L’euthanasie — Collection Que sais-je ? — Recension
27 février 2026

Nous assistons en France à l’approche imminente d’une loi impie (la plus permissive, expéditive et répressive au monde) qui autorisera l’euthanasie et le suicide assisté. À cette occasion, je propose un recension de l’excellent petit livre concis à propos de l’euthanasie du point de vue de ses opposants dans la célèbre collection Que sais-je ?. On y trouve une étude pluridisciplinaire sur le sujet qui permet à chacun de savoir rapidement l’essentiel. Il est d’autant plus intéressant qu’il fait intervenir une équipe de spécialistes, chacun dans un domaine précis : un philosophe des sciences, un expert du droit et un médecin, entre autres responsable d’une unité de soins palliatifs.

Les auteurs commencent par des chapitres introductifs qui présentent les notions et vocabulaire autour de la fin de vie : la crainte de la mort aujourd’hui, la loi française et le code de déontologie médical français, les différents actes médicaux en fin de vie, les soins palliatifs, les raisons pour lesquelles les patients demandent l’euthanasie et l’origine du terme euthanasie.

Il y a un survol historique des Grecs à aujourd’hui. Tout d’abord le mot euthanasie vient du grec euthanatos, littéralement « la bonne mort » ou « mort douce ». En fonction des contextes, jusqu’à récemment, elle désigne ou bien la mort naturelle dans des circonstances douces et apaisantes (pas ou peu de douleur, compagnie des proches), ou bien le suicide sans ou avec très peu de douleur. C’est pour cette raison que l’emploi du terme chez un auteur ne veut pas nécessairement dire qu’il trouve le suicide moral. Par exemple, chez Francis Bacon, le contexte écarte fortement une telle interprétation.
Vient ensuite une présentation des principaux types d’euthanasie :

  • L’euthanasie utilitariste : Elle reprend la thèse de Bentham et Mill selon laquelle il faut minimiser le mal-être (la souffrance). Par conséquent, la mort peut parfois être le recours le plus efficace dans un cadre médical et sous certaines conditions être préférable à la vie. C’est ainsi que les Spartiates éliminaient certains nouveau-nés jugés inaptes à la vie. Certains peuples indigènes comme des Esquimaux euthanasiaient les personnes âgées, de même que dans l’Utopie de Thomas More.
  • L’euthanasie compassionnelle où on accorde le droit de recevoir la mort à un patient par compassion afin d’abréger ses souffrances s’il a une maladie incurable. Le livre rapporte un exemple touchant où Pasteur et ses collègues l’ont pratiqué sur des patients en proie à l’agonie intraitable de la rage les suppliant de les achever. Elle est défendue surtout depuis le XXème siècle par nos démocraties libérales actuelles et des associations (en France l’ADMD : Association pour le droit à mourir dans la dignité). Je ne vois pas forcément de différence de fond avec l’euthanasie utilitariste étant donné qu’on peut justifier la seconde par la première.
  • L’euthanasie eugénique : On la retrouve aussi chez certains darwinistes comme Francis Galton. Nous connaissons bien sûr principalement l’euthanasie eugénique d’Etat des malades mentaux au temps des nazis ordonnée par Hitler. Plus récemment, chez nous qui avortons énormément de fœtus trisomiques dont nous décrétons que la vie ne mérite pas d’être vécue.

L’ouvrage propose par la suite un chapitre plus philosophique sur la polémique opposant la thèse de la continuité des pro-euthanasie à celle de la discontinuité des anti-euthanasie entre, d’une part, les actes médicaux qui ont toujours fait consensus, et de l’autre, l’euthanasie et le suicide assisté. Dans ce cadre-là, les auteurs présentent le principe du double effet, mentionné explicitement pour la première fois par Thomas d’Aquin, qui permet d’appuyer la position anti-euthanasie. Alors que l’intention des actes médicaux consensuels est de soulager la douleur du patient (même s’ils ont pour conséquence concomitante sa mort à un moment imprévisible), celle de l’euthanasie et du suicide assisté est de provoquer sa mort, ce qui est immoral.

Le livre conclut avec des chapitres descriptifs sur l’historique et l’état des lois dans différents pays, y compris la France. Toutefois, le livre datant un peu, on préfèrera pour un rapport plus complet les chapitres pertinents des livres de Lavagna, Putallaz et de Keown. On retrouve enfin à la fin une bibliographie copieuse, avec des ressources à la fois (principalement) en français et en anglais.


Illustration de couverture : Nicolaes Berchem, Hippocrate rendant visite à Démocrite, huile sur toile, 1650.

Laurent Dv

Informaticien, époux et passionné par la théologie biblique (pour la beauté de l'histoire de la Bible), la philosophie analytique (pour son style rigoureux) et la philosophie thomiste (ou classique, plus généralement) pour ses riches apports en apologétique (théisme, Trinité, Incarnation...) et pour la vie de tous les jours (famille, travail, sexualité, politique...).

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