Une justification biblique de la peine de mort – Natale
14 août 2026

En retard, nous publions une article en réaction au décès de Robert Badinter qui a aboli la peine de mort en France. Il s’agit d’un article d’un auteur invité, Natale, un jeune réformé baptiste que nous remercions.


Introduction

Le 18 septembre 1981, par 363 voix contre 117, l’Assemblée nationale adopte, après deux jours de débats, le projet de loi portant abolition de la peine de mort présenté, au nom du Gouvernement, par Robert Badinter, garde des Sceaux, ministre de la justice. Douze jours plus tard, le texte est voté dans les mêmes termes par le Sénat, par 160 voix contre 126. La loi portant abolition de la peine de mort est promulguée le 9 octobre 1981.

Aujourd’hui, la France se félicite de l’abolition de la peine de mort, au point où Robert Badinter est entré au Panthéon le 9 octobre 2025, sans oublier le fait que l’abolition est défendue par la Constitution de la République française.

Nul ne peut être condamné à la peine de mort.

Constitution du 4 octobre 1958, Article 66-1

Au-delà des arguments philosophiques en faveur de la peine de mort, ou de l’hypocrisie de la Loi française de condamner la peine de mort tout en défendant le droit à l’avortement, je vais présenter une perspective biblique sur la question puisque nous sommes souvent confrontés à des chrétiens bisounours.

L’État dispose de l’autorité

Par le syllogisme formalisé par l’argument philosophique traditionnel1, nous défendons le fait que l’État dispose du droit et du devoir de donner aux criminels la punition qu’ils méritent.

C’est pourquoi, celui qui résiste à la puissance, résiste à l’ordonnance de Dieu ; et ceux qui y résistent, attireront la condamnation sur eux-mêmes. Car les gouvernants ne sont pas une terreur pour les bonnes œuvres, mais pour les mauvaises. Veux-tu donc ne point craindre le pouvoir ? Fais le bien, et tu recevras d’eux la louange : car il est le ministre de Dieu pour ton bien. Mais, si tu fais le mal, crains ; car il ne porte point l’épée en vain : parce qu’il est ministre de Dieu, pour faire justice en punissant celui qui fait le mal.

Romains 13,2-4

Dieu, le suprême Seigneur et Roi de tout le monde, a établi sous son autorité, des magistrats ayant autorité sur les citoyens, pour sa propre gloire et pour le bien public. À cet effet, il leur a donné le pouvoir du glaive, pour la protection et l’encouragement des gens de bien et pour le châtiment des malfaiteurs.

Confession de foi baptiste de Londres de 1689, 24.12

« Chaque humain est pécheur ! »

Beaucoup objecteront en disant que chaque humain est pécheur, donc finalement, l’homme ne peut pas avoir le droit de vie ou de mort sur un homme qu’il juge coupable. L’homme n’aurait pas le pouvoir de juger un autre homme. Néanmoins, cet argument repose sur une distinction qui est omise : la justice civile et la justice morale. Selon la justice morale, dont nous ne sommes pas capables3, nous méritons tous la mort4. Cependant, nous sommes toujours capables de justice civile, et donc les justes peuvent se permettre de juger les injustes. Ceux qui mettent en avant cet argument seront d’ailleurs tenus d’expliquer pourquoi est-ce que Paul nous parle du magistrat comme ayant le pouvoir d’exercer la justice, de punir le méchant et comme tenant son autorité de Dieu dans le passage ci-dessus.

Il y a toujours un ordre moral relatif chez l’homme : il y a une différence entre être un menteur et commettre des actes de barbarie, même si les deux méritent l’enfer aux yeux de Dieu5. C’est d’ailleurs pour la même raison que l’Écriture nous parle d’un feu qui « brûlera jusqu’au plus profond de l’enfer » (Deutéronome 32,22) : il y a une différence entre un tueur en série et un homme lambda qui n’était pas un énorme pécheur sous le Soleil.

