Nous assistons en France ร lโapproche imminente dโune loi impieย (la plus permissive, expรฉditive et rรฉpressiveย au monde) qui autorisera lโeuthanasie et le suicide assistรฉ. ร cette occasion, voici une lettre de Jean Calvin qui nous rรฉvรจle un visage humain et altruiste du rรฉformateur protestant au chevet d’un malade dรฉsespรฉrรฉ en proie ร la souffrance qui a tentรฉ (malheureusement aprรจs coup avec succรจs) de se suicider, pour l’encourager ร la repentance et le consoler. La lettre a รฉtรฉ modernisรฉe.
Voici un rรฉsumรฉ de l’affaire en question donnรฉ par l’รฉditeur suivi des lettres en question :
Le 22 janvier 1545, รฉpuisรฉ par une longue maladie, Jean Vachat se donna la mort. Ce jour-lร , vers six heures du matin, il demanda ร sa gouvernante dโaller lui prรฉparer quelque chose ร manger et de le laisser se reposer. Vers huit heures, il fit appeler sa servante et lui rรฉclama son couteau, avant de la renvoyer ร la cuisine. Lร , la gouvernante lโinterrogea et la servante lui raconta ce que Jean Vachat lui avait demandรฉ. Aussitรดt, la gouvernante se rendit dans la chambre de ce dernier, pour sโapercevoir quโil sโรฉtait plantรฉ le couteau dans le ventre. Elle alla chercher Pierre Vachat, frรจre du mourant, qui, aprรจs avoir retirรฉ le couteau, partit chercher Jean Calvin, Matthieu de Geneston et Claude, le barbier. Tandis que les deux premiers exhortaient Jean Vachat ร se repentir, le troisiรจme tenta de soigner ses blessures, mais en vain. Jean Vachat mourut vers midi. Lโautopsie sommaire pratiquรฉe sur son corps le lendemain ร la demande du lieutenant, rรฉvรฉlera quโil souffrait dโasthme et que malgrรฉ la profondeur de lโune des deux blessures quโil sโรฉtait infligรฉes, il aurait pu guรฉrir, si son corps ยซ heust estรฉ vertueux et puyssant ยป. [โฆ] Dans le cas qui nous occupe, si les barbiers dรฉposรจrent que Jean Vachat souffrait dโune maladie ยซ par laquelle le pacient tombe en plusieurs inconveniens, mesmes en desespoir ยป, le suicidรฉ semble avoir รฉtรฉ en possession de tous ses moyens ร en croire Calvin qui dรฉposa ainsi : ยซ en toutes ses contenances et paroles, je ne peu apercevoir, sinon quโil estoit de sens rassis ยป, cโest-ร -dire calme et pondรฉrรฉ. Nโรฉtant pas mort immรฉdiatement aprรจs son acte, Jean Vachat eut le temps, exhortรฉ en cela par Calvin, de se repentir. Il ยซ monstra signe de repentence ยป et ils firent ensemble, ยซ pryeres, avec recongnoissance et confession de la faulte quโil avoit commise ยป.
23 janvier 1545 โ Rapport de Jean Calvin.
Sโensuit la dรฉposition que moi, souscrit, atteste รชtre vraie, devant le seigneur Pierre dโOrsiรจre, commis par Monsieur le lieutenant de Genรจve, ce 23e jour de janvier 1545.
Cโest quโhier, environ entre huit et neuf heures, Pierre Vachat vint me dire en pleurant quโil รฉtait advenu un grand inconvรฉnient chez eux, ร savoir que son frรจre, ayant demandรฉ un couteau ร la servante, se lโรฉtait fourrรฉ au ventre, me priant que jโy allasse. Sur ce, jโy allai et trouvรขmes en chemin notre compagnon, Monsieur Matthieu de Geneston. รtant venus dans la chambre haute oรน ledit Jean Vachat รฉtait, je lui fis beaucoup de remontrances. Puis aprรจs, je lui demandai qui lโavait รฉmu ร se faire tel outrage en son corps. Il me rรฉpondit que cโรฉtait parce quโil se comparait trop. Je lui remontrai par plusieurs raisons comment le diable lโavait bien sรฉduit et transportรฉ. Aprรจs les rรฉprรฉhensions, je lui demandai sโil ne se repentait pas dโavoir ainsi offensรฉ Dieu et dโavoir รฉtรฉ vaincu par une telle tentation. Il me dit que oui, et me le rรฉitรฉra par deux fois. Je lui demandai sโil nโen requรฉrait point pardon ร Dieu et sโil nโavait point confiance quโencore il lui ferait misรฉricorde. Il me dit que oui. Aprรจs, selon lโexigence du cas, nous fรฎmes des priรจres, avec reconnaissance et confession de la faute quโil avait commise. Je lโexhortai encore de nouveau par plusieurs paroles ร la patience et ร se consoler dans la grรขce de Dieu. Cependant vint maรฎtre Claude, le barbier. Alors je lui dis que, pour le moins, afin de montrer quโil se repentait dโun tel acte, quโil souffrรฎt quโon y mรฎt remรจde, se recommandant ร Dieu. En toutes ses contenances et paroles, je ne pus apercevoir sinon quโil รฉtait de sens rassis. Cela fait, je mโen vins, et notre frรจre Monsieur de Geneston quant ร lui. Toutes ces choses jโatteste รชtre vraies.Jean Calvin.
23 janvier 1545 (aprรจs-midi) โ Dรฉcision du Conseil โ A.E.G., R.C. 39, fยฐ 111rยฐ-111vยฐ.
En marge : Domp Jean Vachat. โ Ayant vu les informations prises par le sieur lieutenant, par lesquelles il appert que hier sur le matin, รฉtant au lit malade, se fit bailler par une servante le couteau de son รฉpรฉe, duquel se frappa deux coups mortels en lโestomac, dont deux heures aprรจs trรฉpassa. Toutefois quโavant son dit trรฉpas, les ministres, ร savoir Monsieur Calvin et Monsieur de Geneston, lโallรจrent consoler et il eut repentance, comme plus amplement est contenu lesdites informations. Et ayant entendu le contenu de ces informations, semblablement la requรชte du respectable Pierre Vachat, frรจre dudit Jean dรฉcรฉdรฉ, lequel a priรฉ lui donner congรฉ de faire sรฉpulture du corps de son dit frรจre au lieu accoutumรฉ, ordonnรฉ que le sieur lieutenant soit appelรฉ. Lequel sieur lieutenant a rรฉfรฉrรฉ sa visitation et trouvรฉ le cas fort scandaleux, laissant cela ร la bonne volontรฉ de la Seigneurie. Ordonnรฉ que ledit corps soit menรฉ sous le gibet et lร soit enterrรฉ par lโexรฉcuteur des malfaiteurs, commandant audit sieur lieutenant de faire mettre en exรฉcution ladite sentence, et le tout aux dรฉpens du dรฉfunt. Et que ledit sieur lieutenant doive aller en personne, accompagnรฉ du soldat et des officiers.
Source : Lโaffaire du suicide de Jean Vachat, Sandra CORAM-MEKKEY, pp. 1-2, 5-6. Pour creuser le sujet.
Illustration : Vincent Van Gogh, La Nuit รฉtoilรฉe, huile sur toile, 1889 (New York, Museum of Modern Art).





0 commentaires