Que faire des enfants qui font du bruit au culte ? Le principe communautaire
30 mai 2020

“Les enfants, ça fait du bruit pendant que le prédicateur parle. Ils pleurent et puis, ils n’aiment pas rester en place. D’ailleurs, ils ne comprennent pas tout. Vraiment, l’Église c’est pas pour eux.”

Certaines Églises, en particulier en Corée et en partant d’un bon sentiment, ont commencé à faire un culte séparé, pour enfants, pour remédier à ce « problème ». Dans nos pays, il y a quelques siècles qu’un tel raisonnement a commencé à voir le jour sans aller autant dans l’extrême. Il s’est limité à l’introduction des « écoles du dimanche ». À l’origine, elles étaient conçues pour les enfants de parents athées qui manquaient d’instruction religieuse, mais peu à peu elles sont devenues le culte des enfants. Je ne viens pas vous dire de rejeter tout cela, je viens vous présenter la perspective réformée.

Puisque nous considérons que les enfants sont dans l’Église en vertu des promesses de Dieu et que le culte public, le dimanche, est basé sur le « principe communautaire », c’est-à-dire le fait que c’est toute la communauté qui vient adorer Dieu, il est impensable de dissocier les parents et les enfants dans ce moment. Ce serait comme couper l’assemblée en deux, un culte pour les cheveux bruns, un culte pour les autres. Un culte pour les femmes, un culte pour les hommes. C’est insensé.

Ainsi, le culte réformé selon la Parole se veut communautaire. Tout le monde doit participer, même les enfants. De cela, l’assemblée tirera plusieurs bénéfices1.

Les bénéfices pour les enfants

Premièrement, les enfants en tirent du bénéfice. Pour trois raisons au moins :

(1) ils sont connectés au passé par cela, aux générations précédentes qui sont chargées de leur transmettre la foi. Connectés aussi à l’Église de tous les siècles en chantant les chants que tous les chrétiens ont chanté par le passé : les psaumes. L’enfant apprend que la foi chrétienne n’est pas le nouveau truc que son moniteur réinvente tous les dimanches, il s’agit d’une foi historique, basée sur ce que Dieu a fait dans l’histoire et incarnée dans l’Église.

(2) Les enfants sont aussi connectés à l’Église par ce moyen. Ils apprennent à prier en entendant les adultes, ils comprennent peu à peu le sens de la Cène en la voyant pratiquée. Ils connaissent les mêmes chants. Ils voient aussi les adultes rester calmes et comprennent que le culte n’est pas un club de chant, mais quelque chose de plus sérieux.

(3) Les enfants sont connectés à leur propre famille par ce moyen. Ils entendent la même Parole prêchée que leurs parents, ce qui peut fournir par la suite des occasions uniques d’en discuter : « ça voulait dire quoi quand le pasteur a dit ça ? » demandera l’enfant. Et les parents pourront aussi demander « tu as compris/retenu quoi ce matin ? ».

Les bénéfices pour l’assemblée

Deuxièmement, inclure les enfants procure des bénéfices aux adultes. Vous vous dites peut-être « oui, cela est bon pour les enfants, mais j’aimerai bien pouvoir comprendre ce qui se passe, plutôt que d’être en train de m’occuper des enfants ! ».

(1) Mais intégrer les enfants au culte aide l’Église entière à se rendre compte que les enfants font partie du peuple de Dieu. Bien souvent, nous pensons que c’est à l’âge adulte que l’on grandit vraiment dans la foi, dans la sainteté et donc, on voit les enfants comme des « membres de second rang ». Cela se voit dans la façon avec laquelle nous parlons « il y a une quarantaine de personnes dans notre Église, et quelques enfants ». Peut-être que nous ne nous en rendons pas compte, mais nous envoyons le message aux enfants que la foi chrétienne est faite pour les adultes et que ce sont vraiment les adultes qui peuvent être de « vrais » chrétiens. L’exemple du Christ, au contraire, est de présenter les enfants comme modèle aux adultes !

