Le péché originel – Turretin (9.10)
1 septembre 2025

Y a-t-il un péché originel ou une tâche inhérente et la dépravation peut-elle être admise, propagée à nous par génération ? Nous l’affirmons contre les pélagiens et les sociniens

C’est une des doctrines les plus essentielles à l’évangile. L’homme est pécheur dès sa conception, il a besoin de salut dès sa conception, à cause du péché originel. Il y a trois questions à se poser : (1) son existence ; (2) sa nature (qu’est-ce que c’est ?) ; (3) sa propagation (comment se transmet-il à nous ?). Dans cet article, nous parlons seulement de son existence.

François Turretin et la tradition réformée maintiennent cette doctrine au XVIIe siècle, contre les acteurs suivants :

  1. Les anciens pélagiens qui disaient que le péché d’Adam était resté avec Adam et non propagé jusqu’à nous (nous péchons par imitation seulement).
  2. Les sociniens, précurseurs des rationalistes, dont le Catéchisme de Cracovie nie frontalement l’existence du péché originel.
  3. Les remontrants (ou arminiens) tenaient la même ligne, accusant cette doctrine d’être d’une grande cruauté.
  4. Parmi les romains, certains auteurs marginaux comme Pighius et Catharinus confessaient l’imputation, mais pas la propagation, comme si nous étions coupables du péché d’Adam sans être de nature pécheresse.
  5. Enfin les anabaptistes font leurs trucs d’anabaptistes et condamnent cette doctrine comme une invention d’Augustin dans leur confession de foi de Frankenthal.

Or, nous réformés, nous défendons que le péché d’Adam s’applique à nous, non par exemple, ou par imitation, mais par une dépravité inhérente à notre nature.

Argumentation (§§7-14)

  1. Genèse 6:5 L’Éternel vit que les hommes commettaient beaucoup de mal sur la terre et que toutes les pensées de leur cœur se portaient constamment et uniquement vers le mal. indique une connaissance universelle (puisqu’il s’agit d’une constatation que Dieu fait et dit) et ne reconnaît aucune exception.
  2. Genèse 8:21 L’orientation du cœur de l’homme est mauvaise dès sa jeunesse. Même après le déluge, le mal n’a pas disparu, et elle remonte jusqu’aux débuts de sa vie. Il n’y a pas d’âge innocent.
  3. Genèse 5:3 Adam eut un fils à sa ressemblance, à son image, et il l’appela Seth. On notera que Seth n’est plus à l’image de Dieu, mais à l’image d’Adam. L’opposition entre les deux images est explicite en 1 Corinthiens 15:49 où le premier Adam (matériel et corruptible) est l’opposé du second Adam (céleste et incorruptible et vraie image de Dieu par ailleurs). Donc en disant que Seth est à l’image d’Adam, cela signifie qu’il a hérité de sa corruption, qu’il n’est plus à l’image de Dieu mais de son père pécheur.
  4. Job 14:4 Qui fera sortir le pur de l’impur ? Personne. L’impureté décrite est intérieure, totale, universelle et se transmet par voie de génération.
  5. Psaume 51:7 Oui, depuis ma naissance, je suis coupable ; quand ma mère m’a conçu, j’étais déjà marqué par le péché. Ainsi, même dans nos premiers stades de développement, nous sommes déjà pécheurs.
  6. Jean 3:5 Jésus répondit : « En vérité, en vérité, je te le dis, à moins de naître d’eau et d’Esprit, on ne peut entrer dans le royaume de Dieu. » S’il est nécessaire de naître de nouveau, c’est que la première naissance est irrémissible ; cela s’applique à tous. Le verset 6 ajoute que cette pollution est transmissible et non rémédiable par nature. Ce qui est né de parents humains est humain et ce qui est né de l’Esprit est Esprit.
  7. Éphésiens 2:3 Nous étions, par nature des enfants de colère, tout comme les autres. Le péché qui nous vaut la colère de Dieu nous est donc transmis par génération naturelle.
  8. Romains 5:12 De même que par un seul homme le péché est entré dans le monde, et par le péché la mort, de même la mort a atteint tous les hommes parce que tous ont péché. Le péché est aussi universel que la mort, et puisque tous, même les enfants, sont sujets à la mort, c’est que tous sont sujets aux péchés, même les petits.

