L’apôtre Pierre a écrit 2 Pierre
31 octobre 2026

L’article qui suit est traduit de l’anglais avec autorisation du site d’apologétique Testify.

La seconde épître de Pierre est un foyer de débats depuis pratiquement l’aube de l’Église, et ces discussions ne se sont pas calmées aujourd’hui. Le spécialiste du Nouveau Testament Bart Ehrman, mon souffre-douleur préféré, est catégorique : « Il y a moins de débat parmi les spécialistes du Nouveau Testament au sujet de l’auteur de 2 Pierre que pour n’importe lequel des autres livres parfois considérés comme des faux. Quel qu’ait été l’auteur de 2 Pierre, ce n’était pas Simon Pierre1. »

Les difficultés viennent de quelques raisons : 1) il manque à cette épître d’importantes références chez les Pères de l’Église primitifs, contrairement à d’autres livres ; 2) son style d’écriture diffère assez nettement de celui de 1 Pierre et présente des similitudes avec Jude, ce qui suggère une dépendance. De plus, ses thèmes théologiques semblent davantage correspondre aux préoccupations du IIᵉ siècle qu’à l’époque de Pierre. La lettre affirme que Pierre l’a écrite ; s’il ne l’a pas fait, cela soulève la question de savoir comment la Parole inspirée de Dieu peut être purement et simplement mensongère.

Les témoignages externes

Examinons d’abord une partie des témoignages externes.

Eusèbe

L’historien de l’Église Eusèbe (v. 265-339) a exprimé des doutes sur 2 Pierre, relevant que la lettre n’était pas citée par les « anciens presbytres2 ». Il a classé 2 Pierre, avec Jacques, 2-3 Jean et Jude, parmi les « livres contestés », tout en reconnaissant que ces textes étaient « néanmoins … connus de la plupart3 ». Cependant, des Pères de l’Église ultérieurs comme Jérôme, Athanase, Grégoire de Nazianze et Augustin ont affirmé la canonicité de 2 Pierre.

Origène

Avant Eusèbe, Origène, qui écrivit vers 180-250 apr. J.-C., est le premier connu à mentionner explicitement 2 Pierre par son nom, la citant six fois. Il reconnaît des doutes sur l’auteur de la lettre, disant : « Pierre a laissé une lettre reconnue, peut-être une seconde, qui est discutée4 ». Malgré ces doutes, Origène semble tenir 2 Pierre pour aussi autorisée que 1 Pierre, notant que, si certains doutaient de son authenticité, il ne remettait finalement pas en cause sa place dans le canon5.

Firmilien

Vers 230-269 apr. J.-C., Firmilien, évêque de Césarée de Cappadoce, écrivit à Cyprien en accusant l’évêque de Rome de faire un mauvais usage des enseignements des saints apôtres Pierre et Paul qui, dans leurs épîtres, ont condamné les hérétiques et nous ont avertis de les éviter. Cette référence à Pierre nous amène spécifiquement à cette épître. Le témoignage de Firmilien, venu de Cappadoce, est crucial pour notre sujet, étant donné que la première lettre de Pierre était adressée en partie aux Cappadociens. Même si elle n’était pas aussi répandue que d’autres livres du Nouveau Testament, l’essentiel est de savoir si nous avons assez de preuves de son existence et de son auteur. Le texte lui-même dit avoir été écrit par Pierre, et les chrétiens de cette région s’accordent avec cette affirmation.

Irénée

Même s’il y a désaccord, certains affirment que la phrase « pour le Seigneur, un jour est comme mille ans, et mille ans sont comme un jour » de 2 Pierre 3:8 apparaît dans les écrits d’Irénée (vers 180-200 apr. J.-C.). Ils disent que la manière dont Irénée l’a formulée6 ressemble davantage à 2 Pierre 3:8 qu’au Psaume 90:4 dans la Septante grecque.

