Après avoir examiné de manière exhaustive le miracle eucharistique de Lanciano, je tourne désormais mon attention sur celui de Tixtla. Pour rappel, ce miracle fait partie de ceux dont l’enquête a été dirigée par le Dr Ricardo Castañón Gómez, qui est plutôt un auteur à sensation sur le paranormal qu’un scientifique. J’ai documenté dans un article son implication active dans des fraudes avérées, y compris celle d’une mystique désavouée par le Vatican connue pour produire des miracles eucharistiques. Par ailleurs, il a pu être documenté dans d’autres enquêtes qu’il produisait des rapports de laboratoire édités et modifiés.
Dans le présent article, qui est également préparatoire, j’ambitionne de présenter au public francophone la première revue exhaustive de la documentation scientifique fournie par cet auteur pour le miracle de Tixtla, et je salue à ce propos le travail réalisé par Kerri du site Skeptasmic. En effet, si vous questionnez les défenseurs du miracle en question, ils vous affirmeront tous que toute la documentation pour démontrer les affirmations scientifiques s’y trouvent. Eh bien, regardons donc !
Cette documentation consiste en une série d’annexes à son livre narrant l’histoire du miracle, composée de fac-similé de divers documents que nous allons détailler.

Annexe I

La première annexe est simplement une lettre de l’évêque local autorisant Gómez à enquêter et datant du 26 octobre 2009, soit 3 ans après le miracle allégué. Il ne s’agit donc pas d’un document scientifique, mais il reste d’intérêt.
Annexe II


L’annexe II est le témoignage du prêtre témoin des évènements. Il ne s’agit toujours pas d’une analyse scientifique, mais le document demeure intéressant.
Annexe IIIa

L’annexe IIIa est une page unique extraite d’un rapport de Corporativo Medical Legal. Elle contient des observations sous forme de liste numérotée. Seules les observations 2 à 7 figurent sur cette page. La première phrase se traduit par : « L’échantillon témoin a présenté une perte immédiate de sa structure dès son contact avec les réactifs d’histopathologie.» Or, ce n’est pas ainsi qu’on commence un rapport ; il est donc évident que des pages sont manquantes, au moins une. Il se trouve également que la page est mal scannée et qu’il manque les fins de phrases à droite. Précisons que, contrairement à ce qui se dit dans la littérature apologétique, ces analyses n’ont pas été réalisées en aveugle selon le propre témoignage du Dr Lazo de ce laboratoire : le Dr Lazo a été contacté par le Dr Gómez qui lui a présenté l’enquête à réaliser comme portant sur une hostie sanglante. Le document n’est pas daté.
Bien entendu, rien d’autre que la très douteuse probité de Gómez nous assure que ce qui a été envoyé au Dr Lazo provient bien de l’hostie originelle de Tixtla sans modification de sa part. Par ailleurs, le Dr Lazo lui-même, dans cet entretien à la minute 11, signale que ses collègues au laboratoire n’ont pas été convaincus par les résultats des tests réalisés et souhaitaient en réaliser des complémentaires… réaction qu’il impute à leur athéisme.
Par ailleurs, cette annexe est censé prouver, entre autres choses, que le sang sur l’hostie n’a pas pu venir de l’extérieur. Le Dr Serafini, défenseur du miracle de Tixtla, concède pourtant : « L’épaisseur de l’hostie a été examinée avec une technique de lumière infrarouge, arrivant à la même conclusion : le sang venait de l’intérieur. Il a montré quelques photographies de l’expérience mais ne s’y est pas étendu avec des explications détaillées. » Ils ont donc mené une étude au protocole inconnu, non aveugle, qui a donné un résultat invérifiable mais bien commode.
Annexe IIIb-IIIc


Les annexes IIIb et IIIc sont simplement un résultat de test sanguin revenu AB-, datant du novembre 2010. Il est précisé sur le rapport que l’origine déclarée de l’échantillon est une hostie (l’analyse n’est donc pas non plus en aveugle) et que celui qui déclare avoir prélevé l’échantillon n’est autre que le « docteur » Gómez. Nous avons déjà abordé la question du groupe sanguin dans un précédent article.
Annexe IV



