Le texte suivant est l’adaptation d’une prédication donnée le mardi 22 septembre 2026 à la Faculté Jean Calvin.
Introduction
Treize années ont passé depuis la naissance d’Ismaël. Treize années pendant lesquelles Abram a vu ce fils grandir. Treize années pendant lesquelles il a pu se dire que, finalement, la promesse de Dieu allait peut-être s’accomplir ainsi. Après tout, Dieu avait promis une descendance. Ismaël est là. Il grandit dans la maison et peut déjà devenir l’héritier d’Abram. Et c’est précisément à ce moment-là que Dieu intervient de nouveau. Abram a quatre-vingt-dix-neuf ans. Saraï a quatre-vingt-neuf ans. Tout ce que les forces humaines pouvaient encore espérer produire paraît désormais derrière eux. Et Dieu dit : « Je suis le Dieu Tout-Puissant. Marche devant ma face et sois intègre » (v. 1).
Abraham est appelé à marcher, à agir, à obéir. Ce n’est pas à lui de bricoler l’accomplissement de la promesse divine. Il doit marcher fidèlement pendant que Dieu accomplit ce que lui seul peut accomplir. C’est quelque chose qu’il nous est utile d’avoir en tête. Nous avons des responsabilités. Nous devons prendre des décisions. Nous devons parfois parler, organiser, corriger, protéger, persévérer, concevoir des plans, mettre en œuvre des stratégies. Mais il y a une différence entre agir fidèlement et vouloir garantir nous-mêmes l’issue des choses. Dieu ne demande pas à Abraham d’accomplir la promesse que Dieu lui a faite par ses propres forces. Il lui demande de marcher devant lui.
I. Dieu donne à Abram un nom à la mesure de sa promesse (17,1-8)
1Lorsqu’Abram fut âgé de 99 ans, l’Éternel apparut à Abram et lui dit : Je suis le Dieu Tout Puissant. Marche devant ma face et sois intègre. 2J’établirai mon alliance avec toi, et je te multiplierai à l’extrême. 3Abram tomba face contre terre et Dieu lui parla en ces termes : 4Pour moi, voici mon alliance avec toi : Tu deviendras le père d’une foule de nations. 5On ne t’appellera plus du nom d’Abram, mais ton nom sera Abraham, car je te rends père d’une foule de nations. 6Je te rendrai extrêmement fécond, je ferai naître de toi des nations, et des rois sortiront de toi. 7J’établirai mon alliance avec toi et ta descendance après toi, dans toutes leurs générations : ce sera une alliance perpétuelle, en vertu de laquelle je serai ton Dieu et celui de tes descendants après toi. 8Je te donnerai, et à tes descendants après toi, le pays dans lequel tu viens d’immigrer, tout le pays de Canaan, en possession perpétuelle, et je serai leur Dieu.
Le chapitre commence donc par cette présentation : « Je suis le Dieu Tout-Puissant » (v. 1). La manière dont Dieu se nomme est significative, parce que tout ce qui suit va demander à Abram de croire précisément que Dieu peut accomplir ce que lui-même ne peut plus produire. Puis vient l’ordre : « Marche devant ma face et sois intègre » (v. 1). Dieu ne lui donne pas des choses à faire. Il ne lui explique pas comment résoudre le problème de sa succession. Il lui prescrit une attitude et lui demande de vivre devant lui. L’ethos précède la praxis.
Au chapitre précédent, Abram et Saraï avaient essayé de trouver eux-mêmes le chemin par lequel la promesse pourrait s’accomplir. Saraï avait donné Agar à Abram, et Ismaël était né. Ici, Dieu corrige le tir : la chose la plus fondamentale pour Abram est de marcher devant sa face. Dieu renouvelle alors et même amplifie la promesse. Abram ne sera pas seulement père d’une grande nation. Il deviendra « le père d’une foule de nations » (v. 4). Son nom lui-même change : « On ne t’appellera plus Abram, mais ton nom sera Abraham » (v. 5). Dieu lui donne donc un nom qui correspond non pas à ce qu’il possède déjà, mais à ce que Dieu promet de faire à l’avenir.
Abraham n’a encore qu’Ismaël. Il n’a pas la foule des nations. Il n’a pas les rois qui doivent sortir de lui. Il ne possède même pas Canaan. Et pourtant Dieu lui donne déjà le nom de l’avenir qu’il lui prépare. Le cœur de cette alliance est exprimé dans une formule toute simple : « Je serai ton Dieu et celui de tes descendants après toi » (v. 7). Voilà ce qui fonde tout le reste. Le pays, la descendance, les nations, tout cela découle de cette relation : Dieu a décidé d’être le Dieu d’Abraham et de sa maison.