Justin Martyr

Dans son Dialogue avec Tryphon, Justin Martyr (vers 140-165 apr. J.-C.) fait une allusion marquée à 2 Pierre 2:1. Il dit : « Tout comme il y a eu de faux prophètes (ψευδοπροφῆται) au temps de vos saints prophètes [en référence aux Juifs], il y a maintenant parmi nous de nombreux faux docteurs (ψευδοδιδάσκαλοι), comme notre Seigneur nous en a avertis. » 2 Pierre 2:1 dit quelque chose de semblable : « Il y a eu de faux prophètes (ψευδοπροφῆται) parmi le peuple [les Juifs], et il y aura parmi vous de faux docteurs (ψευδοδιδάσκαλοι). »

Dans son commentaire sur Jude et 2 Pierre, Richard Bauckham relève que cette comparaison entre les faux prophètes de l’Ancien Testament et les faux docteurs dans l’Église est rare dans les écrits chrétiens anciens, n’apparaissant guère que dans ces deux passages. De plus, le terme ψευδοδιδάσκαλοι ne se trouve que dans ces deux endroits dans la littérature jusqu’à l’époque de Justin. Ainsi, la référence probable de Justin Martyr à 2 Pierre laisse entendre qu’elle était acceptée au début du IIᵉ siècle, ce qui nous invite même à envisager son origine au Iᵉʳ siècle.

L’Apocalypse de Pierre

Le spécialiste du Nouveau Testament Michael J. Kruger souligne que les indices montrent solidement que l’Apocalypse de Pierre, datée d’environ 110, s’est largement inspirée de 2 Pierre pour sa composition. Dans son commentaire sur Jude et 2 Pierre, Joseph B. Mayor expose de nombreux liens littéraires et structurels entre les deux textes, appuyant l’idée que 2 Pierre a été fondatrice pour l’Apocalypse7. En outre, le consensus général reconnaît 2 Pierre comme l’œuvre supérieure sur les plans littéraire et spirituel. Il est improbable qu’une œuvre de moindre qualité en inspire une de qualité supérieure, car les imitations déclinent habituellement en qualité avec le temps. Accorder à 2 Pierre l’antériorité littéraire semble donc raisonnable. Si cette analyse tient, elle suggère que 2 Pierre pourrait être datée du Iᵉʳ siècle, ce qui oblige à reconsidérer la question de son auteur.

1 Clément

En 1 Clément 23.3, un texte est cité sans que sa provenance soit indiquée : « Malheureux les hommes à l’esprit partagé, ceux qui doutent dans leur âme et disent : « Nous avons entendu ces choses déjà du temps de nos pères, et voici que nous avons vieilli et rien de tout cela ne nous est arrivé. » » Une idée semblable apparaît en 2 Pierre 3:4, où il est question de moqueurs disant : « Où est la promesse de son avènement ? Car depuis que les pères se sont endormis, tout continue comme au commencement de la création. » Même si les mots sont différents, on trouve dans les deux passages un thème similaire, ce qui suggère un contexte commun.

Pourquoi 2 Pierre a-t-elle été contestée ?

On peut se demander pourquoi 2 Pierre a suscité du scepticisme et n’a pas été aisément acceptée alors qu’elle était connue dès le Iᵉʳ siècle. Cela pourrait tenir aux nombreux faux écrits attribués à Pierre qui circulaient. Certains groupes gnostiques ont probablement utilisé le nom de Pierre pour soutenir leurs idées erronées. Cela a rendu l’Église primitive prudente envers les écrits prétendant venir de Pierre. Cependant, le fait que les Pères de l’Église aient fini par accepter 2 Pierre tout en rejetant d’autres œuvres prétendant être de Pierre suggère que 2 Pierre était différente des autres. Considérons aussi que notre vision des témoignages en faveur de 2 Pierre est influencée par la comparaison avec des livres du Nouveau Testament très bien attestés. Peut-être paraît-elle insuffisante seulement parce que nous la comparons aux poids lourds. Si on la considère à la lumière de ce qui était requis pour authentifier des écrits à cette époque, 2 Pierre tient très bien la route.

Les prétendus problèmes internes

Abordons maintenant quelques-uns des prétendus problèmes internes soulevés contre 2 Pierre.

2 Pierre et Jude

2 Pierre et Jude partagent de nombreux passages semblables, presque comme si 2 Pierre avait emprunté des idées à Jude. Ils concordent par l’ordre et par des idées précises sur une vingtaine de versets. Il semble ainsi que l’auteur de 2 Pierre ait largement utilisé l’écrit de Jude. Cela remet en question l’idée que Pierre lui-même ait écrit 2 Pierre, puisqu’elle semble plutôt avoir emprunté à Jude.

