Voici la seconde de trois nouvelles mรฉditations sur l’รฉpรฎtre de Jacques. Ces mรฉditations suivront le plan suivant :
1/3 : Avertissements bibliques quant aux richesses terrestres
2/3 : Le pauvre et le riche face aux richesses terrestres
3/3 : Le pauvre et le riche face ร l’รvangile
Le pauvre et le riche face aux richesses terrestres
Dans le prรฉcรฉdent article, nous avons abordรฉ les sรฉrieux avertissements que Dieu nous adresse dans sa Parole quant aux dangers que les richesses reprรฉsentent pour notre รขme. Nous avons conclu que la source d’une mauvaise attitude commune ร tout homme vis-ร -vis de l’argent, c’est un cลur partagรฉ entre les cieux et le monde, entre Dieu et Mammon ; un cลur qui manque de dรฉvotion sincรจre et dโattachement total envers Dieu. Nous allons maintenant considรฉrer quels sont les risques plus spรฉcifiques au pauvre et au riche face ร l’argent.
Le pauvre
L’argent est un sujet qui possรจde en rรฉalitรฉ de multiples facettes, et l’on peut adresser beaucoup dโexhortations diffรฉrentes aux frรจres riche et pauvre en vue de leur sanctification. Mais Jacques, connaissant trรจs bien le cลur humain, choisit d’adresser ร chacun d’entre eux une unique exhortation qui pointe exactement le danger principal qui les guette respectivement.
Il dit tout d’abord au frรจre de basse condition : quโil se glorifie dans son รฉlรฉvation. Cela nous montre que le principal danger auquel fait face le pauvre, cโest le sentiment dโinfรฉrioritรฉ, de dรฉvaluation quโil ressent, ร cause de son manque de prospรฉritรฉ. Une personne qui possรจde peu en voit autour dโelle dโautres qui possรจdent plus, parfois beaucoup plus, et elle se sent infรฉrieure ร cause de cette diffรฉrence de prospรฉritรฉ, et son dรฉsir est alors dโamรฉliorer sa condition matรฉrielle pour gagner en valeur, en prestige et en gloire aux yeux des hommes.
Lorsque cela arrive, c’est que lโargent cesse dโรชtre un simple outil ร nos yeux, mais qu’il devient notre รฉchelle de valeurs pour รฉvaluer notre propre valeur. Nous adoptons cette รฉchelle de valeurs lorsque nos yeux ne contemplent pas assez le ciel mais quโils sont figรฉs sur terre, lorsque nous nous voyons ร travers le regard des hommes et leurs critรจres, et non celui de Dieu et de ses critรจres, lorsque la dignitรฉ infinie que nous possรฉdons, encore cachรฉe en Jรฉsus-Christ, ne nous suffit pas, mais que nous dรฉsirons une dignitรฉ terrestre qui frappe les yeux des hommes charnels.
Le danger principal du frรจre de basse condition, dans sa chair, est donc de calquer sa valeur sur son niveau de prospรฉritรฉ. Et de lร , il peut รชtre poussรฉ ร pรฉcher de diffรฉrentes maniรจres.
Le manque de contentement
Le pรฉchรฉ le plus รฉvident est le manque de contentement. Un tel homme nโest pas satisfait des biens que Dieu a dรฉcidรฉ de lui accorder. Il en veut plus. Et nous ne parlons pas ici dโune personne qui souhaite amรฉliorer ses revenus ou sa situation pour le bien de sa famille, par le fruit dโun travail honnรชte. Il est tout ร fait possible d’avoir cet objectif sans รชtre animรฉ par un esprit de convoitise ou parce nous nous sentons infรฉrieur ร ceux qui sont plus riches que nous. Le manque de contentement dont nous parlons ici est une vraie insatisfaction, un ressentiment, parfois mรชme une colรจre que la personne ressent envers Dieu ร cause de sa modeste condition. ยซย Pourquoi a-t-il droit ร tout cela alors que moi jโai si peu ? ce nโest pas juste. Jโai honte, Seigneur, de devoir aller faire mes courses dans ces enseignes bon marchรฉ, je nโose pas inviter des frรจres et sลurs chez moi : que vont-ils penser de mon modeste logement ? Je suis misรฉrable.ย ยป
Voilร le genre de phrases que la chair susurre ร lโesprit dโun frรจre de basse condition qui nโest pas dans le contentement.