Et c’est ici que le texte nous rejoint très directement. Nous sommes souvent tentés de mesurer notre fidélité à ce que nous parvenons à obtenir. Nous voudrions savoir que nos efforts produiront le résultat espéré. Nous voudrions pouvoir sécuriser l’avenir. Mais Dieu ne dit pas à Abraham : « Assure-toi que ma promesse réussisse. » Il lui dit : « Marche devant ma face et sois intègre » (v. 1). En toute chose, notre responsabilité est la fidélité. Et, en toute chose, l’issue appartient à Dieu.
Cela ne veut pas dire qu’il ne faut rien faire. Abraham devra agir très concrètement à la fin du chapitre. Mais il doit apprendre à ne pas confondre obéissance et maîtrise des circonstances. Il peut marcher devant Dieu. Il peut rechercher l’intégrité. Il peut obéir. Il peut prendre au sérieux ce que Dieu lui demande. Mais il ne peut pas produire par lui-même l’accomplissement de la promesse.
II. Dieu marque dans la chair la maison de la promesse (17,9-14)
9Dieu dit à Abraham : Toi, tu garderas mon alliance, toi et tes descendants après toi, dans toutes leurs générations. 10Voici comment vous garderez l’alliance que je traite avec vous et avec ta descendance après toi : tout mâle parmi vous sera circoncis. 11Vous vous circoncirez comme signe d’alliance entre vous et moi. 12À l’âge de huit jours, tout mâle parmi vous sera circoncis, dans (toutes) vos générations, qu’il soit né dans la maison ou qu’il soit acquis à prix d’argent de la part d’un étranger qui n’est pas de ta descendance. 13On devra circoncire celui qui est né dans ta maison et celui qui est acquis avec ton argent ; ce sera dans votre chair (la marque d’) une alliance perpétuelle. 14Un mâle incirconcis, qui n’aura pas subi la circoncision dans sa chair, sera retranché du milieu de son peuple : il aura rompu mon alliance.
À partir du verset 9, Dieu donne à Abraham le signe de l’alliance : « tout mâle parmi vous sera circoncis » (v. 10). Ce signe est si étroitement lié à l’alliance que Dieu peut dire : « ce sera dans votre chair la marque d’une alliance perpétuelle » (v. 13). Pourquoi ce signe-là ? Pourquoi inscrire l’alliance à cet endroit précis du corps ? Le contexte littéraire nous aide à le comprendre. Dans les chapitres précédents, Dieu a promis plusieurs fois une descendance. Au chapitre précédent, Abraham et Sara ont essayé de faire advenir cette descendance par leurs propres moyens. Et maintenant Dieu place le signe de son alliance précisément sur l’organe par lequel Abraham engendrera ses enfants. La puissance génératrice d’Abraham porte désormais la marque de l’appartenance à Dieu. Autrement dit, la promesse ne sera pas simplement le produit de la puissance naturelle d’Abraham. Même ce que son corps peut produire doit être placé sous le signe de l’alliance.
Le geste parle aussi de retranchement. Le prépuce est retranché, et Dieu ajoute que celui qui demeure incirconcis « sera retranché du milieu de son peuple » (v. 14). Le signe dit donc quelque chose du jugement et de la mise à part. Quelque chose de l’ancienne manière de vivre doit être coupé pour que la maison soit marquée comme appartenant à Dieu.
Le fait que la circoncision ait lieu au huitième jour va dans le même sens (v. 12). Une première semaine est achevée ; un jour nouveau commence. Dans un chapitre où Abram devient Abraham, où Saraï devient Sara, où une naissance impossible va être annoncée, le huitième jour évoque un recommencement. La maison d’Abraham est marquée par un signe de retranchement au seuil d’une sorte de nouvelle création.
Et c’est ici que ce signe nous conduit jusqu’au Christ. En Colossiens 2, Paul affirme que les croyants ont été circoncis « d’une circoncision que la main n’a pas faite », dans le « dépouillement du corps de chair », par « la circoncision du Christ » (Col 2,11). Puis il rattache immédiatement cette circoncision à l’ensevelissement avec le Christ dans le baptême et à la résurrection avec lui (Col 2,12). Cette « circoncision du Christ » peut être comprise comme le retranchement que le Christ lui-même subit à la croix. Le signe ancien retranchait un morceau de chair ; le Christ, lui, est retranché tout entier dans la mort. Celui qui est la descendance promise à Abraham subit le jugement dont la circoncision portait symboliquement la marque. Mais le retranchement n’est pas le dernier mot. Paul continue aussitôt sur l’ensevelissement avec le Christ et sur la résurrection avec lui. Le mouvement de Genèse 17 trouve ainsi son accomplissement : retranchement, puis recommencement ; jugement, puis nouvelle création. Ce que le huitième jour suggérait encore symboliquement s’accomplit dans la mort et la résurrection du Christ.