En réponse, il est plausible que Pierre ait écrit une lettre s’adressant à de faux docteurs dans une communauté précise et en ait partagé le contenu avec Jude. Jude, confronté à un problème semblable de faux enseignement, pourrait avoir emprunté à 2 Pierre des sections pertinentes pour sa situation, plutôt que l’inverse. Par exemple, la comparaison de 2 Pierre 3:3 et de Jude 17-18 montre une ressemblance frappante dans la formulation. Il faut toutefois noter que les arguments reposant uniquement sur des similitudes de contenu ne déterminent pas nécessairement l’ordre de rédaction. La relation entre ces deux textes est complexe, ce qui rend difficile de conclure avec certitude lequel des deux livres a emprunté à l’autre. De plus, même s’il existe un lien entre ces deux lettres (et il y en a probablement un), cela ne signifie pas nécessairement que la lettre a été écrite trop tard pour avoir été rédigée par Pierre. La datation de Jude est encore très débattue ; même si 2 Pierre avait emprunté à Jude, cela ne détermine pas fermement la datation de la lettre.

Les faux docteurs

Le deuxième argument soutient que les « faux docteurs » mentionnés en 2 Pierre 2 semblent refléter une situation du IIᵉ siècle, ce qui suggère que l’auteur fait référence aux gnostiques. Ces croyances hérétiques ne sont apparues que bien après le Iᵉʳ siècle.

Mais l’argument selon lequel Pierre n’aurait pas écrit cette lettre à cause d’un lien avec le gnosticisme du IIᵉ siècle est assez faible. La lettre ne montre pas de croyances gnostiques essentielles, comme le dualisme. Certains suggèrent qu’il pourrait s’agir d’un « gnosticisme naissant », mais cela n’éclaire pas davantage la question. Une autre idée est que les faux docteurs étaient influencés par l’épicurisme, philosophie populaire à l’époque. Les épicuriens rejetaient le jugement divin et la vie après la mort, ce qui correspond à ce que les faux docteurs nient au chapitre 3. Les épicuriens étaient réputés moralement relâchés, et leurs croyances pouvaient mener à ce comportement. Ces théories révèlent notre manque de preuves pour identifier avec assurance les faux docteurs de 2 Pierre. Tenter de les rattacher à un seul groupe n’est peut-être pas la bonne approche. Dans l’Antiquité, comme aujourd’hui, les gens rencontraient de nombreuses idées, de sorte qu’il est difficile de déterminer exactement d’où les faux docteurs tenaient leurs croyances. Les données de 2 Pierre sont trop limitées pour la relier fermement au gnosticisme du IIᵉ siècle.

« Nos pères » et la parousie retardée

Un troisième doute concerne les mentions de « nos pères » (censés désigner les premiers chrétiens), l’importance de la tradition apostolique (visible en 3:2,16) et l’idée que la parousie pourrait être retardée (3:8). Certains pensent que cela suggère une date plus tardive, où l’espérance d’une parousie immédiate s’était estompée et où une autorité ecclésiale plus forte avait émergé.

Ehrman semble penser qu’il s’agit d’un argument imparable. Il dit : « L’une des raisons pour lesquelles pratiquement tous les spécialistes s’accordent à dire que Pierre n’a pas réellement écrit cette lettre est que la situation présupposée semble appartenir à une époque bien plus tardive. À la mort de Pierre lui-même, disons en l’an 64 sous Néron, il y avait encore une attente fervente du retour prochain de Jésus ; pas même une génération entière ne s’était écoulée depuis la crucifixion. Ce n’est qu’avec le temps que l’affirmation chrétienne selon laquelle tout cela aurait lieu « avant que cette génération ne passe » (Marc 13:30) et avant que les disciples aient « goûté la mort » (9:1) a commencé à sonner creux. Lorsque 2 Pierre fut écrite, les chrétiens devaient se défendre face à des adversaires qui se moquaient de leur conviction que la fin devait être imminente. « Pierre » doit donc expliquer que, même si la fin est à des milliers d’années, elle reste toute proche selon le calendrier de Dieu ; tout est toujours dans les temps8. »

Le problème est que cet argument n’est pas aussi invincible qu’il en a l’air. Des spécialistes comme Michael J. Kruger et D. A. Carson ont fait remarquer que, tant dans le Nouveau Testament que chez les Pères apostoliques, « nos pères » désigne couramment les patriarches juifs, et non des dirigeants chrétiens. Cela s’accorde parfaitement avec le contexte : des moqueurs niant la parousie en prétendant que le monde n’a pas changé depuis la création, allant jusqu’à nier le déluge de Noé. S’ils s’opposent à la parousie en se référant au commencement des temps, mentionner les patriarches juifs est tout à fait logique. Les spécialistes s’accordent largement pour dire que « les pères » désigne probablement les patriarches ou les prophètes de l’Ancien Testament. De plus, la préoccupation concernant le retard de la parousie existait à l’époque apostolique, et non à celle des Pères de l’Église, ce qui correspond au contexte d’une rédaction par Pierre.

