Lettre à mes enfants — Charles Drelincourt
19 septembre 2022

Voici la préface du catéchisme de Charles Drelincourt. Ce catéchisme fut le dernier en usage dans l’Église huguenote fidèle avant, et sous la Révocation. Son remplacement par le catéchisme d’Ostervald en 1744 fut le signal de l’irruption du libéralisme dans l’Église huguenote. Puisse le retour de son usage être le retour de l’orthodoxie réformée française. En ouverture, Charles Drelincourt explique à ses enfants la raison d’être et l’intérêt du catéchisme qu’il a composé. C’est aussi une exhortation paternelle qui nous montrera l’exemple d’une vraie virilité et d’une vraie paternité.

Charles Drelincourt, pasteur huguenot du début du XVIIe siècle.

Je pensais que mon heure était venue pour passer de ce monde au Père des Esprits. Bien que je vous aime avec toutes les tendresses imaginables, je m’étais entièrement résigné à la volonté de Dieu, et j’étais disposé à remettre mon âme entre les mains de ce fidèle créateur. Mais il a eu pitié de ma famille, et m’a rendu à vos larmes.

Je crois qu’il m’a remis en vie, principalement, afin que je vous instruise en sa connaissance et que je vous apprenne à cheminer en ses voies. C’est pourquoi, dès que j’ai commencé à respirer, je vous ai dicté ce catéchisme, afin que, lorsqu’il plaira à Dieu de me recevoir en son repos, je finisse mes jours avec le contentement de vous avoir donné ce témoignage de mon affection ardente au salut de vos âmes, et d’avoir mis devant vos yeux un sommaire des choses que vous devez croire, et que vous devez faire pour parvenir à la béatitude éternelle.

Je sais bien que d’autres ont heureusement travaillé sur le même sujet. Et j’affecte si peu la nouveauté, que partout où il m’a été possible, et que ma mémoire l’a suggéré, j’ai suivi le grand chemin battu et je me suis attaché à l’ordre du catéchisme que nous exposons en l’assemblée des fidèles, afin que les instructions publiques et les domestiques vous soient également familières. Mais j’espère de votre bon naturel que vous embrasserez, avec plus d’ardeur, ce qui vous est présenté de la main de votre père et que vous prendrez plaisir à lui faire plaisir et à lui obéir en une chose si raisonnable et dont le fruit vous reviendra.

Je désire, si vous appreniez exactement cette instruction chrétienne, qu’elle soit toujours sur vos lèvres et surtout qu’elle soit gravée dans votre cœur, que vous la méditiez jour et nuit et que vous y conformiez vos vies, vos mœurs, de peur qu’il ne vous arrive d’être doublement punis, comme le serviteur infidèle qui fait la volonté de son maître et ne la fait point ; ou d’attirer sur vous la malédiction du ciel, comme la mauvaise terre qui boit souvent la pluie et qui cependant ne donne que des épines et des chardons. Plus il vous a été donné, plus il vous sera redemandé.

Représentez-vous sans cesse la grâce dont Dieu vous a fait faveur, de vous avoir fait naître et de vous avoir donné les aides nécessaires pour vous former à la vertu.

Portez des fruits dignes de votre naissance et de votre nourriture. Répondez à mes soins et à mes espérances. Souvenez vous de votre Créateur aux jours de votre enfance et de votre jeunesse. Consacrez à sa gloire les prémices de votre vie et offrez-lui la première fleur de votre âge.

Ayez bien soin de prier Dieu le soir et le matin, et à toutes les heures du jour, et de le remercier de tous les biens que vous recevez continuellement de sa main généreuse. Que sa crainte soit toujours devant vos yeux. En quelque lieu que vous soyez, representez-vous que Dieu vous y regarde ; et cheminez devant sa face, en pureté et en innocence. Sachez que le plus grand malheur qui puisse arriver au monde, c’est d’offenser un si bon Père et un si miséricordieux Sauveur ; et que votre plus grande félicité et votre plus grande gloire, c’est de le servir et de lui rendre obéissance.

