Les enfants sont-ils sauvés ?
2 janvier 2019

La question du salut des enfants morts en bas âge est une question complexe en soi et qui pourrait être traitée dans un livre séparé. Voyons si ce que nous avons dit dans ce livre (cet article est extrait de mon livre sur le pédobaptême) peut l’éclairer d’une manière ou d’une autre.

Pour ce qui est des enfants d’incroyants, il faut admettre que la Bible ne nous dit pas grand-chose. Il est clair que nous naissons tous pécheurs et coupables (Psaume 51 :7, Romains 5 :12-21) et qu’à ce titre Dieu serait parfaitement juste s’il voulait nous condamner dès le plus jeune âge. Il est clair aussi que personne, à moins d’être né de nouveau, ne pourra entrer dans le royaume de Dieu (Jean 3 :5). Toutefois, d’autres textes semblent laisser entendre que Dieu pourrait les sauver (Matthieu 18 :1-11), à moins que ces textes mentionnent des enfants en particulier (ceux du peuple de Dieu). Peut-être que Dieu nous a volontairement laissé dans l’ignorance à ce sujet pour ne pas que nous ayons des raisonnements comme « alors l’avortement est encore plus efficace que la mission pour sauver les hommes ! ».

Les théologiens ont donc été divisés sur la question et cela n’est pas nouveau, déjà Augustin et Ambroise exprimaient des avis divergents. Certains considèrent tous les enfants d’incroyants comme perdus, d’autres comme tous sauvés, d’autres encore disent que Dieu est libre de sauver qui il veut, même parmi les enfants.

Toutefois, quand il s’agit des enfants de croyants, tous les théologiens réformés sont unanimes. Non pas, encore une fois, parce que nous croirions que le baptême sauve, mais en raison de la promesse de Dieu.

Que l’enfant soit déjà baptisé ou non, les réformés ont toujours dit que les parents pouvaient avoir confiance en Dieu et se reposer sur les promesses de Dieu qui dit qu’il sera le Dieu de notre descendance.

Quand un adulte se convertit, se fait baptiser puis meurt, nous présumons qu’il était sauvé et régénéré à moins d’avoir de sérieux indices qu’il avait abandonné la foi. C’est ce que l’on appelle un « jugement de charité ». De même, les réformés jugent avec charité leurs enfants, tout en leur annonçant l’Évangile et en appelant tout le monde à la repentance. Et, si un enfant vient à mourir, ils font confiance aux promesses de Dieu et se disent que Dieu est capable de l’avoir fait naître de nouveau, mystérieusement, pour qu’il puisse entrer dans le royaume des cieux. Car personne ne peut y rentrer sans être né d’en haut (Jean 3 :5).

Autrement dit, ce n’est pas parce que les enfants sont baptisés qu’ils sont sauvés, mais c’est en raison de la promesse de Dieu. Cette même promesse qui sert de base au baptême. David aussi, en son temps, a pu s’appuyer sur cette promesse pour dire qu’il retrouverait son fils après sa mort (2 Samuel 12:23). Nous ne spéculons pas sur le moment ou la manière par laquelle Dieu peut régénérer un enfant, c’est son œuvre. De notre côté, nous nous confions dans ses promesses.

L’expérience montre, par ailleurs, que Dieu peut régénérer une personne très tôt. Parfois si tôt qu’elle est incapable de se souvenir du jour précis. Cela n’est pas une anomalie. Il faut même prier, dès leur plus jeune âge, pour que Dieu œuvre dans leur cœur, sachant qu’il est capable de le faire, mystérieusement, dès le ventre maternel (Cf. Psaume 22:10, 11, Psaume 71:5, 6, Luc 1:15).

ET QU’EN EST-IL DES ENFANTS QUI GRANDISSENT ?

Cette question est à la fois plus simple et plus complexe. Plus simple car il est très clair qu’un enfant de chrétien parvenu à un âge de raison ne peut être sauvé s’il ne croit pas. Mais plus complexe car cela pose la question : Et les promesses de Dieu ? Dieu n’a-t-il pas promis d’être le Dieu de ma descendance ?

Notre infidélité n’annule pas la fidélité de Dieu (Romains 3:3). On ne peut pas blâmer Dieu si l’un de nos enfants se perd. Oui, Dieu fait des promesses, mais elles doivent être reçues par la foi. Il faut donc être très au clair sur le fait que si l’un de nos enfants se perd, c’est par son incrédulité. Sinon, nous aurions une amertume devant Dieu à ce sujet.

