รtant ร la fois mรฉdecin et passionnรฉ de thรฉologie, le sujet des miracles eucharistiques est dโun certain intรฉrรชt, se situant ร la croisรฉe des domaines que jโai le plus รฉtudiรฉs. Comme je l’ai annoncรฉ rรฉcemment, je prรฉvois de publier des articles analysant chacun des cinq miracles considรฉrรฉs comme les plus รฉtablis. Voici les articles dรฉjร publiรฉs dans cette sรฉrie :
- Considรฉrations gรฉnรฉrales sur les miracles eucharistiques : que peut donc bien faire un protestant d’un miracle eucharistique ?
- ร propos des analyses de groupe sanguin des miracles eucharistique : rรฉfutation d’un argument fallacieux.
Nous dรฉbutons aujourd’hui par le miracle le plus ancien, celui de Lanciano. Il s’agit du seul miracle allรฉguรฉ qui ait fait l’objet d’une publication dans une revue scientifique. Pour tous les autres, comme nous le verrons, il n’y a que des tรฉmoignages รฉcrits ou oraux de chercheurs, ainsi que des rรฉsultats d’examens dรฉpouillรฉs de leurs donnรฉes brutes. Comme le dit le Dr Trasancos, chimiste catholique ayant รฉtรฉ chargรฉe par des autoritรฉs ecclรฉsiastiques pour enquรชter sur le sujet :
Je pensais quโil serait utile de dรฉvelopper la prรฉoccupation unique qui traverse tous les cas, en particulier les plus rรฉcents (Buenos Aires, Tixtla et Sokรณลka). Il sโagit des donnรฉes brutes โ ou plutรดt de leur absence. [โฆ] Sans exception โ et je ne le dis pas ร la lรฉgรจre โ aucune des enquรชtes sur les miracles eucharistiques nโa publiรฉ de donnรฉes brutes. Dans la plupart des cas, les enquรชteurs nโont mรชme pas publiรฉ de rapport. Ils รฉmettent des affirmations (ยซ ce tissu est vivant ยป, ou ยซ ce patient souffrait de telle affection ยป, ou encore ยซ cet ADN ne prรฉsente aucune contribution paternelle ยป), et comme certains de ces enquรชteurs sont des scientifiques ou des professionnels de la santรฉ, dโautres personnes occupant des positions dโautoritรฉ โ ecclรฉsiastiques, thรฉologiques, philosophiques, ou influentes sur les rรฉseaux sociaux โ confondent ces affirmations avec des donnรฉes brutes1.
Mais pour ce qui est de Lanciano, nous avons justement un rapport ร รฉtudier. Nous allons dans un premier temps rรฉsumer l’histoire de ce prรฉtendu miracle et les analyses scientifiques qui sont prรฉsentรฉes par ses dรฉfenseurs. Puis nous offrirons une analyse de chacun des รฉlรฉments avancรฉs. Nous serons alors en mesure de conclure en classifiant ce miracle allรฉguรฉ parmi l’une des trois options รฉnoncรฉes dans notre article de considรฉrations gรฉnรฉrales. Mais avant cela, il est utile que je mentionne les sources que j’ai consultรฉes pour cette รฉtude, en rรฉsumant trรจs briรจvement leur propos.
Bibliographie
- Le chapitre et les sections correspondant ร Lanciano dans l’ouvrage Un cardiologue rencontre Jรฉsus du cardiologue catholique Franco Serafini. Serafini prรฉsente l’histoire des cinq miracles que nous examinerons, et en fait l’apologie ;
- Divers articles publiรฉs dans des revues ร comitรฉ de relecture du docteur en immunologie Kelly Kearse, lui aussi catholique. Kearse conteste plusieurs des arguments utilisรฉs par les apologรจtes et par le docteur Serafini. Il n’offre pas de propos gรฉnรฉraux sur les miracles eucharistiques mais, en bon scientifique, examine plutรดt des affirmations trรจs prรฉcises. Vous aurez une idรฉe de ses travaux en consultant notre article sur les groupes sanguins. J’ai correspondu en privรฉ avec lui รฉgalement.
- Une vidรฉo de ยซ l’apologรจte athรฉe ยป Absinners. Il y rรฉsume divers arguments pertinents ร propos des miracles de Buenos Aires et Lanciano, avec le ton moqueur qui caractรฉrise malheureusement une partie du contenu polรฉmique anti-religieux.
- Un article d’Ethan Muse, philosophe et blogueur catholique, dรฉdiรฉ spรฉcifiquement ร Lanciano et visant ร offrir la dรฉfense la plus exhaustive qui soit de ce miracle.
- Le chapitre de Matthieu Lavagna sur les miracles eucharistiques dans son livre d’apologie du catholicisme ainsi que sa vidรฉo de rรฉponse ร Absinners.
- L’ouvrage Behold it is I du docteur en chimie Stacy Trasancos, co-รฉcrit avec un prรชtre et prรฉfacรฉ par l’รฉvรชque traditionaliste Joseph Strickland. Le docteur Trasancos, รฉgalement catholique, y explique pourquoi les rรฉsultats ร propos des miracles qu’elle examine ne sont pas conclusifs. Son propos est complรฉtรฉ par divers articles sur son blog, sur lequel elle se livre ร une rรฉfutation minutieuse des allรฉgations de miracles eucharistiques.
- Le blog Skeptasmic, examinant avec grand soin divers miracles eucharistiques depuis cinq ans. L’autrice, qui publie sous le nom de Kerry, est accompagnรฉe de son รฉpoux, docteur en biologie. Elle conclut รฉgalement ร l’absence de miracle, plusieurs de ses arguments demeurent sans rรฉponse du cรดtรฉ des partisans.
- Le livre de Bruno Sammaciccia, qui se veut un compte rendu partisan de l’histoire du miracle.
- Un article de mars 2025 de Thomas Grzybowski et 12 autres chercheurs, publiรฉ dans une revue ร comitรฉ de relecture. L’รฉtude analyse 25 cas rรฉcents (Pologne, Allemagne, รtats-Unis, Afrique du Sud) via une approche multidisciplinaire (microbiologie, mycologie, histologie, tests forensiques ADN et sanguins) et dรฉmontre l’origine naturelle des modifications constatรฉes sur les hosties. L’รฉtude propose aussi une procรฉdure pour รฉvaluer les futurs miracles allรฉguรฉs. Elle permet de constater, par comparaison, ร quoi doit ressembler une รฉtude sรฉrieuse sur de telles allรฉgations.
- Divers rรฉsumรฉs et extraits de l’รฉtude du docteur Linoli, dont nous aurons ร reparler dans cet article ainsi que divers documents que m’ont communiquรฉs des partisans de la thรจse du miracle.
L’histoire du miracle de Lanciano, racontรฉe par ses dรฉfenseurs
La lรฉgende de Lanciano, ville d’Italie, voudrait qu’au VIIIe siรจcle, un prรชtre doutant de la prรฉsence rรฉelle du Christ ait constatรฉ que l’hostie se changeait en chair dans ses mains, et le contenu du calice en sang. Il s’agit lร du premier miracle de Lanciano, miracle de transformation. Les prรฉcieuses reliques auraient alors fait l’objet d’une ยซ dรฉvotion ininterrompue ยป, selon Franco Serafini.
En 1574 aurait eu lieu la premiรจre inspection ecclรฉsiastique de ce miracle, lors de laquelle un second miracle aurait รฉtรฉ constatรฉ : chacun des 5 caillots de sang pesait le mรชme poids et un caillot pesait autant que la totalitรฉ !
Le 17 fรฉvrier 1574, l’archevรชque Rodriguez procรฉda ร une premiรจre reconnaissance ; comme l’atteste une inscription gravรฉe sur un bloc de marbre situรฉ dans l’รฉglise, il constata en prรฉsence du peuple que le poids total des cinq caillots de Sang รฉtait identique au poids de chacun d’eux2.
C’est ici le deuxiรจme miracle de Lanciano, le miracle de la pesรฉe.
En 1886, une autre inspection a lieu. Durant celle-ci, le miracle de la pesรฉe n’a pas lieu, car chaque caillot a un poids diffรฉrent l’un de l’autre et, รฉvidemment, diffรฉrent de l’ensemble.
