Cet article est une dissertation correspondant au cours 6.04 de la Facultรฉ Jean Calvin : Art, culture et foi, donnรฉ par Yannick Imbert. Vous pouvez avoir accรจs ร ce cours dans le cursus sur place, en ligne ou en cours ร la carte.
Dans son autobiographie, Billy Graham raconte un dialogue quโil a vu entre un pasteur baptiste et Ronald Reagan, acteur de profession avant de devenir prรฉsident des รtats-Unis.
Mais ce jour-lร , c’รฉtait un prรฉdicateur plus รขgรฉ qui avait vraiment captรฉ son attention : le Dr W. A. Criswell, pasteur de la First Baptist Church ร Dallas, la plus grande congrรฉgation de sa dรฉnomination, รฉtait assis d’un cรดtรฉ de Ronald Reagan, juste en face de moi. Le Dr Criswell lui dit franchement qu’il n’avait jamais vu un film de sa vie et n’avait aucune intention d’en voir, ajoutant qu’il pensait que toute l’industrie cinรฉmatographique รฉtait diabolique. Reagan releva le dรฉfi. Il expliqua au distinguรฉ leader baptiste comment les films รฉtaient rรฉalisรฉs et souligna que beaucoup d’entre eux transmettaient un message sain. Quand il eut terminรฉ, le Dr Criswell rรฉflรฉchit un instant, puis parla : ยซ Je vais commencer ร aller voir des films, et je dirai ร ma congrรฉgation que ce n’est pas un pรฉchรฉ de voir certains types de films. ยป
Billy Graham, Just As I Am, รฉd. Zondervan, 2007, chap. 28
Un pan trรจs rรฉsistant de la tradition chrรฉtienne est contre toute forme de spectacle et de thรฉรขtre, depuis Tertullien dans Des Spectacles jusquโau cher Dr Criswell dans les annรฉes 1980, en passant par le Histriomastix de William Prynne1. Or, lโapproche dรฉfendue dans ce cours nous invite ร une posture toujours vigilante, mais bien plus ouverte que ne le serait cette approche ยซ anti-mondaine ยป. Nous allons donc dialoguer avec cette opposition.
Comme convenu au prรฉalable, ยซ dialoguer ยป sera pris ici au sens littรฉral : ce devoir sera รฉcrit sous la forme du dialogue philosophique. Nous dรฉsignerons par le nom fictif de ยซ Riswell ยป lโopposant aux spectacles et ร la participation des chrรฉtiens ร ceux-ci (comme spectateurs ou comme contributeurs) ; je dรฉfendrai en mon nom propre les opinions de ce cours.
Le plan suivi sera le suivant :
- Les principaux arguments contre les spectacles et leur rรฉfutation.
a. Lโimmoralitรฉ des ลuvres.
b. La mondanitรฉ des ลuvres. - La dรฉfense de lโengagement culturel chrรฉtien
a. Le devoir de sโengager dans le monde, culture comprise.
b. Lโutilitรฉ apologรฉtique du thรฉรขtre.
c. De lโesthรฉtique.
Considรฉrant les contraintes dโun dialogue philosophique, je ne ferai pas de plan plus dรฉtaillรฉ. Une conclusion synthรฉtique suivra le dialogue.
Riswell โ Oรน suis-je ?
Stรฉphane โ Bienvenue dans mon espace mental. Je voulais dialoguer avec vous sur un sujet qui vous est cher et dont plusieurs de nos pรจres ont parlรฉ.
Riswell โ Avec plaisir, lequel ?
I.A. Lโimmoralitรฉ des ลuvres
Stรฉphane โ Lโopposition aux spectacles. Je soutiens que lโengagement culturel est inรฉvitable et quโil nโy a pas lieu de sโopposer ร voir les films et autres spectacles vivants. Au contraire, il
faut dรฉvelopper une prรฉsence fidรจle dans notre culture, y compris dans ses spectacles.