La convoitise
Et ce manque de contentement conduit gรฉnรฉralement ร la convoitise. Il ne sโagit plus alors de chercher ร amรฉliorer sa condition pour des motifs lรฉgitimes, mais bien dโune soif insatiable de possรฉder toujours plus pour atteindre le niveau de gloire que nous pensons mรฉriter. Car il y aura toujours plus riche que nous, et donc empreinter ce chemin, cโest se lancer dans la quรชte interminable dโune gloire personnelle, basรฉe sur notre seul niveau de prospรฉritรฉ. Et cette quรชte finit par occuper tellement nos pensรฉes et nos efforts quโil ne nous en reste plus pour prendre soin de notre รขme, que nous relรฉguons au second plan, alors qu’elle est รฉvidemment ce que nous possรฉdons de plus prรฉcieux.
Cette quรชte de richesse finit par occuper tellement nos pensรฉes et nos efforts quโil ne nous en reste plus pour prendre soin de notre รขme, que nous relรฉguons au second plan, alors qu’elle est รฉvidemment ce que nous possรฉdons de plus prรฉcieux.
Manque de considรฉration personnelle, qui mรจne ร lโinsatisfaction puis ร la convoitise : voilร le principal danger qui guette le frรจre de basse condition qui sโรฉvalue selon les critรจres de ce monde ร travers le regard des hommes, et non selon les critรจres de lโรvangile ร travers le regard de Dieu.
Mais il y a une autre maniรจre, plus subtile et plus insidieuse, dont un tel frรจre peut pรฉcher, non plus en se dรฉvaluant ร cause de son manque de richesse, mais justement en se glorifiant de son manque de richesse. Finalement il sโagit toujours de calquer sa valeur sur son niveau de prospรฉritรฉ, mais dans ce cas, ce nโest plus รชtre riche qui vaut quelque chose, cโest รชtre pauvre. Certains dans lโhistoire de lโรglise ont fait du vลu de pauvretรฉ une vertu chrรฉtienne. Le dรฉpouillement volontaire devient une marque de piรฉtรฉ, une manifestation de la vraie foi.
Instinctivement on pourrait se dire que cette pauvretรฉ volontaire est plus biblique que la prospรฉritรฉ, mais tout comme il nโy a pas de richesse intrinsรจquement mauvaise, il nโy a pas de pauvretรฉ intrinsรจquement vertueuse. Cette pauvretรฉ voulue, recherchรฉe, entretenue, sensรฉe nous rendre plus saint et agrรฉable aux yeux de Dieu, ce nโest rien de plus que de lโorgueil humain dissimulรฉ sous un vernis de fausse piรฉtรฉ. La pauvretรฉ peut tout autant รชtre le rรฉsultat du pรฉchรฉ que la richesse. Par exemple, certains sont pauvres ร cause de leur paresse, qui est un pรฉchรฉ que la Bible condamne trรจs sรฉvรจrement.
Dโailleurs nโest-il pas assez minable, le pauvre qui lโest manifestement ร cause de sa paresse et qui ne fait rien pour se sortir de cet รฉtat, tout en exigeant de lโaide de tous les cรดtรฉs ? Et les Franรงais ont besoin dโentendre cela car beaucoup profitent de notre systรจme social gรฉnรฉreux pour quitter un travail parfois pour des motifs trรจs discutables, car ils savent quโils bรฉnรฉficieront du chรดmage ou d’autres avantages financiers. Mais nous ne devons jamais oublier que rien nโest gratuit et que lโaide que nous recevons est toujours le fruit du travail dโun autre. Que pensez-vous quโil se passera si tout le monde rรฉflรฉchit de la sorte dans une sociรฉtรฉ ? Il nโy aura trรจs vite plus dโargent pour aider tout ce beau monde qui ne travaille pas. Un tel comportement doit รชtre rรฉprimรฉ et la Bible le fait trรจs clairement, en exigeant de chacun quโil gagne son propre pain. La paresse est un grave pรฉchรฉ dont la pauvretรฉ en est une consรฉquence logique.
Le cลur dโun homme pauvre peut รชtre tout autant, voire plus, attachรฉ aux richesses terrestres que celui dโun homme riche. La pauvretรฉ en elle-mรชme ne vaut rien, elle nโapporte rien dโelle-mรชme pour la sanctification de notre รขme. Donc faire de la pauvretรฉ une vertu, se vanter de son ascรฉtisme, est tout aussi malsain que de se vanter de ses richesses. Et cโest donc un autre danger pour le frรจre de basse condition de se considรฉrer en meilleure santรฉ spirituelle que son frรจre plus riche, du simple fait de sa pauvretรฉ.
