Peter J. Leithart du Theopolis Institute a publié il y a 5 ans une série de 36 vidéos très brèves (entre 1:50 et 4:39 minutes) consacrées au livre de l’Apocalypse. Peter J. Leithart est l’auteur d’un très beau commentaire sur l’Apocalypse en deux volumes dans lequel il développe une interprétation prétériste jusqu’au chapitre 19 avec d’excellents arguments à mes yeux. Je retranscris ici en français les vidéos 33 à 36 de cette série.
33. Une procession triomphale
Le dragon appelle deux bêtes pour attaquer les saints : une bête de la mer et une bête de la terre. La bête de la mer représente l’Empire romain et agit comme un faux Christ : elle porte des couronnes, a des cornes comme un agneau, exerce un pouvoir et une domination, et remporte des victoires. La seconde bête, celle de la terre, est également un faux Christ. Cette bête terrestre est comparée à un agneau et décrite comme un faux prophète, prononçant des paroles séduisantes et trompeuses pour détourner les gens du véritable Christ.
Si l’Apocalypse était un film hollywoodien, on s’attendrait à un grand affrontement entre le véritable Agneau et ces deux faux agneaux, ces deux faux dirigeants représentant Rome et les Juifs opposés à l’Église. On imaginerait une bataille finale spectaculaire, où les adversaires s’affronteraient en détruisant des gratte-ciels comme l’Empire State Building, et cette confrontation occuperait une grande partie du récit.
La chose étrange avec l’Apocalypse, c’est que cet affrontement direct n’a jamais lieu. L’Agneau n’est jamais dans le même espace que les deux bêtes. Lorsque l’Agneau apparaît au début du chapitre 19, la défaite des bêtes a déjà eu lieu. L’Agneau apparaît comme un cavalier sur un cheval blanc, venant en conquérant, mais la victoire est déjà remportée. Ce que nous voyons dans le chapitre 19, c’est en réalité une procession triomphale, semblable aux triomphes des empereurs romains qui, après avoir vaincu leurs ennemis, les exhibaient enchaînés sur le chemin de leur destruction finale, suivis par leurs soldats victorieux.
C’est exactement ce que nous voyons en Apocalypse 19 : Jésus, le grand héros, est en procession triomphale, avec ses ennemis captifs qu’il va jeter dans l’étang de feu. L’Apocalypse parle de la victoire de Jésus sur ses ennemis, mais cette victoire n’est pas remportée directement par lui. Jésus remporte cette victoire à travers les saints. Alors que les saints souffrent, deviennent martyrs et témoignent fidèlement jusqu’à la mort, Jésus triomphe, et les saints partagent ce triomphe. Jésus peut avancer dans sa procession triomphale parce que les saints ont été fidèles dans leur témoignage, et c’est ainsi qu’ils ont vaincu les ennemis de Dieu.
34. Le millénium
Comme nous l’avons vu précédemment, trois ennemis affrontent les saints. Il y a la ville prostituée, les deux bêtes (celle qui vient de la mer et celle qui vient de la terre) et le dragon. Ces ennemis sont éliminés un par un : la ville prostituée est renversée, puis les deux bêtes sont jetées dans l’étang de feu à la fin de la procession triomphale de Jésus. Enfin, le dragon, Satan, est jeté dans l’abîme, enchaîné et empêché de tromper les nations. C’est ainsi que commence le millénium décrit dans l’Apocalypse 20.
L’Apocalypse nous dit deux choses importantes sur le millénium, concernant ce qui se passe durant cette période. La première est que le dragon est enchaîné. Son pouvoir est limité. Cela ne signifie pas qu’il est totalement éliminé — sa destruction finale a lieu à la fin de l’Apocalypse 20, lorsqu’il est jeté dans l’étang de feu avec les deux bêtes. Mais il est restreint dans ses actions et, en particulier, il ne peut plus tromper les nations. Dans le contexte de l’Apocalypse, cela signifie qu’il est empêché de refaire ce qu’il a accompli dans le livre : rassembler toutes les nations, l’Empire romain tout entier, ainsi que les Juifs apostats, pour les aligner contre l’Église. Cela n’arrivera plus. Jésus ne permettra pas que ça arrive de nouveau, qu’une telle alliance se reproduise durant le millénium.
