Abraham, justifié par la foi en la promesse… d’une descendance nombreuse ? – Jean Calvin
4 mars 2021

Un épisode bien connu du livre de la Genèse est la déclaration selon laquelle la justice a été imputée à Abraham par la foi (Gn 15,6). Mais le contexte aurait de quoi nous dérouter : Dieu vient de promettre à Abraham une grande descendance. Abraham serait-il donc justifié en croyant qu’il aurait de nombreux enfants ? Une partie de la réponse vient certainement du contexte plus large du livre de la Genèse : dès la sortie du jardin d’Éden, Dieu fait la promesse d’une descendance qui vaincra le serpent. Abraham entrait dans une alliance avec Dieu qui avait pour but de prolonger cette promesse et non d’introduire une nouveauté. Ainsi, cette descendance promise à Abraham est le Christ (Ga 3,16).

Mais Calvin livre une explication complémentaire riche de réconfort pour nos vies, aussi je veux vous la partager et la commenter brièvement :

Saint Paul prend pour tout arrêté ce que les chrétiens aussi tiennent pour une maxime indubitable : à savoir que toutes les promesses que Dieu a faites à Abraham, ont été comme dépendantes de cette première : “Je suis ton Dieu, ta récompense très ample” (Gn 17,1), “et toutes nations seront bénies en ta semence.” (Gn 15,1). C’est pourquoi, quand Abraham entendit de la bouche de Dieu : “Ta semence sera comme le sablon de la mer, etc.” (Gn 22,17-18), il ne s’arrêta point à cette parole, mais il la rapporta plutôt à la grâce de l’adoption, et la considéra comme enclose là-dedans, ainsi que la partie dans le tout. Davantage, quelque promesse qui lui fût faite, il ne la recevait point autrement que comme un témoignage de la grâce paternelle de Dieu, afin que ce lui fût une aide à saisir la certitude du salut. Car les enfants de Dieu diffèrent des infidèles en ce que les infidèles jouissent aussi bien des bienfaits de Dieu que les autres, mais ils s’en goinfrent comme des bêtes brutes et ne regardent point plus haut ; mais les fidèles, parce qu’ils savent que tous les bienfaits de Dieu sont sanctifiés par ses promesses, reconnaissent en chacun d’eux Dieu comme leur Père. Par ce moyen, il advient qu’ils sont toujours conduits à l’espérance de la vie éternelle, d’autant qu’ils commencent par le fondement, c’est-à-dire par la foi et la certitude de leur adoption. Abraham n’a donc pas été justifié pour avoir seulement cru à Dieu touchant la multiplication de sa semence, mais parce qu’il a embrassé la grâce de Dieu, s’appuyant sur le Médiateur promis, en qui toutes les promesses de Dieu sont oui et amen, c’est-à-dire établies et ratifiées, ainsi que Saint Paul lui-même l’enseigne ailleurs (2 Co 1,20).

Jean Calvin, Commentaire de l’épîtres aux Galates, in Ga 3,6, Genève : Labor et Fides, 1965.

Abraham a-t-il été justifié simplement pour avoir cru que Dieu lui donnerait un grand nombre d’enfants ? Non répond Calvin, car cette promesse est à rattacher à l’ensemble de l’alliance faite à Abraham, dont la principale promesse est que Dieu sera le Dieu d’Abraham. Cela revient à dire au patriarche qu’il est le peuple de Dieu, qu’il est son fils, adopté, qu’il est en bon terme avec Dieu, justifié. Autrement dit, ce n’est pas sans grande raison que Paul cite ce passage pour parler de la bénédiction que les païens reçoivent. Ils sont justifiés par la foi, la justice leur étant imputée pour avoir cru, comme Abraham, dans la promesse évangélique. Et c’est bien ce que Paul dit ensuite, lorsqu’il affirme que l’Écriture a annoncé d’avance l’Évangile à Abraham (Ga 3,8). Cette alliance annonce en effet que les païens seraient bénis en Abraham croyant en Dieu (par opposition à Abraham œuvrant). Tel père, tel fils : si nous voulons être fils d’Abraham, il nous faut être justifiés comme lui.

Mais la réponse de Calvin est particulièrement précieuse, en ce qu’il signale une “maxime indubitable” pour les chrétiens : tous les bienfaits que nous recevons de Dieu nous invitent à tourner les regards plus haut, vers le Père de toutes les bénédictions. Ce faisant, ses bienfaits nous invite à reconnaître qu’il nous est favorable et ainsi tout nous ramène à notre adoption en Jésus-Christ : c’est par lui seul que Dieu nous est propice. Conscients de notre adoption, nous pouvons regarder chaque bienfait de Dieu comme un gage supplémentaire de notre acceptation aux yeux de Dieu. Nous le pouvons et nous le devons, afin de ne pas être comme ces “infidèles” qui, tels des animaux, se contentent de jouir des biens d’ici-bas sans jamais lever la tête au ciel pour y contempler la source de tous les biens.

Source de tous les biens où nous devons prétendre,
Aimable et doux Sauveur!
En mon coeur suppliant daigne aujourd’hui répandre
Les dons de ta faveur.

L’Imitation de Jésus-Christ, trad. de Pierre Corneille, 1652-1656.

Illustration en couverture : Abraham parcourant le pays de Canaan, Gustave Doré, 1866.

Maxime Georgel

Maxime est étudiant en médecine à l'Université Catholique de Lille. Fondateur du blog Parlafoi.fr, il se passionne pour la théologie systématique, l'histoire du dogme et la philosophie réaliste. Vous entendrez souvent dans sa bouche "Thomas d'Aquin", "Jean Calvin" et "Vive la scolastique". Il affirme être marié à la meilleure épouse du monde. Ils vivent ensemble sur Lille avec leurs deux enfants.

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