Le riche
Voyons maintenant quels sont les dangers qui guettent le riche. ร priori, selon le tรฉmoignage des รcritures, la condition du riche est plus dรฉfavorable que celle du pauvre quant au salut, comme nous lโavons vu dans le prรฉcรฉdent article. Jacques dit au frรจre riche : Que lui au contraire sโhumilie dans sa bassesse, car il passera comme la fleur de lโherbe. Le soleil sโest levรฉ avec sa chaleur ardente, il a dessรฉchรฉ lโherbe, sa fleur est tombรฉe, et la beautรฉ de son aspect a disparu: ainsi le riche se flรฉtrira dans ses entreprises.
Voici une exhortation au style trรจs proverbial et qui elle aussi pointe trรจs prรฉcisรฉment le danger principal qui guette le riche.
Le riche est รฉvidemment davantage concernรฉ par les dangers liรฉs ร lโargent que nous avons dรฉjร considรฉrรฉs, car mathรฉmatiquement, plus on possรจde de richesses, plus on multiplie les pierres dโachoppement. Mais finalement, ce que lโargent fait en prenant la place de Dieu dans notre vie, en nous promettant ร la place de Dieu sรฉcuritรฉ, autonomie, pouvoir et gloire, cโest nourrir notre orgueil dรฉmesurรฉ. Si le pauvre ne doit pas se dรฉvaluer en alignant sa valeur sur le peu de biens quโil possรจde, le riche lui ne doit pas sโenorgueillir en alignant sa valeur sur les nombreux biens quโil possรจde. Les biens terrestres ne font la valeur de personne, ceci nโest quโune illusion, du maquillage, un masque.
Un riche dont lโรขme est perdue est semblable ร un cadavre habillรฉ en Prada : cโest peut-รชtre stylรฉ, mais รงa ne sert ร rien. ร quoi cela sert-il ร un homme de gagner le monde sโil perd son รขme ? dit la Parole. Plus le riche se confiera en ses richesses plutรดt quโen Dieu, plus il aimera ses richesses plutรดt que Jรฉsus-Christ, plus son trรฉsor sera ici-bas et non dans les cieux, et plus son รขme sโapprochera de la damnation et non du salut.
Le danger principal du riche selon ce verset, cโest de sโenorgueillir et de rabaisser les autres, et mรชme Dieu, de par la confiance quโil place en ses richesses. Et tout comme le manque pousse le pauvre ร la convoitise, lโabondance pousse le riche ร la crainte de perdre et ร lโangoisse. Et puisque mรชme un riche sera toujours le pauvre dโun autre plus riche que lui, il est loin dโรชtre immunisรฉ contre la convoitise, bien au contraire, on peut facilement observer que mรชme les milliardaires de ce monde semblent ne jamais รชtre rassasiรฉs de bien, ร la fois parce quโaccumuler des biens ne fait que nourrir leur insatiable convoitise, mais aussi parce quโils prouvent par-lร que toutes ces richesses qu’ils accumulent sont incapables de les satisfaire et dโapporter le repos que leur รขme recherche, mรชme inconsciemment.
On constate donc que lโargent, Mammon, comporte des risques diffรฉrents, mais tous aussi dangereux pour le frรจre pauvre et le frรจre riche, car il pousse au pรฉchรฉ dans tous les cas, il dรฉtourne les pensรฉes du ciel en les ramenant sur terre, et รฉteint les affections pour Christ en le remplaรงant par lโamour ou le dรฉsir pour les biens matรฉriels.
Si Mammon est si puissant, cโest parce quโil est un des meilleurs outils dont Satan dispose pour concrรฉtiser son premier mensonge du jardin dโรden : faire croire ร lโhomme quโil peut vivre comme il veut et obtenir tout ce quโil dรฉsire par lui-mรชme, sans Dieu. Cโest cette fausse promesse dโindรฉpendance et de toute-puissance qui confรจre ร lโargent son pouvoir sur le cลur humain, en attisant ce qui fait lโessence du pรฉchรฉ originel : le dรฉsir dโindรฉpendance vis-ร -vis de Dieu et de sa Providence.
Dans le prochain article, nous conclurons ces trois mรฉditations en considรฉrant ร la fois quelle solution les รcritures prรฉsentent au riche et au pauvre pour รฉviter les dangers liรฉs ร l’argent, et nous terminerons en nous demandant quels bรฉnรฉfices les diffรฉrents niveaux de prospรฉritรฉ au sein d’une รglise locale reprรฉsentent pour ses membres.
Illustration : Ferdinand Bol, Cyrus rend le trรฉsor qui avait รฉtรฉ volรฉ du temple de Jรฉrusalem, huile sur toile, 1655-1669 (Amsterdam, Rijksmuseum).




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