Neuf méditations pour Noël — Ésaïe 9
11 décembre 2020

Nous aimons mettre en lumière les trésors de l’histoire de l’Église. Quoi de plus lumineux que la période des fêtes pour vous faire découvrir le Festival des Neuf Leçons et Chants de Noël ? Cette célébration anglicane, conçue et organisée pour la première fois par Edward White Benson en 1880 réunit neuf leçons et chants de Noël qui retracent l’histoire du salut, de la chute de l’homme au mystère de l’Incarnation. Inauguré à la cathédrale de Truro en Angleterre, l’événement est reconduit tous les ans depuis lors.
L’histoire ne s’arrête pourtant pas là. À son retour de la grande guerre, l’aumônier du 
King’s College de Cambridge souhaita réchauffer les cœurs en calquant le culte de Noël traditionnel de l’école sur celui des fameuses leçons et chants de Benson. Dès la première année son succès fut immense, dix ans plus tard, il devenait un événement mondial lorsque la BBC commença à le diffuser sur ses programmes étrangers. Ce sont désormais des millions d’auditeurs qui écoutent ces leçons, composées de neuf lectures de la Bible entrecoupées de chants de Noël.

À travers une collaboration mêlant méditations des contributeurs et illustrations de Pauline Bargy, nous vous proposons de les découvrir, afin de méditer avec plus d’attention encore sur la naissance de notre sauveur, que ce soit pour votre édification personnelle (les raisons et les implications de la naissance du Messie font partie des sujets de méditation les plus glorieux pour le chrétien !), ou pour témoigner autour de vous de ce que nous devrions réellement célébrer à l’occasion de cette fête. Méditez, contemplez et surtout découvrez le vrai sens de Noël! Cette méditation est une traduction de celle publiée sur le blog Knowing Scripture par Daniel Hoffman.

La naissance et le royaume du Christ annoncés, Pauline Bargy, consulter les détails sur l’illustration

Le peuple qui marchait dans les ténèbres
Voit une grande lumière;
Sur ceux qui habitaient le pays de l’ombre de la mort
Une lumière resplendit.

Car un enfant nous est né, un fils nous est donné,
Et la domination reposera sur son épaule ;
On l’appellera Admirable, Conseiller, Dieu puissant,
Père éternel, Prince de la paix.
Donner à l’empire de l’accroissement,
Et une paix sans fin au trône de David et à son royaume,
L’affermir et le soutenir par le droit et par la justice,
Dès maintenant et à toujours :
Voilà ce que fera le zèle de l’Eternel des armées.

Ésaïe 9:2, 6-7

Ozias et l’Éternel

Dans sa jeunesse, Ozias, roi de Juda, fut l’un des plus grands dirigeants que Juda a jamais eus. Et ce jusqu’à ce que sa grandeur le conduisît à l’arrogance, et son arrogance au sacrilège, ce qui lui coûta sa santé et, plus grave encore, sa pureté rituelle. Ozias pénétra dans le temple alors qu’il n’y était pas autorisé et essaya d’exercer les fonctions réservées aux prêtres (ici, offrir un sacrifice à Dieu), pourtant en dehors de son rôle de roi. Il a donc été puni par Dieu et a fini sa vie isolé des autres lépreux qu’il était (2 Chroniques 26:16-21).

La dernière année de la vie d’Ozias en tant que lépreux correspond à celle où Ésaïe a été appelé par Dieu pour débuter son ministère de prophète. C’est peut-être justement à cette maladie d’Ozias que le premier chapitre d’Ésaïe fait écho :

À quoi bon vous frapper encore?
Vous multipliez vos révoltes.
La tête entière est malade et tout le cœur est souffrant.
De la plante des pieds jusqu’à la tête,
Rien n’est en bon état :
Ce ne sont que blessures, contusions et plaies vives
Qui n’ont été ni pansées, ni bandées, ni désinfectées.

Ésaïe 1.5-6

Ozias étant le représentant politique de Juda devant Dieu, sa maladie physique et son impureté cérémonielle reflétaient la décadence morale de la nation. Bien que chaque roi descendant de David fût appelé oint de l’Éternel (un messie), ils étaient tous imparfaits. Il était évident que même un roi aussi puissant qu’Ozias ne pouvait être le sauveur tant attendu.

