« Dieu veut que tous soient sauvés » – saint Augustin
20 juin 2026

Un passage intéressant du Traité de la foi, de l’espérance et de la charité, où saint Augustin offre une exégèse devenue classique dans le protestantisme réformé (quoiqu’elle ne soit pas la seule), qui propose que la volonté pour Dieu de sauver tous les hommes est une totalité sans distinction (totalité catégorielle) et non sans exception (totalité numérique).

Quand nous entendons dire ou que nous lisons dans les saintes lettres « que Dieu veut « le salut de tous les hommes », quoique. nous ayons la certitude que le genre humain ne doit pas se sauver tout entier, prenons garde de rien retrancher à la toute-puissance de la volonté divine ; dans ces paroles : « Dieu veut le salut de tous les hommes », comprenons qu’il n’y aura de sauvés que ceux qu’il plaira à Dieu. […] On pourrait encore expliquer ce passage, sans admettre qu’il n’y a personne que Dieu ne veuille sauver, erreur manifeste, puisque Dieu n’a pas voulu faire de miracles dans des villes qui, en les voyant, auraient fait pénitence; cette explication consisterait à entendre par « tous les hommes » les différentes classes dont se compose le genre humain : les rois et les sujets, les nobles et les roturiers, les grands et les petits, les savants et les ignorants, les forts et les faibles, ceux qui sont ingénieux et ceux qui ont l’esprit lent ou grossier, les riches, les pauvres et les gens aisés, les hommes et les femmes, les nouveau-nés et les enfants, les adolescents et les jeunes gens, les vieillards jusqu’à l’âge le plus décrépit, les hommes enfin avec toutes les variétés qu’établissent entre eux la langue, les mœurs, les arts, les métiers, les goûts, les sentiments. Par quel motif, en effet, Dieu ne voudrait-il pas choisir ses élus chez tant de peuples divers et les sauver par les mérites de Jésus-Christ, son Fils unique, puisque, dans sa toute-puissance, il ne saurait rien vouloir sans l’exécuter? Telle est la pensée de l’Apôtre : car il venait de recommander à Timothée de prier pour tous les hommes, en désignant plus spécialement « les rois et ceux qui sont élevés en dignité », parce qu’il était naturel de croire que les pompes et les vanités du monde leur, faisaient oublier l’humilité de la foi chrétienne. Après avoir dit que les prières adressées au ciel pour les grands « sont agréables à Dieu notre Sauveur », il ajoute aussitôt, pour prévenir le désespoir « Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et arrivent à la connaissance de la vérité. » Dieu, en effet, a daigné dans sa sagesse accorder aux prières des petits le salut des grands, et nous voyons aujourd’hui son dessein accompli. D’ailleurs on retrouve cette manière de parler dans la bouche même du Seigneur, lorsqu’il dit aux Pharisiens: « Vous donnez le dixième de la mente, de la rue, et de tous les légumes » ; apparemment, les pharisiens ne donnaient pas la dîme des légumes d’autrui ou des plantes exotiques. Si donc il faut entendre par « tous les légumes » les légumes de toutes sortes, nous pouvons ici regarder l’expression « tous les hommes », comme synonyme d’hommes de toute classe1.

  1. Augustin, Traité de la foi, de l’espérance et de la charité, chapitre 103.[]

Maxime Georgel

Maxime est médecin à Lille. Fondateur du site Parlafoi.fr, il se passionne pour la théologie systématique, l'histoire du dogme et la philosophie réaliste. Il affirme être marié à la meilleure épouse du monde. Ils vivent ensemble sur Lille avec leurs quatre enfants, sont membres de l'Église de la Trinité (trinitelille.fr) et sont moniteurs de la méthode Billings.

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