La deuxième caractéristique du millénium est le règne des saints, des martyrs, ceux qui ont été décapités pour leur foi. Ces martyrs sont vus sur des trônes, régnant sur la création et le monde. Ils reçoivent les couronnes déposées par les vieillards au début de l’Apocalypse. Lorsque Jean entre pour la première fois dans le ciel, il voit les anciens jeter leurs couronnes devant le trône de Dieu. Ces anciens représentent les anges, les gouvernants du monde ancien, qui jettent leurs couronnes, parce qu’ils abandonnent leurs positions de pouvoir, parce qu’ils sont remplacés. L’Apocalypse raconte le remplacement de ces dirigeants angéliques par des dirigeants humains, mais pas par des humains en général : ils sont remplacés par des humains spécifiques, par des martyrs, ceux qui ont témoigné jusqu’à la mort. Ce sont eux qui reçoivent les couronnes et siègent sur les trônes.
Ainsi, le millénium est marqué par ces deux éléments : la défaite de Satan et le règne des saints. Il est essentiel de comprendre quand commence le millénium. Selon l’Apocalypse — le seul livre de la Bible qui en parle —, le millénium débute avec la défaite de la prostituée et des bêtes, peu de temps après que Jean a reçu ses visions. Le millénium a commencé au premier siècle après Jésus-Christ, et nous vivons depuis dans cette période. Le millénium est une image symbolique de l’époque située entre la chute de Jérusalem, marquant la fin du monde ancien, et le retour final de Jésus ainsi que le jugement dernier. Nous sommes donc dans cette ère où Satan est enchaîné, où son pouvoir est limité. Depuis 2000 ans, les martyrs et les saints règnent. Voilà la bonne nouvelle de l’Apocalypse : Jésus a remporté la victoire, les martyrs ont triomphé et ont inauguré un nouveau monde, placé sous la gouvernance humaine — celle des martyrs.
35. La fin
La majorité de l’Apocalypse traite de ce qui doit arriver peu de temps après que Jean a reçu et consigné les visions que nous connaissons sous le nom du livre de l’Apocalypse. Cependant, à la fin du chapitre 20 et au début du chapitre 21, Jean voit des visions qui dépassent le court terme et pointent vers ce qui se passe après le millénium : le jugement final et l’avènement de nouveaux cieux et d’une nouvelle terre.
Le millénium dure jusqu’à ce que Satan soit relâché pour une courte période. Pendant ce temps, Satan est à nouveau autorisé à rassembler les nations, les tromper, et attaquer le camp des saints. Mais ce sursaut de puissance du dragon est de courte durée. Il est rapidement vaincu par un feu qui descend du ciel, tout comme Sodome l’a été. Le dragon est défait, puis jugé et jeté dans l’étang de feu, lieu de punition où se trouvent déjà les deux bêtes qui avaient assisté le dragon.
Après cette défaite finale du dragon, une scène de jugement dernier se déploie. Dieu juge tous ceux qui sont morts, les vivants et les morts, selon leurs œuvres. Il accorde sa bénédiction à ceux qui ont été fidèles et envoie ceux qui ne l’ont pas été dans l’étang de feu. Ce jugement ouvre sur le début du chapitre 21, qui dépeint l’état final de la création.
Jean voit de nouveaux cieux et une nouvelle terre. Il voit une nouvelle Jérusalem, semblable à une épouse, belle et ornée pour son époux, descendant du ciel. Ce tableau représente un Éden restauré, mais pas seulement restauré : un Éden glorifié, arrivé à son apogée. C’est un monde où il n’y a plus de larmes, plus de mort. Ce monde est une création nuptiale : la nouvelle Jérusalem, comme une épouse parée pour son époux, venant du ciel.