Riswell โ Alors, dรฉjร , Satan te rรฉclame. As-tu perdu le discernement le plus รฉlรฉmentaire ? Ne vois-tu pas la dรฉbauche dโimmodestie et la violence gratuite qui heurtent lโรขme ? Mรชme les ลuvres les plus propres contiennent du poison. LโApรดtre ne nous a-t-il pas dit : ยซ Fuyez l’impudicitรฉ. Quelque autre pรฉchรฉ qu’un homme commette, ce pรฉchรฉ est hors du corps ; mais celui qui se livre ร l’impudicitรฉ pรจche contre son propre corps ? ยป (1 Corinthiens 6, 18-20). Tu es peut-รชtre de ceux qui disent que ยซ tout est pur pour celui qui est pur ยป (Tite 1, 15) et qui se croient assez forts dans la foi pour ne pas รชtre tentรฉs en voyant un bout de sein et une jambe lรฉgรจre. Considรจre plutรดt lโavertissement de la Sagesse : ยซ Quelqu’un mettra-t-il du feu dans son sein, sans que ses vรชtements s’enflamment ? Quelqu’un marchera-t-il sur des charbons ardents, sans que ses pieds soient brรปlรฉs ? ยป (Proverbes 6, 27-28). On ne peut pas รชtre exposรฉ ร la boue sans quโelle nous tรขche. On ne peut pas prendre lโacide dans ses mains sans quโil nous corrode. Lโimmoralitรฉ des ลuvres devrait tโรฉloigner des spectacles avant mรชme que ne dรฉmarre la moindre rรฉflexion.
Stรฉphane โ Il est รฉvident que, pour bien des raisons, la plupart des spectacles contemporains ne sont pas sans poser de problรจmes moraux et pastoraux, ร cause non seulement de lโimpudicitรฉ, mais aussi de la violence excessive et gratuite, sans compter les blasphรจmes. Mais lโabus ne supprime pas le bon usage. Si cโest vraiment la principale objection, alors faisons des spectacles propres de toute impuretรฉ et limitons nous ร ceux-lร . Par ailleurs, il y a beaucoup de films et de spectacles qui ne blessent pas la conscience.
Riswell โ Tu surestimes ta capacitรฉ ร discerner lโimmoralitรฉ. Nous avons dรฉjร tellement tendance ร diminuer le pรฉchรฉ ou ร lโexcuser. Nous le ferons dโautant plus volontiers que ce spectacle serait รฉtiquetรฉ ยซ film chrรฉtien ยป. Une saine mรฉfiance du pรฉchรฉ doit nous amener ร une saine mรฉfiance des spectacles, cโest-ร -dire ร ne pas les voir du tout.
Stรฉphane โ Et pourquoi serais tu au juste plus rigide sur les spectacles que sur le reste de ta culture ? Pourquoi ne pas avoir la mรชme vigilance lorsque tu passes sous les drapeaux tricolores des mairies ou lors des commรฉmorations fรฉriรฉes dโรฉvรฉnements qui ne sont pas mentionnรฉs dans la Bible ? La culture consiste en bien plus que ses spectacles explicites, et ceux-ci ne sont que la fleur de cette culture. Tu dis que la fleur est empoisonnรฉe et ne doit pas รชtre mangรฉe, mais tu broutes bien les feuilles dโun arbre aux racines empoisonnรฉes. Tu ne gardes donc aucune saintetรฉ ou puretรฉ particuliรจre en te privant de certaines choses et pas dโautres. Le problรจme, ce ne sont pas seulement les spectacles, mais la culture humaine ร laquelle nul nโรฉchappe.
I.B. La mondanitรฉ des ลuvres
Riswell โ Prรฉcisรฉment, lโapรดtre Jean nous dit : ยซ N’aimez point le monde, ni les choses qui sont dans le monde. Si quelqu’un aime le monde, l’amour du Pรจre n’est point en lui. Car tout ce qui est dans le monde, la convoitise de la chair, la convoitise des yeux, et l’orgueil de la vie, ne vient point du Pรจre, mais vient du monde. Et le monde passe, et sa convoitise aussi ; mais celui qui fait la volontรฉ de Dieu demeure รฉternellement. ยป Cโest donc que nous devons chercher la sรฉparation du monde, et non la paix avec lui.
Stรฉphane โ Jean emploie le mot ยซ monde ยป de maniรจre trรจs diverse :
- Premiรจrement, ฮบฯฯฮผฮฟฯ pour dรฉsigner simplement le monde, lโunivers.
- Deuxiรจmement, et ce nโest pas รฉtonnant, ฮบฯฯฮผฮฟฯ dans l’รvangile de Jean peut รชtre utilisรฉ pour dรฉsigner le monde de l’humanitรฉ (1:10, 29 ; 6:33, 51 ; 12:19 ; 14:17, 19 ; 16:20).