Cependant, l’année de la mort d’Ozias, le prophète Ésaïe reçut une vision de la part du vrai Roi :

L’année de la mort du roi Ozias, j’ai vu le Seigneur assis sur un trône très élevé ; le bord inférieur de son vêtement remplissait le temple…

Ésaïe 6.1

Dans cette scène qui nous est familière, on trouve les séraphins ressemblant à des dragons à six ailes. Ce sont des serviteurs de la cour de l’Éternel. Bien qu’ils soient eux-mêmes éblouissants à la vue, ils sont obligés de se couvrir le visage devant la gloire bien plus excellente du Dieu qu’ils servent.  Leur voix qui retentit en criant « Saint, saint, saint est l’Éternel. » va jusqu’à secouer les montants des portes du temple, à un tel point qu’Ésaïe ne peut le supporter.

Malheur à moi ! Je suis perdu, car je suis un homme aux lèvres impures, j’habite au milieu d’un peuple aux lèvres impures et mes yeux ont vu le roi, l’Éternel, le maître de l’univers.

Ésaïe 6:5

Le contraste entre le roi Ozias et l’Éternel roi ne pourrait pas être plus frappant. Ozias est faible, malade et séparé d’Israël à cause de son impureté. À l’opposé, l’Éternel a une puissance écrasante, il est saint et glorieux dans sa transcendance. Il est lui aussi séparé des autres, mais pas pour la même raison. C’est parce que dans sa sainteté, il habite une lumière inaccessible, qu’aucun homme n’a vue ni ne peut voir (1 Timothée 6:16).

Achaz et l’Éternel

Si l’on avance quelques années après (en ne sautant qu’un seul chapitre d’Ésaïe), on fait la rencontre du petit fils d’Ozias : Achaz. Achaz ne possédait aucune qualité qui eût fait de lui quelqu’un d’exceptionnel. Au contraire, il fut l’un des rois les plus mauvais de toute l’histoire de Juda. Il brûla notamment son fils en sacrifice aux dieux païens (2 Rois 16:3), trahit son allégeance à l’Éternel pour se tourner à la place vers le roi assyrien Tiglath-Piléser en affirmant être « son fils et son serviteur » (2 Rois 16:7) et cherchât à cacher son incrédulité et sa crainte sous un semblant de piété (Ésaïe 7:12).

La loyauté d’Achaz envers Tiglath-Piléser reflète bien la situation géopolitique de son temps. À l’époque d’Achaz, l’ascension de l’Assyrie sur la scène internationale avait profondément bouleversé la politique étrangère de Juda. En réponse à cela, la Syrie et le royaume du nord d’Israël formèrent une coalition défensive pour contrer la puissance de l’Assyrie. Ils essayèrent également de se débarrasser d’Achaz pour le remplacer par un autre roi qui serait sensible à leur cause et qui amènerait alors Juda dans une alliance avec eux (Ésaïe 7:1-6).

Face à cette menace, Achaz fut « tout secoué, comme les arbres de la forêt lorsqu’ils sont secoués par le vent » (Ésaïe 7:2). Ici « secoué » est le même mot utilisé pour décrire le tremblement des portes du temple dans la vision d’Ésaïe (Ésaïe 6:4). Confronté à ce dilemme — devenir un vassal entièrement voué à l’Assyrie (perdant ainsi son indépendance mais gagnant la sécurité) ou tenir ferme et faire confiance à l’Éternel —, Achaz penche pour la première option. Et cela malgré la promesse de Dieu de le sauver, donnée par l’intermédiaire d’Ésaïe conformément aux termes de l’alliance davidique. Après tout, Achaz est bel et bien le successeur de David qui règne à Jérusalem. L’Eternel dit à Achaz de ne pas craindre le complot que ses voisins sont en train de préparer : « Sois tranquille, n’aie pas peur et que ton cœur ne se trouble pas… Cela ne se produira pas, cela n’aura pas lieu… Si vous ne croyez pas, vous ne subsisterez pas. » (Ésaïe 7:4, 7, 9) Même lorsque Dieu lui propose de lui demander d’accomplir un signe miraculeux pour le rassurer, Achaz rejette l’offre et dissimule avec hypocrisie son absence de confiance en l’Éternel sous un masque de piété :

L’Éternel dit encore à Achaz : « Demande pour toi un signe à l’Éternel, ton Dieu ! Demande-le, que ce soit dans les plus extrêmes profondeurs ou les lieux les plus élevés. » Achaz répondit : « Je ne demanderai rien, je ne provoquerai pas l’Éternel. »

Ésaïe 7:10-12

Répétons-le encore une fois, le contraste entre les rois humains et le roi divin ne saurait guère être plus évident. Si l’on regarde Ozias, on a un roi acceptable bien qu’imparfait, mais aussi faible, lépreux et proche de la mort. Si l’on considère Achaz, on se retrouve avec un roi méchant dont le cœur « tremblant » ne le poussera même pas à placer sa confiance en Dieu pour obtenir la délivrance.