Serafini affirme que durant la pรฉriode napolรฉonienne, le couvent fut fermรฉ puis subi diverses transformations, รฉtant mรชme briรจvement une loge maรงonnique. Ce fut seulement en 1952, affirme-t-il, que le couvent fut restaurรฉ aux franciscains.
Vient alors la narration de l’inspection ยซ moderne ยป, celle de 1970. ร l’รจre de la modernitรฉ post-Vatican II, il fallait un examen scientifique plutรดt que des lรฉgendes mรฉdiรฉvales. Le professeur Linoli, anatomo-pathologiste et donc qualifiรฉ pour examiner des tissus humains, est choisi par le couvent pour รชtre en charge de la chose. La texture de l’objet d’รฉtude est dรฉcrite comme solide, presque comme du bois. La substance est couverte de moisissures, avec des rรฉsidus de corps d’insectes. ร l’aide d’une pince, il est autorisรฉ ร prรฉlever 2 morceaux d’une totalitรฉ de 20 milligrammes de la substance censรฉe correspondre au corps. De mรชme, les 5 rรฉsidus de sang sont prรฉsentรฉs, pesรฉs ร nouveau (et chacun faisait รฉvidemment un poids diffรฉrent). Un prรฉlรจvement est effectuรฉ.
Aprรจs bien des examens, Linoli conclut que le sang est bien du sang, que la chair est un muscle cardiaque, que les deux sont humains et de groupe AB, que la proportion de protรฉine correspond au sang humain, que la plupart des minรฉraux รฉtaient prรฉsents de maniรจre rรฉduite et le calcium de maniรจre augmentรฉe (ce que Serafini affirme รชtre dรป ร la contamination de l’รฉchantillon). Il affirme encore qu’il ne peut pas s’agir d’un faux car il serait difficile d’obtenir une tranche de myocarde comme celle-ci. Il publie ses recherches dans une revue scientifique.
L’inspection de 1970 est complรฉtรฉe en 1981, par le mรชme Linoli, ร la demande des moines. D’autres structures cardiaques sont dรฉcrites par Linoli ร cette occasion, Linoli fait encore l’hypothรจse, ร propos de 14 petits trous issus des clous utilisรฉs pour fixer la relique, que la distension dont ils tรฉmoignent rรฉsultent de la rigiditรฉ cadavรฉrique survenue 3 h ร 48 h aprรจs la mort de ce cลur. Ainsi, le cลur du miracle originel aurait รฉtรฉ vivant. Il pense que l’ensemble des prรฉlรจvements tรฉmoignent du fait qu’il s’agirait d’une coupe anatomique, comme une ยซ tranche ยป complรจte d’un cลur humain. ร cette occasion, divers auteurs รฉvoquent รฉgalement une conservation miraculeuse des reliques. Nous avons donc ร examiner le miracle de transformation, de pesรฉe mais รฉgalement de conservation !
Dans la fin des annรฉes 1970, l’OMS et les Nations Unies, interpellรฉes par ces rรฉsultats, auraient ร leur tour rรฉalisรฉ une รฉtude confirmant, aprรจs plus de 500 prรฉlรจvements, les conclusions de Linoli.
Les arguments scientifiques des dรฉfenseurs du miracle
Afin que ma rรฉponse aux arguments des miraculistes soit comprise, j’aimerais rรฉsumer leurs arguments briรจvement. Vous les trouverez sous forme plus dรฉveloppรฉe dans les sources indiquรฉes en dรฉbut d’article.
- Argument sur l’aspect macroscopique : l’aspect de la relique ร la fois dans sa taille, sa texture, son รฉpaisseur, correspondrait ร du cลur ;
- Argument microscopique/histologique : les conclusions de Linoli ร l’examen microscopique correspondent ร du tissu cardiaque, ร la fois en raison de l’orientation des fibres musculaires, la structure syncithiale du tissu observรฉ, la prรฉsence dโadipocytes (cellules graisseuses), une couche conjonctive avec des vaisseaux รฉvoquant un endocarde, des structures vasculaires et nerveuses, plusieurs de ces รฉlรฉments รฉtant spรฉcifiques au cลur ;
- Le test de Uhlenhuth, revenu positif pour le sรฉrum humain et nรฉgatif pour le sรฉrum bovin et le sรฉrum de lapin, prouverait que le tissu examinรฉ est humain ;
- Le test dโabsoption-รฉlution dont lโagglutination tรฉmoigne dโun groupe sanguin AB. Ce rรฉsultat, affirme-t-on, serait spรฉcifique ร lโhomme ;
- Lโรฉlectrophorรจse des protรฉines signale une composition protรฉique similaire ร celle du sang frais humain.
ร partir de ces arguments, dโautres sont offerts :
- Un faussaire mรฉdiรฉval ne prendrait pas le temps de se procurer de la chair humaine, il se contenterait de chair animale impossible ร distinguer pour lโรฉpoque (cela suppose que les tests prรฉcรฉdents sont exactement interprรฉtรฉs, รฉvidemment) ;
- Seule une main experte aurait pu rรฉaliser une coupe longitudinale du cลur ;
- Les techniques de prรฉservation de tissu connues au Moyen รge auraient laissรฉ des traces que lโon ne retrouve pas dans lโรฉchantillon ;
- Les globulines, normalement fragiles, sont prรฉsentes en abondance dans lโรฉchantillon ;
- Les proportions de ces globulines correspondent ร du sang frais, notamment parce quโon y observe pas lโinflation de la bande gamma attendue.
- La chromatographie sur couche mince tรฉmoigne dโune prรฉsence dโhรฉmoglobine.
Enfin, il est argumentรฉ que Linoli ne pourrait pas avoir falsifiรฉ les rรฉsultats car :
- Il aurait couru le risque que dโautres รฉtudes indรฉpendantes ร lโavenir le dรฉmasquassent ;
- Il nโaurait pas cherchรฉ ร faire publier ses rรฉsultats et ร les exposer ainsi ร la critique ;
- Il nโavait pas de raison de le faire. Dโailleurs, en tant que catholique, il devait savoir que mentir sur des sujets liรฉs ร la foi est une faute grave ;
- Il nโaurait pas pu produire les photos du rapport de 1970 ;
- Une fraude par Linoli servirait ร couvrir une toute aussi improbable fraude mรฉdiรฉvale.
Ces arguments sont presque tous mauvais, et c’est ce que la suite de l’article va chercher ร dรฉmontrer.
Rรฉponse aux arguments
Il est plus simple d’รฉnoncer un argument que d’y rรฉpondre. En effet, la force rhรฉtorique du rรฉcit miraculeux est qu’il prรฉsente une ยซ version des faits ยป cohรฉrente et plaisante. ร l’inverse, la rรฉponse ne consiste pas principalement en une version concurrente, mais en la rรฉfutation et contestation de ce qui est allรฉguรฉ. Aussi, cette section de l’article sera sรปrement un peu aride, parce que la rigueur le nรฉcessite. Cet article relรจvera 8 problรจmes principaux et quelques problรจmes secondaires dans lโargumentaire. Pour la rรฉdaction du dernier problรจme principal, jโai fait appel ร un spรฉcialiste en histologie et anatomopathologie, je vous recommande particuliรจrement cette section.
Premier problรจme : le gap historique
Huit siรจcles de silence
La narration que nous avons relayรฉe en dรฉbut d’article affirme que les reliques ont fait l’objet d’une ยซ vรฉnรฉration ininterrompue ยป depuis le VIIIe siรจcle. Le souci avec cette affirmation, c’est que nous n’en avons aucune trace. La premiรจre mention รฉcrite en notre possession de ce miracle remonte au XVIe siรจcle, รฉpoque oรน lโรglise catholique, en pleine Contre-Rรฉforme, avait un besoin urgent de ยซ miracles anti-protestants ยป pour dรฉfendre la doctrine de la transsubstantiation. Comme preuve de l’anciennetรฉ de la chose, Serafini mentionne, sans aucune source premiรจre3, des conflits autour de la possession de l’รฉglise oรน aurait eu lieu le miracle, ce qu’il interprรจte comme un combat pour la possession des prรฉcieuses reliques qu’elle contenait supposรฉment. Il concรจde, avec honnรชtetรฉ, qu’il doit s’agir d’un conflit pour son ยซ prรฉcieux, quoique jamais mentionnรฉ, contenu. ยป Belle formule !