(2) Intégrer les enfants au culte aide l’Église à glorifier Dieu de la bonne manière. Dès la Création, Dieu a décidé que nous devions nous multiplier (Gen 1:28). Autrement dit, il a choisi d’être glorifié non seulement au travers des adultes, mais aussi par le fait même d’engendrer. Ce désir de Dieu s’exprime aussi dans le culte ici sur terre et, d’autant plus, dans le ciel où les générations de chrétiens s’assemblent devant l’Agneau. En attendant ce jour, Dieu nous appelle à être d’un seul Esprit et d’une seule foi, dans l’unité (Éph 4:4-6), tous ensemble, enfants y compris.

(3) Intégrer les enfants au culte public aide l’Église à transmettre l’Évangile d’une génération à l’autre. La foi chrétienne, une fois de plus, est historique. Elle s’est transmise depuis les apôtres jusqu’à nous. Elle n’est pas tombée du ciel sur notre génération. Les générations précédentes ont dû travailler l’une après l’autre pour que nous ayons ce message. Apprendre aux enfant le sens de la Cène, les chants de l’Église où tous les autres éléments du culte comme une confession de foi apprend aux enfants que les doctrines de la foi ne sont pas inventées pour leur plaire comme le père Noël mais sont des réalités transmises et le culte devient le lieu privilégié pour que l’Église accomplisse cette mission. Cela responsabilise l’Église vis-à-vis des enfants et lui donne une occasion inédite d’instruire.

(4) Les enfants motivent les adultes à adorer Dieu d’une bonne manière. Les enfants ont beaucoup à apprendre et doivent grandir. Mais nous sommes parfois surpris de voir combien ils nous apprennent, à nous adultes ! Entendre les voix des enfants mêlées à celles des adultes dans l’adoration lui donne une toute autre dimension. Ou alors, se rendre compte que l’on est bien distrait en voyant tel enfant tout à fait concentré sur ce que dit le prédicateur peut nous reprendre. Intégrons le fait que le jeune âge ne veut pas dire que les enfants sont incapables d’être mûrs spirituellement. Ils le sont parfois plus que les adultes. Un cœur sincère, humble et plein de foi, d’une grande valeur devant Dieu, peut se trouver chez un enfant.

(5) La présence des enfants nous rend humbles. Elle nous rend humbles face à Dieu car elle nous montre que, devant Dieu, nous n’avons pas plus de valeur qu’eux en raison de tous les accomplissements que nous aurions dans nos vies d’adultes. Elle nous rend humbles car ils illustrent notre propre ignorance et notre faiblesse. L’écart entre notre intelligence et celle des enfants est bien plus petit que celui entre notre intelligence et celle de Dieu ! Face à lui, nous sommes bien plus ignorants qu’un enfant à nos yeux. Cela nous rend aussi sensible au fait que l’Église n’est pas composée uniquement de rochers dans la foi, mais aussi de plus faibles dont nous devons prendre soin. Cela nous montre aussi que nous avons le droit de reconnaître nos faiblesses dans l’Église, nous ne serons pas rejetés. Leur présence nous rend humbles aussi dans nos discours. Elle rappelle aux prédicateurs et aux personnes qui ont une sensibilité théologique comme moi que la foi chrétienne n’a pas besoin d’être présentée avec un langage complexe. Le prédicateur apprend à parler aux enfants et, ce faisant, il parle mieux aux adultes les plus simples.

Alors, la prochaine fois qu’un enfant fait du bruit dans votre Église, louez Dieu : son Église grandit !

Illustration : Johann Peter Hasenclever, Les Enfants du pasteur (Die Pfarrerskinder), vers 1847, huile sur toile, collection Volmer (Wuppertal).


  1. Je m’inspire ici de Vern S. Poythress dans For You and Your Children, WTS et de Eunjin Kim, The Place for Children in Corporate Worship, publié sur reformedmargins.com.[]

Maxime Georgel

Maxime est étudiant en médecine à l'Université Catholique de Lille. Fondateur du blog Parlafoi.fr, il se passionne pour la théologie systématique, l'histoire du dogme et la philosophie réaliste. Vous entendrez souvent dans sa bouche "Thomas D'Aquin", "Jean Calvin" et "Vive la scolastique". Il affirme être marié à la meilleure épouse du monde. Ils vivent ensemble sur Lille avec leur petit Thomas.

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