Ozias comme tous les mortels mourra. Achaz, comme tous les pécheurs au lieu de choisir Dieu, optera pour la sécurité matérielle. À travers tous ces événements, Dieu est le vrai roi de Juda : saint dans sa transcendance, éternel, immuable, fidèle et tout-puissant.

Roi humain ou roi divin ?

Ce contraste entre l’Éternel et les rois humains (ses représentants) souligne une tension qu’on retrouve à travers tout l’Ancien Testament : d’une côté, Dieu a promis que le trône de David serait assuré pour toujours, que sa dynastie subsisterait à jamais (Psaume 89:27-37) ; d’un autre côté, d’autres passages semblent nous montrer qu’en réalité, c’est Dieu qui est le vrai roi d’Israël (Juges 8:23 ; 1 Samuel 8:7). Il est clair que les rois qui siègent sur le trône de David sont remplis de faiblesses, si ce n’est de méchanceté. En même temps, la présence directe et révélée de Dieu est écrasante : elle nous fait trembler devant lui. Dieu sait que nous avons besoin d’un roi qui est proche de nous et qui peut compatir à nos faiblesses, mais qui est lui-même sans péché.

C’est dans ce contexte qu’il faut se placer pour comprendre la réponse de Dieu à Achaz. Quoiqu’Achaz eût refusé la confirmation de la promesse de Dieu par un signe miraculeux, Dieu lui promit quand même un signe qui se réalisera longtemps après sa mort :

Écoutez donc, membres de la dynastie de David ! Est-ce trop peu pour vous de fatiguer les hommes, pour que vous abusiez encore de la patience de mon Dieu ? Voilà pourquoi c’est le Seigneur lui-même qui vous donnera un signe : la vierge sera enceinte, elle mettra au monde un fils et l’appellera Emmanuel.

Ésaïe 7.14

Dans le neuvième chapitre d’Ésaïe, on en apprend plus sur ce fils :

En effet, un enfant nous est né, un fils nous a été donné, et la souveraineté reposera sur son épaule ; on l’appellera merveilleux conseiller, Dieu puissant, Père éternel, Prince de la paix. Étendre la souveraineté, donner une paix sans fin au trône de David et à son royaume, l’affermir et le soutenir par le droit et par la justice, dès maintenant et pour toujours : voilà ce que fera le zèle de l’Éternel, le maître de l’univers.

Ésaïe 9:5-6

Le peuple de Dieu a besoin d’un roi qui lui ressemble et qui est proche de lui, mais qui n’échouera pas. C’est exactement ce que nous avons dans la personne de Jésus. À Noël, nous célébrons la venue de l’Éternel, roi dans une forme humaine, né en tant qu’enfant exprès pour nous, pour notre salut. Un roi de la dynastie de David, qui accomplit les promesses de Dieu faites dans le cadre de son alliance, qui résout la tension entre les rois imparfaits de l’Ancien Testament et le vrai roi de la vision d’Ésaïe, transcendant, saint et glorieux. C’est exactement de cela que cet hymne de Noël parle :

Le Christ, adoré par les cieux
Le Christ, Seigneur éternel
Tardivement, le voici qui arrive
Progéniture du ventre de la vierge
Voilée dans la chair, Dieu visible
Acclamez Dieu incarné
Heureux d’habiter parmi les hommes
Jésus, notre Emmanuel
Écoutez le chant des anges
« Gloire au roi nouveau-né »

Charles Wesley, Hark the Herald Angels, chant de Noël anglais.

Mais Jésus est bien plus que roi d’Israël. Étant Dieu incarné, Jésus est le roi de toute la Création, le roi des rois devant qui tous doivent se prosterner. Humilions-nous donc devant le Seigneur des seigneurs et adorons-le avec reconnaissance pour le salut qu’il a accompli pour nous.

Laurent Dang-Vu

Etudiant en maths/info, passionné par la théologie biblique qui me permet d'admirer la beauté et la cohérence de la Bible comme une seule grande histoire, par l'apologétique culturelle (l'analyse d'oeuvres culturelles, films/jeux/anime/littérature à la lumière de la foi) et par la philosophie thomiste pour ses riches apports en apologétique.

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