Cet article est adapté d’une prédication prononcée le 2 mars 2025 à l’Église évangélique baptiste de Marseille.
Jésus approche de Jéricho. Il est en route vers Jérusalem, où il doit accomplir la mission pour laquelle il est venu. Trois scènes successives vont alors révéler la manière dont le salut advient : l’annonce de sa passion, la guérison d’un aveugle et la rencontre avec Zachée.
Tout commence par une annonce solennelle. Jésus prend les Douze à part et leur explique qu’il monte à Jérusalem pour accomplir ce que les prophètes ont annoncé au sujet du Fils de l’homme (18,31). Il sait ce qui l’attend : il sera livré aux païens, humilié, maltraité, mis à mort, puis il ressuscitera le troisième jour. Jésus ne subit pas son destin. Il marche consciemment vers la croix pour accomplir les Écritures. Pourtant, les disciples ne comprennent pas ce qui se joue. Luc souligne à trois reprises leur incompréhension (18,34). Leur aveuglement contraste avec l’attitude du personnage qui apparaît immédiatement après : un aveugle qui, bien qu’incapable de voir physiquement, reconnaît en Jésus le Messie. Il l’appelle « Fils de David », une confession messianique particulièrement significative dans l’évangile selon Luc.
Arrivé à Jéricho, Jésus rencontre Zachée, un riche chef des péagers méprisé par ses concitoyens. Comme l’aveugle, Zachée cherche Jésus, mais c’est Jésus qui le voit et l’appelle. Le salut de Zachée ne repose pas sur ses œuvres ; pourtant, sa rencontre avec Jésus transforme radicalement son rapport à l’argent et à son prochain. Il se déclare prêt à donner la moitié de ses biens aux pauvres et à restituer au quadruple les torts qu’il a causés (19,8). Ces trois récits enseignent ainsi trois vérités étroitement liées : la foi repose sur la révélation divine (18,31-34) ; la foi seule sauve (18,35-43) ; la foi qui sauve transforme les pécheurs (19,1-10). Le salut est un don de Dieu, reçu par la foi seule, mais ce don produit un changement réel chez ceux qui le reçoivent.
I. La foi repose sur la révélation divine (18,31-34)
³¹Jésus prit les douze auprès de lui et leur dit : Voici : nous montons à Jérusalem ; et tout ce qui a été écrit par les prophètes au sujet du Fils de l’homme s’accomplira. ³²Car il sera livré aux païens ; on se moquera de lui, on le maltraitera, on crachera sur lui ³³et, après l’avoir flagellé on le fera mourir ; et le troisième jour il ressuscitera. ³⁴Mais ils n’y comprirent rien ; ces paroles leur restaient cachées ; ils ne savaient pas ce que cela voulait dire.
Jésus entreprend son dernier voyage vers Jérusalem en pleine conscience de ce qui l’attend. Il annonce aux Douze les outrages, les souffrances, la mort et la résurrection qui marqueront l’aboutissement de sa mission (v. 31-33). Cette annonce n’est pas la première que Jésus fait de sa passion, mais elle est particulièrement explicite et détaillée. Rien ne se produit au hasard : tout est conforme aux prophéties et à la volonté divine. Loin d’être une victime passive, Jésus maîtrise pleinement le cours de sa mission. Il n’est pas un simple prophète qui finira par être capturé par ses ennemis : il est le Fils de l’homme, qui s’avance volontairement vers les événements par lesquels il accomplira le dessein de Dieu.
Jésus est tout en maîtrise. Ce n’est pas le cas des disciples. Au verset 34, Luc insiste à trois reprises sur leur incapacité à comprendre : ils ne comprennent pas, le sens des paroles de Jésus leur reste caché, et ils ne savent pas ce qu’elles signifient. Cette cécité spirituelle précède immédiatement la guérison d’un aveugle, comme pour mieux faire ressortir le contraste. Les disciples voient, mais ne comprennent pas ; l’aveugle ne voit pas, mais reconnaît le Messie. Cet aveuglement des disciples souligne que la foi repose sur la révélation divine et non sur la seule intelligence humaine. C’est lorsque l’Esprit de Dieu ouvre les yeux de notre cœur que nous pouvons comprendre véritablement qui est Jésus.