Ethan Muse, dans l’article mentionnรฉ en introduction de cet article, รฉvoque comme ยซ plus ancienne mention ยป du miracle de Lanciano un texte du XIe siรจcle de Guitmund d’Averse, un moine normand, mentionnant que son maรฎtre Lanfranc lui avait parlรฉ d’une hostie devenant rouge et รฉtant conservรฉe dans un reliquaire. Le souci est que des histoires de ce type, il y en eut plus d’une durant la pรฉriode mรฉdiรฉvale et que le texte en question ne mentionne ni calice, ni la ville de Lanciano, ni mรชme l’Italie. Serafini est plus prudent, affirmant que ce mรชme texte pourrait รชtre un indice en faveur d’une vรฉnรฉration ร Lanciano.
Le premier problรจme donc, avec la thรจse du miracle, c’est l’รฉcart consรฉquent entre l’รฉvรฉnement allรฉguรฉ et la premiรจre mention incontestable de celui-ci si bien que, quel que soit ce que nous examinons aujourd’hui (ou en 1970), nous n’avons aucun moyen de savoir qu’il s’agissait bien un jour d’une hostie : tout repose sur la confiance que nous avons dans le rรฉcit qu’un document en italien des annรฉes 1630 fait d’un รฉvรฉnement survenu prรฉtendument huit siรจcles plus tรดt.
Ainsi, le docteur Transancos relรจve de maniรจre opportune en conclusion de son chapitre sur Lanciano :
Aucune des investigations scientifiques ne peut prouver que le pain sโest rรฉellement transformรฉ en chair. Elles se contentent dโanalyser la substance qui leur est prรฉsentรฉe. Les donnรฉes ne valent jamais mieux que leur maillon le plus faible ; or, en lโabsence de tรฉmoins oculaires vรฉrifiables et dโune chaรฎne de transmission indiscutable, les tests scientifiques restent non concluants sur la question dโun changement physique et chimique rรฉel. Tout repose, au bout du compte, sur le tรฉmoignage auquel on choisit de croire.
Aucun des รฉchantillons nโa รฉtรฉ datรฉ par des mรฉthodes radiomรฉtriques ; donc, dans un sens strictement technique et objectif, la science ne peut rien dire sur leur รฉtat de conservation. Si lโรฉchantillon sโest effectivement changรฉ en chair en lโan 700, sโil sโagit bien du mรชme morceau qui a รฉtรฉ exposรฉ dans lโostensoir pendant tous ces siรจcles, sโil nโa jamais รฉtรฉ manipulรฉ ou remplacรฉ, et si toute explication naturelle (dessiccation, momification, etc.) peut รชtre exclue, alors oui, le profil protรฉique obtenu est absolument remarquable. Des analyses supplรฉmentaires pourraient รชtre rรฉalisรฉes, mais des questions resteront toujours sans rรฉponse. Au final, tout reviendra ร savoir quel tรฉmoignage nous choisissons de croire4.
De mรชme, Silvano Fuso, membre du CICAP (une association italienne regroupant une centaine de chercheurs et qui vise ร dรฉbusquer la pseudo-science), relรจve :
D’un point de vue scientifique, il est clair que toute investigation sur la prรฉtendue transformation de l’hostie et du vin en chair et en sang est impossible. Croire en une telle transformation relรจve donc de la pure foi. Les seules analyses possibles concernent l’รฉtat actuel de la relique, sa vรฉritable nature et les mรฉthodes de sa conservation5.
Outre cela, plusieurs รฉlรฉments plaident en faveur d’une origine vers la fin du Moyen รge ou le dรฉbut de l’รจre moderne :
- Premiรจrement, l’histoire d’un prรชtre qui doute et qui est confortรฉ dans sa foi par une hostie sanglante est un thรจme rรฉcurrent des lรฉgendes eucharistiques mรฉdiรฉvales : c’est le cas pour Ratisbonne (1257), Bolsena (1264) et Macerata (1356). L’historien Steven Justice en รฉtudie une bonne vingtaine, par exemple, ils sont tous mรฉdiรฉvaux6.
- Deuxiรจmement, la relique elle-mรชme relรจve d’un anachronisme. Elle correspond ร la taille d’une fine hostie telle qu’on en usait ร la fin du Moyen รge. Or, c’est ร partir du IXe siรจcle, et trรจs progressivement, que le pain azyme commence ร รชtre largement utilisรฉ. Auparavant, on utilisait du pain commun, levรฉ7. Cela est demeurรฉ la pratique en Orient. Les Francs ont introduit trรจs progressivement la pratique du pain azyme, cuit entre deux plaques, qui demeurait une large galette plate, pas tout ร fait de la taille d’une tranche de cลur ! Raban Maur au neuviรจme siรจcle, avec Alcuin, est le premier tรฉmoin que nous avons du pain azyme en Occident, selon le pรจre Jungmann, qui prรฉcise que cette pratique s’est rรฉpandue trรจs lentement8. Et ce n’est que plus tard que l’hostie fine et de petite taille apparaรฎt, au XIe siรจcle. Ainsi, la taille et la finesse de la relique prรฉsentรฉe comme provenant d’une hostie ne correspondent pas ร la pratique du VIIIe siรจcle mais collent plutรดt avec la fin de la pรฉriode mรฉdiรฉvale.
- Du reste, l’exemple de Grรฉgoire de Tours que nous avons analysรฉ, assez proche temporellement (en tout cas, plus proche de six siรจcles que le premier rรฉcit du miracle !), nous montre que l’รฉcoulement de sang d’un pain consacrรฉ n’รฉtait pas perรงu ร son รฉpoque comme un signe en faveur de la prรฉsence rรฉelle mais comme un mauvais prรฉsage. Il ne va donc pas de soi qu’au huitiรจme siรจcle un tel รฉvรฉnement serait perรงu comme confirmant la prรฉsence rรฉelle.
Deux interrogations
Un autre gap historique relรจve plutรดt de l’interrogation de ma part : le couvent a รฉtรฉ dรฉsacralisรฉ sous Napolรฉon et n’a รฉtรฉ rรฉtabli qu’au milieu du vingtiรจme siรจcle ; oรน ont รฉtรฉ stockรฉes les reliques pendant ce temps ? De mรชme, on sait qu’en 1770 le reliquaire a รฉtรฉ nettoyรฉ et que la prรฉtendue hostie miraculeuse en a รฉtรฉ sortie pendant quelques temps. Ces divers รฉvรจnements ne permettent pas d’รฉtablir une chaรฎne de transmission indiscutable mรชme depuis le XVIe siรจcle, ร moins que l’on puisse fournir des informations que j’ignore ร ce propos.
Une analogie, trois prophรฉties
Il n’y a rien d’outrageusement sceptique ร considรฉrer que huit siรจcles d’รฉcart entre un รฉvรฉnement et son premier rapport รฉcrit rendent la narration peu crรฉdible. C’est exactement une considรฉration de ce genre qui fait conclure les historiens et concรฉder mรชme les apologรจtes orthodoxes qu’il n’y a jamais eu d’icรดne de Marie peinte par Luc, la premiรจre mention de celle-ci survenant huit siรจcles aprรจs saint Luc, dans un contexte iconodule9.
Mais si un catholique รฉtait tentรฉ de nous objecter l’accusation de scepticisme excessif, j’aimerais lui retourner le dรฉfi avec trois รฉvรฉnements relatรฉs comme surnaturels dans la tradition rรฉformรฉe.
La prophรฉtie de Jean Huss
Lorsque le Rรฉformateur de Bohรจme Jean Huss fut fait martyr au concile de Constance, il prononรงa la parole suivante : ยซ vous allez cuire une oie (hus signifie en effet oie en tchรจque), mais dans cent ans viendra un cygne que vous ne pourrez ni rรดtir ni bouillir ! ยป Cent ans plus tard vint Martin Luther. Plus d’une รฉglise luthรฉrienne sont surplombรฉes d’un cygne en lieu et place du coq aujourd’hui, en rรฉfรฉrence ร cette prophรฉtie de Jean Huss.