Voilà jusqu’où Dieu va pour accomplir sa promesse. Il ne se contente pas de produire miraculeusement Isaac au-delà des forces d’Abraham et de Sara. Lorsque la promesse parvient à son accomplissement en Jésus-Christ, elle passe par un événement où toutes les forces humaines semblent précisément réduites à néant : la croix. Et pourtant, c’est précisément par ce retranchement que Dieu accomplit son dessein de salut, avant de relever son Fils d’entre les morts. La croix nous apprend donc de manière suprême à ne pas mesurer l’œuvre de Dieu à ce que nous pouvons immédiatement voir ou produire. Dieu est capable de conduire sa promesse à son accomplissement jusque par ce qui ressemble, aux yeux des hommes, à sa défaite. La puissance de Dieu se manifeste précisément là où les forces de la chair arrivent à leur terme.
III. Dieu promet un fils que la chair ne peut plus produire (17,15-22)
15Dieu dit encore à Abraham : Pour ce qui est de ta femme Saraï, tu ne l’appelleras plus Saraï ; mais son nom sera Sara. 16Je la bénirai et je te donnerai d’elle aussi un fils ; je la bénirai et elle donnera naissance à des nations ; les rois de plusieurs peuples sortiront d’elle. 17Abraham tomba face contre terre ; il rit et dit en son cœur : Naîtrait-il un fils à un homme de 100 ans ? et Sara, âgée de 90 ans, accoucherait-elle ? 18Puis Abraham dit à Dieu : Oh ! qu’Ismaël vive devant ta face ! 19Mais Dieu dit : Certainement, ta femme Sara va te donner un fils ; et tu l’appelleras Isaac. J’établirai mon alliance comme une alliance perpétuelle avec lui et sa descendance après lui. 20À l’égard d’Ismaël, je t’ai entendu : je le bénirai, je le rendrai fécond et je le multiplierai à l’extrême ; il engendrera douze princes, et je ferai de lui une grande nation. 21Mais en ce qui concerne mon alliance, je l’établirai avec Isaac que Sara te donnera à cette époque-ci de l’année prochaine. 22Lorsqu’il eut achevé de lui parler, Dieu s’éleva au-dessus d’Abraham.
À partir du verset 15, Dieu se tourne vers Saraï. Elle aussi reçoit un nom nouveau : « tu ne l’appelleras plus Saraï ; mais son nom sera Sara » (v. 15). Puis Dieu dit enfin sans ambiguïté ce qu’il n’avait pas encore formulé ainsi : « Je la bénirai et je te donnerai d’elle aussi un fils » (v. 16). C’est ici que tout bascule. Pendant treize ans, Ismaël a grandi. Abraham peut très bien imaginer que la promesse continuera par lui. Il est là, âgé de treize ans. Tout semble prêt. Alors Abraham tombe face contre terre et rit : « Naîtrait-il un fils à un homme de 100 ans ? et Sara, âgée de 90 ans, accoucherait-elle ? » (v. 17). Puis il demande humblement : « Oh ! qu’Ismaël vive devant ta face ! » (v. 18). Abraham dit en quelque sorte : Seigneur, Ismaël est déjà là. Pourquoi ne pas poursuivre avec ce que nous avons déjà ? Pourquoi attendre encore quelque chose d’impossible ?
Mais Dieu lui répond : « Certainement, ta femme Sara va te donner un fils ; et tu l’appelleras Isaac » (v. 19). Le prénom Isaac signifie : « il a ri ». Le rire d’Abraham devient le nom de l’enfant. Ce qui paraît invraisemblable est précisément ce que Dieu va accomplir.
Dieu ne méprise toutefois pas Ismaël. Il répond même très généreusement à la prière d’Abraham : « Je le bénirai, je le rendrai fécond et je le multiplierai à l’extrême ; il engendrera douze princes, et je ferai de lui une grande nation » (v. 20). Ismaël est réellement et richement béni.
