Cet article est la synthèse d’un des chapitres du livre de Jean Claude, pasteur de Nîmes puis de Charenton-le-Pont juste avant la Révocation de l’Édit de Nantes. Il est un des meilleurs prédicateurs du XVIIe siècle, et un apologète de référence dans les dernières années du siècle de l’Édit de Nantes. Il est l’auteur d’un manuel d’homilétique, le « traité de la composition d’un sermon », qu’il destinait à son fils Isaac, pasteur lui aussi. Ce chapitre peut être trouvé sur dvarim.fr, un site par ailleurs indispensable à tout amoureux des huguenots.
Il ne faut bien sûr pas prêcher sur un ou deux mots, mais sur une unité de sens complète, et celui que veut l’auteur biblique. Par exemple, il ne faut pas se contenter de prêcher sur 2 Cor 1.3 Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus-Christ, le Père plein de compassion et le Dieu de tout réconfort! est un sens complet, mais pas pour Paul qui enchaîne : Il nous réconforte dans toutes nos détresses afin que nous puissions réconforter ceux qui se trouvent dans la détresse, grâce à l’encouragement que nous recevons nous-mêmes de la part de Dieu.
Il avertit contre le fait de prendre un texte trop court (et donc trop susceptible de divaguer) mais l’usage des églises réformées confessantes actuelles est plutôt de faire ce que Jean Claude appellerait trop long. Au XVIIe siècle, les prédications étaient textuelles, mais n’exposaient qu’un ou deux versets à la fois. Contre notre usage actuel de prêcher sur environ un chapitre ou une dizaine de versets à la fois, voici ce qu’objecte Claude :
Quand aussi on prend trop de texte, et un sujet où il y a trop de matière à expliquer, on ne saurait qu’on ne laisse perdre beaucoup de considérations belles et importantes qu’on pourrait faire, ou qu’on se jette dans un longueur ennuyeuse. Il faut donc garder mesure dans le choix des textes, et tâcher de ne prendre, ni trop, ni trop peu de matière. Il y en a qui disent que la prédication n’est destinée que pour donner l’intelligence de l’Ecriture, et qu’ainsi, il faut prendre beaucoup de texte, et se contenter d’en donner le sens et d’y faire les principales réflexions. Mais le principe de ces gens-là est faux, car la prédication est destinée non seulement pour donner l’intelligence de l’Ecriture, mais aussi pour donner l’intelligence de la théologie, et pour expliquer la religion, ce qui ne se peut faire si l’on prend trop de matière. Ainsi, je crois que la manière dont un en use communément dans nos Eglises est la plus raisonnable et la plus conforme à la fin de la prédication. Chaque particulier peut lire chez soi l’Ecriture avec des notes ou des commentaires, pour en avoir simplement le sens, mais on ne saurait instruire, dénouer les difficultés, éclaircir les mystères, pénétrer bien avant dans les voies de la sagesse de Dieu, établir fortement les vérités évangéliques, réfuter les erreurs, consoler, corriger, censurer les vices, remplir l’esprit des auditeurs de l’admiration des merveilles de Dieu, enflammer leur âme de zèle, les porter efficacement à la piété et à la sainteté, qui sont les fins de la prédication, si l’on ne va plus avant que de donner la simple intelligence de l’Ecriture.
Jean Claude parle ensuite du choix des textes. Il ne suggère pas de prédication textuelle suivie (bien que cela ait existé), mais attire l’attention d’abord sur les différents temps de prédication. Il désapprouve (à titre personnel) l’usage de Jean Daillé de prêcher contre les fêtes romaines aux dates de ces dernières (ex: contre l’assomption mariale le 15 août). Mieux vaut en rester à notre calendrier liturgique propre. On distingue donc entre :
- Les dimanches ordinaires
- Les dimanches extraordinaires :
- Dimanches de communion
- Noël, Pâques, Pentecôte, Ascension, Jour de l’An, Vendredi Saint.
- Dimanche particuliers : jeûnes et dimanches d’ordinations (où un nouveau pasteur est consacré).
Le choix du texte devra toujours être sensible au dimanche particulier visé. Jean Claude aborde ensuite le cas particulier de quand on prêche dans une église en visite :
- Claude suggère de ne pas choisir de textes bizarres ou excentriques.
- Aucun texte de censure car c’est au pasteur local, qui connaît bien son assemblée d’être précis dans les réprimandes.
- Pas de texte menant à des questions épineuses.
- Choisir un texte de doctrine ordinaire.





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