Nous retrouvons ici une vérité centrale du message biblique : nous ne saisissons pas le salut par nos propres capacités, mais par la grâce de Dieu qui ouvre nos yeux spirituels. La foi qui sauve consiste à recevoir ce que Dieu nous révèle. Nous ressemblons parfois à des personnes qui poussent une porte qu’il faudrait plutôt tirer. Nous nous acharnons à trouver le salut par nos propres moyens, alors que nous devons simplement tendre les mains pour recevoir ce que Dieu nous donne. Le risque, devant la Parole de Dieu qui nous parle de Jésus, est le même que pour les disciples : ne rien comprendre, ne pas saisir le sens de ce qui nous est annoncé, ne pas entendre véritablement ce que Dieu nous dit pourtant. L’annonce de la passion nous prépare précisément à comprendre que le salut n’est pas une œuvre que nous accomplissons, mais une œuvre que Dieu révèle et accomplit pour nous.
L’incompréhension des disciples illustre une réalité spirituelle universelle. Paul enseigne que l’homme naturel ne reçoit pas les choses de l’Esprit de Dieu, parce qu’elles se discernent spirituellement (1 Co 2,14). Comme les disciples, nous avons besoin que Dieu ouvre notre intelligence pour comprendre les Écritures. C’est précisément ce que Jésus fera après sa résurrection : il leur ouvrira l’intelligence pour qu’ils comprennent les Écritures (Lc 24,45). La foi ne provient donc pas principalement de raisonnements humains, mais d’une illumination divine, d’une œuvre du Saint-Esprit qui nous rend capables d’accueillir la vérité.
Il faut également remarquer que cette incapacité à comprendre les desseins de Dieu est souvent liée à des attentes erronées. Les disciples s’attendaient à un Messie glorieux, qui instaurerait le règne de Dieu par la puissance et la victoire politique. La croix leur était inconcevable. Cette difficulté à accepter un Messie souffrant est un obstacle récurrent à la foi. L’homme veut un Dieu qui triomphe selon ses propres critères, alors que le Christ triomphe par l’humiliation et la souffrance. Ce passage souligne ainsi l’humilité nécessaire pour recevoir la vérité de Dieu. Comme les disciples, nous sommes souvent aveugles aux plans de Dieu, prêts à le suivre tant qu’il nous conduit là où nous voulons aller, mais réticents à accepter que son chemin passe par la croix. Luc nous appelle donc à une foi qui repose non sur nos conceptions humaines, mais sur la révélation du Christ crucifié et ressuscité.
II. La foi seule sauve (18,35-43)
³⁵Comme Jésus approchait de Jéricho, un aveugle était assis au bord du chemin et mendiait. ³⁶Il entendit la foule passer et demanda ce que c’était. ³⁷On lui annonça que Jésus de Nazareth passait. ³⁸Et il s’écria : Jésus, Fils de David, aie pitié de moi ! ³⁹Ceux qui marchaient en avant lui faisaient des reproches pour le faire taire, mais il criait d’autant plus : Fils de David, aie pitié de moi ! ⁴⁰Jésus s’arrêta et ordonna de le lui amener, et, quand il se fut approché, il lui demanda : ⁴¹Que veux-tu que je te fasse ? Il répondit : Seigneur, que je recouvre la vue ! ⁴²Et Jésus lui dit : Recouvre la vue ; ta foi t’a sauvé. ⁴³À l’instant il recouvra la vue et suivit Jésus, en glorifiant Dieu. Tout le peuple, en voyant cela, rendit louange à Dieu.
Alors que Jésus approche de Jéricho, un aveugle est assis au bord du chemin et mendie. Entendant passer la foule, il demande ce qui se passe. On lui annonce que Jésus de Nazareth passe par là. Aussitôt, il se met à invoquer Jésus en l’appelant « Fils de David » et en implorant sa pitié (v. 38). L’aveugle, bien qu’incapable de voir, perçoit spirituellement qui est Jésus. Il est le premier personnage de l’évangile selon Luc à s’adresser publiquement à Jésus comme au « Fils de David », un titre messianique sans équivoque. Cette confession marque un tournant dans l’annonce du règne du Messie. L’aveugle au bord du chemin comprend une vérité qui échappe encore aux disciples : Jésus est le Fils de David promis par les Saintes Écritures.
Sa foi est mise à l’épreuve lorsque la foule cherche à le faire taire. Mais il ne se laisse pas décourager. Au contraire, il crie de plus belle. Contrairement aux puissants et aux riches qui comptent sur leurs mérites, cet homme sait qu’il n’a rien à offrir. Son seul recours est la grâce de Dieu. Alors il supplie, il insiste, il demande grâce. Et sa persévérance porte effectivement ses fruits. Jésus s’arrête et ordonne qu’on le lui amène (v. 40). Le dialogue s’engage. Jésus lui demande ce qu’il veut qu’il fasse pour lui. L’aveugle répond simplement qu’il désire recouvrer la vue (v. 41). Ce dialogue met en évidence le rôle actif de la foi. Jésus sait évidemment ce dont cet homme a besoin, mais il l’invite à exprimer sa requête à haute voix. L’aveugle manifeste sa confiance en Jésus en lui demandant un miracle qu’il est incapable d’accomplir lui-même.
