Lettre de Jean Calvin sur le suicide
18 fรฉvrier 2026

Nous assistons en France ร  lโ€™approche imminente dโ€™une loi impieย (la plus permissive, expรฉditive et rรฉpressiveย au monde) qui autorisera lโ€™euthanasie et le suicide assistรฉ. ร€ cette occasion, voici une lettre de Jean Calvin qui nous rรฉvรจle un visage humain et altruiste du rรฉformateur protestant au chevet d’un malade dรฉsespรฉrรฉ en proie ร  la souffrance qui a tentรฉ (malheureusement aprรจs coup avec succรจs) de se suicider, pour l’encourager ร  la repentance et le consoler. La lettre a รฉtรฉ modernisรฉe.


Voici un rรฉsumรฉ de l’affaire en question donnรฉ par l’รฉditeur suivi des lettres en question :

Le 22 janvier 1545, รฉpuisรฉ par une longue maladie, Jean Vachat se donna la mort. Ce jour-lร , vers six heures du matin, il demanda ร  sa gouvernante dโ€™aller lui prรฉparer quelque chose ร  manger et de le laisser se reposer. Vers huit heures, il fit appeler sa servante et lui rรฉclama son couteau, avant de la renvoyer ร  la cuisine. Lร , la gouvernante lโ€™interrogea et la servante lui raconta ce que Jean Vachat lui avait demandรฉ. Aussitรดt, la gouvernante se rendit dans la chambre de ce dernier, pour sโ€™apercevoir quโ€™il sโ€™รฉtait plantรฉ le couteau dans le ventre. Elle alla chercher Pierre Vachat, frรจre du mourant, qui, aprรจs avoir retirรฉ le couteau, partit chercher Jean Calvin, Matthieu de Geneston et Claude, le barbier. Tandis que les deux premiers exhortaient Jean Vachat ร  se repentir, le troisiรจme tenta de soigner ses blessures, mais en vain. Jean Vachat mourut vers midi. Lโ€™autopsie sommaire pratiquรฉe sur son corps le lendemain ร  la demande du lieutenant, rรฉvรฉlera quโ€™il souffrait dโ€™asthme et que malgrรฉ la profondeur de lโ€™une des deux blessures quโ€™il sโ€™รฉtait infligรฉes, il aurait pu guรฉrir, si son corps ยซ heust estรฉ vertueux et puyssant ยป. [โ€ฆ] Dans le cas qui nous occupe, si les barbiers dรฉposรจrent que Jean Vachat souffrait dโ€™une maladie ยซ par laquelle le pacient tombe en plusieurs inconveniens, mesmes en desespoir ยป, le suicidรฉ semble avoir รฉtรฉ en possession de tous ses moyens ร  en croire Calvin qui dรฉposa ainsi : ยซ en toutes ses contenances et paroles, je ne peu apercevoir, sinon quโ€™il estoit de sens rassis ยป, cโ€™est-ร -dire calme et pondรฉrรฉ. Nโ€™รฉtant pas mort immรฉdiatement aprรจs son acte, Jean Vachat eut le temps, exhortรฉ en cela par Calvin, de se repentir. Il ยซ monstra signe de repentence ยป et ils firent ensemble, ยซ pryeres, avec recongnoissance et confession de la faulte quโ€™il avoit commise ยป.

23 janvier 1545 โ€” Rapport de Jean Calvin.