Mais voilร , les premiรจres sources de cette prophรฉtie sont des auteurs luthรฉriens, un siรจcle aprรจs celle-ci10. Il n’en demeure pas moins que nous avons plus de raisons de croire ร cette prophรฉtie qu’au rรฉcit de Lanciano survenu huit siรจcle plus tard :
- Premiรจrement, parce qu’un siรจcle et huit siรจcles sont des choses bien diffรฉrentes pour la conservation d’une tradition ;
- Deuxiรจmement, parce que ce propos de Jean Huss est rapportรฉ par les luthรฉriens comme une chose connue de leur รฉpoque, ร dessein de l’appliquer ร Luther ;
- Nous possรฉdons plusieurs lettres de Jean Huss dans lesquelles il se dรฉsigne comme ยซ l’oie ยป et notamment une oรน il parle ยซ d’autres oiseaux qui, par la parole de Dieu et par leur vie, s’รฉlรจveront vers les sommets et briseront leurs piรจges en morceaux11 ยป
- Un compagnon de Jean Huss, quelques temps avant le martyre, รฉcrivit ceci dans une autre lettre : ยซ รcrit ร Constance le samedi prรฉcรฉdant la Saint-Martin. Lโoie nโest pas encore cuite et nโa pas peur de lโรชtre, car cette annรฉe, la veille de la Saint-Martin tombe un samedi, jour oรน lโon ne mange pas dโoies12 ! ยป Il est ironique que Jean Hus n’ait pas pu รชtre exรฉcutรฉ avant la Saint-Martin, quand on sait que c’est ร cette date que, plus tard, naรฎtra un certain Martin en Allemagne. Ainsi, le langage de l’oie cuite pour dรฉsigner le martyre probable de Jean Huss est attestรฉ ร cette รฉpoque.
Quoi qu’il en soit de cette prophรฉtie allรฉguรฉe de Jean Hus, elle relatรฉe par des sources bien plus proches de l’รฉvรฉnement et ne souffre d’aucun anachronisme, puisqu’elle correspond au langage qu’employait Huss et ses compagnons. Or, cette prophรฉtie, si elle est divine, ne s’intรจgre pas aisรฉment dans le paradigme catholique romain.
ยซ Ce sera ta derniรจre cรจne ยป
En guise d’anecdote, je relate un autre รฉpisode prophรฉtique en รcosse, rapportรฉ par un tรฉmoin direct de l’รฉvรจnement dans un rรฉcit biographique :
Ayant assistรฉ ร Contin, un sabbat de Sainte-Cรจne13 oรน mon pรจre officiait, aprรจs que tous les autres communiants eurent pris leur place ร la table, lui โ pour une raison quโil nโa pas vรฉcue assez longtemps pour rรฉvรฉler โ demeura encore ร son siรจge. Le ministre dit : ยซ Il reste ici un communiant qui nโest pas encore venu, et tant que cette personne nโaura pas pris place ร la table, je ne puis poursuivre le service. ยป On chanta alors un autre verset, mais ยซ le marchand de Kiltarlity ยป ne vint pas. Il nโรฉtait pas dans lโลil du ministre, bien quโil y eรปt quelquโun sur son esprit, lorsquโil dit : ยซ Je vous implore de venir, car cโest votre derniรจre occasion dโannoncer la mort du Seigneur jusquโร ce quโIl vienne14 ; car si je ne me trompe pas grandement, vous nโatteindrez pas votre demeure vivant aprรจs la fin du service. ยป
Le marchand sโavanรงa alors, et ร peine eut-il pris sa place ร la table que le ministre dit : ยซ Nous pouvons maintenant poursuivre le service. ยป
Au renvoi de la congrรฉgation, le lundi, le marchand prit le chemin de sa maison ; mais, en traversant le guรฉ de la Conon, il fut emportรฉ par le courant et se noya15.
Des anecdotes comme celle-ci, il y en a des dizaines rien que dans les pages de l’histoire de l’รglise rรฉformรฉe en รcosse. Or, si cette prophรฉtie est divine, elle suppose la validitรฉ des sacrements rรฉformรฉs, et ne s’intรจgre ainsi pas aisรฉment non plus dans le paradigme catholique romain.
Les prophรฉties de John Knox
De nombreux auteurs contemporains ou proches du rรฉformateur de l’รcosse John Knox rapportent diverses prophรฉties qu’il รฉnonรงa ร propos de plusieurs opposants et persรฉcuteurs des protestants. Samuel Rutherford, par exemple, qui naquit 30 ans environ aprรจs le ministรจre de Knox, relate en passant :
Il existe une troisiรจme rรฉvรฉlation, accordรฉe ร certains hommes particuliers, qui ont prรฉdit des choses ร venir mรชme depuis la clรดture du canon de la Parole. Ainsi Jean Huss, Wyclif, Luther ont annoncรฉ des รฉvรฉnements futurs, et ceux-ci se sont assurรฉment accomplis. Et, dans notre nation dโรcosse, maรฎtre George Wishart prรฉdit que le cardinal Beaton ne sortirait pas vivant des portes du chรขteau de St. Andrews, mais quโil mourrait dโune mort honteuse ; et il [Beaton] fut pendu ร la fenรชtre mรชme par laquelle il regardait lorsque, lui, il vit le serviteur de Dieu [Wishart] brรปlรฉ. Maรฎtre Knox prophรฉtisa la pendaison du lord de Grange. Maรฎtre John Davidson prononรงa des prophรฉties connues de beaucoup dans le royaume ; divers prรฉdicateurs saints et mortifiรฉs en Angleterre ont fait de mรชme16.
Assurรฉment, ces divers tรฉmoignages ร propos de Knox, Wishart, Davidson s’intรจgrent รฉgalement difficilement dans le paradigme catholique romain, pourtant ils รฉtaient assez connus pour n’avoir pas รฉtรฉ contestรฉs ร cette รฉpoque, ร ma connaissance.
Je referme cette parenthรจse et poursuis avec Lanciano.
Deuxiรจme problรจme : le faux rapport de l’OMS
Vous avez peut-รชtre remarquรฉ qu’ร la fin de mon rรฉsumรฉ historique, je mentionnais une รฉtude prรฉtendument rรฉalisรฉe par l’OMS qui aurait confirmรฉ les conclusions de Linoli. Ainsi, l’Exposition internationale vaticane, organisรฉe par l’Association des amis des miracles eucharistiques du fraรฎchement canonisรฉ Carlo Acutis affirme-t-elle :
En 1973, le Conseil supรฉrieur de lโOrganisation Mondiale de la Santรฉ (O.M.S.) nomma une commission scientifique pour vรฉrifier les conclusions du professeur Linoli. Les travaux durรจrent 15 mois et 500 examens furent effectuรฉs. Les conclusions de toutes les recherches confirmรจrent ce qui avait รฉtรฉ dรฉclarรฉ et publiรฉ en Italie. Lโextrait de la recherche scientifique de la commission mรฉdicale de lโO.M.S. fut publiรฉ ร New York et ร Genรจve en 1976, et confirma lโincapacitรฉ de la science ร expliquer le phรฉnomรจne17.
Cette histoire fut relayรฉe par un nombre incalculable de sites catholiques durant plus de 20 ans (et continue de l’รชtre). En France รฉgalement, l’association 1000 raisons de croire, les influenceurs Le catho de service et Ignis s’en sont fait l’รฉcho, comme le signale Absinners. Matthieu Lavagna รฉgalement, dans la premiรจre version de son livre d’apologie du catholicisme, reproduisait cette affirmation. La derniรจre version du livre, fort heureusement, ne contient plus ces allรฉgations et, ร la place, produit cette note de bas de page :
Beaucoup de sites internet et de livres catholiques fervents indiquent que lโOMS aurait รฉtudiรฉ lโhostie de Lanciano dans les annรฉes qui suivirent les travaux de Linoli. Or, il sโagit dโune fausse information, rรฉfutรฉe par Franco Serafini (op. cit., pp. 28-29) : lโauteur sโest rendu en Italie pour consulter le rapport qui, en rรฉalitรฉ, concernait des momies รฉgyptiennes ! Jโai moi-mรชme relayรฉ cette erreur dans la premiรจre รฉdition de mon ouvrage et lโhonnรชtetรฉ intellectuelle mโoblige ici ร me rรฉtracter publiquement.