Jésus prononce alors ces paroles : « Recouvre la vue ; ta foi t’a sauvé » (v. 42). Le verbe grec employé ici peut signifier aussi bien « sauver » que « guérir ». Et les deux dimensions sont présentes dans ce récit. La foi de l’aveugle lui permet de recevoir la guérison physique, mais cette guérison est aussi une manifestation visible du salut spirituel reçu par ceux dont les yeux sont ouverts par l’Esprit de Dieu. L’aveugle, qui vivait dans les ténèbres, entre dans la lumière. Sa réaction est immédiate : il suit Jésus en glorifiant Dieu, et tout le peuple, témoin de cette guérison, se met également à louer Dieu (v. 43). Sa foi se prolonge donc dans une vie transformée. Contrairement au riche notable qui était reparti tout triste (18,23), l’aveugle ne se contente pas de recevoir un bienfait de Jésus : il devient son disciple.
Ce récit illustre admirablement la doctrine du salut par la foi seule. L’aveugle n’a accompli aucune œuvre pour mériter son salut. Il a simplement cru. Il était au bord du chemin, mendiant, marginalisé, sans rien à lui. Il savait qu’il ne pouvait rien apporter à Jésus et qu’il dépendait entièrement de sa miséricorde. Alors il a crié vers lui, jusqu’à ce que Jésus s’arrête et le fasse venir. Son attitude contraste avec celle de tous ceux qui cherchent à faire quelque chose pour être sauvés, qui voudraient contribuer à leur salut. L’aveugle ne cherche pas à contribuer au sien : il sait déjà qu’il ne le peut pas. Il ne demande pas, comme le riche notable, ce qu’il doit faire pour hériter la vie éternelle (18,18). Il se contente de supplier le Fils de David d’avoir pitié de lui. Il ne pose pas de questions sur les exigences du royaume. Il ne négocie pas. Il se jette dans les bras miséricordieux du Christ, ou plus exactement, il fait tout ce qu’il peut pour attirer son attention et le faire venir jusqu’à lui.
Cette scène fait écho non seulement à l’épisode du riche notable, mais aussi à la parabole du bon Samaritain (10,25-37). Dans les deux récits, un homme en détresse se trouve sur le chemin de Jéricho. Dans la parabole, c’est un Samaritain, un étranger méprisé, qui vient en aide au blessé. Ici, ce n’est pas un Samaritain qui vient en aide à l’homme au bord du chemin : c’est le Fils de David qui s’arrête pour prendre soin de l’aveugle. Mais le rapprochement va plus loin. Jésus est le Fils de David, et pourtant, comme il vient de l’annoncer à ses disciples, il sera lui aussi rejeté. Les autorités juives le livreront aux païens, qui le maltraiteront et le mettront à mort, avant qu’il ne ressuscite. Le Messie glorieux est aussi celui qui accepte l’humiliation. Celui qui possède l’autorité royale est celui qui s’arrête auprès d’un mendiant au bord du chemin. Et celui qui guérit cet aveugle est celui qui s’avance vers Jérusalem pour accomplir le salut des pécheurs.
Luc nous enseigne ainsi que la foi seule sauve. L’aveugle de Jéricho n’avait rien à offrir, rien à prouver. Il a seulement cru que Jésus pouvait le sauver. Cette foi l’a conduit de l’obscurité à la lumière, des ténèbres à la gloire de Dieu. Par sa rencontre avec cet homme, Jésus manifeste que le salut est un don gratuit, reçu par ceux qui reconnaissent leur besoin et crient à lui avec foi.