Sโ€™ensuit la dรฉposition que moi, souscrit, atteste รชtre vraie, devant le seigneur Pierre dโ€™Orsiรจre, commis par Monsieur le lieutenant de Genรจve, ce 23e jour de janvier 1545.
Cโ€™est quโ€™hier, environ entre huit et neuf heures, Pierre Vachat vint me dire en pleurant quโ€™il รฉtait advenu un grand inconvรฉnient chez eux, ร  savoir que son frรจre, ayant demandรฉ un couteau ร  la servante, se lโ€™รฉtait fourrรฉ au ventre, me priant que jโ€™y allasse. Sur ce, jโ€™y allai et trouvรขmes en chemin notre compagnon, Monsieur Matthieu de Geneston. ร‰tant venus dans la chambre haute oรน ledit Jean Vachat รฉtait, je lui fis beaucoup de remontrances. Puis aprรจs, je lui demandai qui lโ€™avait รฉmu ร  se faire tel outrage en son corps. Il me rรฉpondit que cโ€™รฉtait parce quโ€™il se comparait trop. Je lui remontrai par plusieurs raisons comment le diable lโ€™avait bien sรฉduit et transportรฉ. Aprรจs les rรฉprรฉhensions, je lui demandai sโ€™il ne se repentait pas dโ€™avoir ainsi offensรฉ Dieu et dโ€™avoir รฉtรฉ vaincu par une telle tentation. Il me dit que oui, et me le rรฉitรฉra par deux fois. Je lui demandai sโ€™il nโ€™en requรฉrait point pardon ร  Dieu et sโ€™il nโ€™avait point confiance quโ€™encore il lui ferait misรฉricorde. Il me dit que oui. Aprรจs, selon lโ€™exigence du cas, nous fรฎmes des priรจres, avec reconnaissance et confession de la faute quโ€™il avait commise. Je lโ€™exhortai encore de nouveau par plusieurs paroles ร  la patience et ร  se consoler dans la grรขce de Dieu. Cependant vint maรฎtre Claude, le barbier. Alors je lui dis que, pour le moins, afin de montrer quโ€™il se repentait dโ€™un tel acte, quโ€™il souffrรฎt quโ€™on y mรฎt remรจde, se recommandant ร  Dieu. En toutes ses contenances et paroles, je ne pus apercevoir sinon quโ€™il รฉtait de sens rassis. Cela fait, je mโ€™en vins, et notre frรจre Monsieur de Geneston quant ร  lui. Toutes ces choses jโ€™atteste รชtre vraies.

Jean Calvin.

23 janvier 1545 (aprรจs-midi) โ€” Dรฉcision du Conseil โ€” A.E.G., R.C. 39, fยฐ 111rยฐ-111vยฐ.

En marge : Domp Jean Vachat. โ€” Ayant vu les informations prises par le sieur lieutenant, par lesquelles il appert que hier sur le matin, รฉtant au lit malade, se fit bailler par une servante le couteau de son รฉpรฉe, duquel se frappa deux coups mortels en lโ€™estomac, dont deux heures aprรจs trรฉpassa. Toutefois quโ€™avant son dit trรฉpas, les ministres, ร  savoir Monsieur Calvin et Monsieur de Geneston, lโ€™allรจrent consoler et il eut repentance, comme plus amplement est contenu lesdites informations. Et ayant entendu le contenu de ces informations, semblablement la requรชte du respectable Pierre Vachat, frรจre dudit Jean dรฉcรฉdรฉ, lequel a priรฉ lui donner congรฉ de faire sรฉpulture du corps de son dit frรจre au lieu accoutumรฉ, ordonnรฉ que le sieur lieutenant soit appelรฉ. Lequel sieur lieutenant a rรฉfรฉrรฉ sa visitation et trouvรฉ le cas fort scandaleux, laissant cela ร  la bonne volontรฉ de la Seigneurie. Ordonnรฉ que ledit corps soit menรฉ sous le gibet et lร  soit enterrรฉ par lโ€™exรฉcuteur des malfaiteurs, commandant audit sieur lieutenant de faire mettre en exรฉcution ladite sentence, et le tout aux dรฉpens du dรฉfunt. Et que ledit sieur lieutenant doive aller en personne, accompagnรฉ du soldat et des officiers.

Source : Lโ€™affaire du suicide de Jean Vachat, Sandra CORAM-MEKKEY, pp. 1-2, 5-6. Pour creuser le sujet.


Illustration : Vincent Van Gogh, La Nuit รฉtoilรฉe, huile sur toile, 1889 (New York, Museum of Modern Art).

Laurent Dv

Informaticien, รฉpoux et passionnรฉ par la thรฉologie biblique (pour la beautรฉ de l'histoire de la Bible), la philosophie analytique (pour son style rigoureux) et la philosophie thomiste (ou classique, plus gรฉnรฉralement) pour ses riches apports en apologรฉtique (thรฉisme, Trinitรฉ, Incarnation...) et pour la vie de tous les jours (famille, travail, sexualitรฉ, politique...).

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