A fortiori, il est bon de noter que cet argument serait une pente glissante : si l’homme n’a pas le droit de juger un autre homme dans le cadre de la peine de mort, alors il n’a pas non plus le droit de le juger lorsqu’il s’agit d’une réclusion criminelle. Ainsi, on supprime la prison, les magistrats n’ont aucun pouvoir de condamnation, et les lois n’existent plus : fini la justice et l’ordre. Évidemment, ils ne seront pas prêts à aller jusque-là, ce qui montre que ce qui les dérange, ce n’est pas tant que l’homme juge ; c’est la peine de mort en elle-même. Le fait est que si l’État a le pouvoir de juger et de punir les criminels suivant ce qu’ils méritent (ce qu’ils admettent lorsqu’il s’agit de la prison), alors ils sont également censés l’admettre lorsqu’il s’agit de la peine de mort puisque l’on peut facilement démontrer que certains crimes peuvent être considérés comme les pires crimes possibles, donc, suivant le principe de proportionnalité, ces crimes méritent la pire peine possible : la mort. Être pour le pouvoir de l’État de punir ceux qui le méritent sauf pour la peine de mort est une incohérence, une adhésion arbitraire.

  • Prémisse 1 : L’État a le pouvoir et le devoir d’infliger aux criminels la punition qu’ils méritent suivant la gravité de leur crime.
  • Prémisse 2 : Certains criminels commettent des crimes qui méritent la prison.
  • Conclusion : L’État a le pouvoir et le devoir d’infliger des peines de prison aux criminels qui le méritent.

Nous pouvons établir le même raisonnement pour la peine de mort :

  • Prémisse 1 : L’État a le pouvoir et le devoir d’infliger aux criminels la punition qu’ils méritent suivant la gravité de leur crime.
  • Prémisse 2 : Certains criminels commettent des crimes qui méritent la peine de mort.
  • Conclusion : L’État a le pouvoir et le devoir d’infliger la peine de mort aux criminels qui le méritent.

Dieu lui-même commande la peine de mort

Ne pouvant pas nier la prémisse 1, ils seront obligés de nier la prémisse 2 (« Certains criminels commettent des crimes qui méritent la peine de mort. »)

C’est alors que nous n’avons plus qu’à montrer que Dieu a voulu que certains crimes qu’il juge abominables soient punis de mort.

Et certainement je redemanderai votre sang, le sang de vos vies ; je le redemanderai de tout animal. Et je redemanderai la vie de l’homme, de la main de l’homme, de la main de son frère. Celui qui répandra le sang de l’homme, par l’homme son sang sera répandu ; car Dieu a fait l’homme à son image. Vous donc, croissez et multipliez ; peuplez en abondance la terre, et multipliez sur elle.

Genèse 9,5-7

D’un côté, ce verset enseigne que la vie humaine doit être respectée précisément parce que l’homme est créé à l’image de Dieu : attenter à la vie d’un homme, c’est porter atteinte à cette image même. De l’autre, c’est aussi parce que l’homme est porteur de cette image qu’il reçoit le mandat d’exercer la justice, en tant que représentant terrestre du Dieu souverain. Ces deux perspectives ne s’opposent pas, mais se complètent harmonieusement.

Être créé à l’image de Dieu confère à l’homme une dignité intrinsèque, mais aussi une responsabilité morale et judiciaire. Il ne doit pas verser le sang d’un innocent6, mais il a le devoir d’exécuter la justice lorsque le mal est commis, notamment dans le cas d’un meurtre. C’est ce principe qui fonde la légitimité de la peine capitale dans le cadre de l’alliance noahique : l’homme, en tant qu’image et représentant du Créateur, est l’instrument par lequel Dieu maintient l’ordre et punit le crime.

