Alors qu’au Massachusetts aux Etats-Unis, l’avortement vient désormais d’être légalisé jusqu’au dernier jour de grossesse, voici une traduction d’un article de Greg Morse, responsable et éditeur sur Desiring God (ministère lié au pasteur évangélique baptiste John Piper). Il y décrit le combat spirituel autour de l’avortement et explique selon l’apôtre Paul, comment en tant que chrétiens dans notre lutte contre l’avortement « nous n’avons pas à lutter contre la chair et le sang, mais contre les dominations, contre les autorités, contre les princes de ce monde de ténèbres, contre les esprits méchants dans les lieux célestes. » (Ephésiens 6,12). Loin de se réduire à une simple lutte politique, morale, voire civilisationnelle, l’avortement fait l’objet d’un véritable combat spirituel. L’article original interpelle les Etats-Unis, mais il s’adresse bien sûr également indirectement à l’ensemble du monde occidental qui a légalisé et banalisé l’avortement, y compris la France avec sa récente constitutionnalisation. Nous remercions le jeune réformé baptiste Natale pour cette traduction.
Introduction
Et ils sacrifièrent aux démons leurs fils et leurs filles.
Psaume 106,37
J’ai parfois demandé si les démons pouvaient apparaître sous la forme d’abeilles. La nuit, mes enfants viennent parfois me trouver en se plaignant que les abeilles sont après eux. « Quelles abeilles ? » leur demandé-je. « Les abeilles, juste là », répondent-ils en pointant avec insistance l’air ambiant.
Même si l’imaginaire partagé de mes enfants permet de résoudre l’énigme de ces événements récurrents, nous savons que les démons existent bel et bien. Ces anges déchus, maudits aux côtés de leur capitaine, savent que leur temps est compté — et c’est pourquoi ils sont enragés (Apocalypse 12,2). Tel un tigre maintenu au sol par un homme fort, Satan se débat, mord et griffe à chaque dernier souffle. Son royaume essaime comme une ruche transpercée par trois clous.
Ce monde-là sait qu’un lac de feu lui est réservé — les anges déchus n’ont pas d’Évangile, pas de Christ pour les sauver. Ils se contentent donc de jouer les pyromanes cosmiques, brûlant autant qu’ils le peuvent avant leur chute.
Principautés et Puissances
Mais l’Écriture révèle qu’ils ne déploient pas leur chaos depuis une résistance populaire contre le Tout-Puissant — ils ont exercé une hégémonie sur les nations.
Quand le Très-Haut donnait leur lot aux nations, quand il séparait les enfants des hommes, il fixa les limites des peuples selon le nombre des enfants d’Israël.
Deutéronome 32,8
Les fils de Dieu, expression qui peut désigner des êtres divins dans l’Ancien Testament, règnent d’en haut, influençant et gouvernant les affaires des hommes, entretenant l’esprit d’incrédulité et d’idolâtrie — le tout pourtant sous la seigneurie permissive et le retour imminent du Christ.
Des démons derrière notre politique. Des démons derrière les fausses religions. Des démons derrière la folie culturelle. Des démons jetant nation contre nation dans les ténèbres les plus totales, cherchant à éteindre la lumière de l’Évangile. Des démons comme des abeilles, qui suivent et qui piquent.
Moïse, David et Paul ont vécu dans ce même monde. Un monde où agissaient des esprits ténèbres. Un monde où des choses comme les idoles n’étaient pas de simples blocs de bois transfigurés par l’imagination enfiévrée des hommes. Des êtres entendaient leurs louanges et les regardaient se prosterner devant eux.
Moïse écrit au sujet d’Israël :
Ils ont excité sa jalousie par des dieux étrangers ; ils l’ont irrité par des abominations ; ils ont sacrifié à des idoles, qui ne sont point Dieu ; à des dieux qu’ils ne connaissaient point, dieux nouveaux venus depuis peu, et que vos pères n’ont point redoutés.
Deutéronome 32,16-17
Paul écrit :
Que dis-je donc ? Que l’idole soit quelque chose, ou que ce qui est sacrifié à l’idole soit quelque chose ? Mais je dis, que ce que les Gentils sacrifient, ils le sacrifient à des démons, et non à Dieu ; et je ne veux pas que vous ayez communion avec les démons.
1 Corinthiens 10,19-20
Les dieux des nations, bien qu’ayant reçu le coup décisif par le Christ (Colossiens 2,15), continuent d’être ce qu’ils ont toujours été — des démons, harcelant les âmes des hommes et encourageant la rébellion contre Dieu. Les démons sont bien vivants aujourd’hui et manipulent un sécularisme qui nie leur existence.
Du sang sur l’autel
De Moïse dans l’Ancien Testament à Paul dans le Nouveau, nous voyons des hommes sacrifier à des « dieux » et à des idoles qui ne sont pas divins, mais démoniaques. Paul parle de leur offrir de la nourriture, mais le Psaume 106 mentionne quelque chose de bien plus perfide.
Ils servirent leurs idoles, qui furent pour eux un piège ; et ils sacrifièrent aux démons leurs fils et leurs filles. Ils répandirent le sang innocent, le sang de leurs fils et de leurs filles, qu’ils sacrifièrent aux idoles de Canaan ; et le pays fut profané par ces meurtres.
