Des anciens — Discipline de l’Église réformée
26 novembre 2021

Nous avons déjà présenté le concept de cette série dans un précédent article : vulgariser le contenu des lois canoniques des Églises réformées de France, que l’on appelle la Discipline. En effet, à Privas en 1612, les pasteurs ont juré de vivre et mourir fidèles non seulement à la confession de foi, mais aussi à ces lois. Outre l’intérêt historique, elles sont aussi un exemple de la manière avec laquelle a été bâtie une Église de dimension nationale fidèle à l’Evangile, et témoignent de la doctrine de l’Église réformée. Cette semaine, nous abordons les lois concernant les anciens, et à travers eux un élément essentiel du gouvernement chrétien.

Rappelons une fois encore que les consistoires sont les conseils d’anciens des assemblées locales. Les colloques sont des assemblées de consistoires, qui regroupent les Églises d’une agglomération, comme Grenoble par exemple : entre trois et une douzaine d’Églises. Au-dessus de cela, il y a les synodes provinciaux qui sont les assemblées à l’échelle d’une région, comme Auvergne-Rhône-Alpes, et enfin, les synodes nationaux qui sont l’échelon suprême.

Cette problématique, sur la même base de la discipline de l’Église réformée, a été le sujet principal du dernier séminaire de notre partenaire Foi et vie réformées : Anciens et pasteurs : quels rôles ? Outre la grande qualité des intervenants, vous aurez une compréhension plus contemporaine des lois que je ne fais que rapporter ici. Je vous recommande cette conférence.


Avant toute chose, il est important de comprendre que je ne vais exposer que la discipline française. Le rôle et le fonctionnement des anciens est différent d’un pays à l’autre, pour toutes sortes de raisons qui seront le sujet d’autres articles. Ainsi, ce que je dis sur la cooptation des anciens est moins vrai dans les Églises réformées fondées par Jan Łaski.

Des Anciens

Dans les Églises où il n’y en a pas, on établira un consistoire par élection de tous les membres de l’Église. Mais là où il y a un consistoire déjà établi, c’est le consistoire qui choisit ses membres par cooptation. Leur nomination est annoncée à l’assemblée, qui a jusqu’à trois dimanches pour s’y opposer. S’il n’y a pas d’opposition, les nouveaux anciens sont ordonnés par consentement tacite. S’il y a opposition, on tâchera de trouver un accord entre l’opposant et le consistoire, et si le désaccord continue, c’est au colloque ou synode provincial de trancher. L’ancien ordonné doit signer la confession de foi et la discipline réformées.

Petit détail rigolo : au premier synode de Paris, il fut demandé si on pouvait recevoir un banquier à la charge d’ancien. La réponse fut que, s’il se mélait des dépêches et dispenses de la cour de Rome, non seulement il ne devait être admis à aucune autre charge ecclésiastique, mais devrait être excommunié, si après les avertissements il ne s’en déportait. Dans cette petite remarque, il y a tout ce que j’aime chez les huguenots : (1) On se demande si un banquier est un vrai chrétien, comme c’était le cas au Moyen Âge ; (2) mais on se corrige quand même un peu… (3) tant qu’il ne collabore pas avec l’hydre romaine.

Le synode de Privas de 1612 précise qu’il faudra que l’ancien ait quitté le papisme depuis au moins deux ans, à l’égal des pasteurs aspirants. On ne pourra admette comme anciens et diacres ceux dont les épouses sont catholiques, à moins que cette situation ne vienne d’une conversion tardive : auquel cas ce sera toléré, à condition que l’ancien cherche à gagner son épouse à la foi protestante.

Des offices d’anciens et de diacre

L’article 3 expose l’office des anciens :

L’office des anciens est de veiller sur le troupeau avec les pasteurs, de faire que le peuple s’assemble et que chacun se trouve aux saintes congrégations, de faire rapport des scandales et des fautes, en connaître et en juger avec les pasteurs et en général, avoir soin de toutes choses semblables qui concernent l’ordre, l’entretien et le gouvernement de l’Église: ainsi en chaque Église, il y aura une forme de leur charge par écrit, selon la circonstance du lieu et du temps.

L’article 4 expose l’office des diacres :

L’office des diacres est de recueillir et de distribuer, par l’avis du consistoire, les deniers des pauvres des prisonniers et des malades, les visiter et en avoir soin.

Ainsi, selon la Discipline, les diacres ne prêchent pas la parole de Dieu, ni n’administrent les sacrements. Ces offices ne sont pas perpétuels, juste à durée indeterminée. Si nécessaire, cependant, anciens et diacres peuvent catéchiser les familles. En l’absence du pasteur, les anciens peuvent faire les prières publiques dans les jours ordinaires selon le formulaire. Détail particulier : au XVIIe siècle, certaines toutes petites Églises n’avaient pas d’anciens sachant lire en l’absence du pasteur. Il est dit alors que le consistoire a le droit de choisir un autre lecteur extérieur, tant qu’il remplit les critères de l’anciennat.

Les anciens et diacres peuvent assister aux examens des pasteurs candidats et donner leur avis, même si la décision en matière de doctrine revient aux pasteurs (pleins) et aux docteurs en théologie. Dans les synodes provinciaux, quand on parle de doctrine, on fera en sorte que le nombre de voix des anciens et des diacres soit égal à celui des pasteurs, ce qui revient à réduire leur poids réel. Sur les questions de discipline et de gouvernement en revanche, on ne touche à rien, même si le nombre d’anciens et de diacres est, logiquement, supérieur au nombre de pasteurs.

La question s’est posée de ce qui arriverait d’une Église qui rencontrerait des divisions particulières. Que faire lorsque c’est le consistoire entier qui pose problème ? Le synode recommande alors de renouveler le consistoire tout entier par tiers, avec intervalles d’un an. C’est au colloque (ou synode local) de gérer cette transition.

Des relations entre les ministères

Il n’y a pas de primauté au sein des anciens et diacres. On retrouve la collégialité réformée. Les anciens et diacres peuvent être déposées pour les mêmes raisons que les pasteurs. S’ils font appel devant le colloque ou synode provincial, la décision reste appliquée. De la même façon, la restitution des anciens et diacres se fait exactement comme celle des pasteurs.

Voici quelques cas historiques qui donnent un aperçu de comment on disciplinait les anciens :

  • Poitiers, 1560 : Cas particulier d’un ancien qui niait toute paillardise, mais qui était de notoriété publique, et dont la fille l’accusait, et y avoir enfant issu de cette conjonction Pas de présomption d’innocence, l’ancien a été suspendu, et convoqué devant le synode provincial pour qu’il enquête à ce sujet.
  • Lyon, 1563 : Les anciens qui abjurent sous la persécution doivent être déposés, et ne pourront être réintégrés à la communion que suite à une repentance publique.
  • La Rochelle, 1607 : Cas particulier d’un ancien accusé d’un crime énorme et qui avait été acquitté dans un premier jugement civil, mais la partie adverse avait fait appel. Il est conseillé qu’il s’abstienne de ses fonctions le temps que ce deuxième jugement se fasse.

Étienne Omnès

Mari, père, appartient à Christ. Les marques de mon salut sont ma confession de foi et les sacrements que je reçois.

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« Être un des fidèles, c’est faire partie du peuple de Dieu, mais c’est rester au pied de la montagne. Être ministre c’est être séparé du peuple, monter au Sinaï, et converser avec Dieu. Être l’un des fidèles consiste à écouter humblement les ordres du souverain. Être un ministre c’est être mis à part pour annoncer l’Évangile divin. »

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