III. La foi qui sauve transforme les pécheurs (19,1-10)
¹Jésus entra dans Jéricho et traversa la ville. ²Alors un homme du nom de Zachée qui était chef des péagers et qui était riche ³cherchait à voir qui était Jésus ; mais il ne le pouvait pas, à cause de la foule, car il était de petite taille. ⁴Il courut en avant et monta sur un sycomore pour le voir, parce qu’il devait passer par là. ⁵Lorsque Jésus fut arrivé à cet endroit, il leva les yeux et lui dit : Zachée, hâte-toi de descendre ; car il faut que je demeure aujourd’hui dans ta maison. ⁶Zachée se hâta de descendre et le reçut avec joie. ⁷À cette vue, tous murmuraient et disaient : Il est allé loger chez un homme pécheur. ⁸Mais Zachée, debout devant le Seigneur, lui dit : Voici, Seigneur : Je donne aux pauvres la moitié de mes biens, et si j’ai fait tort de quelque chose à quelqu’un, je lui rends le quadruple. ⁹Jésus lui dit : Aujourd’hui le salut est venu pour cette maison, parce que celui-ci est aussi un fils d’Abraham. ¹⁰Car le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu.
Après la guérison de l’aveugle, Jésus entre dans Jéricho, où il rencontre un autre homme qui cherche à le voir. Zachée est un chef des péagers. Luc précise également qu’il est riche (v. 2). Il est donc très différent de l’aveugle que Jésus vient de guérir. L’un était pauvre, l’autre est riche. L’un mendiait au bord du chemin, l’autre occupait une position importante dans l’administration fiscale. Pourtant, tous deux rencontrent un obstacle qui les empêche d’approcher Jésus : la foule. Et tous deux font preuve d’une certaine détermination pour surmonter cet obstacle.
Zachée est associé à un système fiscal particulièrement impopulaire, au service de la domination romaine. Sa richesse ne lui vaut pas l’estime de ses concitoyens, bien au contraire. Mais cet homme cherche à voir Jésus, au point de courir et de grimper dans un sycomore, attitude plutôt surprenante pour un homme de son rang (v. 3-4). C’est alors que se produit quelque chose d’inattendu. Jésus s’arrête sous l’arbre, lève les yeux et appelle Zachée par son nom. Il lui ordonne de descendre rapidement, car il doit demeurer chez lui ce jour-là (v. 5). Zachée voulait voir Jésus, mais c’est finalement Jésus qui le voit et qui l’appelle. Il ne se contente pas de lui accorder quelques instants : il s’invite chez lui !
Zachée descend aussitôt et le reçoit avec joie. Mais ce geste provoque l’indignation de la foule : Jésus accepte l’hospitalité d’un homme considéré comme un pécheur (v. 6-7). Nous retrouvons ici un thème récurrent de l’évangile selon Luc : Jésus accueille les pécheurs et mange avec eux. C’était déjà le reproche qui lui était adressé au début du chapitre 15, avant les paraboles de la brebis perdue, de la drachme perdue et du fils perdu. Mais Jésus ne fréquente pas les pécheurs pour approuver leurs péchés. Il vient les chercher pour les sauver. Et c’est précisément ce qui arrive à Zachée.
Au verset 8, Zachée déclare qu’il donne aux pauvres la moitié de ses biens et qu’il rend le quadruple s’il a fait tort à quelqu’un. Quelle transformation ! Quelques versets auparavant, Zachée était présenté comme un homme riche. Désormais, il se présente comme un homme qui donne généreusement aux pauvres et répare les injustices qu’il a commises. Le contraste avec le riche notable du chapitre précédent est particulièrement frappant. Celui-ci n’avait pas réussi à se détacher de ses richesses pour suivre Jésus. Zachée, au contraire, manifeste son détachement des biens matériels.
Et il faut remarquer la générosité de sa restitution. La loi de Moïse prévoyait, pour certaines fautes impliquant la restitution d’un bien, une majoration d’un cinquième (Lv 5,20-26 ; Nb 5,7). Mais Zachée parle d’une restitution au quadruple. Cette proportion rappelle Exode 22,1, où le vol d’une brebis abattue ou vendue exige la restitution de quatre brebis. Elle rappelle également la réaction de David à la parabole de Nathan : lorsqu’il entend raconter qu’un homme riche a pris la brebis d’un pauvre, David déclare que cet homme devra rendre quatre fois la valeur de la brebis (2 S 12,6). Zachée adopte donc une mesure de réparation particulièrement exigeante. Il ne cherche pas simplement à satisfaire aux exigences minimales de la loi. Il veut réparer les torts qu’il a causés, et il le fait avec une générosité remarquable.
Voilà ce que produit la grâce de Dieu lorsqu’elle transforme véritablement un pécheur. Comme le dit l’apôtre Paul en Tite 2,11-12, la grâce de Dieu ne se contente pas de nous apporter le salut : elle nous apprend aussi à renoncer à l’impiété et aux désirs de ce monde pour vivre dans la justice et la piété. La grâce ne se contente pas de nous pardonner nos péchés. Elle nous enseigne à renoncer au péché. Elle nous apprend à vivre autrement. Et c’est exactement ce que nous voyons chez Zachée.