Les lettres de Paul comme Écriture

Une quatrième objection est que l’auteur de 2 Pierre appelle les lettres de Paul « Écriture », ce que personne n’aurait dit dans les années 60 apr. J.-C. Voici Ehrman à nouveau : « … l’auteur de 2 Pierre écrit à une époque où il existait déjà un recueil des lettres de Paul en circulation, et où ces lettres étaient considérées sur un pied d’égalité avec les « Écritures » de l’Ancien Testament (3:16). Cela ne peut pas avoir été du vivant de Paul, et la tradition ancienne de l’Église indique que Pierre et Paul furent tous deux mis à mort sous le règne de Néron9. »

En réponse, D. A. Carson proteste, écrivant : « Depuis quand les livres du Nouveau Testament étaient-ils considérés comme canoniques ? Nous ne pouvons pas en être sûrs. Mais nous savons que les apôtres considéraient que leurs propres paroles avaient une autorité équivalente à celle de l’Écriture (par ex. 1 Co 5:3 ; 2 Co 10:11 ; 2 Th 2:15 ; 3:14). Ils se pensaient inspirés par le même Esprit que celui qui avait inspiré les prophètes (1 P 1:10-12). Ils s’attendaient à ce que leurs lettres soient lues dans l’Église avec l’Ancien Testament (cf. Col 4:16).17 De plus, Paul peut citer une parole de Jésus comme « Écriture » (1 Tm 5:18 — bien que, naturellement, de nombreux spécialistes considèrent aussi cette lettre comme tardive). Ainsi, bien que quelque peu inattendue, la description des lettres de Paul comme « Écriture », d’autant que la référence est allusive, est possible dès la fin de la vie de Pierre10. »

Kruger avance aussi quelques points intéressants en réponse. Il soutient qu’en 3:16, il n’est pas nécessaire de comprendre « toutes les lettres de Paul » comme signifiant davantage que toutes les lettres de Paul que Pierre connaissait à ce moment-là. Il n’est pas surprenant que Pierre ait vu les écrits de Paul comme aussi importants que l’Écriture de l’Ancien Testament. Paul revendiquait une autorité pour ses propres écrits et Pierre, comprenant l’importance du témoignage prophétique et apostolique comme révélation de Dieu, l’aurait reconnu.

Bien que les Pères apostoliques n’aient pas directement comparé les écrits de Paul à l’Ancien Testament, il est logique que Pierre ait compris plus vite les écrits de Paul ainsi. Paul était pour Pierre un frère bien-aimé, sentiment que ne partageaient pas les Pères apostoliques. De plus, il est inhabituel que quelqu’un qui écrit sous un faux nom exprime une affection personnelle comme le fait Pierre. Il est improbable qu’un faussaire dépeigne Pierre en difficulté pour comprendre les lettres de Paul. Typiquement, les auteurs pseudonymes glorifient leurs héros plutôt que d’admettre leurs faiblesses. Par conséquent, selon l’argument de Kruger, l’autocritique de Pierre soutient l’authenticité de la lettre11.

Pierre était-il un pêcheur illettré ?

La dernière objection à la paternité pétrinienne est la vieille rengaine du « Pierre était un pêcheur illettré ». Voici encore Ehrman : « Selon Actes 4:13, Pierre et son compagnon Jean, lui aussi pêcheur, sont décrits comme agrammatoi, mot grec signifiant « sans instruction » ou « illettré ». Pierre aurait-il donc pu écrire 1 et 2 Pierre ? Il y a des raisons convaincantes de douter qu’il ait écrit 2 Pierre, et quelques doutes aussi au sujet de 1 Pierre. Cependant, il est fort probable que Pierre ne savait pas écrire du tout. Il est important de noter que le livre de 1 Pierre est l’œuvre de quelqu’un de très instruit, compétent en grec et profondément connaisseur des Écritures juives dans leur traduction grecque, la Septante. Ce portrait ne correspond pas aux capacités de Pierre12. »