Mais Dieu ajoute aussitôt : « mon alliance, je l’établirai avec Isaac » (v. 21). Dieu distingue ainsi la bénédiction accordée à Ismaël et la ligne particulière de la promesse qui passera par Isaac. Pour quelle raison ? Parce que la naissance d’Isaac va manifester que l’accomplissement de la promesse vient de Dieu seul. Il naîtra bien d’Abraham et de Sara, mais au moment même où leur âge rendra évident que cette naissance ne peut être attribuée simplement à leurs forces naturelles. La promesse va au-delà des forces de la chair.
Et cela rejoint très concrètement notre vie. Il nous arrive de regarder ce qui existe déjà, ce qui est disponible, ce qui paraît humainement possible, et de demander à Dieu de faire simplement passer son œuvre par là. Parfois il le fait. Mais parfois Dieu nous oblige à reconnaître que son avenir ne dépend pas de ce que nous avons réussi à mettre en place. Nous pouvons avoir de bons projets, de bonnes stratégies, des compétences, de l’influence, des moyens, la force de la loi française avec nous. Rien de tout cela n’est mauvais. Mais aucune de ces choses n’est la puissance de Dieu. Il y a des moments où Dieu nous apprend à ne pas confondre ce que nous pouvons construire avec ce que lui seul peut donner.
IV. Abraham reçoit le signe et se soumet à la promesse (17,23-27)
23Abraham prit son fils Ismaël, tous ceux qui étaient nés dans sa maison et tous ceux qu’il avait acquis au prix de son argent, tous les mâles parmi les gens de sa maison, il les circoncit le jour même, comme Dieu le lui avait dit. 24Abraham était âgé de 99 ans, lorsqu’il fut circoncis. 25Son fils Ismaël était âgé de treize ans, lorsqu’il fut circoncis. 26Ce jour même, Abraham fut circoncis, ainsi que son fils Ismaël. 27De même, tous les hommes de sa maison, nés dans sa maison, ou acquis à prix d’argent des étrangers, furent circoncis avec lui.
Le chapitre pourrait se terminer avec la promesse d’Isaac. Mais il se termine par l’obéissance d’Abraham. « Le jour même », Abraham circoncit Ismaël, tous les hommes nés dans sa maison, tous ceux qu’il avait acquis, et il reçoit lui-même le signe (v. 23-27). « Le jour même » (v. 23, 26). Abraham ne peut pas faire naître Isaac. Il ne peut pas rajeunir Sara. Il ne peut pas produire par lui-même ce que Dieu vient de promettre. Mais il peut faire ce que Dieu lui demande aujourd’hui.
Voilà la foi patiente d’Abraham. La foi n’est pas une manière pieuse de ne rien faire. Abraham agit. Il obéit. Il marque sa maison. Il prend au sérieux la parole reçue. Mais il laisse à Dieu ce que Dieu seul peut accomplir. Nous avons besoin de nous en rendre compte, et de nous le rappeler souvent.
Le récit s’attarde alors sur les récipiendaires du signe de la circoncision. Abraham reçoit lui-même le signe. Son fils Ismaël le reçoit avec lui. Et tous les hommes de sa maison, y compris ceux qui ne descendent pas biologiquement de lui mais qui ont été acquis auprès d’étrangers, sont circoncis eux aussi (v. 23-27). La promesse rassemble ainsi autour d’Abraham trois types de personnes : (i) celui qui reçoit la promesse par la foi ; (ii) ses enfants et ceux qui naissent dans sa maison ; (iii) ceux qui viennent du dehors et sont incorporés à cette maison.
Des siècles plus tard, le jour de la Pentecôte, Pierre annonce que la promesse accomplie en Christ est « pour vous, pour vos enfants et pour tous ceux qui sont au loin, en aussi grand nombre que le Seigneur notre Dieu les appellera » (Ac 2,39). Il vaut la peine de remarquer la structure tripartite de ces deux déclarations. En Genèse 17 : (i) Abraham, (ii) sa descendance et ceux qui naissent dans sa maison, puis (iii) ceux du dehors incorporés à cette maison. En Actes 2 : (i) « pour vous », (ii) « pour vos enfants », puis (iii) « pour tous ceux qui sont au loin, en aussi grand nombre que le Seigneur notre Dieu les appellera ».
Ce parallèle ne règle pas à lui seul toutes les questions que les chrétiens discutent au sujet du baptême. Mais il montre au moins ceci : lorsque la promesse faite à Abraham est sur le point d’atteindre les nations par l’Évangile, l’homme juif Pierre continue de parler aux hommes juifs qui l’écoutent d’une promesse qui rejoint non seulement (i) ceux qui croient la promesse divine, mais aussi (ii) leurs enfants nés dans leurs maisons, puis enfin (iii) ceux du dehors que Dieu fera entrer. La maison de la promesse s’élargira bientôt aux nations, mais c’est toujours Dieu qui appelle et qui incorpore.