Jésus déclare alors que le salut est venu dans cette maison, puisque Zachée aussi est un fils d’Abraham (v. 9). Et il explique le sens de sa mission : « Car le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu. » (v. 10). Zachée n’est pas sauvé parce qu’il donne la moitié de ses biens aux pauvres ou parce qu’il restitue au quadruple. C’est parce que le salut est venu jusqu’à lui que sa vie est transformée. Ses œuvres ne sont pas la cause de son salut, mais la manifestation de la foi par laquelle il reçoit ce salut.
Jésus reconnaît Zachée comme un fils d’Abraham. Cet homme que ses concitoyens considéraient comme un pécheur indigne de leur fréquentation est reconnu par Jésus comme appartenant au peuple de l’alliance. Il était perdu, mais le bon berger est venu le chercher. Il y a d’ailleurs quelque chose de remarquable dans le fait que cette rencontre se déroule à Jéricho. Autrefois, Josué était entré dans cette ville pour en provoquer la destruction, mais une prostituée, Rahab, avait été sauvée avec sa maison. Désormais, Jésus, dont le nom correspond à celui de Josué, entre à son tour dans Jéricho, et c’est un péager qui reçoit le salut avec sa maison. Dans les deux cas, le salut atteint une personne que l’on n’aurait pas spontanément considérée comme digne d’être accueillie parmi le peuple de Dieu. Rahab était une Cananéenne et une prostituée. Zachée est un péager méprisé. Mais la miséricorde de Dieu les rejoint, eux et leurs maisons.
Ainsi, la rencontre avec Zachée nous rappelle que la foi seule sauve, mais que la foi qui sauve ne demeure jamais seule. Elle porte des fruits. Elle transforme notre rapport à l’argent, à notre prochain et à Dieu. Cette transformation n’est pas la condition à laquelle Jésus accepte de nous sauver : elle est le fruit de la grâce par laquelle il nous a sauvés.
Conclusion
Ces trois scènes de l’évangile selon Luc montrent que le salut ne dépend ni du statut social ni des œuvres humaines, mais de la grâce divine reçue par la foi. La foi repose d’abord sur la révélation divine. Jésus annonce sa passion aux disciples, mais ils ne comprennent pas. Leur incapacité à saisir la mission du Christ montre que Dieu lui-même doit ouvrir les yeux de notre cœur. La foi seule sauve ensuite. L’aveugle de Jéricho, sans aucun mérite à faire valoir, crie vers Jésus et recouvre la vue. Son histoire manifeste que le salut vient uniquement par la confiance en Christ. Enfin, la foi qui sauve transforme. Zachée, touché par la grâce de Jésus, change de vie et manifeste sa volonté de rendre justice à ceux auxquels il a fait tort.
Dans ces deux rencontres, c’est Jésus qui prend l’initiative. Il s’arrête pour entendre l’aveugle et s’invite chez Zachée. Mais cette initiative s’inscrit dans une mission plus vaste : Jésus monte à Jérusalem pour souffrir, mourir et ressusciter. L’aveugle et Zachée ne peuvent être sauvés que parce que Jésus s’avance vers la croix. Le salut qu’ils reçoivent gratuitement n’est pas un salut qui ne coûte rien : il sera acquis au prix de la mort du Christ.
Ces récits nous invitent donc à examiner notre propre réponse à Jésus. Avons-nous une foi persévérante comme celle de l’aveugle, qui crie malgré l’opposition ? Sommes-nous prêts, comme Zachée, à laisser la grâce de Dieu transformer nos priorités et nos actes ? L’Évangile ne nous appelle pas à produire par nos œuvres un salut que nous ne possédons pas encore. Il nous appelle à recevoir par la foi le salut que le Christ a accompli, et à manifester ensuite, dans notre manière de vivre, la transformation que sa grâce produit. Car c’est bien le cœur de la mission de Jésus : chercher et sauver ce qui était perdu (19,10). Aujourd’hui encore, il appelle, restaure et transforme. Et il le fait parce qu’il est allé jusqu’à Jérusalem, jusqu’à la croix et jusqu’à la résurrection, pour accomplir notre salut.
Prions.
Illustration de couverture : N. Poussin, Les Aveugles de Jéricho, 1650, huile sur toile, 119 x 176 cm, Musée du Louvre, Paris.





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