Ayez en horreur toutes les sortes de vices. Et particulièrement le mensonge, qui est un vice servile et propre aux enfants du Diable, qui est menteur et meurtrier dès le commencement. Ne soyez point querelleux. Ne vous offensez pas pour des choses légères. Soyez plus sensibles à tout ce qui touche à la gloire de Dieu qu’à vos intérêts particuliers. Méprisez les injures. Apaisez la colère par la douceur de vos paroles. Ne rendez de mauvais offices à personne. Surmontez le mal par le bien. Prenez plaisir à vous rendre service à chacun et ne soyez pas paresseux à vous rendre utile à autrui. Soyez affables et débonnaires. Soyez modestes et parez-vous d’humilité. Car Dieu résiste aux orgueilleux, mais il fait grâce aux humbles. Fréquentez ceux auxquels vous voulez ressembler, et fuyez la compagnie des débauchés: car les mauvaises compagnies corrompent les bonnes mœurs. Supportez-vous les uns les autres et donnez vous la main entre vous. Entr’aimez-vous cordialement et soyez sensibles à tous les maux et tous les biens qui vous arrivent, comme si vous étiez animés d’un même esprit. Car c’est une chose belle, et c’est une chose plaisante non seulement aux gens de bien, mais aussi à Dieu même, de voir des frères unis et liés ensemble par les liens d’un saint amour, et d’une charité parfaite. Par la paix et la concorde les plus petites choses s’acroissent ; mais par la discorde et par les querelles, les plus florissantes se réduisent en poudre.

Prenez garde que votre vie s’écoule insensiblement, comme une fleur qui se passe, dès qu’elle est épanouie, et comme un flambeau qui s’use, dès qu’il commence à éclairer. Pensez, de bonne heure, à l’immortalité et à fonder vos espérances dans le Ciel, où Dieu vous réserve un héritage incorruptible. Les années s’envolent. Le monde passe et sa convoitise. Tout ce qui est sous le Soleil n’est que vanité et que rongement d’esprit. Le tout de l’homme est de craindre Dieu et de garder ses commandements.

Que rien ne soit jamais capable de vous détourner du service de Dieu, ni de la profession ouverte de la Vérité. Ne vous effrayez pas des menaces du Monde. Ne vous laissez point allécher par ses promesses et n’en suivez pas les mauvais exemples. On ne vous saurait menacer d’aucun supplice qui soit comparable aux tourments de l’enfer et aux flammes éternelle, où Dieu précipitera les timides, et on ne saurait vous promettre rien de mieux que les délices du Paradis. Celui qui craint Dieu n’a rien à craindre : et celui qui le possède n’a rien à souhaiter, car Dieu est la source et le combre de la vraie félicité.

Si Dieu me retire à lui, avant que vous ne soyez parvenus à un âge parfait, ne perdez pas courage. Vous avez un Père aux cieux qui est immortel, qui vous aime d’un amour éternel. Il vous prendra entre les bras de sa Providence et vous portera sur ses ailes. Il vous conservera comme la prunelle de son oeil et vous bénira de ses plus précieuses bénédictions. Nous ne pouvons rien sans lui, et il peut tout sans nous. Je vous bénis par mes paroles, mais il vous bénira efficacement. Je vous souhaite une vie heureuse et comblée de bénédictions, mais toute bonne chose et tout don parfait est d’en haut, descendant de ce Père des Lumières.

Je ne lui demande pour vous, ni les richesses de la terre, ni les honneurs du monde, mais qu’il vous revête de l’esprit de sa crainte, qu’il vous embrasse de son amour, qu’il grave en vos cœurs l’image de la Sainteté, et qu’il vous donne de persévérer constamment en son alliance et d’édifier son Église, par votre piété et par votre sainte conversation, afin que je puisse dire « Me voici Seigneur, et les enfants que tu m’as donnés pour signe et miracle en Israël ». Que vous ayant vu ici bas remplis de ses grâces et couverts de sa protection, je vous voie là-haut au Ciel, revêtus de sa gloire et couronné de son immortalité.

Ce sont les vœux et les souhaits les plus ardents de votre père, qui vous aime, parce que vous êtes ses enfants. Mais qui vous aime encore davantage parce que vous êtes enfants de Dieu.

Fait à Paris au commencement de l’an mil six cent quarante deux,

Charles Drelincourt.


Illustration : Jozef Israëls, Enfants de la mer, huile sur toile,1872 (Amsterdam, Rijksmuseum).

Étienne Omnès

Mari, père, appartient à Christ. Les marques de mon salut sont ma confession de foi et les sacrements que je reçois.

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