Mais revenons au mouvement principal du récit. Si Abraham fait entrer toute sa maison sous le signe de l’alliance, c’est parce qu’il répond immédiatement à la parole que Dieu vient de lui adresser. Il ne peut pas produire le fils promis, mais il peut ordonner sa maison selon cette parole. Il ne fabrique pas l’avenir ; il obéit dans le présent. C’est précisément ainsi que sa foi patiente prend ici une forme concrète.
Dans la vie individuelle comme dans la vie de l’Église, il existe des situations où nous devons agir. Il faut parfois prendre des décisions difficiles. Il faut parler quand il serait plus facile de se taire. Il faut corriger ce qui doit l’être. Il faut protéger ce qui nous est confié. Il faut organiser, travailler, patienter, ou parfois renoncer difficilement à certaines choses. Dieu ne nous appelle pas à l’inertie.
Mais nous pouvons accomplir toutes ces choses de deux manières très différentes. Nous pouvons les accomplir comme des actes d’obéissance, en marchant devant la face de Dieu, en cherchant à rester intègres, et en laissant à Dieu le résultat. Ou bien nous pouvons les accomplir comme si tout dépendait finalement de notre capacité à obtenir l’issue que nous jugeons nécessaire. Extérieurement, les mêmes décisions peuvent être prises. Les mêmes paroles peuvent être prononcées. Les mêmes démarches peuvent être entreprises. Mais intérieurement, l’attitude n’est pas la même. La foi dit : voici ce que Dieu me demande aujourd’hui ; je vais le faire. La chair dit : voici ce qui doit absolument arriver demain ; je vais donc m’assurer que cela arrive. Abraham nous apprend en Genèse 17 à renoncer à cette seconde posture. Il doit circoncire sa maison aujourd’hui. Isaac, Dieu le donnera l’année suivante (v. 21). Nous pouvons être appelés à faire beaucoup de choses. Nous ne serons jamais appelés à remplacer l’action divine par nos propres actions.
Conclusion
Genèse 17 est un chapitre de recommencement. Abram devient Abraham (v. 5). Saraï devient Sara (v. 15). La maison entière reçoit un signe nouveau dans sa chair (v. 10-13, 23-27). Et Dieu annonce un fils que ni l’âge d’Abraham ni la longue stérilité de Sara ne permettent plus d’attendre naturellement (v. 16-19).
Au commencement du chapitre, Dieu dit : « Je suis le Dieu Tout-Puissant. Marche devant ma face et sois intègre » (v. 1). Parce que Dieu est le Tout-Puissant, Abraham n’a pas besoin de fabriquer l’avenir. Parce que Dieu est le Tout-Puissant, Abraham n’est pas dispensé de marcher. Il doit faire ce que Dieu lui demande, et laisser à Dieu ce que Dieu seul peut faire. Et nous savons désormais jusqu’où ce Dieu est allé pour accomplir sa promesse. La descendance promise à Abraham est venue en Jésus-Christ ; et celui-ci a été retranché dans la mort, avant d’être relevé d’entre les morts. La croix elle-même nous interdit donc de conclure que l’œuvre de Dieu a échoué lorsque nos yeux ne voient plus comment elle pourrait réussir. C’est précisément là où les forces de la chair sont réduites à rien que Dieu peut manifester sa puissance de résurrection.
Nous ne savons pas toujours ce que Dieu fera des situations dans lesquelles nous nous trouvons. La foi ne consiste pas à baptiser nos propres projets du nom de « promesse de Dieu » et à nous persuader qu’il doit nécessairement nous donner l’issue que nous désirons. Mais nous savons comment marcher pendant que l’issue nous échappe. Marcher devant sa face. Rechercher l’intégrité. Obéir à ce qu’il a réellement commandé. Renoncer à faire de nos forces, de nos moyens ou de nos stratégies la garantie de l’avenir. Et croire que le Dieu qui a accompli sa promesse à Abraham demeure parfaitement capable d’accomplir son œuvre au-delà de tout ce que la chair peut produire. Marchons donc fidèlement pendant que Dieu accomplit sa promesse.
Prions.
Illustration de couverture : attribuée à D.V. Coornhert, Dieu apparaît à Abraham, gravure, d’après un dessin de M. van Heemskerck, 1549, Amsterdam, Rijksmuseum.





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