En effet, pendant des annรฉes divers auteurs sceptiques ont relevรฉ l’impossibilitรฉ de mettre la main sur ce document de l’OMS. Le docteur Serafini s’est alors rendu dans le couvent de Lanciano oรน un coffre fut ouvert pour lui donner de consulter le prรฉcieux document. Il s’agissait de plusieurs centaines de pages ร propos de momies รฉgyptiennes, auxquelles une premiรจre page sur le docteur Linoli avait รฉtรฉ accolรฉe. En bref, il ne s’agissait pas simplement d’une fausse information diffusรฉe par amplification des faits ou dรฉformation de ceux-ci mais d’une fraude caractรฉrisรฉe avec production d’un faux rapport stockรฉ jusque dans le couvent de Lanciano pendant des annรฉes. Cette histoire pose question ร trois รฉgards :
- Premiรจrement, elle montre le peu de sรฉrieux des travaux qui ont relayรฉ cette information. En effet, toutes ces personnes n’ont pas pu consulter le rapport dont elles relatent les conclusions, puisque ce rapport n’existe pas. Elles n’ont vraisemblablement pas trouvรฉ opportun de pouvoir consulter une source premiรจre avant de faire une affirmation aussi spectaculaire. L’exposition de Carlo Acutis qui, aujourd’hui encore, prรฉsente cette information, a tournรฉ dans plusieurs milliers de paroisses et des centaines d’universitรฉ. Si l’on ne peut guรจre reprocher au jeune Acutis, qui n’รฉtait qu’un adolescent, d’avoir รฉtรฉ crรฉdule, on peut certainement le reprocher ร l’association d’ampleur mondiale qui entend prolonger son travail.
- Deuxiรจmement, cette histoire pose question quant ร la probitรฉ du couvent de Lanciano. Comme nous le verrons, cette fraude circule depuis l’annรฉe 2005 au moins. Cela signifie que pendant plus de 10 ans le couvent a disposรฉ de ce document frauduleux et l’a prรฉsentรฉ comme argument ร des milliers de pรจlerins. Or, le docteur Serafini signale qu’il lui a fallu moins de 2 minutes pour constater la fraude en ouvrant le document. Personne donc n’a ouvert le document durant les prรจs de 15 ans minimum oรน il fut conservรฉ ? En parcourant un forum italien dans la prรฉparation de cet article, je suis d’ailleurs tombรฉ sur un commentaire laissรฉ par un catholique (sous le pseudo Aldo Grano) en 2014 dans lequel il affirme : ยซ Pour lire le document original, le plus simple โ le seul que j’aie trouvรฉ jusqu’ร prรฉsent โ โโest de se rendre ร Lanciano, oรน les frรจres, que j’ai contactรฉs par tรฉlรฉphone, m’ont dit qu’ils le possรฉdaient en anglais. ยป Ainsi, en 2014, alors qu’ils recevaient des questions ร propos de l’authenticitรฉ de cette รฉtude, les frรจres du couvent continuaient de soutenir ce mensonge.
- Troisiรจmement, cette histoire pose question quant ร la probitรฉ du docteur Linoli lui-mรชme. En effet, c’est suite ร un congrรจs en 2005 auquel il participait comme l’un des principaux intervenants que ce mensonge s’est diffusรฉ. La premiรจre mention de ce rapport se trouve dans un entretien รฉcrit avec le docteur Linoli lui-mรชme, lors de ce congrรจs. La deuxiรจme mention de ce document figure รฉgalement dans un article de mai 2005 relatant le dรฉroulรฉ du congrรจs. Et c’est ร partir de cette mention que des sites comme EWTN, PhatMass ainsi que des forums ont discutรฉ de cette information. Est-ce ร dire que le docteur Linoli, qui donnait encore des confรฉrences sur ce miracle jusque dans ses vieux jours, n’a jamais lu les entretiens publiรฉs qu’il a eu avec ces journaux ? Faut-il croire qu’il aurait รฉchappรฉ aux centaines d’articles affirmant cela ? S’il en a eu vent, ร supposer qu’il ne soit pas lui-mรชme ร l’origine de cette affirmation, pourquoi n’a-t-il pas corrigรฉ le tir ? Comme le dit le docteur Trasancos ร propos de l’article de 2005 : ยซ La faรงon dont lโarticle est rรฉdigรฉ donne lโimpression que cโest Linoli lui-mรชme qui a racontรฉ au journaliste lโexistence dโรฉtudes de lโOMS ayant vรฉrifiรฉ ses travaux sur les รฉchantillons de Lanciano. ยป Puisque le docteur Linoli fut choisi par le couvent comme le scientifique auquel ils confiaient cette charge, qui d’autre que lui aurait pu leur fournir ce faux rapport ? Bien qu’on ne puisse formellement l’accuser d’รชtre le faussaire, il demeure le suspect numรฉro 1.
Troisiรจme problรจme : le pseudo-miracle de la pesรฉe
La fameuse brochure de l’association dont je parlais plus tรดt affirme encore :
Dans le sang du prodige, on retrouve tous les composants prรฉsents dans le sang frais. Et, miracle dans le miracle, chacun des cinq caillots de sang pรจse sรฉparรฉment 15,85 grammes : ce qui est le poids exact de tous les caillots pesรฉs ensemble18 !
Cette affirmation est tout simplement fausse. ร la fois lors de la pesรฉe de 1886 et lors de l’รฉtude de Linoli (mรชme si cette derniรจre ne reporte รฉtonnamment pas le poids prรฉcis), ce miracle de la pesรฉe n’a pas รฉtรฉ constatรฉ. La seule preuve du ยซ miracle dans le miracle ยป est donc une pierre gravรฉe dans l’รฉglise ร Lanciano qui relate la lรฉgende. Franco Serafini considรจre que ce miracle est vraisemblable parce que… ses ancรชtres italiens savaient utiliser une balance.
Les trois premiers problรจmes concernaient l’histoire du miracle et de sa transmission, les prochains problรจmes s’attaquent ร l’รฉtude de Linoli pour elle-mรชme ainsi qu’aux arguments qui en sont tirรฉs par Franco Serafini, Ethan Muse et Matthieu Lavagna.
Quatriรจme problรจme : l’รฉtude de Linoli est publiรฉe sans contrรดle
Linoli a publiรฉ son รฉtude dans une revue scientifique. Cela est suffisamment rare pour รชtre remarquรฉ : de tous les miracles que nous aurons ร examiner, c’est le seul qui ait fait l’objet d’une publication dans une revue scientifique, comme nous l’avons dit. Ainsi, les chercheurs Thomasz Grzybowski et Marta Wrzosek ainsi que onze autres collaborateurs (tous catholiques et polonais, ร ma connaissance) relรจvent dans une รฉtude de mars 2025 :
Malheureusement, ร lโexception de quelques cas isolรฉs (Virgolini et al., 2023 ; Linoli, 1971), les rรฉsultats de ces investigations nโont jamais รฉtรฉ communiquรฉs ร la communautรฉ scientifique gรฉnรฉrale sous la forme dโarticles publiรฉs aprรจs revue par les pairs. Au lieu de cela, certaines conclusions ont รฉtรฉ diffusรฉes sous une forme populaire plutรดt que scientifique, ce qui a engendrรฉ de lโambiguรฏtรฉ et de la confusion (Chลopkowska, 2017 ; Serafini, 2021)19.
Les deux ยซ cas isolรฉs ยป mentionnรฉs sont une รฉtude d’Irene Virgolini sur un miracle allรฉguรฉ ร Tyrol en Autriche โ l’รฉtude conclut ร une contamination bactรฉrienne responsable des modifications observรฉes20 โ et l’รฉtude de Linoli qui nous intรฉresse dรฉsormais. Relevez que ces chercheurs ne considรจrent pas le livre de Serafini comme scientifique et affirment qu’il engendre plutรดt de la confusion.