L’annexe IV comporte 3 pages, l’une numérotée 1 sur 3, la deuxième 2 sur 3, et la troisième 4 sur 7 ! Les dates sont également différentes, les deux premières datent du 28 juillet 2011, la troisième du 7 juin 2012. Ces pages présentent des images histologiques interprétées comme étant du tissu cardiaque. Bien entendu, la seule garantie que ces tissus viendraient d’une hostie est encore la probité de Gómez car son enquête ne précise pas qui les a extrait1. Le patient indiqué pour la troisième analyse porte le nom IHS (In Hoc Signo), on aurait pu espérer mieux pour une analyse en aveugle, mais c’est mieux que les précédents ! Étonament ce patient est enregistré comme ayant un médecin traitant. Ce médecin (Carlos Parellada), qui n’est pas l’analyste ici, intervient dans d’autres analyses de cette enquête, ce qui laisse à nouveau planer un doute sur l’aveugle allégué.
Annexe V

Il s’agit d’une autre page provenant de Corporativo Medical Legal. Elle commence par « ainsi il a été démontré » et fait référence à « l’image précédente », de sorte que ce n’est pas non plus la première page du document. Cette étude est censée prouver que le tissu étudié est du cœur humain. Le Dr Serafini lui-même, défenseur de ce miracle, relève : « À noter que le rapport final de Corporativo Médico Legal, dirigé par le Dr Sánchez Lazo, indiquait que les tests immunohistochimiques avaient confirmé la nature cardiaque du tissu, bien qu’il n’ait pas fourni de détails supplémentaires2. » Nous avons donc un tissu dont l’origine n’est garantie que par Gómez, qui serait du cœur, selon un test inconnu dont nous n’avons aucune donnée brute à analyser.
Annexe VIa, VIb et VIc
Les annexes VIa, VIb et VIc sont strictement les mêmes pages que l’annexe IV, soulignées à d’autres endroits.
Annexe VII
L’annexe VII est la même page de Corporativo Medical Legal que IIIa, mais le cadrage est différent, de sorte que l’on peut voir que le numéro de page est 11. Il n’est pas indiqué combien de pages comporte le document, mais il en comporte au moins 11 donc.
Annexe VIII

L’annexe VIII est une analyse ADN datant du 9 novembre 2012 qui conclut que l’échantillon est trop dégradé pour en tirer quoi que ce soit. Bien entendu, Gómez réinterprète cela en disant qu’il s’agit d’un ADN divin qui ne se laisse pas examiner ! Ou, selon les mots fort diplomatiques du Dr Serafini :
Les résultats ADN de Tixtla constituaient une répétition de ceux de Buenos Aires ainsi que de ceux d’autres cas dont l’étude est encore en cours : le matériel génétique échappe aux sondes génétiques et ne se prête pas à être reconnu. Actuellement, le Grupo Internacional para la Paz considère l’incapacité à identifier un profil génétique dans leurs tissus comme une sorte de “variable de contrôle”, une forme de confirmation mystérieuse qu’ils travaillent sur un tissu authentique et “surnaturel”3.
Annexe IXa et IXb


Les annexes IX sont deux tests : l’un qui rapporte un résultat positif au sang humain à partir d’un échantillon prélevé sur un coton tige et l’autre une analyse ADN revenue à nouveau négative en raison d’une quantité trop faible d’ADN. Nous ne savons pas de quels tests il s’agit. En revanche, nous savons que ces rapports ont été émis respectivement le 13 août 2007 et le 9 mai 2007, c’est-à-dire plus de deux ans avant que l’évêque n’autorise Gómez à débuter son enquête. On peut donc savoir que ces deux résultats ne proviennent pas de l’hostie de Tixtla. Ils proviennent en effet d’autres « enquêtes » de Gómez relatives à « des échantillons d’origine similaire » sans que l’on en sache plus4.
Annexe X

L’annexe X est une nouvelle analyse ADN, qui déclare encore qu’il n’y a pas d’ADN détectable (ce qui devrait être interprété comme l’absence d’un tissu humain). À nouveau, la date du rapport précède de deux ans le début de l’enquête : 22 octobre 2007.
Annexe XI
Cette annexe reproduit une lettre relative à un autre miracle allégué sur une statue de la faussaire et plagiariste Katya Rivas dont Gómez est le chantre, et ne concerne donc pas Tixtla.
Annexe XII

L’annexe XII est une analyse histologique concluant à la présence de cellules cardiaques. L’analyse n’est à nouveau pas en aveugle puisque l’origine déclarée de l’échantillon est « un fragment d’hostie » et que le nom informatique du patient renseigné est « hostie ». Là encore, Gómez est celui qui a prélevé et transmis l’échantillon, et ainsi la seule raison de penser qu’il provient d’une hostie est sa probité.
Annexe XIII
L’annexe XIII est à nouveau la même page que l’annexe VII et l’annexe IIIa. Il est difficile de comprendre pourquoi elle figure en plusieurs exemplaires. Elle est toujours numérotée 11 et nous n’avons toujours aucune trace des dix premières pages.
Annexe XIVa et XIVb
L’annexe XIVb est à nouveau le document numéroté 2 sur 3 que nous avons vu aux annexes IV et VI.

