Manger sa chair, boire son sang – saint Jérôme
28 juillet 2026

Il est bien connu qu’alors qu’il commente Jean chapitre 6, saint Augustin identifia la manducation de la chair du Christ au fait de croire, déclarant :

Avant de nous donner le Saint-Esprit, le Sauveur s’est donc présenté à nous comme le pain descendu du ciel, et nous a exhortés à croire en lui. Croire en lui, c’est manger le pain vivant. Celui qui croit, mange: il se nourrit invisiblement, parce qu’il renaît d’une manière invisible1.

Dans le même sermon, saint Augustin ajoute que seuls ceux qui viennent avec la foi mangent le Christ en recevant le sacrement :

Par là même, et sans aucun doute, quand on ne demeure pas dans le Christ, et qu’on ne lui sert point d’habitation, on ne mange point sa chair, et on ne boit pas non plus son sang, quoiqu’on tienne d’une manière matérielle et visible sous sa dent le sacrement du corps et du sang du Sauveur; bien plus, en recevant le signe sensible d’une si précieuse chose, il le mange et boit pour sa condamnation, parce qu’il n’a pas craint de s’approcher dès sacrements du Christ avec une âme souillée2.

Et ainsi il exhorte :

Voilà pourquoi l’Apôtre ne craint pas de dire: « Il boit et mange sa propre condamnation ». Le corps du Sauveur n’a pas été un poison pour Judas; et cependant il le reçut, et, quand il l’eut reçu, Satan entra en lui, et cela, non point parce qu’il avait reçu un aliment empoisonné, mais parce qu’il était méchant, et qu’il l’avait reçu avec de mauvaises dispositions. Ayez donc soin, mes frères, de manger spirituellement ce pain venu du ciel, et d’apporter à l’autel un coeur innocent3.

L’opinion d’Augustin n’est toutefois en rien exceptionnelle dans le corpus patristique. On peut même dire que c’est l’opinion standard, classique et commune. En guise d’illustration, voici ce que dit saint Jérôme à propos du même sujet, dans son Commentaire des Psaumes :

Nous avons lu les Saintes Écritures. Il me semble que l’Évangile est le corps du Christ ; les Saintes Écritures, je pense, sont son enseignement. Lorsqu’il dit : « Celui qui ne mange pas ma chair et ne boit pas mon sang », bien que ces paroles puissent être comprises dans leur sens mystique, néanmoins, je dis que la parole de l’Écriture est plus véritablement le corps du Christ et son sang ; elle est la doctrine divine4.

Et encore, en commentant l’Ecclésiaste, il met côte à côte la manducation du Christ dans l’Eucharistie et dans l’Écriture :

De plus, puisque la chair du Seigneur est la vraie nourriture et que son sang est la vraie boisson, sur le plan anagogique, tout le bien que nous possédons dans le temps présent consiste à nous nourrir de sa chair et à boire son sang, non seulement dans le mystère, mais aussi dans notre lecture des Écritures ; car la véritable nourriture et la véritable boisson, que l’on reçoit de la parole de Dieu, sont la connaissance des Écritures5.

Cette double manducation, par la foi, est un lieu commun de l’exégèse réformée, dont les racines patristiques sont bien établies.


  1. Augustin, Traités sur Jean XXVI, 1.[]
  2. Augustin, Traités sur Jean XXVI, 18.[]
  3. Augustin, Traités sur Jean XXVI, 11.[]
  4. Jérôme, Breviarium in Psalmos, Psalmus CXLVII, PL 26:1258-1259 ; texte latin : Legimus sanctas Scripturas. Ego corpus Jesu, Evangelium puto: sanctas Scripturas, puto doctrinam ejus. Et quando dicit, qui non comederit carnem meam, et biberit sanguinem meum: licet et in mysterio possit intelligi: tamen verius corpus Christi, et sanguis ejus, sermo Scripturarum est, doctrina divina est.[]
  5. Jérôme, Commentarius in Ecclesiasten, Cap. 3, PL 23:1039 ; texte latin : Porro, quia caro Domini verus est cibus, et sanguis ejus verus est potus, juxta ἀναγωγὴν, hoc solum habemus in praesenti saeculo bonum, si vescamur carne ejus cruoreque potemur, non solum in mysterio, sed etiam in Scripturarum lectione. Verus enim cibus et potus, qui ex verbo Dei sumitur, scientia Scripturarum est.[]

Maxime Georgel

Maxime est médecin à Lille. Fondateur du site Parlafoi.fr, il se passionne pour la théologie systématique, l'histoire du dogme et la philosophie réaliste. Il affirme être marié à la meilleure épouse du monde. Ils vivent ensemble sur Lille avec leurs quatre enfants, sont membres de l'Église de la Trinité (trinitelille.fr) et sont moniteurs de la méthode Billings.

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