Ensuite, il ajoute des arguments naturels :

  1. Puisque tous meurent, c’est que tous sont soumis au péché qui nous vaut la mort, et ce parfois même dès le ventre de leur mère, puisque l’on peut mourir à tout stade de la vie.
  2. Si tous ont besoin d’être sauvés, c’est que tous sont dans un état de péché, y compris les petits, etc.
  3. Pourquoi nous faut-il être régénéré pour voir Dieu (Jean 3:3) si la génération naturelle n’est pas corrompue ?
  4. Puisque le baptême est administré aux enfants, c’est qu’ils ont eux aussi besoin d’être purifié du péché par ce geste.
  5. Pour utiliser un proverbe contemporain (Turretin utilise plutôt des principes métaphysiques) « les chiens ne font pas des chats ». Chacun engendre selon sa propre nature. Or notre nature est corrompue. Donc nos enfants naissent eux aussi corrompus.
  6. Nous voyons des enfants faire des méchancetés dès leur plus tendre âge. Donc ils sont corrompus dès leur plus jeune âge.

Objections (§§15-23)

Objection : La Bible dit que les enfants sont innocents (Psaume 106:38 ; Jonas 4:11 ; Romains 9:11).
→ Ce n’est pas à comprendre de façon absolue, mais relative. Comparativement à des adultes, les enfants sont innocents, parce qu’ils n’ont pas encore actualisé le péché qui est déjà en eux.

Objection : Si nous sommes régénérés, pourquoi engendrerions-nous des enfants corrompus ?
→ De la même façon qu’un grain dépouillé de sa balle engendre un grain avec sa balle ; ainsi nous ne transmettons pas ce qui vient de la grâce de Dieu, mais ce qui vient de notre nature propre, qui reste humaine.

De l’immaculée conception

Je conclus cet article par une traduction de Turretin sur l’immaculée conception :

Bien que la bienheureuse Vierge ait été véritablement « comblée de grâce », aimée et choisie par Dieu au-dessus des autres femmes pour concevoir et enfanter le Fils de Dieu, et puisse à juste titre être appelée « mère de Dieu » (theotokos), ce privilège éminent et manifestement unique, par lequel elle a été élevée au plus haut degré de félicité, ne l’a cependant pas empêchée d’être conçue et née selon la manière commune des autres mortels — dans et avec le péché originel.

  1. Cette souillure est, dans l’Écriture, attribuée universellement à tous les hommes, à l’exception du Christ seul. Celui-ci ne fut pas engendré de manière ordinaire, mais conçu de façon extraordinaire par le Saint-Esprit, et descendit d’Adam seulement comme principe matériel, non comme principe actif.
  2. Elle-même avait besoin d’un Sauveur, qu’elle célèbre comme le sien (Luc 1:47).
  3. Elle était tenue d’offrir les sacrifices de l’ancienne loi, ce qui ne pouvait se faire sans confession du péché.
  4. Les effets de ce péché se retrouvent en elle, tout comme des péchés actuels. C’est pourquoi nous lisons qu’elle fut réprimandée même par le Christ (Jean 2:4 ; Luc 2:49 ; Luc 8:19–21), les calamités et les épreuves — qui sont les fruits du péché — transperçant son âme (Luc 2:35).

Combien grandes furent les controverses sur ce sujet dans l’Église romaine entre Dominicains, Franciscains et Jésuites. Ces derniers soutenaient l’immaculée conception de la bienheureuse Vierge ; les premiers la niaient. Cela est connu de tous.

L’erreur semble avoir pris naissance au Concile de Lyon, vers l’an 1136, à partir du culte excessif rendu à la Vierge (culte réfuté par Bernard, « Lettre 174 », ainsi que par les scolastiques de cette époque). Cependant, la controverse fut relancée de façon plus virulente après l’an 1300, et se poursuivit jusqu’en 1439, lorsque le Concile de Bâle se prononça en faveur des Franciscains (Session 36, Mansi, 29:182–83). Sixte IV confirma ensuite cela en 1476. Cela fut approuvé par le Concile de Trente, puis finalement sanctionné par une nouvelle bulle d’Alexandre VII en 1661, de sorte que cela put désormais être tenu comme une doctrine de l’Église. Ces témoignages sont repris par notre article phare : « L’Immaculée Conception : une innovation »

Celui qui souhaite en savoir plus peut consulter le célèbre Heidegger (Dissertatio 8, De Conceptione B. Virginis Mariae, dans Dissertationum selectarum [1675], 1:177–241), qui a traité en profondeur l’histoire de cette controverse.

Pour des auteurs plus récents, je vous renvoie vers Benjamin Eggen et Maxime Georgel.

Étienne Omnès

Mari, père, appartient à Christ. Les marques de mon salut sont ma confession de foi et les sacrements que je reçois.

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