Nรฉanmoins, une faiblesse importante de cette รฉtude, avant mรชme de la lire, est le risque de ce que l’on appelle en mรฉdecine le ยซ biais de prรฉvarication ยป. En effet, Linoli a รฉtรฉ sรฉlectionnรฉ par le couvent pour rรฉaliser l’รฉtude. Il croyait, avant mรชme de rรฉaliser l’รฉtude, que ce qu’il avait entre les mains รฉtait issu d’un miracle :
Tous les participants considรฉraient dรฉjร ce miracle comme authentique. Le rapport tout entier montre que le Dr Linoli nโa pas abordรฉ lโรฉtude en se disant qu’il s’agissait peut-รชtre de la chair et peut-รชtre du sang, mais bien de la chair et du sang du miracle de Lanciano21.
Lorsqu’il a fait appel ร un autre chercheur pour confirmer ses conclusions, c’est lui qui a choisi le chercheur en question et ce chercheur n’a pas rรฉalisรฉ son analyse en aveugle, puisque la lettre oรน il relate ses conclusions contient en introduction :
Le Professeur Odoardo Linoli, chef du laboratoire d’analyses cliniques et d’anatomie pathologique de l’Hรดpital ยซ Santa Maria Sopra i Ponti ยป d’Arezzo, a soumis ร mon รฉvaluation une sรฉrie de prรฉparations histologiques obtenues ร partir d’un fragment par lui prรฉlevรฉ, m’a-t-il formellement dรฉclarรฉ, sur une Sainte Hostie conservรฉe dans une รฉglise de Lanciano22.
La confirmation par cet autre chercheur ne fait d’ailleurs pas partie de l’รฉtude publiรฉe mais est connue par une lettre complรฉmentaire.
Ainsi, nous devons faire confiance de bout en bout au Dr Linoli, catholique, convaincu avant son analyse de la nature miraculeuse de ce qu’il examinait. Nous devons lui faire confiance lorsqu’il prรฉsente des coupes histologiques qu’il s’agit bien du matรฉriel prรฉlevรฉ ร Lanciano. Nous devons, s’il s’agit bien de cela, lui faire confiance quant au fait qu’il n’aurait pas masquรฉ d’autres coupes moins favorables ร sa thรจse. Nous devons lui faire confiance lorsqu’il s’agit de la sรฉlection de coupes envoyรฉes ร son collรจgue chercheur ร la retraite. Comme le dit le Dr Trasancos :
Ici, nous devons nous fier aux images sรฉlectionnรฉes par le Dr Linoli pour raconter lโhistoire. En effet, on fait confiance aux scientifiques qui observent, photographient et interprรจtent les lames au microscope. Nous ne savons pas ร quoi ressemblait le reste du matรฉriel, mais nous pouvons supposer que les photographies ont รฉtรฉ choisies pour offrir la meilleure visualisation possible23.
Je n’รฉnonce pas ici mes soupรงons : je suis disposรฉ ร lire Linoli comme รฉtant honnรชte, comme le fait le Dr Trasancos. J’affirme simplement ce que tout รฉtudiant en mรฉdecine sait dรจs ses premiรจres annรฉes : son รฉtude ne peut pas รชtre lavรฉe du soupรงon de biais de prรฉvarication (et de confirmation), et c’est l’un des pires biais pour une รฉtude. Aucun mรฉdicament ne serait approuvรฉ sur le marchรฉ avec un tel risque de biais manifeste. Ce risque de prรฉvarication est d’autant plus dommageable que le couvent ayant fait appel ร Linoli a รฉtรฉ complice d’avoir stockรฉ le faux rapport de l’OMS dont nous avons parlรฉ et que, comme nous l’avons dit, plusieurs รฉlรฉments pointent vers une origine de ce rapport dans des cercles proches de Linoli lui-mรชme. Ce risque est รฉgalement d’autant plus sรฉrieux que l’analyse histologique est, sans parler de la fraude, une analyse examinateur-dรฉpendant. Franco Serafini lui-mรชme reconnaรฎt qu’il s’agit d’une faiblesse et dรฉclare :
Lโensemble de lโenquรชte a รฉtรฉ menรฉ par le professeur Linoli seul. Il nโy avait aucun comitรฉ de supervision : il a prรฉlevรฉ les รฉchantillons, et ceux-ci ont รฉtรฉ analysรฉs par lui, et par lui seul24.
Cette absence de contrรดle est รฉgalement une faiblesse parce que Linoli n’a publiรฉ dans aucune revue internationale durant sa carriรจre mรฉdicale ni aucune revue ร facteur d’impact mais uniquement des revues locales. Il n’avait d’ailleurs pas de compรฉtence spรฉcifique pour les tissus anciens. Autrement dit, il n’est pas un universitaire particuliรจrement influent ou remarquรฉ dont la simple rรฉputation puisse faire autoritรฉ dans ce genre d’exercice.
L’absence d’aveugle, par ailleurs, ne peut pas รชtre excusรฉe par l’anciennetรฉ de l’รฉtude. En effet, depuis les annรฉes 40 dรฉjร les รฉtudes en aveugle รฉtaient gรฉnรฉralisรฉes25.
Cinquiรจme problรจme : le joker de la conservation miraculeuse sรฉlective
On lira ici et lร , ร la fois chez Serafini et chez des apologรจtes vulgarisant les dรฉcouvertes, que les reliques de Lanciano tรฉmoignent d’une conservation miraculeuse. Pourtant, chose รฉtonnante, on va du mรชme coup invoquer le piรจtre รฉtat de conservation dรจs qu’un rรฉsultat ne colle pas ร ce que l’on devrait obtenir s’il s’agissait de sang et de tissu humain.
Des protรฉines du sang sont prรฉsentes en mรชme quantitรฉ que dans le sang frais : ยซ voyez comme l’รฉchantillon est miraculeusement prรฉservรฉ au travers des siรจcles ! ยป
Deux tests pour la prรฉsence d’hรฉmoglobine sont nรฉgatifs : ยซ Comment pourrait-il en รชtre autrement aprรจs tant de siรจcles ? ยป
Il ne fait aucun sens de parler d’un miracle de prรฉservation si l’absence de globules rouges et blancs, l’absence d’hรจme, la sur-concentration en calcium, la sous-concentration en chlore, phosphore, magnรฉsium, potassium, la prรฉsence de moisissures, l’absence du septum interventriculaire, etc. sont ensuite expliquรฉes par une mauvaise conservation ! On ne peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre. Soit la relique est miraculeusement prรฉservรฉe et on s’astreint ร ne pas รฉvoquer la mauvaise prรฉservation pour expliquer ce qu’on y observe, soit on cesse d’invoquer ce prรฉtendu miracle de conservation. Du reste, il ne fait pas beaucoup de sens de juger de la prรฉservation d’un รฉchantillon dont la date n’a fait l’objet d’aucune รฉtude scientifique. La seule raison de le dater du VIIIe siรจcle, je le rappelle, est un rรฉcit dรฉvotionnel รฉcrit huit siรจcles plus tard.
Silvano Fuso, membre du CICAP, relรจve d’ailleurs :
Bien entendu, la prรฉservation des protรฉines et des minรฉraux observรฉe dans la chair et le sang de Lanciano n’est ni impossible ni exceptionnelle […]. Malheureusement, les รฉtudes du professeur Linoli laissent encore de nombreuses questions sans rรฉponse. Par exemple, elles ne fournissent aucune information sur l’รขge de la relique et n’excluent pas totalement la possibilitรฉ qu’un spรฉcimen anatomique ait รฉtรฉ conservรฉ naturellement dans ces conditions, mรชme sans ajout de conservateurs5.
Linoli affirme en effet qu’il n’y a pas de traces de substances momifiantes dans la chair, sans expliquer le fondement de cette affirmation ni avoir procรฉder ร une analyse spรฉcifique pour l’affirmer. ร vrai dire, l’usage de telles substances n’est pas nรฉcessaire. Pour conserver la viande ร l’รฉtat ยซ momifiรฉ ยป, il n’est pas nรฉcessaire de l’imprรฉgner de quoi que ce soit ; la dessiccation est l’une des plus anciennes mรฉthodes de conservation de la viande. De plus, l’รฉtude suivante prรฉsente une sรฉrie de photographies d’รฉchantillons histologiques de momies chiliennes vieilles pour certaines de 3 000 ans, dont la conservation est due ร une momification spontanรฉe provoquรฉe par des conditions environnementales, un phรฉnomรจne similaire au sรฉchage de la viande. Il est ร noter que la conservation des tissus de ces momies chiliennes est infiniment supรฉrieure ร celle de l’รฉchantillon de Lanciano, la table comparative en fin d’article permet d’en juger d’un coup d’ลil pour quiconque a suivi des cours d’histologie.
