Petit catéchisme sur l’avortement — Paweł Bartosik
21 janvier 2023

Paweł Bartosik est pasteur des Églises réformées évangéliques en Pologne (Ewangeliczne kościoły reformowane w Polsce), en charge de la paroisse de Gdańsk (Danzig) qu’il a fondée en 2005. Il est connu dans ce pays pour ses activités d’apologète de la foi chrétienne, et a également fondé une maison d’édition ; son premier livre, paru en juillet 2020, Ils tuent des enfants. La guerre culturelle pour la vie des enfants à naître (Zabijają dzieci. Wojna kultur o życie nienarodzonych), est consacré à la question de l’avortement.

Nous présentons ci-dessous, en traduction française inédite, le chapitre 8, où l’auteur expose une partie de son argumentaire sous la forme d’un catéchisme, en questions et réponses successives. Si vous lisez le polonais, vous pouvez faire l’acquisition du livre ici ou lire des articles sur le sujet sur le blog du pasteur Bartosik.

Si l’avortement est fortement encadré en Pologne, et est restreint plus encore depuis une décision du Tribunal constitutionnel en octobre 2020, qui l’a notamment interdit en cas de malformation du fœtus, il reste autorisé en cas de grossesse résultant d’un viol ou lorsque la vie de la mère est menacée. 107 avortements ont été effectués légalement en Pologne en 2021, contre 1 076 en 2019.


1. Qu’est-ce que l’avortement ?

L’avortement est le meurtre d’êtres humains avant leur naissance.

2. Pourquoi, dans ce cas, est-il autorisé dans le droit de beaucoup de pays ?

Le droit de beaucoup de pays autorise beaucoup d’autres choses indignes.

3. Pourquoi l’avortement est-il appelé « intervention sur la grossesse » ou « interruption de grossesse » ?

Parce que « meurtre » est très mal connoté.

4. Quand commence la vie humaine ?

Conformément aux saintes Écritures, l’être humain est formé dès le ventre de sa mère, et sa vie, qui est un don de Dieu, commence dès le moment de la conception.

C’est toi qui as formé mes reins,
Qui m’as tenu caché dans le sein de ma mère.

Psaume 139,13.

5. Peux-tu donner des arguments bibliques pour soutenir cette affirmation ?

  • Les enfants à naître étaient pleinement protégés par la Loi.

Lorsque des hommes se querelleront, heurteront une femme enceinte et la feront accoucher, sans autre accident, ils seront punis d’une amende imposée par le mari de la femme ; on la paiera sur l’avis d’arbitres. Mais s’il y a un accident, tu donneras vie pour vie, œil pour œil, dent pour dent, main pour main, pied pour pied, brûlure pour brûlure, blessure pour blessure, meurtrissure pour meurtrissure.

Exode 21,22-25.
  • Dieu a créé Jérémie dans le sein de sa mère.

Avant que je ne te forme dans le ventre de ta mère,
Je te connaissais,
Et avant que tu ne sortes de son sein,
Je t’avais consacré,
Je t’avais établi prophète pour les nations.

Jérémie 1,5.
  • Samson sera appelé naziréen de Dieu dès sa conception.

Car tu vas devenir enceinte et tu enfanteras un fils. Le rasoir ne passera pas sur sa tête parce que cet enfant sera naziréen de Dieu dès le ventre de sa mère et ce sera lui qui commencera à sauver Israël de la main des Philistins.

Juges 13,5.
  • Jacob et Ésaü se bousculaient dans le ventre de leur mère.

Sa femme Rébecca devint enceinte. Les enfants se heurtaient dans son sein, et elle dit : Qu’est-ce qui m’arrive ? Elle alla consulter l’Éternel.

Genèse 25,22-23.
  • Job se demande ce qu’il serait advenu de lui s’il était mort alors qu’il était encore dans le ventre de sa mère.

Périsse le jour où je suis né,
Et la nuit qui dit : Un enfant mâle est conçu !

Job 3,3.

Pourquoi m’as-tu fait sortir du sein maternel ?
J’aurais expiré, aucun œil ne m’aurait vu ;
Je serais comme si je n’avais pas existé,
Et j’aurais été porté du ventre (de ma mère) à la tombe.

Job 10,18-19.
  • L’homme est pécheur dès la conception.

Voici : je suis né dans la faute,
Et ma mère m’a conçu dans le péché.

Psaume 51,7.
  • David rend grâce pour l’avoir formé dans le sein de sa mère.

C’est toi qui as formé mes reins,
Qui m’as tenu caché dans le sein de ma mère.
Je te célèbre ; car je suis une créature merveilleuse.
Tes œuvres sont des merveilles,
Et mon âme le reconnaît bien.
Mon corps n’était pas caché devant toi,
Lorsque j’ai été fait en secret,
Tissé dans les profondeurs de la terre.
Quand je n’étais qu’une masse informe, tes yeux me voyaient ;
Et sur ton livre étaient tous inscrits
Les jours qui étaient fixés,
Avant qu’aucun d’eux existe.

