D’autres jours peuvent-ils être saints ? – Turretin (11.15)
23 mars 2026

La foi dans le Nouveau Testament implique-t-elle qu’il y ait d’autres jours saints en dehors du dimanche, dont la célébration est nécessaire en soi et par raison de mystère, et non par raison d’ordre et de politique ecclésiale seulement ? Nous le nions contre les papistes.

La question paraît bien longue, mais rien qu’à la lecture, on comprend que le problème n’est pas l’existence des jours fériés religieux en dehors du dimanche, mais l’autorité accordée à ces jours.

Une des questions soulevées au moment de la Réforme était le nombre excessif de festivals religieux rajoutés au calendrier liturgique au cours des siècles, chacun étant présenté comme nécessaire pour la foi. On créait ainsi une charge sur la conscience des chrétiens qui se croyaient en danger d’enfer s’ils rataient l’un de ces trop nombreux festivals ou fêtes de saints. Le souci principal de cette question n’est pas l’existence de ces jours, mais le fait qu’ils doivent rester un article de liberté chrétienne.

La question n’est pas de savoir si des jours anniversaires peuvent être choisis pour commémorer la nativité, la circoncision, la passion ou l’ascension de Christ, ainsi que d’autres mystères de la rédemption, ou même pour célébrer le souvenir de quelque bénédiction remarquable. Car les orthodoxes pensent que cela doit être laissé à la liberté de l’Église. C’est pourquoi certains consacrent certains jours à de telles festivités, non par nécessité de foi, mais par conseil de prudence pour inciter davantage à la piété et à la dévotion. Cependant, d’autres, usant de leur liberté, ne retiennent que le jour du Seigneur et y célèbrent, à des moments fixés, le souvenir des mystères de Christ ; car, pour eux, « la dissonance dans ces domaines ne retire rien à l’harmonie de la foi », comme Augustin le remarquait autrefois à propos du jeûne. La question est plutôt de savoir si certains jours sont plus saints et sacrés que d’autres et si une certaine partie du culte divin doit être célébrée en raison d’un mystère intrinsèque, et non seulement en rapport avec l’ordre et la police ecclésiastique (comme le soutient Bellarmin dans De Cultu Sanctorum, 3.10, ce qui constitue la doctrine et la pratique publique des papistes). Au contraire, nous nions que ces jours soient en eux-mêmes plus saints que les autres ; tous sont plutôt égaux. Si une quelconque sainteté leur est attribuée, elle n’appartient pas au temps ou au jour, mais au culte divin. Ainsi, leur observation chez ceux qui la conservent relève uniquement du droit positif et d’une nomination ecclésiastique ; elle n’est cependant pas nécessaire en vertu d’un précepte divin.

Argumentation (§§4-6)

  1. L’institution de tels jours saints (nécessaires pour la foi) ne peut venir que de la parole de Dieu elle-même (qui a indiqué dans les Écritures tout ce qui est nécessaire à notre foi). Or, rien n’est écrit.
  2. Ces jours saints obligatoires sont contraires à l’interdiction des distinctions de jours prescrite par Paul (Rom 14.5s ; Gal 4.10 ; Col 2.16).
  3. Les pères de l’Église eux-mêmes confessent explicitement n’avoir institué ces festivals que par choix et coutume, et non selon l’exemple des apôtres.
    • Socrate le Scolastique, Histoire Ecclésiastique, 5.22 : « Ni les apôtres, ni l’Évangile lui-même n’ont imposé le joug de l’esclavage à ceux qui se sont ralliés à la doctrine de Christ, mais ils ont laissé la fête de Pâques et les autres à la célébration selon le jugement libre et impartial de ceux qui avaient reçu des bénédictions en de tels jours. » Ou bien encore : « Ni le Sauveur ni les apôtres n’ont commandé qu’elle soit observée. » Et enfin : « Car les apôtres ne se proposaient pas de promulguer des lois concernant la célébration des fêtes, mais de nous prescrire la méthode de la piété et de la vie droite. »
  4. Quatrième argument : ces jours saints ont renforcé la superstition en instaurant de mauvaises distinctions de jours, le culte des saints, et en créant des conflits de conscience parmi les fidèles.
    • Nicolas de Clémanges (XVIIe siècle) prouve que certains anciens festivals feraient mieux d’être abolis en raison de leurs grands abus, plutôt que d’en instituer de nouveaux. Il se plaint que tant de choses soient lues et dites dans les églises à propos des saints que, désormais, la lecture des Saintes Écritures est totalement omise.
    • Pierre d’Ailly conseille aux évêques du concile de Constance de « prendre garde à ne pas nommer tant de nouveaux festivals afin que, outre le jour du Seigneur et les grandes fêtes instituées par l’Église, il soit permis de travailler après avoir entendu le service, à la fois parce que les péchés se multiplient souvent les jours de fête dans les tavernes, les danses et autres amusements lascifs que l’oisiveté enseigne, et parce que les jours ouvrables suffisent à peine à se procurer le nécessaire à la vie. »
    • Polydore Virgile : « Autant il était autrefois d’usage d’instituer des fêtes, autant il semble aujourd’hui préférable qu’elles tombent en désuétude ; car un grand nombre d’hommes emploient éhontément ce repos des fêtes non pour prier, mais pour accroître chaque jour davantage toutes sortes de corruptions des bonnes mœurs. »
    • Le pape Urbain VII : « Les fêtes instituées au début pour glorifier la divinité, l’homme ennemi les a corrompues au fil du temps et les a converties en une grande offense envers Lui et en une perte douloureuse pour les âmes. »

Ensuite vient la foire aux objections. Je pense ne pas les traiter ici : il est probable que la doctrine à laquelle répond Turretin soit toujours la doctrine officielle de Rome. Mais il ne me semble pas que la pratique suive, aujourd’hui.

Je laisse au lecteur romain le soin de me réarticuler sa défense des jours intrinsèquement saints pour aujourd’hui. Pour ma part, je ne veux pas réanimer une doctrine papiste du XVIIe siècle.

Étienne Omnès

Mari, père, appartient à Christ. Les marques de mon salut sont ma confession de foi et les sacrements que je reçois.

0 commentaires

Soumettre un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *