Une objection à la mode à la divinité du Christ est qu’elle est elle une invention tardive, souvent du concile de Nicée. Celle-ci est reprise par des non-chrétiens de tout type : athées, agnostiques, musulmans, témoins de Jéhovah, déistes, bouddhistes, etc. Je montrerai qu’elle n’est pas satisfaisante, qu’on peut la retrouver clairement chez des Pères de l’Eglise anténicéens (avant le concile de Nicée). Je passe ici à l’examen d’Ignace d’Antioche, connu pour diverses épîtres à des Eglises grecques et à Polycarpe.
Je reprends ici les traductions du grec en français du XXème siècle du Père dominicain Pierre-Thomas Camelot éditées notamment dans la collection Sources chrétiennes.
Comme dans la Bible, on a différentes façons d’attribuer à Jésus dans ces passages, ici la désignation explicite « notre Dieu » et l’attribution d’attributs divins (impassibilité, immuabilité, éternité, le fait de ne pas être engendré, etc.).
L’épître aux Ephésiens
Ignace, dit aussi Théophore, à celle qui est bénie en grandeur dans la plénitude de Dieu le Père, prédestinée avant les siècles à être en tout temps, pour une gloire qui ne passe pas, inébranlablement unie et élue dans la passion véritable du Christ, par la volonté du Père et de Jésus-Christ notre Dieu, à l’Église digne d’être appelée bienheureuse, qui est à Éphèse d’Asie, salut en Jésus-Christ et dans une joie irréprochable.
Ignace d’Antioche, Epître aux Ephésiens, Salutations.
J’ai accueilli en Dieu votre nom bien-aimé, que vous vous êtes acquis par votre nature juste, selon la foi et la charité dans le Christ Jésus, notre Sauveur ; « imitateurs de Dieu », ranimés dans le sang de Dieu, vous avez achevé en perfection l’œuvre qui convient à votre nature.
Ibid, 1,1.
Il n’y a qu’un seul médecin, charnel et spirituel, engendré et inengendré, venu en chair, Dieu, en la mort vie véritable, né de Marie et né de Dieu, d’abord passible et maintenant impassible, Jésus Christ notre Seigneur.
Ibid, 7,2.
L’épître aux Tralliens
Je vous exhorte donc, non pas moi, mais la charité de Jésus-Christ, à n’user que de la nourriture chrétienne, et à vous abstenir de toute plante étrangère, qui est l’hérésie. Ce sont des gens qui entremêlent Jésus-Christ à leurs propres erreurs en cherchant à se faire passer pour dignes de foi, comme ceux qui donnent un poison mortel avec du vin mêlé de miel, et celui qui ne sait pas le prend avec plaisir, mais dans ce plaisir néfaste, il absorbe la mort. Gardez-vous donc de ces gens-là. Vous le ferez en ne vous gonflant pas d’orgueil, et en restant inséparables de Jésus-Christ Dieu et de l’évêque et des préceptes des Apôtres.
Ignace d’Antioche, Epître aux Tralliens, 6,1-7,1.
L’épître aux Magnésiens
Ainsi, puisque dans les personnes que j’ai nommées plus haut, j’ai dans la foi vu et aimé toute votre communauté, je vous en conjure, ayez à cœur de faire toutes choses dans une divine concorde, sous la présidence de l’évêque qui tient la place de Dieu, des presbytres qui tiennent la place du sénat des Apôtres, et des diacres qui me sont si chers, à qui a été confié le service de Jésus-Christ, qui avant les siècles était près de Dieu, et s’est manifesté à la fin.
Ignace d’Antioche, Epître aux Magnésiens, 7,1.
L’épître aux Romains
Ignace, dit aussi Théophore, à l’Église qui a reçu miséricorde par la magnificence du Père très haut et de Jésus-Christ son Fils unique, l’Église bien-aimée et illuminée par la volonté de celui qui a voulu tout ce qui existe, selon la foi et l’amour pour Jésus-Christ notre Dieu ; l’Église qui préside dans la région des Romains, digne de Dieu, digne d’honneur, digne d’être appelée bienheureuse, digne de louange, digne de succès, digne de pureté, qui préside à la charité, qui porte la loi du Christ, qui porte le nom du Père ; je la salue au nom de Jésus-Christ, le fils du Père ; aux frères qui, de chair et d’esprit, sont unis à tous ses commandements, remplis inébranlablement de la grâce de Dieu, purifiés de toute coloration étrangère, je leur souhaite en Jésus-Christ notre Dieu toute joie irréprochable.
Ignace d’Antioche, Epître aux Romains, Salutations.
Ne demandez pour moi que la force intérieure et extérieure, pour que non seulement je parle, mais que je veuille, pour que non seulement on me dise chrétien, mais que je le sois trouvé de fait . Si je le suis de fait, je pourrai me dire tel, et être un vrai croyant, quand je ne serai plus visible au monde. Rien de ce qui est visible n’est bon. Car notre Dieu, Jésus-Christ, étant en son Père, se fait voir davantage.
Ibid, 3,2-3a.
L’épître aux Smyrniotes
Je rends grâces à Jésus-Christ Dieu, qui vous a rendus si sages.
Ignace d’Antioche, Epître aux Smyrniotes, 1,1a.
L’épître à Polycarpe
Sois plus zélé que tu ne l’es ; discerne les temps. Attends celui qui est au-dessus de toute vicissitude, invisible, qui pour nous s’est fait visible ; impalpable, impassible, qui pour nous s’est fait passible, qui pour nous a souffert de toutes manières
Ignace d’Antioche, Epître à Polycarpe, 3,2.
La grâce sera sans cesse avec lui et avec Polycarpe qui l’envoie. 3. Je souhaite que vous vous portiez toujours bien en notre Dieu Jésus-Christ ; puissiez-vous en lui demeurer toujours dans l’unité et sous la surveillance de Dieu. Je salue Alcé, qui m’est si chère. Portez-vous bien dans le Seigneur.
Ibid, 8,2c-3.


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