Ainsi, toute autorité judiciaire découle ultimement de Dieu, et l’exercice humain de la justice n’est légitime que dans la mesure où il reflète la justice divine. Ce principe de rétribution, établi dès l’alliance de Noé, montre que la justice humaine n’est pas une invention postérieure, mais une délégation directe de la souveraineté de Dieu dans un monde déchu.

Il est aussi intéressant de souligner le fait que la peine de mort est un commandement qui est donné dans les 5 livres de la Torah, sans exception. Ce n’est pas quelque chose que Dieu réprouve. Par exemple dans :

Celui qui répandra le sang de l’homme, par l’homme son sang sera répandu ; car Dieu a fait l’homme à son image.

Genèse 9,6

« Celui qui frappe un homme à mort, sera puni de mort. »

Exode 21,12

Celui qui frappera mortellement un homme, quel qu’il soit, sera puni de mort.

Lévitique 24,17

Mais s’il l’a frappée avec un instrument de fer, et qu’elle en meure, il est meurtrier ; le meurtrier sera puni de mort.

Nombres 35,16

Quand on trouvera un homme qui aura dérobé quelqu’un de ses frères, des enfants d’Israël, et l’aura fait esclave ou vendu, ce larron mourra ; et tu ôteras le méchant du milieu de toi.

Deutéronome 24,7

Ceci est bien évidemment une liste non exhaustive. Un chrétien n’a donc aucune excuse pour qualifier la peine de mort d’injuste.

Un autre moyen de montrer que la Bible soutient l’idée que certains crimes méritent la peine de mort, c’est de constater que Paul parle lui-même de crimes dignes de mort.

Si j’ai commis quelque injustice, ou quelque crime digne de mort, je ne refuse pas de mourir ; mais s’il n’est rien des choses dont ils m’accusent, personne ne peut me livrer à eux ; j’en appelle à César.

Actes 25,11

Paul lui-même dit qu’il ne refuse pas de mourir s’il a commis une injustice qui vaut une telle peine, ce qui prouve que Paul n’était pas du tout opposé à la peine de mort. Le principe de crimes dignes de mort n’est donc pas obsolète, archaïque, mais toujours d’actualité sous la Nouvelle Alliance.

« Et le pardon dans tout ça ?! »

La dernière objection des chrétiens qui s’opposent à la peine de mort serait l’argument du pardon et de l’amour. Ils vont en effet affirmer que Jésus nous a demandé de pardonner aux autres leurs offenses et de ne point rendre le mal pour le mal. Tout cela est juste, le problème est qu’encore une fois, ils sont hors sujet étant donné que Jésus s’adresse à des individus et non à des autorités civiles. La loi du Talion est quelque chose de biblique concernant la justice7, mais le propos de Jésus en Matthieu 5,38-39 s’oppose à la vengeance personnelle.

Il est évident que Jésus ne contredit pas les principes que Dieu à lui-même établi : il met la barre encore plus haut, tout simplement. C’est d’ailleurs l’objet du sermon sur la montagne.
L’équilibre entre les deux est de laisser le pouvoir de la justice à l’État, tandis que le citoyen reste à sa place. La peine de mort doit être administrée par l’État au nom de la justice, et non par un citoyen par soif de vengeance, selon qu’il est écrit : « Car il ne porte point l’épée en vain : parce qu’il est ministre de Dieu, pour faire justice en punissant celui qui fait le mal. » (Romains 13,4)

Question au cœur du débat

Ne devrait-on pas pardonner même s’il s’agit d’un grave criminel ?

La réponse est qu’il faut encore une fois faire la distinction entre le pardon personnel lorsqu’un individu a commis un acte déloyal envers nous, et le pardon social lorsqu’un crime est jugé comme méritant la mort. La preuve en est que Dieu nous demande de pardonner à notre ennemi, mais prescrit la peine de mort pour certains crimes.
Je suis appelé à pardonner à une personne qui me fait du mal à titre personnel, mais pas lorsqu’il s’agit d’un pédophile qui ne rêve que d’infiltrer une église et de s’en prendre aux enfants.

