Christ dans le sacrifice d’Isaac — Athanase
4 janvier 2023

Ce texte est extrait de la sixième des Lettres festales d’Athanase (§§ 8-9), écrite en 334, pour l’Église d’Alexandrie. Les lettres festales étaient destinées à informer le peuple de la date de la prochaine fête de Pâques, et il est de coutume d’en profiter pour exhorter aux actions de grâces et à l’observance de la fête. Athanase est alors occupé à convaincre les chrétiens d’Alexandrie qu’il ne faut pas fêter la Pâque parce que c’est un jour de fête comme un autre, mais à cause du Christ. Il invoque alors l’exemple d’Abraham, dans sa façon de voir le Christ dans les grands événements de sa vie.


C’est ainsi que le patriarche Abraham se réjouit non pas de voir son jour, mais celui du Seigneur, et c’est ainsi que, regardant en avant, « il le vit et se réjouit1». Et lorsqu’il fut éprouvé, il offrit par la foi Isaac, et sacrifia son fils unique, celui qui avait reçu les promesses. Et, en offrant son fils, il rendit un culte au fils de Dieu. Et, empêché de sacrifier Isaac, il vit le Messie dans le bélier2, qui fut offert à la place en sacrifice à Dieu. Le patriarche a été éprouvé, par Isaac, non pas cependant que celui-ci ait été sacrifié, mais celui qui est désigné par Ésaïe : « Il sera conduit comme un agneau à l’abattoir, et comme une brebis devant ses tondeurs, il sera muet3» ; or il a enlevé le péché du monde. C’est pourquoi Abraham fut empêché de porter la main sur l’enfant, de peur que les Juifs, à l’occasion du sacrifice d’Isaac, ne rejettent les déclarations prophétiques concernant notre Sauveur, toutes, mais surtout celles du Psalmiste : « Tu n’as pas voulu de sacrifice ni d’offrande ; tu m’as préparé un corps4», et qu’ils ne rapportent tout cela au fils d’Abraham.

En effet, le sacrifice n’était pas proprement la consécration d’Isaac5, mais d’Abraham qui, lui aussi, a offert et a été éprouvé. Ainsi, Dieu a accepté la volonté de celui qui offrait, mais a empêché que celui qui était offert soit sacrifié. Car la mort d’Isaac n’a pas procuré la liberté au monde, mais seulement celle de notre Sauveur, par les meurtrissures duquel nous sommes tous guéris6. Car il a ressuscité ceux qui tombaient, il a guéri les malades, il a rassasié les affamés, il a rassasié les pauvres, et, ce qui est plus merveilleux, il nous a tous ressuscités d’entre les morts ; ayant aboli la mort, il nous a fait passer de l’affliction et des soupirs au repos et à l’allégresse de cette fête, à une joie qui atteint jusqu’au ciel. Car ce n’est pas nous seuls qui en sommes affectés, mais, à cause de cela, les cieux eux-mêmes se réjouissent avec nous, et toute l’Église des premiers-nés, inscrite dans le ciel7, est comme l’annonce le prophète : « Cieux, réjouissez-vous, car le Seigneur a eu pitié d’Israël. Criez, fondements de la terre ! Criez de joie, montagnes, hauts lieux, et tous les arbres qui s’y trouvent, car le Seigneur a racheté Jacob, et Israël a été glorifié8. » Et encore : « Réjouissez-vous et soyez dans l’allégresse, cieux, que les collines se fondent dans l’allégresse, car le Seigneur a eu pitié de son peuple, et il a consolé les opprimés de son peuple9. »


Illustration : David Teniers le Jeune, L’Offrande d’Abraham, 1653.

  1. Jean 8,56 ; Hébreux 11,17.[]
  2. Genèse 22,15.[]
  3. Ésaïe 53,7.[]
  4. Psaume 40,6.[]
  5. Hébreux 9,10.[]
  6. Ésaïe 53,5.[]
  7. Hébreux 12,23.[]
  8. Ésaïe 44,23[]
  9. Ésaïe 49,13.[]

Étienne Omnès

Mari, père, appartient à Christ. Les marques de mon salut sont ma confession de foi et les sacrements que je reçois.

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