- Troisiรจmement, c’est la description de l’รฉtat dรฉchu de ยซ ce monde ยป : il a un souverain (Jean 12:31 ; 14:30 ; 16:11) et il ยซ hait ยป Jรฉsus.
Tu as raison de dire que nous devons nous sรฉparer de ce qui est dรฉchu dans le monde, mais il y a bien plus que le pรฉchรฉ. La grรขce commune retient les effets du pรฉchรฉ et fait que le monde nโest pas aussi mรฉchant quโil pourrait lโรชtre. Cโest la grรขce commune qui permet ร ce deuxiรจme sens de ยซ monde ยป dโexister.
Riswell โ Avant dโobjecter, peux-tu me dรฉfinir avec soin ce que tu entends par lร ?
Stรฉphane โ Jโutiliserais la dรฉfinition du synode de Kalamazoo, 1924 :
ยซ Selon l’รcriture et les Confessions, le non-rรฉgรฉnรฉrรฉ, bien que n’รฉtant pas capable de faire un bien de sauvetage, peut faire du bien civil, ce qui est รฉvident pour le troisiรจme point qui concerne la question de la
justice civile. ยป Bien que lโhomme non-rรฉgรฉnรฉrรฉ ne soit pas capable de faire le bien ร salut, ses ลuvres culturelles ne sont pas sans bien. Nous pouvons donc nous intรฉresser aux spectacles selon les instructions de lโapรดtre Paul : ยซ Au reste, frรจres, que tout ce qui est vrai, tout ce qui est honorable, tout ce qui est juste, tout ce qui est pur, tout ce qui est aimable, tout ce qui mรฉrite l’approbation, s’il est quelque vertu et s’il est quelque louange, que cela occupe vos pensรฉes. ยป (Philippiens 4, 8).
Riswell โ Ah ! Sache alors que jโai trois objections contre cette grรขce commune. Premiรจrement, tu me dis que les mondains dรฉchus reรงoivent eux aussi une faveur immรฉritรฉe de la part de Dieu ?
Stรฉphane โ Non, cโest seulement une faveur nรฉgative. Dieu ne permet pas que lโhomme mondain fasse autant de mal que ce quโil pourrait faire. Il faut bien plus quโรฉviter le mal pour รชtre sauvรฉ.
Riswell โ Nous sommes tout de mรชme en train de dire que des mondains ennemis de Dieu font du bien, quelque chose dโapprouvรฉ par Dieu.
Stรฉphane โ Comme nous lโavons dit, ce ne sont pas des ลuvres bonnes ร salut. Cโest seulement une bonne discipline extรฉrieure, un ordre extรฉrieur conforme ร la volontรฉ de Dieu. Ce serait folie de nier que les athรฉes ne font pas que du mal.
Riswell โ Si lโhomme est donc capable de faire le bien par lui-mรชme, que devient la dรฉpravation totale ?
Stรฉphane โ Elle est renforcรฉe et non niรฉe par la grรขce commune : cโest grรขce ร lโintervention de Dieu seul que ce bien civil et extรฉrieur peut exister. Ainsi, mรชme si les ลuvres de spectacles sont de ce monde, elles ne sont pas corrompues au point dโempรชcher toute participation.
Pour lโengagement culturel chrรฉtien
Riswell – Il est facile dโobjecter et de rรฉpondre ร mes rรฉpliques, mais prรฉsente donc ta thรจse avec plus de dรฉtails : quโest-ce qui te fait croire que tu peux aller aux spectacles sans y brรปler ton รขme ?
II.A. Du devoir de sโengager
Stรฉphane โ En peu de mots ? Parce que cโest la volontรฉ de Dieu. Quand il a crรฉรฉ le monde, il nous lโa confiรฉ avec pour instructions ce que lโon appelle le ยซ mandat crรฉationnel ยป. Il nous a ordonnรฉ de remplir la terre et de la soumettre, cโest-ร -dire dโy pratiquer un travail qui la transformerait ร lโimage de Dieu, pour sa plus grande gloire.
Riswell โ Et quโest-ce que cela a ร voir avec la culture ?