Dans cette dernière vision, la vision de la fin, nous voyons le fruit de toutes les choses traumatisantes que Jean a contemplées tout au long du livre de l’Apocalypse. On pourrait dire que l’Apocalypse est une série étendue de visions qui reprennent et développent le récit de Genèse 2. Dans Genèse 2, le premier Adam est incisé, une côte lui est retirée, et Ève est créée pour lui, afin qu’ils puissent devenir une seule chair. Dans l’Apocalypse, le dernier Adam, le Fils de l’homme, accompagné des saints comme un seul corps, est « déchiré » pour qu’une nouvelle Ève, une Ève plus grande, puisse être formée : la nouvelle Jérusalem, qui descend du ciel. C’est cela que Jean voit dans sa vision après le jugement final : les nouveaux cieux, la nouvelle terre, comme l’épouse de Dieu, toute la création unie pour devenir une seule chair avec l’Agneau.
36. Depuis la montagne
Nous avons vu le millénium, la rébellion de Satan après le millénium, le jugement final, les nouveaux cieux et la nouvelle terre, un monde où la mort est vaincue, où il n’y a plus de larmes, un monde formé et accompli comme une épouse parée pour son époux, l’Agneau. L’Apocalypse aurait très bien pu se terminer au verset 8 du chapitre 21. Mais il y a une autre vision. Jean est de nouveau transporté en esprit, et il voit une vision, une vision de la cité, de la cité nuptiale qu’il vient de décrire brièvement dans les versets précédents : une cité semblable à une épouse venant du ciel, la nouvelle Jérusalem descendant du ciel.
Dans cette vision, après la fin des choses, il reçoit une vision bien plus détaillée de la ville. Il voit les murs magnifiques, dont les fondations sont ornées de pierres précieuses. Il voit les rues d’or, il voit les portes de perles. Il voit les nations qui affluent dans cette ville en apportant leurs trésors. Il voit le fleuve qui traverse la ville, le fleuve de la vie, et les arbres bordant ce fleuve, portant le fruit de l’arbre de vie et des feuilles destinées à la guérison des nations. C’est une vision plus détaillée de la même ville.
Je pense que ce que nous voyons dans cette dernière vision de l’Apocalypse, cette ultime vision en esprit, est une vision d’une Église idéalisée. C’est l’Épouse du Christ, telle qu’elle sera, mais aussi telle qu’elle est en train de devenir. Jean voit une vision idéalisée, mais c’est une vision idéalisée que nous sommes appelés à réaliser sur terre, afin que la volonté de Dieu soit faite sur la terre comme au ciel.
Jean est sur une montagne. Il n’est pas le premier prophète à être placé sur une montagne pour y recevoir une vision d’un monde à venir. Moïse est placé sur une montagne et reçoit une vision du tabernacle. Ézéchiel est placé sur une grande et haute montagne, semblable à celle où se trouve Jean, et il reçoit une vision du nouveau temple et de la terre redistribuée, une vision de la nouvelle création après l’exil. Jean est un autre prophète qui reçoit une vision semblable. Dans tous ces cas précédents, les prophètes reçoivent des visions qui servent de plans pour ce que le peuple de Dieu est censé construire sur terre. Moïse reçoit le plan pour le tabernacle, et Israël construit le tabernacle. David reçoit le plan pour le temple, et Salomon construit le temple. Ézéchiel voit le plan d’un grand temple et d’une nouvelle terre, et lorsqu’Israël revient de l’exil, c’est ce monde qu’il est censé construire. Le même message est porté à la fin de l’Apocalypse. Nous voyons cette grande vision de l’Église parfaite, mais cette Église parfaite est une vision de ce que nous sommes appelés à construire sur terre. La dernière vision de l’Apocalypse est une vision glorieuse qui présente notre espérance pour l’avenir, mais elle porte aussi un commandement et un ensemble d’instructions. Le dernier mot de l’Apocalypse n’est pas simplement : « Viens, Seigneur Jésus. » Le dernier mot de l’Apocalypse est : « Allez, construisez cela. »
Illustration de couverture : J. Martin, Le dernier homme, huile sur toile, 1849, Liverpool, Walker Art Gallery.



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