Réprimez les émeutes, monsieur le Président — Edward Feser
19 octobre 2026

Cet article est la traduction de l’article Suppress the Riots, Mr. President du philosophe catholique conservateur et thomiste Edward Feser où il soutient en reprenant Thomas d’Aquin que le président Trump possède non seulement l’autorité légale pour réprimer les émeutes de Los Angeles de juin 2025, mais aussi le droit naturel et le devoir moral de le faire avec rapidité et fermeté jusqu’à ce que l’ordre soit rétabli. Même si l’article traite du contexte états-unien, cette traduction tombe à pic alors que assistons de la même façon depuis le 17 octobre 2026 de nouveau à des émeutes, « débordements » et pillages impunis en France.


Alors que des émeutes frappent Los Angeles et menacent de s’étendre à d’autres villes, les progressistes s’inquiètent de savoir si l’administration Trump réagit de manière excessive en déployant la Garde nationale et les Marines. Ils ont tort, et l’administration a raison. Les émeutes ne ressemblent pas aux activités criminelles qu’il vaut mieux traiter avec patience et subtilité. De par leur nature, elles exigent une réponse immédiate et sévère. Et dans les circonstances actuelles, il n’est pas déraisonnable pour l’administration d’estimer qu’une action fédérale est requise pour garantir cela.

Les émeutiers diffèrent grandement des délinquants ordinaires – voleurs, meurtriers et autres – qui commettent généralement leurs actes en secret. Même les cambrioleurs ne sont habituellement aperçus que par leurs victimes et fuient rapidement la scène. Le mode opératoire de ces infractions témoigne d’une peur générale de la loi et de la police. Ces infractions sont également commises à petite échelle, par un ou quelques individus, et dirigées uniquement contre d’autres personnes particulières plutôt que contre la loi en tant d’institution. De plus, la police et les autres agents publics n’interviennent généralement qu’après coup, pour punir le crime plutôt que pour l’empêcher.

Une émeute, en revanche, implique un grand nombre de personnes affichant ouvertement et effrontément leur mépris de la loi, ainsi que de la police et des agents publics qui ont juré de la faire respecter. Et il ne s’agit pas d’un bref épisode auquel la police ne peut réagir qu’après coup, mais d’un événement au cours duquel elle peut et doit répondre au moment même où il se produit. Hésiter face à une émeute, ou traiter les émeutiers avec des gants de velours, revient à aider et encourager les émeutiers dans leur objectif de jeter le discrédit sur la loi et ses représentants, et de les faire paraître inefficaces. Une telle tolérance a donc une tendance inhérente à affaiblir l’État. De cette manière, elle est analogue à l’incapacité de répliquer à un acte de guerre.

Notons que je dis seulement qu’elle est analogue à cela, et non qu’elle lui est en tout point semblable. Je ne prétends pas qu’il faille considérer moralement les émeutiers comme des envahisseurs ou des fomenteurs de guerre civile, ni que la police ou les forces militaires puissent en général recourir à la force létale pour les traiter. Comme le dit Thomas d’Aquin à propos de la sédition au sens large, c’est-à-dire le fait de fomenter des dissensions violentes au sein d’une communauté politique, elle « est un péché spécial qui, par un côté coïncide avec la guerre et la rixe, et, par un autre côté, en diffère » (Somme théologique II-II.42.1). En règle générale, les émeutiers n’essaient pas de renverser le gouvernement. Le point central est qu’ils visent néanmoins à affaiblir son autorité d’une manière plus forte que les criminels ordinaires. Leurs actions équivalent donc à une attaque contre l’ordre social global dont le gouvernement est la tête, même s’il s’agit d’une tentative moins extrême que celle d’une invasion armée ou d’une tentative de sécession ou de révolution.

Quelque chose d’analogue aux critères de la guerre juste s’applique donc au traitement des émeutiers. Or, certains soutiendraient sans doute que la réponse actuelle ne remplit pas de tels critères. Par exemple, ils pourraient affirmer que l’administration Trump manque d’une cause juste pour réprimer les émeutiers. En particulier, ils pourraient s’opposer aux opérations de l’agence Immigration and Customs Enforcement (ICE) auxquelles les émeutiers réagissent.