Stรฉphane โ La culture est tout ce que nous faisons au-delร des seuls actes animaux. Se nourrir est animal, mais cuisiner et les rituels de la table, cโest culturel. Mais il est difficile de dรฉvelopper une thรฉologie biblique de la culture, car elle nโest pas prรฉsentรฉe ร froid comme nous avons lโhabitude de le faire. Ce que dรฉcrit la Bible, cโest un engagement culturel, une faรงon pour nous dโinteragir avec la vie de notre รฉpoque. Cet engagement culturel a รฉtรฉ tordu par le pรฉchรฉ, rendant notre travail futile et vain, et faisant que nos crรฉations deviennent des tentations ou des outils pour se passer de Dieu. Mais le commandement de Dieu demeure, et la culture que nous faisons, y compris dans les spectacles, doit y รชtre soumise. Nous sommes nรฉcessairement culturellement engagรฉs. La seule question est : de quelle faรงon ?
Riswell โ Oui, enfin, cโest dans lโAncien Testament. Jรฉsus nous a introduits ร notre citoyennetรฉ dโen haut, nous nโavons plus ร contribuer ร ce monde, bien au contraire.
Stรฉphane โ Je ne suis pas dโaccord. Le mandat missionnaire reprend et complรจte le mandat crรฉationnel , et il ne faut pas opposer les deux. Mais je suis dโaccord avec toi que cela ne va pas sans tension. En fait, nous avons deux rรฉponses diffรฉrentes ร cette tension entre mandat culturel et mandat missionnaire, entre transformer la terre dโen bas et se prรฉparer ร la terre dโen haut. Participer ร la sociรฉtรฉ dirigรฉe par les magistrats au mandat culturel dโune part ; participer ร lโรฉglise dirigรฉe par les anciens au mandat missionnaire dโautre part, sous un seul et mรชme Dieu.
Riswell โ Tu tโรฉloignes des spectacles.
II.B. Lโutilitรฉ apologรฉtique du thรฉรขtre.
Stรฉphane โ Non, il fallait seulement poser les bases thรฉoriques de lโengagement avec les spectacles, ce que jโai fait. Je dรฉfends que nous devrions nous engager culturellement par des spectacles pour des raisons dโabord apologรฉtiques. Elles ne sont pas les plus fondamentales, mais ce sont celles qui sont les plus faciles ร saisir pour lโรglise et les chrรฉtiens. Voici ce que nous pouvons attendre des chrรฉtiens producteurs et spectateurs dโลuvres culturelles :
- Tรฉmoignage : par une prรฉsence fidรจle, les acteurs chrรฉtiens peuvent toucher dโautres personnes du mรชme milieu, dโune maniรจre telle quโaucun pasteur ne pourrait atteindre, parce quโil nโest pas du milieu artistique professionnel.
- Dialogue avec le monde dรฉchu : รชtre spectateur dโun film non chrรฉtien est lโoccasion de mesurer le cลur de notre รฉpoque, dโidentifier ce quโils valorisent, ce qui peut servir de pont ร lโannonce de lโรvangile, et ce qui y fait obstacle. Ce dialogue permet ensuite la :
- Crรฉation dโลuvres porteuses de sens : les chrรฉtiens peuvent proposer des spectacles qui subvertissent les idoles de notre sociรฉtรฉ, proposent des valeurs et une vision du monde alternative, et renforcent les chrรฉtiens dans la foi.
- Discernement et adaptation du langage et des mรฉthodes rhรฉtoriques : hors mรชme de la sphรจre artistique, cette apologรฉtique culturelle nous permet de mieux adapter notre prรฉsentation formelle de lโรvangile ร notre sociรฉtรฉ et ร notre รglise.
Riswell โ Mais enfin, lโapologรฉtique, cโest seulement rรฉpondre aux objections doctrinales et intellectuelles ร notre foi !
Stรฉphane โ Non, lโapologรฉtique culturelle est une apologรฉtique parce quโelle prรฉvient certaines objections en quelque sorte, en utilisant la force de lโart et la nature fondationnelle de la culture prรฉsente pour รฉviter certaines objections intellectuelles. Lโapologรฉtique, cโest identifier que la soif dโappartenance est un รฉlรฉment majeur de notre temps, et/ou crรฉer une ลuvre qui reprรฉsente lโAdoption de Christ. Le cลur est ainsi prรฉparรฉ ร lโรvangile โ ce qui est lโapologรฉtique โ par la culture.
Riswell โ Oui, ร condition que ce soient des ลuvres trรจs explicitement chrรฉtiennes.
