Chrétiennes Méditations — Théodore de Bèze
12 octobre 2021

Nous vous annoncions récemment la parution, aux éditions Calvin (gérées par l’équipe des librairies du même nom, et proches de la Mission Timothée), d’une version en français moderne des Chrétiennes Méditations de Théodore de Bèze, réalisée par deux contributeurs de notre site, Arthur Laisis, grammairien, et Caleb Abraham, historien. Avec l’aimable autorisation de notre éditeur, nous vous en présentons un extrait.

Un des principaux mérites de la Réforme en Suisse et en France est d’avoir mis la Bible, et en particulier le livre des Psaumes, au cœur de la piété personnelle des croyants. Théodore de Bèze (1519-1560); sans doute le plus proche des compagnons de Calvin, a beaucoup contribué à la traduction des Écritures, en prose comme en vers. Les Chrétiennes Méditations (1581) se situent au croisement des talents littéraires et théologiques de leur auteur. À partir de huit psaumes choisis (le psaume 1 et les sept psaumes dits traditionnellement pénitentiels1), Théodore de Bèze renouvelle le genre ancien de la méditation. Si la dimension autobiographique est souvent sensible, l’itinéraire de repentance et de conversion qu’il propose peut néanmoins parler à chacun. Cette édition présente le texte de Bèze en français modernisé et le situe dans le contexte littéraire de l’époque2. Le lecteur est ainsi à même d’apprécier les qualités esthétiques et doctrinales d’un des plus beaux exemples de la spiritualité du protestantisme réformé.


Hélas, en quelle peine ai-je été ? Mes os ne sont‑ils point asséchés de tristesse ? Y eut-il jamais sécheresse d’été plus brûlante que cette chaleur qui m’a entièrement maté3 ? Combien de fois ai-je été accablé d’angoisse, ne pouvant dire un seul mot ? Combien de fois, au contraire, ai-je crié et hurlé tout le jour ? Et non sans cause, mon Dieu, car jour et nuit je sentais les coups de ta main terriblement pesants, fardeau insupportable à toute créature. Mais quoi que je me fusse tourmenté, finalement, où ai-je trouvé remède ?

Écoutez ceci chacun, et toi aussi ne l’oublie jamais : tant que j’ai voulu m’excuser, et laisser courir mes fautes en tout ou en partie ; tant que j’ai voulu contrepeser mes fautes et ma peine ; tant que j’ai regimbé contre l’éperon4, le mal s’est toujours accru. Pour cette raison j’ai pris un chemin tout autre. Je suis venu à toi, ô Éternel, mon juge et ma partie, j’ai tout confessé, je n’ai rien tu ni déguisé de mon iniquité, et comme je l’avais arrêté en moi, ainsi ai-je fait ; me condamnant, j’ai trouvé absolution ; et me faisant mon procès, j’en suis sorti.

Or donc, vous tous non pas fiers et superbes5, mais à qui Dieu fait la grâce de goûter sa bonté, en toutes afflictions, surtout en les combats de la conscience, cherchez cet unique et très assuré remède ; ayez recours à celui même qui vous frappe. Le moyen de le trouver, c’est la prière. Que votre indignité ne vous empêche point, mais vous en fasse tant plutôt approcher. Celui est tenu pour digne par lui, qui s’en confesse indigne.

Si le péché te déplaît parce qu’il est péché, et que tu désires sa grâce, sache que tu es déjà à demi exaucé. Car le vrai déplaisir d’avoir offensé, le désir de te trouver devant lui, l’affection de lui crier merci6, sont autant de messages par lesquels il t’invite le premier, autant de témoignages par lesquels il veut se faire trouver de toi.

Viens donc, entre, mais le cœur abattu, et la tête baissée, et tu sentiras tout ton tourment s’évanouir, toutes angoisses s’enfuir aussi loin de toi qu’elles t’avaient saisi de près. Ce déluge de maux qui t’avait couvert et englouti, s’écoulera. Bref, au lieu de cette misère, tu recevras cette vraie paix que le monde ne peut donner ni ôter, et ce vrai repos de conscience, ancre et gage de la félicité éternelle qui s’ensuivra.

Le livre peut être acquis au prix de 10 € à la librairie Jean Calvin (Paris, Alès, Cholet, Rennes, et sur internet), dans d’autres librairies chrétiennes, sur Amazon, etc.

La préface est de plus disponible gratuitement au téléchargement sur le site de l’éditeur.

Par la foi vous souhaite une bonne lecture !


Illustration de couverture : Pierre Paul Rubens, Mains en prière, 1600.

  1. C’est-à-dire les psaumes 6, 32, 38, 51, 102, 130 et 143.[]
  2. Nous remercions chaleureusement Alain-Cyril Barioz pour sa préface (pp. 9-28).[]
  3. Mortifié, affaibli.[]
  4. Résisté inutilement.[]
  5. Orgueilleux.[]
  6. Pitié, miséricorde.[]

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