L’annexe XIVa est à nouveau un document du même laboratoire, à la même date, mais avec un échantillon encore différent. La page est numérotée 3 sur 4, toujours pas de trace des autres pages.
Annexe XV

L’annexe XV est comme une cerise sur ce beau gateau : une analyse histologique réalisée par le département des investigations du Grupo Internacional para la Paz… c’est-à-dire de l’association fondée et présidée par Gómez.
Les annexes suivantes concernent toutes Buenos Aires et n’ont donc pas d’intérêt pour Tixtla.
Photos


Ces images sont des images de l’aspect macroscopique de l’hostie de Tixtla.



Ces trois images, en revanche, correspondent à ce que l’on observe en déposant du sang sur une hostie, expérience réalisée par le site Skeptasmic mentionné plus tôt.
Conclusion
Et c’est tout. Voilà toute la documentation scientifique sur laquelle on est censé conclure à un miracle pour Tixtla. Sur les 32 pages totales des annexes, 12 sont sans rapport avec Tixtla, et 5 sont des doublons. Il ne reste donc que 15 pages pertinentes et uniques, dont seulement 12 sont réellement des rapports de laboratoire. Et il s’agit d’extraits aléatoires sans contexte, ce qui les rend pratiquement illisibles. Si l’on compte les numérotations des documents, on peut voir qu’il manque au moins 18 pages ! Au moins 60 % des rapports de laboratoire figurant dans les annexes sont absents, et ce qui est présent est illisible faute de contexte. Il n’est dès lors pas étonnant que les chercheurs Thomasz Grzybowski et Marta Wrzosek ainsi que onze autres collaborateurs (tous catholiques et polonais, à ma connaissance) aient relevé dans une étude de mars 2025 :
Malheureusement, à l’exception de quelques cas isolés (Virgolini et al., 2023 ; Linoli, 1971), les résultats de ces investigations n’ont jamais été communiqués à la communauté scientifique générale sous la forme d’articles publiés après revue par les pairs. Au lieu de cela, certaines conclusions ont été diffusées sous une forme populaire plutôt que scientifique, ce qui a engendré de l’ambiguïté et de la confusion5.
Il n’y a rien à réfuter pour Tixtla parce qu’il n’y a absolument rien à analyser. Aucun examen n’est tracé, tous dépendent directement de la probité d’un charlatan au CV mensonger et de son équipe. Il se trouve également que dans un reportage diffusé sur Channel 7 à la TV Australienne, intitulé Blood of Christ, l’un des acolytes de Gómez reçoit en direct le résultat d’une analyse menée sur un échantillon de Tixtla. Le laboratoire lui annonce donc devant les spectateurs que le sang retrouvé est d’origine féminine. Mike Willesee, l’acolyte en question, déclare alors sans sourciller que cela peut être dû au fait que Jésus n’avait pas de père humain (ce qui dénote une incompréhension totale de comment fonctionne un génome). Plus tard, dans son autobiographie, il déclarera que le laboratoire s’était en fait trompé d’échantillon, que le sang provenait d’une statue de Katya Rivas pour lequel ils avaient déjà obtenu un tel résultat et qu’il était trop malade lors de la diffusion pour avoir relevé cette erreur. Bien entendu, nous ne pouvons vérifier aucune de ces affirmations. Le fait même qu’ils aient déjà obtenu un tel résultat pour les statues de Rivas mais qu’ils ne l’aient jamais signalé dans leur enquête sur celles-ci est révélateur de leur méthode : multiplier les tests et ne publier que les pages qui collent avec leur narratif.
- Ricardo Castañon Gómez, Crónica de une Milagro Eucarístico, page 117.[↩]
- Franco Serafini, Un cardiologue rencontre Jésus, version Kindle.[↩]
- Franco Serafini, Un cardiologue rencontre Jésus, version Kindle.[↩]
- Ricardo Castañon Gómez, Crónica de une Milagro Eucarístico, page 130.[↩]
- Grzybowski, T., Wrzosek, M., Wołyniec, W. et al., “Methodology for the analysis of biological impurities associated with peri-eucharistic phenomena”, Appl. Microbiol. Biotechnol., 109, 58, 2025.[↩]



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