Stรฉphane โ Non, pas besoin. Puisque la culture est ancrรฉe dans le mandat crรฉationnel, nous pouvons utiliser des รฉlรฉments purement crรฉationnels pour tรฉmoigner de la grรขce de notre Seigneur. Il nโest pas nรฉcessaire de faire une proclamation explicite de lโรvangile. Mais cela demande un sens esthรฉtique que nous nโavons pas eu depuis longtemps.
II.C. De lโesthรฉtique
Riswell โ Bah ! Quโimporte la beautรฉ, lโessentiel est que la communication soit efficace !
Stรฉphane โ Cโest vrai que les chrรฉtiens nโont pas รฉtรฉ les seuls ร mรฉpriser la beautรฉ. La tendance acadรฉmique a souvent รฉtรฉ de mรฉpriser lโesthรฉtique au profit de lโutilitรฉ sociale de lโart ces derniรจres dรฉcennies. Mais William Edgar plaide pour un enrichissement de notre apologรฉtique par lโesthรฉtique.2
Riswell โ Et quโest-ce que la beautรฉ est censรฉe apporter ร lโapologรฉtique ? Ce nโest pas un argument ou quelque chose de bien tangible.
Stรฉphane โ La beautรฉ est dโabord une caractรฉristique de Dieu, liรฉe ร sa gloire, sa manifestation extรฉrieure. Dans la Crรฉation, la beautรฉ du monde est le tรฉmoignage de la bontรฉ de Dieu. Dans nos crรฉations, elle conserve cette valeur de tรฉmoignage, qui sert ร rendre plus probable la vรฉritรฉ de Dieu. La beautรฉ attendrit lโoreille dure et adoucit le cลur de pierre qui ne veut pas de lโรvangile. Pour toi, qui a un souci dโefficacitรฉ, faire de belles ลuvres culturelles, de beaux spectacles aide ร lโefficacitรฉ de lโapologรฉtique culturelle.
Riswell โ Admettons, mais seulement pour lโapologรฉtique alors. Le reste est futile.
Stรฉphane โ Pourquoi une limite si arbitraire ? Il nโy a pas un art proprement religieux et un art non religieux. Toutes les formes dโart reflรจtent la vision religieuse de ceux qui les crรฉent. Comme le dit Tolstoรฏ dans Quโest-ce que lโart ?3 : ยซ Durant de longs siรจcles, lโhumanitรฉ nโa distinguรฉ quโune seule portion de cette รฉnorme et diverse activitรฉ artistique : la portion des ลuvres dโart ayant pour objet de transmettre des sentiments religieux. ยป Mรชme sโil dit par ailleurs que toute culture est une forme dโart, les spectacles qui sont le sujet de ce dialogue ont nรฉcessairement une origine religieuse. Alors, quand bien mรชme nous ferions un spectacle sans intention apologรฉtique directe, il y aurait quand mรชme un tรฉmoignage de la vรฉritรฉ de Dieu dans la seule beautรฉ esthรฉtique de notre ลuvre.
Riswell โ Je vois. Tu mโas convaincu que lโimmoralitรฉ des ลuvres actuelles est un abus qui ne supprime pas lโusage, et que si nous devons bien nous sรฉparer du monde de corruption, nous ne devons pas pour autant nous sรฉparer de tout ce qui est humain, la grรขce commune venant limiter les effets du pรฉchรฉ. Tu mโas convaincu aussi que nous ne pouvons en fait pas รฉchapper ร lโengagement culturel, et que la seule question possible est : comment bien le faire ? Je suis convaincu de lโutilitรฉ apologรฉtique des spectacles, mais aussi de lโimportance de faire de beaux spectacles. Je vais commencer ร aller voir des films, et je dirai ร ma congrรฉgation que ce n’est pas un pรฉchรฉ de voir certains types de films.
- A ce sujet, je recommande la thรจse : Clรฉment Scotto Di Clemente. โAutel contre autelโ. La rivalitรฉ entre le thรฉรขtre et les รglises en France et en Angleterre, XVIe-XVIIe siรจcles. Littรฉratures. Sorbonne Universitรฉ, 2021.[↩]
- William Edgar, ยซ Beauty Avenged, Apologetics Enriched ยป, Westminster Theological Seminary, no. 63, 2001[↩]
- Lรฉon Tolstoรฏ, Quโest ce que lโart, รฉd. Perrin, 1898, p.38[↩]





0 commentaires