Il est monté au ciel – Jean Calvin
13 mai 2021

Pour célébrer l’Ascension, je vous propose cette méditation de Jean Calvin, tirée de l’Institution de la religion chrétienne en français moderne1.


Cet article du Symbole n’est pas superflu — « il est monté au ciel » après être ressuscité — car, bien qu’en ressuscitant Christ ait commencé à montrer sa gloire et sa puissance, ayant dépouillé la condition humble et méprisable de la vie mortelle et l’ignominie de la croix, il a alors vraiment exalté son règne en montant au ciel. L’apôtre Paul l’affirme en disant qu’il est monté au ciel « afin de remplir toutes choses » (Éphésiens 4,10). Malgré la contradiction apparente, il y a un accord profond dans ces paroles, parce que Jésus-Christ s’est séparé de nous de telle manière qu’il est présent d’une façon plus utile que lorsqu’il se trouvait sur la terre, où il était comme logé à l’étroit.

C’est pourquoi Jean, après avoir rapporté que Jésus-Christ avait invité ceux qui avaient soif à boire de l’eau vive, ajoute : « L’Esprit n’était pas encore donné, parce que Jésus n’avait pas encore été glorifié » (Jean 7,37, 39). Le Seigneur lui-même l’a attesté à ses disciples : «Il est avantageux pour vous que je parte, car si je ne pars pas, le Consolateur ne viendra pas vers vous » (16,7). De même, il les console face au regret qu’ils pouvaient avoir à cause de son absence physique, en disant qu’il ne les laissera pas orphelins, mais qu’il reviendra auprès d’eux, d’une façon invisible, mais plus désirable, parce qu’alors ils apprendront avec certitude que la puissance lui est donnée et que l’autorité qu’il exerce suffit non seulement à vivre bien et heureux, mais aussi à mourir de même. Nous voyons, en effet, qu’il a plus largement répandu les grâces de son Esprit, qu’il a exalté davantage sa majesté, qu’il a manifesté plus largement sa puissance, aussi bien en aidant les siens qu’en abattant ses ennemis.

Revenu au ciel, Jésus-Christ a ôté de notre vue son corps (Actes 1,9), non pas pour cesser d’assister les croyants qui ont encore à cheminer sur la terre, mais pour gouverner le monde par une puissance plus personnelle qu’auparavant. En effet, ce qu’il avait promis : être avec nous jusqu’à la fin du monde (Matthieu 28,20) s’est accompli par cette ascension. Comme son corps a été élevé au-dessus des cieux, sa puissance et son règne se sont répandus jusqu’aux limites les plus éloignées du ciel et de la terre.

Voici les paroles d’Augustin que je préfère aux miennes. Jésus-Christ, dit- il, devait se rendre, par la mort, à la droite du Père ; de là, il devait venir juger les vivants et les morts de façon corporelle comme il est monté au ciel. Après son ascension, il devait être, par sa présence spirituelle, auprès de ses disciples2.

Dans un autre passage, il s’exprime encore plus clairement. Par la grâce invisible et infinie de Jésus-Christ, dit-il, s’est accompli ce qu’il disait à ses apôtres : Voici, je suis toujours avec vous jusqu’à la fin du monde. La chair qu’il a revêtue, sa naissance de la Vierge, son arrestation par les Juifs, sa crucifixion, l’ensevelissement de son corps et sa mise dans un sépulcre, ses apparitions après sa résurrection, tout cela confirme l’accomplissement de cette phrase : « Vous ne m’avez pas toujours » (Matthieu 26,11). Pourquoi ? Présent de corps, il a conversé avec ses disciples pendant quarante jours et, en leur présence, il est monté au ciel. Il n’est plus ici, car il est assis à la droite de Dieu son Père (Actes 1,3, 9). Il est encore ici puisqu’il n’a point retiré la présence de sa majesté. Ainsi, nous avons toujours Jésus-Christ avec nous par la présence de sa majesté. À propos de la présence de son corps, il a dit à ses disciples : « Vous ne m’aurez pas toujours avec vous». Pendant peu de jours, l’Église l’a eu présent selon la chair ; maintenant, elle le possède par la foi, mais elle ne le voit pas de ses yeux3.


Illustration : Rembrandt, L’Ascension (détail), 1636 (Munich, Alte Pinakothek).

  1. II, XVI ; Excelsis, 2009, pp. 459-460[]
  2. AUGUSTIN, Homélies sur l’Évangile selon saint Jean, 106, 2 ; cf. 78, 1 ; Sermons, 361, 7.[]
  3. AUGUSTIN, De la foi et du symbole, IV, 6 sq. ; VII, 14.[]

Maxime Georgel

Maxime est étudiant en médecine à l'Université Catholique de Lille. Fondateur du blog Parlafoi.fr, il se passionne pour la théologie systématique, l'histoire du dogme et la philosophie réaliste. Vous entendrez souvent dans sa bouche "Thomas d'Aquin", "Jean Calvin" et "Vive la scolastique". Il affirme être marié à la meilleure épouse du monde. Ils vivent ensemble sur Lille avec leur petit Thomas.

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