Bien qu’Ehrman reconnaisse que cela soit théoriquement possible, il ne trouve pas convaincante l’idée que « Pierre a appris plus tard dans sa vie ». Cependant, contrairement à l’opinion d’Ehrman, il existe des preuves convaincantes que Pierre parlait au moins un peu le grec. Le spécialiste du Nouveau Testament Richard Bauckham note : « Pierre était sûrement capable de parler grec », et ajoute : « À la lumière de la jeunesse de Pierre dans le contexte majoritairement gentil de Bethsaïda, Markus Bockmuehl parle d’une « très forte probabilité que Pierre ait grandi pleinement bilingue dans un milieu juif minoritaire13 ». » Bauckham mentionne aussi : « D’un autre côté, il vaut la peine de noter que Philippe, également de Bethsaïda, et le frère de Pierre, André, plutôt que Pierre lui-même, sont considérés comme les disciples les plus compétents en grec en Jean 12:21-22 », où il est rapporté, à partir de Jean 12:20, que des Juifs de langue grecque voulaient voir Jésus : « Ils s’adressèrent à Philippe, qui était de Bethsaïda en Galilée, avec une demande », ce qui indique qu’il leur était connu ou qu’on le leur présentait comme un locuteur grec14. Cela pourrait tenir davantage au fait que Philippe et André sont tous deux des noms grecs. Le fait que le frère de Pierre ait été nommé André par leurs parents est en soi suggestif.

Actes 6 suggère aussi qu’au sein de la communauté des croyants de Jérusalem, il y avait à la fois des veuves de langue araméenne (ou hébraïque) et des veuves de langue grecque. Toutefois, il est possible qu’Actes 6:1 désigne des Juifs hellénisés plutôt que exclusivement des personnes de langue grecque, bien que ces Juifs hellénisés aient probablement parlé grec. Il est possible que Pierre ait parlé un peu grec et reçu une aide substantielle d’un amanuensis. Je ne vois pas en quoi cette objection d’Ehrman prouve de façon convaincante que 2 Pierre ne provient pas de Pierre.

Quel était le motif du faussaire ?

Kruger remarque aussi une faiblesse dans l’argument contre 2 Pierre. Si 2 Pierre était une œuvre pseudonyme, elle n’aurait ni but ni motif clair. Typiquement, les écrits pseudonymes visaient à promouvoir des vues différentes des croyances chrétiennes admises. Par exemple, l’Évangile de Pierre défendait une christologie docète, l’Évangile de Thomas soutenait une vision du monde gnostique, et l’Apocalypse de Pierre visait à enrichir la connaissance de l’au-delà. De tels écrits sont habituellement liés à des groupes hérétiques. À l’inverse, les groupes orthodoxes, alignés sur les enseignements de l’Église, n’auraient pas eu besoin de falsifier de tels écrits sous le nom d’un apôtre15.

2 Pierre ne semble poursuivre aucun programme polémique ni position hérétique, et elle ne ressemble pas non plus aux autres écrits attribués à Pierre qui ont des visées claires. Elle ne s’engage pas non plus dans les controverses doctrinales du IIᵉ siècle. Si Pierre en était la source, le contenu s’explique parfaitement ; mais si elle est pseudonyme, son but reste obscur15.

Un mot rapide sur l’argument catholique du canon

Les apologistes catholiques utilisent parfois 2 Pierre comme un problème pour les protestants. L’argument est à peu près le suivant : puisque 2 Pierre a été contestée et que les témoignages historiques ne peuvent soi-disant pas nous dire si elle appartient à la Bible, les protestants n’ont aucun moyen de savoir qu’elle est Écriture sans une Église infaillible. Autrement dit, on peut soit accepter l’autorité de l’Église catholique, soit admettre qu’on ne sait pas ce qui appartient à sa Bible.

Mais cet argument suppose que le dossier historique est sans espoir, ce que conteste précisément cet article. 2 Pierre n’a pas été acceptée immédiatement partout, mais « contestée » ne signifie pas « historiquement inconnaissable ». Nous avons des preuves qu’elle était connue tôt, probablement utilisée par des auteurs avant Origène, acceptée comme autorisée par Origène lui-même, liée à des régions auxquelles Pierre s’adressait, et finalement distinguée du flot de véritables faux pétriniens. Les arguments internes en faveur d’un faux du IIᵉ siècle sont eux aussi bien plus faibles qu’on ne le fait souvent entendre.