Psaume 106,36-38
Le peuple de Dieu — et pas seulement les sauvages païens — a versé le sang de ses propres fils et de ses propres filles en hommage aux idoles des nations, en hommage aux démons. Le pays fut souillé par le sang.
Et ils ont bâti les hauts lieux de Baal, dans la vallée des fils de Hinnom, pour faire passer leurs fils et leurs filles par le feu à Moloc, ce que je ne leur avais point commandé ; et il ne m’était jamais venu à la pensée qu’on fît une telle abomination, pour faire pécher Juda.
Jérémie 32,35
Verser le sang de ses propres enfants est si abominable que le Tout-Puissant déclare qu’un tel mal ne lui est jamais venu à la pensée, et il promet que « le pays sera réduit en désert », privé de joie et d’allégresse, à cause de cela (Jérémie 7,31-34).
Dieu a interdit une félonie si ineffable et a commandé à son peuple de ne tolérer aucun indice d’un tel sacrifice.
Tu diras aux enfants d’Israël : Quiconque des enfants d’Israël, ou des étrangers séjournant en Israël, donnera de ses enfants à Moloc, sera puni de mort : le peuple du pays le lapidera. Et moi, je tournerai ma face contre cet homme, et je le retrancherai du milieu de son peuple, parce qu’il aura livré ses enfants à Moloc, pour souiller mon sanctuaire et profaner le nom de ma sainteté. Et si le peuple du pays ferme les yeux sur cet homme, quand il donnera de ses enfants à Moloc, et ne le fait pas mourir, moi, je tournerai ma face contre cet homme et contre sa famille, et je le retrancherai du milieu de son peuple avec tous ceux qui se prostituent à son exemple, en se prostituant à Moloc.
Lévitique 20,2-5
Moloc est le plus souvent le « dieu » visé lorsqu’il s’agit du sacrifice d’enfants. Ironiquement, de manière démoniaque, une grande partie des sacrifices d’enfants dans le Proche-Orient ancien était offerte à des dieux de la fertilité, lesquels exigeaient un retour sur les bienfaits qu’ils étaient (prétendument) censés avoir accordés1.
Ils brûlaient certains de leurs enfants pour honorer le prétendu dieu qui les leur avait donnés — dans l’espoir d’en avoir d’autres. Ils tuaient leurs enfants pour s’assurer que les dieux leur en accordent davantage. Aujourd’hui, notre monde tue ses enfants dans le ventre maternel et jure d’être plus prudent pour éviter la conception la fois suivante. Il y a là — si tant est que les murs aient de l’importance en enfer — une distinction.
L’idole américaine
Notre monde — et ma propre terre — est souillé par bien plus de sang que ne l’était l’Israël antique. Nos autels sont fréquentés plus religieusement ; les démons y sont mieux nourris. Le sécularisme permet à la méchanceté de s’épanouir sans les statues, les cérémonies ou les idoles. Nous détruisons la vie sans craindre la colère d’aucun dieu. Nous sacrifions nos enfants à nos ambitions et à notre confort. Nous ne servons aucun dieu supérieur à nous-mêmes ; notre mal se tient debout sans le soutien de la superstition.
Considérez ceci : aujourd’hui, rien qu’aux États-Unis, des centaines de bébés vont être aspirés hors du ventre de leur mère par une aspiration 29 fois plus puissante que celle d’un aspirateur ménager. Des centaines d’autres seront découpés dans le ventre maternel et extraits. À d’autres encore, on administrera du liquide amniotique qui tue par empoisonnement au sel et hémorragie cérébrale. Les mères et les pères de ces enfants paieront de l’argent pour cela. Les compagnies d’assurance et l’argent des impôts financeront le reste. Des médecins exécuteront l’assassinat et rentreront chez eux pour dîner. Les consciences seront cautérisées. Les petits corps des bébés seront jetés.
Et derrière cette barbarie sophistiquée se tiendra quelque chose de plus sinistre que la chair et le sang. Des démons — qui regardent et qui sourient.
Notre lutte n’est pas contre la chair et le sang, mais contre les principautés et les puissances dans les lieux célestes. Ils haïssent ceux qui portent l’image de Dieu, corps et âme. Ils aiment notre ruine. Ils reçoivent nos sacrifices d’enfants, que ce soit sur l’autel ou dans la clinique d’avortement. Des démons se tiennent derrière les morts. Que Dieu ait pitié de nous.
Avez-vous renoncé à prier, à manifester et à prêcher par lassitude ? Ce combat a besoin d’hommes spirituels pour le mener ; la chair ne prévaudra pas. Alors oui, œuvrez pour la justice légale et restez fervents dans la confrontation de ce mal, mais la Cour suprême à laquelle nous faisons le plus appel doit toujours être le trône même de Dieu. À ses pieds, les démons tombent. À ses pieds, les nations reçoivent la miséricorde pour se repentir et croire.
Illustration en couverture : Représentation d’un sacrifice d’enfants à Moloch par un artiste dans le livre Bible Pictures with brief descriptions de Charles Foster, 1897.
- The IVP Bible Background Commentary: Old Testament, 53.[↩]





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