le Temple, assis au milieu des docteurs. Ce Temple où est venu seul Jésus, sans son père ni sa mère, sans ses parents et connaissances, est la religion dans laquelle l’homme entre pour prier et s’offrir à Dieu en hostie immaculée, en quittant ses parents et amis. Dans ce lieu on trouve le Seigneur Jésus, où les vrais adorateurs adorent le Père en esprit et en vérité. Ainsi dans le Psaume 131,6-7 : On parle d’Elle en Ephrata, etc. Entrons au lieu où Il séjourne, etc. Mais il faut craindre que la maison de prière ne devienne une maison de négoce, comme le dit le Seigneur aux Juifs : Ne faites pas de la maison de mon Père une maison de négoce. Le temple devient un forum quand le commerce prend le pas sur la prière, quand les commerçants supplantent les orants en honneurs et en dignités ; on n’y trouve pas le Christ, car on y recherche la sagesse terrestre et non la sagesse céleste, Baruch 3,23 : Les fils d’Agar en quête d’intelligence ici-bas, les diseurs de paraboles et les chercheurs de prudence.
La condition pour trouver n’est autre que la recherche, elle-même, selon Matthieu 7,7-8 : Demandez et vous recevrez, cherchez et vous trouverez. Celui qui cherche trouve. Mais quoi que l’homme cherche, il ne le trouve que s’il en connaît le chemin. Il faut donc chercher avec pureté le Seigneur pour qu’on le trouve dans la simplicité ; de cette façon, on ne cherche pas à plaire en même temps à Dieu et au monde, Sagesse 1,1-2 : Cherchez dans la simplicité du cœur, car il se laisse trouver par ceux qui ne le tentent pas. Voyez l’exemple du marchand qui cherche la perle. Au contraire, celui qui cherche avec fourberie ne peut trouver, comme le disent les Proverbes 12,27 : Le fourbe ne trouvera pas des biens, mais des maux ; car il agit avec fourberie en sa présence, pour que son iniquité se trouve dans la haine. Plus il cherche, plus il s’éloigne du Christ. Il faut le chercher avec sollicitude afin que réside dans le cœur la charité qui rend l’homme fervent et vigilant, comme le disent les Proverbes 8,17 : Ceux qui veillent dès le matin vers moi, me trouveront ; et la Sagesse 6,15 : Qui lui consacre ses veilles, etc. L’amour et la cupidité font veiller, selon les Proverbes 2,4 : *Si tu la recherches comme l’argent, si tu creuses pour la trouver …*Voyez l’exemple de l’avare qui cherche l’argent. Mais sous le couvert de la sollicitude de la charité se cache parfois l’inquiétude de la curiosité ; on ne trouve pas, on s’éloigne au contraire, comme le dit l’Ecclésiaste 3,11 : Il leur donne à disputer le monde sans qu’ils puissent trouver. Il faut enfin le chercher de manière continue, avec persévérance dans la recherche, sans relâche jusqu’à la découverte, car le Seigneur se rend parfois absent pour s’offrir avec plus de bonheur, selon le Cantique 3,4 : Je me lèverai donc, et parcourrai la ville, et après : A peine les avais-je dépassés, j’ai trouvé celui que mon cœur aime. Voyez l’exemple de la femme recherchant la drachme. Au contraire de ceux qui cherchent de façon dérisoire et qui s’arrêtent dès qu’ils sentent une difficulté, Proverbes 14,6 : Le railleur poursuit la sagesse en vain.
Le fruit de cette découverte est grand car il comble entièrement l’appétit de celui qui cherche. Il est lui-même cette très grande récompense. Car celui qui peine dans sa recherche ne cherche que pour trouver le repos, éternellement et heureusement. Le Christ une fois trouvé nous donne tout repos, à savoir, le repos de la paix, comme le dit l’Ecclésiastique 51,35 : J’ai un peu peiné pour me procurer beaucoup de repos ; et aussi Matthieu 11,29 : Chargez-vous de mon joug, etc. — le repos éternel, selon les Proverbes 8,35 : Qui me trouve, trouve la vie éternelle et c’est la vie de l’éternité. — le repos de la félicité, selon les Proverbes 3,18 : Bienheureux celui qui la trouve, la Sagesse qui est le Christ Seigneur. Que nous conduise à cette Sagesse, celui qui est, qui était et qui vient !.

Illustration de couverture : Josef Langl, Bethléhem la nuit.



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