Par ailleurs, si vous connaissez l’Écriture, vous savez que l’homme naturel est pécheur, mort (Éph 2:1), incapable de croire (Jean 12:39) et incapable de toute œuvre bonne (Tite 1:16). Vous savez aussi que ce n’est que par la grâce qu’un pécheur peut venir à la foi, puisque celle-ci est un don de Dieu (Éph 2:8). C’est ici que la tension se fait ressentir, car il n’y a pas, en ce monde, une correspondance parfaite entre le dessein d’élection de Dieu et l’administration de l’alliance (en théologie de l’alliance, on dirait qu’il y a une différence entre alliance de rédemption et alliance de grâce).

L’on aurait pu se poser la même question quant au peuple d’Israël. Si Dieu leur promet la gloire, les alliance, l’adoption, le Messie (Romains 9 :4, 5), pourquoi restent-ils incrédules (Romains 9 :1-3) ? La « parole de Dieu serait-elle devenue caduque » (Romains 9:6) ? Non répond Paul, car « tous ceux qui descendent d’Israël ne sont pas Israël » (Romains 9 :6). Autrement dit, il y a une distinction entre ceux qui reçoivent les promesses d’un côté et ceux qui en jouissent réellement par la foi de l’autre. Une différence entre le peuple visible de Dieu et les élus. En Romains 11, Paul nous dit que les païens sont maintenant greffés sur ce même arbre, ces vérités sont donc valables dans l’Église. (Je signale, en passant, à mes amis baptistes calvinistes que Paul ne fait pas ici de l’Église une communauté qui ne serait plus mixte. Au contraire, on peut aussi être « retranché » de l’arbre par incrédulité selon Paul).

Pour autant, cela ne veut pas dire qu’il n’y a aucun avantage à hériter des promesses ou à être membre du peuple visible (Romains 3 :1-3). En effet, Dieu se sert bien souvent de ce qu’il a créé. Ainsi, en Créateur de la famille et de l’Église, il se sert bien souvent de ces moyens ordinaires pour nous faire parvenir sa grâce extraordinaire.

Si l’enfant est responsable de son incrédulité, cela ne veut pas dire que les parents n’ont aucune responsabilité. Leur responsabilité respective est de nature différente. Les parents et l’Église jouent un rôle d’influence et de modèle, présentant du mieux qu’ils le peuvent les promesses de Dieu et son Évangile. L’individu, de son côté, est directement responsable s’il est incrédule. Cette responsabilité des parents sur la situation spirituelle des enfants doit pousser d’un côté à considérer avec sérieux la tache de parent et de l’autre à se réfugier en Dieu et lui demander son secours sans lequel personne ne peut être un bon parent. L’Écriture souligne en de nombreux endroits cette responsabilité parentale (1 Samuel 2:29, 3:13, Tite 1:6).

En résumé, (1) l’individu né en famille chrétienne est le seul à blâmer directement pour son incrédulité ; sa responsabilité est même augmentée du fait qu’il ait résisté à l’Evangile dans un contexte si favorable. (2) Dieu n’est pas infidèle à sa parole car c’est l’incrédulité qui la rend ineffective, son dessein d’élection ne correspond pas exactement à l’administration de l’alliance ; son Église sur terre n’est pas composée que d’élus. (3) Il y a tout de même un immense avantage à naître en famille chrétienne ou à rejoindre l’Église visible car c’est le moyen ordinaire dont Dieu se sert pour amener ses élus à la foi. (4) Bien que l’individu soit le seul coupable de sa perdition, l’Église et la famille sont aussi responsable de sa situation spirituelle, dans une certaine mesure.

Maxime Georgel

Maxime est étudiant en médecine à Lille. Fondateur du blog Parlafoi.fr, il se passionne pour la théologie systématique, l'histoire du dogme et la philosophie réaliste. Vous entendrez souvent dans sa bouche "Thomas d'Aquin", "Jean Calvin" et "Vive la scolastique". Il affirme être marié à la meilleure épouse du monde. Ils vivent ensemble sur Lille avec leurs deux enfants et sont moniteurs de la méthode Billings.

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