Psaume 139,13-16.
  • Jean le Baptiste était rempli de l’Esprit saint et a tressailli d’allégresse dans le sein d’Élisabeth en réaction à la salutation de Marie.

Car voici : aussitôt que la voix de ta salutation a frappé mes oreilles, l’enfant a tressailli d’allégresse dans mon sein.

Luc 1,44.
  • Le Seigneur Jésus a été conçu du Saint-Esprit dans le sein de Marie.

Voici : tu deviendras enceinte, tu enfanteras un fils, et tu l’appelleras du nom de Jésus. […] Le Saint-Esprit viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te couvrira de son ombre.

Luc 1,31-35.

6. Quand commence la vie humaine du point de vue médical ?

Les réponses apportées par la nature et la médecine sont conformes à celle de l’Écriture sainte. La vie humaine commence au moment où de la semence humaine féconde un ovule humain. Chaque composition génétique unique est formée par ce biais. Jusqu’au moment de la fécondation, on ne peut pas parler d’une personne humaine. À partir de ce moment-là, on doit le faire.

7. Quand commence la paternité ? Quand commence la maternité ?

La paternité et la maternité commencent au moment de la conception d’un enfant.

8. Le fœtus est-il donc un être humain ?

Oui. Le fœtus est un être humain créé à l’image et à la ressemblance de Dieu. Celui qui le détruit hait les images de Dieu et ses témoignages dans son monde.

9. La vie humaine est-elle la valeur suprême ?

Non. Dieu est la valeur absolue. Il donne la vie et définit qui peut l’ôter et quand. Il n’a pas autorisé qu’on tue les enfants à naître, c’est pourquoi l’avortement est en violation de la justice du Créateur de la vie, comme une guerre qu’on lui déclare.

10. Les enfants dans le sein de leur mère ne ressemblent pas à des êtres humains. Ils n’ont pas de doigts, de dents, de jambes, de cheveux.

Il y a des adultes qui n’ont pas de dents ou de cheveux. L’apparence d’un être humain est soumise à des changements aux diverses étapes de son développement.

11. Les enfants à naître ne sont-ils pas totalement dépendants de la vie de leur mère ?

Un enfant d’un an est lui aussi dépendant de sa mère.

12. Les partisans de l’avortement n’ont-ils pas le droit d’avoir d’autres définitions de ces mots ?

Oui. Mais il ne leur est pas permis, pas plus qu’à personne d’autre, de tuer des enfants à naître.

13. Mais ce ne sont pas des êtres humains selon eux !

Les juifs n’étaient pas pleinement des êtres humains pour les nazis. Les noirs et les aborigènes n’étaient pas pleinement des êtres humains pour les racistes. Enlever à quelqu’un son humanité n’a rien de nouveau lorsqu’il s’agit de justifier quelque mauvaise action. Mais en général, il n’est pas du tout nécessaire de convaincre les partisans de l’avortement que c’est une mauvaise chose. Ils le savent bien, mais ils sont malgré cela pour sa légalisation.

14. Pourquoi revendiquent-ils un tel droit ?

Parce que c’est l’amour de soi et leur propre confort qu’ils aiment par-dessus tout. Les enfants ainsi tués sont les victimes offertes à l’idole de leur ego.

15. Peut-on changer le cœur de l’homme par des moyens juridiques ?

Nous ne discutons pas du cœur de l’homme qui vit sans Dieu. Nous parlons de sauver une vie humaine, ce à quoi nous sommes appelés en tant que chrétiens, et ce à quoi est appelé le magistrat. Une partie des incroyants continuera à vouloir commettre des avortements ; ce n’est toutefois pas une raison suffisante pour que ce leur soit permis par la loi.

16. Pourtant, peu de partisans de l’avortement reconnaissent considérer les enfants à naître comme des êtres humains.

Si les praticiens de l’avortement pensaient qu’il ne s’agissait pas d’êtres humains, ils raconteraient des blagues en public sur leurs patientes… Personne ne prendrait ombrage à la publication d’images de débris de petits corps massacrés et ne s’offusquerait des films qui mettent en lumière le commerce d’organes d’enfants à naître mené par l’organisation Planned Parenthood1. Les défenseurs de la vie à naître font souvent face à des attaques agressives et massives, parce qu’ils touchent les consciences. Les gens qui revendiquent un « droit à l’avortement » savent bien ce que c’est au fond de leur cœur, d’où ces réactions fortes. Tout partisan de l’avortement qui regarde les photos de ses échographies avant la naissance se dit : c’est moi.

17. L’avortement ne devrait-il pas être une question personnelle, privée ?

Non. Le droit ne doit pas défendre et tolérer un meurtre en privé ; pas plus qu’un viol en privé ou quelque délit que ce soit.

18. Plutôt que d’écrire et de lire à ce sujet, ne serait-il pas préférable de se soucier d’aider concrètement les mères ?