Par ailleurs, cette mรชme รฉtude relรจve, ร la section relative ร l’observation au microscope optique de tissus momifiรฉs :
La premiรจre chose observรฉe au microscope est la quasi-disparition des noyaux cellulaires dans tous les tissus26.
Or, Linoli dรฉcrit exactement cela dรจs les premiรจres observations au microscope :
Le profil structural du tissu apparaรฎt notablement modifiรฉ par l’incapacitรฉ ร colorer les noyaux et par un certain degrรฉ d’homogรฉnรฉisation globale27.
L’affirmation selon laquelle il ne peut pas s’agir de tissus conservรฉs par dessiccation, par exemple, est infondรฉe. Et l’affirmation d’Ethan Muse selon laquelle le traitement par l’alcool (dans l’hypothรจse d’un tissu conservรฉ artificiellement) empรชcherait une rรฉactivitรฉ aux tests ABO s’assoit sur la possibilitรฉ d’une contamination bactรฉrienne (mรชme ancienne) de l’รฉchantillon longtemps aprรจs son traitement, qui suffit ร expliquer les rรฉsultats. Pour ce qui est de la rรฉactivitรฉ au test de Ulhenhuth, son affirmation est plus vraisemblable, mais il serait souhaitable de prรฉsenter des รฉtudes spรฉcifiques portant sur des tissus anciens traitรฉs ร l’alcool et les consรฉquences de ce traitement sur les antigรจnes. Du reste, il n’y a en rรฉalitรฉ rien dans l’รฉchantillon de Lanciano qui ne soit pas retrouvรฉ dans d’autres รฉchantillons et qui nรฉcessiterait une explication miraculeuse ร la piรจtre prรฉservation observรฉe. Ethan Muse pousse la hardiesse jusqu’ร dire qu’il s’agit d’un dรฉfi pour le sceptique que les protรฉines soient prรฉservรฉes mais pas l’hรจme, rรฉputรฉ plus stable. En rรฉalitรฉ, c’est une donnรฉe que doit expliquer celui qui prรฉtend que la conservation est miraculeuse et qui plaide plutรดt pour une analyse dรฉfectueuse de l’รฉchantillon.
Sixiรจme problรจme : les conclusions qui sont douteuses
Certaines autres conclusions de l’รฉtude de Linoli qui sont prรฉsentรฉes comme certaines sont en fait bien moins รฉtablies que ne le voudraient les dรฉfenseurs de celle-ci.
Les groupes sanguins
J’ai dรฉjร traitรฉ en grand dรฉtail de la question des groupes sanguins et vous renvoie ร mon article ร ce propos pour sourcer tout ce qui suit. Pour faire bref, divers contaminants peuvent รชtre responsables de faux positifs au test ABO. Puisque tous les tissus anciens hormis quelques exceptions sont contaminรฉs, ces tests sรฉrologiques ne sont plus utilisรฉs de nos jours. Le passage de bactรฉries dans l’รฉchantillon peut ร la fois laisser des fragments de paroi cellulaire bactรฉrienne qui fausseront le rรฉsultat mais les bactรฉries peuvent รฉgalement modifier chimiquement des molรฉcules prรฉsentes. Le prรฉtendu sang de Lanciano est revenu de groupe AB, or c’est prรฉcisรฉment le groupe qui est sur-reprรฉsentรฉ dans les sangs anciens et contaminรฉs. L’affirmation de Ethan Muse selon laquelle ces rรฉsultats ne sont explicables qu’en prรฉsence de sang de primates est infondรฉe et la source qu’il produit en bas de page n’affirme rien de tel. En fait cette source mentionne une รฉtude s’intรฉressant spรฉcifiquement la prรฉsence d’agglutinines anti-B chez une espรจce de poule (la Leghorn blanche). Dans l’exemple รฉtudiรฉ, c’est en raison d’un contact avec une bactรฉrie E. Coli et de virus que ces agglutinines รฉtaient dรฉveloppรฉes et non pas en raison d’un contact avec des primates ! Ethan Muse produit รฉgalement 5 รฉtudes en bas de page pour dรฉmontrer que les bactรฉries n’auraient pas survรฉcues dans les conditions de la relique de Lanciano. Ces รฉtudes ne sont ร nouveau d’aucune utilitรฉ pour dรฉmontrer cela, puisqu’elles รฉtudient la survie des bactรฉries en milieu sec (alors que la relique a รฉtรฉ retrouvรฉe avec de la moisissure, ce qui ne correspond pas ร un milieu sec) ou dans des milieux considรฉrablement diffรฉrents de la relique et que la prรฉsence de paroi bactรฉrienne (et non d’une bactรฉrie en vie) suffit ร fausser le rรฉsultat. (mise ร jour : je constate d’ailleurs que Ethan Muse a, depuis la publication de mon article, retirรฉ son affirmation ainsi que la note contenant ces 5 รฉtudes, comme on peut le constater en comparant la version actuelle de son article avec cet enregistrement de fin septembre 2025).

Ethan Muse fait encore lโaffirmation incomprรฉhensible que lโรฉchantillon รฉtant prรฉlevรฉ sur le bord interne et non ร la surface externe, il ne pouvait pas รชtre contaminรฉ. Lโรฉchantillon prรฉlevรฉ dans la chair fait 20 milligrammes, il est donc particuliรจrement superficiel, et rien nโindique que seul le bord externe รฉtait exposรฉ, puisque, selon le propre rapport de lโenquรชte, il est affirmรฉ :
On a immรฉdiatement constatรฉ que l’รฉtui contenant la Chair n’avait pas รฉtรฉ scellรฉ hermรฉtiquement, ce qui expliquait la prรฉsence de moisissures et d’autres matiรจres sans rapport avec le sujet, que l’examen microscopique rendit visibles28.
Pour ce qui est de l’รฉchantillon de sang, je ne sais pas ce qui permet ร Ethan Muse de dire qu’il a รฉtรฉ prรฉlevรฉ dans une zone particuliรจrement prรฉservรฉe. Seule une source seconde se permet de l’affirmer (le rรฉsumรฉ de Nasuti) l’รฉtude de Linoli, elle, se contente de dire :
Le soussignรฉ a demandรฉ ร S. Exc. Mgr l’Archevรชque de pouvoir prรฉlever, aux fins d’analyse, un petit fragment du Sang. Le fragment ainsi prรฉlevรฉ, soigneusement pesรฉ au laboratoire d’Arezzo, a accusรฉ un poids de 318 mg2.
Un fait รฉtrange que je n’ai pas fini d’investiguer est que la version de l’article de Linoli reproduite par Sammaciccia (qui sert de base ร la traduction franรงaise de l’รฉtude) contient plus d’un paragraphe qui ne figurent pas dans l’รฉtude originel. Le chiffre mรชme de 318 mg n’y est pas, par exemple.
Du reste, il faut comprendre que pour qu’une bactรฉrie modifie le rรฉsultat d’un test antigรฉnique AB, il n’est pas nรฉcessaire que la bactรฉrie soit vivante au moment de l’examen, ni mรชme que des morceaux de bactรฉries subsistent dans l’รฉchantillon. En effet, les bactรฉries produisent รฉgalement des rรฉactions chimiques qui peuvent modifier (par dรฉacรฉtylation) des structures de type A en antigรจnes B, ce qu’on appelle un ยซ groupe B acquis ยป par un รฉchantillon29. Serafini semble passer complรจtement ร cรดtรฉ de l’argument lorsqu’il affirme :
Il est bon que le lecteur sache, une fois pour toutes, […] quโune population dโentรฉrobactรฉries en forme de bรขtonnets nโa rien ร voir avec un tissu musculaire striรฉ cardiaque ! Dรจs la premiรจre annรฉe de mรฉdecine, dans le cours dโhistologie, on apprend aux รฉtudiants ร distinguer les diffรฉrents tissus du corps humain: si vous ne distinguez pas une contamination bactรฉrienne dโun tissu organisรฉ, vous รฉchouez ! Cโest comme si lโon reprochait ร un pilote de ligne ayant trente ans dโexpรฉrience de ne pas savoir distinguer, en altitude, une piste dโatterrissage dโun champ de pommes de terre 3030 !