La réception de 2 Pierre par l’Église primitive fait partie de ces preuves. Les protestants n’ont pas à prétendre que l’Église n’a joué aucun rôle. Mais utiliser le témoignage chrétien ancien comme preuve historique n’est pas la même chose que croire que le Christ a donné à Rome une capacité infaillible de définir le canon. Cette conclusion ne s’ensuit tout simplement pas. Les historiens connaissent régulièrement des faits par des témoignages convergents sans avoir besoin d’une institution infaillible derrière chaque jugement.

Conclusion

Les premiers chrétiens ont accepté 2 Pierre comme livre canonique, montrant qu’ils étaient confiants que Pierre l’avait écrite, même s’il y avait des doutes chez certains Pères de l’Église primitifs. Étant donné les nombreux faux écrits attribués à Pierre, comme l’Évangile de Pierre, l’Apocalypse de Pierre et les Actes de Pierre, la prudence est compréhensible. Les objections internes au texte contre la paternité de Pierre sont faibles, et il n’y a ni preuve ni raison de croire que l’auteur soit malhonnête. L’affirmation catégorique, dans les études bibliques, selon laquelle 2 Pierre serait un faux évident met en lumière certaines tendances à l’excès dans l’ensemble des études bibliques.


Illustration en couverture : James Thornhill, Peter and John curing the Lame Man, 1729-31.

  1. Forged: Writing in the Name of God, p. 80[↩]
  2. Hist. eccl. 3.3.1.[↩]
  3. Hist. eccl. 3.25.1-4.[↩]
  4. Eusèbe, Hist. eccl. 6.25.11[↩]
  5. Origène, Hom. in Josh. 7.1[↩]
  6. Haer. 5.23.2[↩]
  7. Mayor, commentaire sur Jude et 2 Pierre, p. 130-134.[↩]
  8. Ibid., p. 81.[↩]
  9. Ibid., p. 82.[↩]
  10. Carson et Moo, An Introduction to the New Testament, p. 661.[↩]
  11. The Authenticity of 2 Peter, Kruger, p. 20.[↩]
  12. Ibid., p. 87].]. »

    Premièrement, Actes 4:13 rapporte les opinions de prêtres hautains à propos de Pierre, perçu comme un péquenaud de Galilée, et pas nécessairement le point de vue de Luc. Il est agaçant de voir à quel point les sceptiques abusent de ce passage. De plus, 1 Pierre 5:12 déclare explicitement que Pierre a été aidé pour écrire la lettre par un frère chrétien nommé Silvain. Ainsi, le langage plus soigné et les différences de style de 1 Pierre reflètent davantage Silvain que Pierre. Bien qu’aucun scribe ne soit nommé en 2 Pierre, cela n’exclut pas la possibilité qu’un scribe ait aidé Pierre.

    Deuxièmement, il existe une croyance erronée selon laquelle des personnes élevées comme pêcheurs seraient incapables d’apprendre ou de devenir compétentes lorsqu’elles deviennent apôtres. Carson écrit : « Bien que certainement particulier, le grec de 2 Pierre n’est pas aussi particulier que beaucoup de spécialistes l’ont suggéré. Plusieurs spécialistes notent que l’auteur pourrait imiter consciemment le style dit « asiatique », forme de discours rhétorique qui devenait populaire à l’époque. Pierre, cherchant à créer autant de terrain d’entente que possible avec ses lecteurs, ne pourrait-il pas avoir adopté un tel style ? L’affirmation selon laquelle un pêcheur galiléen n’aurait pas pu écrire le grec de la lettre ne peut tenir sans en savoir beaucoup plus que nous n’en savons sur la manière dont ce pêcheur galiléen a passé les trente années ou plus entre l’abandon de ses filets et la date de cette lettre. Un ministère en Asie Mineure, en Grèce et à Rome pourrait très bien avoir fourni à Pierre une formation en grec, et même un style rhétorique, semblables ou même supérieurs à ceux qu’on pouvait acquérir en classe[[Carson et Moo, Ibid., p. 661.[↩]

  13. Jesus and the Eyewitnesses, p. 229[↩]
  14. Ibid., p. 263.[↩]
  15. Kruger, ibid., p. 27.[↩][↩]

Maxime Georgel

Maxime est médecin à Lille. Fondateur du site Parlafoi.fr, il se passionne pour la théologie systématique, l'histoire du dogme et la philosophie réaliste. Il affirme être marié à la meilleure épouse du monde. Ils vivent ensemble sur Lille avec leurs quatre enfants, sont membres de l'Église de la Trinité (trinitelille.fr) et sont moniteurs de la méthode Billings.

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