La Bible dit en effet qu’il y a un temps pour aimer, et un temps pour haïr8.
Le fait que Dieu soit amour ne doit pas nous faire avoir honte de dire qu’il y a certaines personnes qui sont des abominations qui ne devraient plus exister à ses yeux. Dieu déteste certaines personnes, et nous devons nous y conformer

L’Éternel sonde le juste ; mais son âme hait le méchant et celui qui aime la violence.

Psaume 11,5

Éternel, ne haïrais-je pas ceux qui te haïssent ? N’aurais-je pas horreur de ceux qui s’élèvent contre toi ? Je les hais d’une parfaite haine ; je les tiens pour mes ennemis.

Psaume 139,21-22

Pourquoi vouloir être plus royaliste que le roi en pardonnant à des personnes que Dieu a en horreur ? C’est une mentalité extrêmement dangereuse : pourquoi pardonner à un pédophile qui est réprouvé par Dieu9 ? Pourquoi affirmer que Dieu a aimé Adolf Hitler jusqu’à la fin malgré ses actes ? Pourquoi affirmer qu’un politicien qui déclenche inutilement une guerre qui fera mourir des milliers d’innocents mérite le pardon par la société ? Une personne qui nous a fait des coups de crasse dans notre vie, c’est une chose ; une personne qui a commis un crime contre l’humanité, c’en est une autre.

Conclusion

La peine de mort n’est pas un vestige barbare ni une invention humaine : elle est bibliquement fondée et ordonnée par Dieu lui-même. L’État, en tant que ministre de Dieu, détient l’autorité de porter l’épée afin de punir le mal et protéger la justice pour l’intégrité de la société. Refuser cette prérogative revient à nier l’ordre moral que Dieu a établi et à confondre pardon personnel et justice sociale ; la justice morale et la justice civile. Pardonner en tant qu’individu est biblique ; abolir la peine de mort par idéologie est une rébellion contre la justice divine.

En conséquence, tout chrétien soucieux de la gloire et de la justice de Dieu doit reconnaître le droit et le devoir de l’État d’exécuter la peine capitale contre les criminels ayant commis les crimes les plus graves, conformément à la loi de Dieu et à l’ordre moral qu’il a institué.


Illustration de couverture : William Hogarth, Paul devant Félix, gravure, 1752.

  1. Prémisse 1 : L’État a le pouvoir et le devoir de donner aux criminels la sanction qu’ils méritent.

    Prémisse 2 : Certains criminels méritent la peine de mort.

    Conclusion : L’État a le pouvoir et le devoir d’infliger la peine de mort aux criminels qui le méritent. (par 1 et 2)[]

  2. La confession de Londres reprend presque exactement le même paragraphe de la confession de foi réformée de Westminster, 23.1. : « Dieu, le Seigneur et Roi suprême du monde entier, a ordonné des magistrats civils pour être, au-dessous de lui, au-dessus du peuple, pour sa propre gloire et pour le bien public ; et à cette fin, il leur a donné le pouvoir du glaive afin qu’ils défendent et encouragent les gens de bien et qu’ils punissent les malfaiteurs. ».[]
  3. Romains 3,23 ; Éphésiens 2,1[]
  4. Romains 6,23[]
  5. Jacques 2,10[]
  6. Exode 20,13[]
  7. Exode 21,24[]
  8. Ecclésiaste 3,8[]
  9. Romains 1,28[]

Laurent Dv

Informaticien, époux et passionné par la théologie biblique (pour la beauté de l'histoire de la Bible), la philosophie analytique (pour son style rigoureux) et la philosophie thomiste (ou classique, plus généralement) pour ses riches apports en apologétique (théisme, Trinité, Incarnation...) et pour la vie de tous les jours (famille, travail, sexualité, politique...).

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