Mais cette objection n’a aucune force. Une nation possède un droit en vertu de la loi naturelle de faire respecter ses frontières, et l’expulsion des personnes en situation irrégulière fait partie de cette application. Même si l’on devait objecter aux spécificités de la politique gouvernementale actuelle ou à la manière dont l’ICE la met en œuvre, le seul recours légitime consisterait à agir par l’intermédiaire des tribunaux ou du pouvoir législatif pour tenter de la modifier. De telles objections personnelles, même fondées, ne peuvent justifier de quelque façon que ce soit le fait de désobéir à la loi ou d’encourager autrui à le faire – et encore moins pour brûler des voitures, lancer des pierres sur des policiers, piller des commerces, etc. Le gouvernement a non seulement le droit, mais aussi le devoir de réprimer une telle criminalité.

On pourrait néanmoins objecter que les moyens déployés sont excessifs et donc injustes. Mais c’est absurde. La police et la Garde nationale ont jusqu’à présent fait usage de gaz lacrymogènes, de grenades assourdissantes, de balles en caoutchouc et d’autres moyens similaires. Être repoussé par de telles armes est désagréable, mais c’est non létal et c’est assurément mérité. Les émeutiers n’expriment pas seulement des opinions, mais (encore une fois) brûlent des voitures, vandalisent d’autres biens, pillent des commerces, jettent des pierres sur la police et se livrent à d’autres comportements violents de ce type. Ils ressemblent à des brutes qui ne peuvent être dissuadées que par un coup de poing sur le nez, ou à des enfants en pleine crise de colère qui ont besoin d’une fessée. À tout le moins, la police s’est montrée trop réservée et aurait dû arrêter les émeutiers net dès le premier jour en déployant une force écrasante. Grâce à un déploiement important et soutenu d’armes non létales, ainsi qu’à de lourdes peines de prison, l’expérience des émeutiers devrait être rendue si déplaisante que d’autres seront fortement dissuadés de suivre leur exemple.

Quant à la question de l’intervention fédérale, certains affirment que le président Trump n’a pas le droit d’envoyer la Garde nationale et les Marines, et devrait laisser cette affaire aux autorités locales. Mais les émeutiers interfèrent avec les opérations du gouvernement fédéral, et comme d’autres l’ont montré, le président dispose de l’autorité légale pour intervenir afin de protéger ces opérations. De plus, le département de police de Los Angeles a reconnu qu’il a été rapidement « submergé » par les émeutes actuelles. Il ne faut pas oublier non plus que, lors des émeutes nationales de 2020, les maires et gouverneurs progressistes se sont montrés peu disposés à faire ce qui était nécessaire pour les arrêter efficacement. L’intervention fédérale est donc non seulement défendable sur le plan juridique, mais constitue sans doute le seul moyen de garantir que ce qui doit être fait le sera effectivement.

La clé réside dans le déploiement rapide d’une force écrasante et irrésistible pour réprimer les émeutes et faire ainsi comprendre aux émeutiers que leurs efforts sont futiles – et à quiconque serait tenté de les imiter que le coût d’une pareille démarche sera extrêmement élevé. Par-dessus tout, les autorités publiques ne doivent jamais permettre que se reproduise l’été anarchique de 2020.


Illustration de couverture : Jean-Pierre-Laurent Houel, Prise de la Bastille, 14 juillet 1789, peinture à l’eau, 1789.

Laurent Dv

Informaticien, époux et passionné par la théologie biblique (pour la beauté de l'histoire de la Bible), la philosophie analytique (pour son style rigoureux) et la philosophie thomiste (ou classique, plus généralement) pour ses riches apports en apologétique (théisme, Trinité, Incarnation...) et pour la vie de tous les jours (famille, travail, sexualité, politique...).

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