C’est certainement par inattention que tu as oublié de dire « et d’aider leurs enfants à naître ». Diffuser de l’information sur ce mal qu’est l’avortement est une manière d’avertir tous les parents, et donc une des manières possibles de les aider, eux et leurs enfants à naître.

19. Mais cette aide doit-elle se limiter à cela ?

Non. Si tu cherches une telle aide, contacte-moi.

20. L’avortement n’est-il pas toutefois l’affaire des femmes, les hommes n’ayant pas à s’exprimer sur ces questions ?

De même que les femmes ont le droit de s’opposer au meurtre d’êtres humains par des hommes, de même les hommes ont le droit (et même l’obligation) de s’opposer à ce que des femmes tuent des êtres humains. Même si cette femme est leur mère.

21. L’avortement ne doit-il pas être autorisé si la grossesse est le résultat d’un viol ?

C’est une situation exceptionnelle et difficile ; c’est pourquoi nous devons faire preuve de sensibilité et de compréhension envers le drame vécu par ces victimes. Remarquons que dans ce cas, nous avons affaire à trois personnes : deux sont innocentes, une est coupable. Nous ne devons pas punir une personne innocente à la place de la personne coupable. Nous ne devons pas punir un enfant pour le péché de son père.

Supposons qu’un médecin te montre des échographies de deux fœti à douze semaines de grossesse. Ils ont l’air semblables. Le cœur de chacun des deux bat au même rythme. Il n’y a pas de différence. Ensuite, il te demande : lequel de ces deux êtres humains a été conçu d’un viol ? Lequel des deux n’a pas le droit à vivre et à être aimé ? Lequel des deux petits pointerais-tu du doigt ? Qui peut-on mettre à mort ?

22. L’avortement doit-il être autorisé si nous avons la certitude que l’enfant naîtra avec une maladie incurable ?

Non. Les enfants malades ont le même droit à la vie que tout autre être humain.

23. Les partisans de l’avortement ne veulent-ils pas simplement aider les jeunes femmes à mener une vie normale dans un moment difficile pour elles ?

Si mener une vie normale signifie vivre avec un meurtre sur la conscience, alors non : ce n’est pas aider les jeunes femmes.

24. L’interdiction de l’avortement n’éliminera pas les avortements. Les femmes en commettront clandestinement ou à l’étranger.

Nous ne sommes pas des pragmatiques. L’interdiction permettra assurément de diminuer le nombre d’avortements, comme il diminue le nombre de cambriolages et de viols. Certes, il ne les éliminera pas entièrement, parce qu’il y aura toujours des hors-la-loi pour tenter d’agir. Des avortements auront peut-être encore lieu, mais ils n’auront plus lieu légalement. Les dirigeants ne donneront plus leur assentiment à la mort des personnes à naître. L’avortement sera stigmatisé et quiconque prendra cette décision le fera en étant conscient qu’il fait quelque chose de mal et d’illégal. L’interdiction de l’avortement a une dimension pédagogique, ne serait-ce que parce qu’elle touche la conscience de ceux qui considèrent de tuer leur enfant.

25. Les chrétiens veulent-ils moraliser « de force » la société par des textes de loi ?

Premièrement, chacun de nous a le droit d’avoir ses propres opinions ; mais aucun de nous n’a le droit de tuer des gens.

Deuxièmement, toute législation sert à promouvoir tel ou tel système éthique. Quand un gouvernement pénalise le vol, il promeut le respet de la propriété privée (de bonnes lois ont donc un effet positif). Quand un gouvernement pénalise le meurtre, il promeut le respect de la vie et de la dignité humaines.

Troisièmement : la législation peut empêcher que ne se propagent le mal, la destruction de la société, de la famille et de la vie humaine. Nous devons nous ranger du côté des opprimés, des plus petits et des plus vulnérables, car le Christ se tient à leurs côtés. Il nous le demande à nous aussi.

26. Et si l’on ne croit pas en Jésus-Christ ?

Ce n’est pas une raison suffisante pour obtenir la permission de tuer des gens.

27. Et si j’ai commis un avortement ?

Appelle ce péché par son nom : tu as mis à mort ton propre enfant. Ne le fais plus jamais. Regrette cela sincèrement, confesse-toi au Christ et reçois de ses mains le pardon. Il ne rejettera personne qui vient à lui avec une foi authentique et en se repentant sincèrement des péchés qu’il a commis.

Je ne jetterai point dehors celui qui vient à moi.

Jean 6,37.
Paweł Bartosik, ERE Gdańsk.

Illustration de couverture : Edvard Munch, L’Enfant et la mort, huile sur toile, 1899 (Brême, Kunsthalle).

  1. Premier prestataire d’avortement aux États-Unis (note du traducteur).[]

Arthur Laisis

Linguiste, professeur de lettres, étudiant en théologie à la faculté Jean Calvin et lecteur dans les Églises réformées évangéliques de Lituanie. Principaux centres d'intérêts : ecclésiologie, christologie, histoire de la Réforme en Europe continentale. Responsable de la relecture des articles du site.

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