En effet, il confond un argument histologique et un argument immunologique. Le propos de Kearse n’est pas de dire que l’on pourrait confondre le cลur humain et une bactรฉrie au microscope, mais que la prรฉsence actuelle ou ancienne d’une bactรฉrie dans un รฉchantillon, quel qu’il soit, peut conduire ร un faux positif dans un test immunologique. Dรจs lors, on ne peut pas se prรฉvaloir de ces rรฉsultats et encore moins de leur convergence comme le fait pourtant Franco Serafini.
Le test de Uhlenhuth
Ethan Muse (qui, je le rappelle, est philosophe et non mรฉdecin) affirme que le test antigรฉnique de Uhlenhuth, revenu positif pour le sรฉrum humain et nรฉgatif pour le sรฉrum bovin et le sรฉrum de lapin, รฉtablit sans aucun doute qu’il s’agit de sang humain. Kelly Kearse, qui est immunologiste et dont ce genre d’รฉtude est donc la spรฉcialitรฉ, affirme quant ร lui :
Dans un rรฉcent ouvrage consacrรฉ ร la nature scientifique des miracles eucharistiques, A Cardiologist Examines Jesus, Serafini affirme quโยซ il est qualitativement indiscutable que le miracle de Lanciano contient du sang humain vรฉritable ยป. Toutefois, il ne peut malheureusement pas รชtre dรฉclarรฉ que les rรฉsultats sont spรฉcifiques au sang humain, car trรจs peu dโรฉlรฉments sont fournis concernant la possible rรฉactivitรฉ croisรฉe des antisรฉrums utilisรฉs, seulement deux autres espรจces ayant รฉtรฉ testรฉes : bovine et lapin. En effet, cette รฉtude repose sur une prรฉparation dโanticorps polyclonaux obtenus par une immunisation relativement peu raffinรฉe utilisant du sang humain entier ; de telles prรฉparations peuvent raisonnablement prรฉsenter des rรฉactivitรฉs croisรฉes avec le sang dโautres espรจces31.
ร titre indicatif, voici un tableau ci-dessous indiquant la proportion de rรฉactivitรฉ croisรฉes pour d’autres primates ainsi que le bลuf, le mouton, le cheval, le cerf, etc. L’agglutination n’est pas spรฉcifique aux primates, avant mรชme de parler de contamination. C’est d’ailleurs prรฉcisรฉment parce que le test n’est pas spรฉcifique que le Dr Linoli a testรฉ รฉgalement le sรฉrum bovin et de lapin (et uniquement ces deux lร , malheureusement). En rรฉalitรฉ, mรชme la nรฉgativitรฉ des tests pour le sรฉrum bovin et le sรฉrum de lapin n’est pas certaine, parce que la sensibilitรฉ de ce test diminue avec l’altรฉration d’un รฉchantillon et que les รฉchantillons considรฉrรฉs รฉtaient trรจs altรฉrรฉs32. Les tests portant sur des isotopes diffรฉrents selon l’espรจce, il est possible que la perte de sensibilitรฉ ait รฉtรฉ asymรฉtrique. Ainsi, c’est une interprรฉtation possible, mais gรฉnรฉreuse, de conclure ร du sang humain.

Chose cocasse, la rรฉfรฉrence que Linoli lui-mรชme cite dans son รฉtude affirme que la mรชme rรฉaction est observรฉe avec du sang humain, du sang dโautres primates ou mรชme de ratons laveurs, ce qui rend impossible de les distinguer33. Nous savons aujourdโhui que ces rรฉactions croisรฉes se produisent avec un plus grand nombre dโespรจces, y compris les chiens et les chats34. Lorsque j’ai fait part ร Ethan Muse de ces diverses donnรฉes, il m’a rรฉpondu qu’il considรฉrait que les proportions de rรฉactivitรฉs croisรฉes รฉtaient trop faibles pour importer. Le problรจme est que ces proportions varient considรฉrablement selon les sources consultรฉes. Du reste, les tests quantitatifs de prรฉcipitation sont 100 et 1000 fois moins sensibles que des mรฉthodes comme ELISA35. Cette perte de sensibilitรฉ implique de devoir concentrer lโรฉchantillon, ce qui ร son tour conduit ร des faux positifs. Le taux de rรฉactivitรฉ croisรฉe va dรฉpendre de la concentration de lโรฉchantillon en antigรจne. Cette information, si je ne mโabuse, nous ne lโavons pas pour Lanciano : aucune donnรฉe nโest fournie sur la dilution. Nous savons simplement que lโextrait a รฉtรฉ concentrรฉ 5 fois pour le test ร lโรฉlectrophorรจse.
Lโรฉlectrophorรจse protรฉique
Le profil des protรฉines dans lโรฉchantillon sanguin offre un dรฉpรดt comparable ร celui du sang humain frais. Toutefois, il faut rappeler comment fonctionne ce test avant de sauter ร la conclusion comme Ethan Muse le fait. Ce test fait migrer les molรฉcules grรขce ร un champ รฉlectrique selon leur poids. Imaginez que nous placions sur une table devant vous divers objets de poids diffรฉrents. Du papier, des plumes, de la paille, des copeaux de bois, des petits cailloux, des boules de plombs, etc. Imaginez quโensuite nous allumions un ventilateur ร lโune des extrรฉmitรฉs de la table et notions oรน se sont dรฉplacรฉs les divers objets. Vraisemblablement, les objets les plus lourds se seront dรฉplacรฉ moins loin que les plus lรฉgers. Cette analogie est une grossiรจre vulgarisation, mais elle vous permet de saisir que ce nโest pas parce quโun objet sโest dรฉplacรฉ ร la mรชme distance quโun autre quโil est le mรชme que celui-ci : cela signifie simplement quโil a une masse similaire. Dโautres tests sont nรฉcessaires pour sโassurer de la nature de la molรฉcule en question. Autrement dit, ce test est un bon test pour analyser la composition du sang humain une fois que lโon sโest assurรฉ quโil sโagit bien de sang humain. Mais ce nโest pas un test qui peut par lui-mรชme nous en assurer, il nโest pas conรงu pour cela. Une รฉlectrophorรจse simple sur gel ne peut pas distinguer lโalbumine humaine intacte dโune protรฉine dรฉgradรฉe, dโun agrรฉgat protรฉique, dโune albumine dโune autre espรจce, ou dโune molรฉcule chargรฉe ayant la mรชme mobilitรฉ. Cette limitation de lโรฉlectrophorรจse est ce qui a conduit la recherche moderne ร lโabandonner au profit de la spectromรฉtrie de masse. Et cet abandon rend difficile la comparaison : le fait de trouver un rรฉsultat รฉtonnant pour une mรฉthode qui n’est pas couramment utilisรฉe pour des tissus anciens n’invite pas ร conclure ร une prรฉservation miraculeuse mais ร analyser la composition protรฉique par des mรฉthodes qui permettent d’identifier les protรฉines en question, ce qui nโa pas รฉtรฉ fait ร Lanciano. Or, lโintรฉgralitรฉ de lโanalyse dโEthan Muse suppose que lโidentification des protรฉines est รฉtablie.
Comme le dit le Dr Trasancos qui est, rappelons-le, chimiste et sait donc de quoi elle parle pour ce test en particulier :
Les mesures d’รฉlectrophorรจse sont semi-quantitatives. Puisque ces tests sรฉparent les grosses molรฉcules chargรฉes des petites molรฉcules grรขce ร un champ รฉlectrique, ils ne permettent pas d’identifier avec certitude la composition chimique des composants sรฉparรฉs. Si on les compare ร des tรฉmoins, comme l’a fait le Dr Linoli avec du sang humain, on peut tout au plus conclure que l’รฉchantillon est identique au tรฉmoin, mรชme s’il est indรฉniablement remarquable que les tรฉmoins et les tests soient si proches.
Tout comme pour la dรฉtermination du groupe sanguin, l’รฉlectrophorรจse est un test prรฉliminaire qui nรฉcessiterait des analyses complรฉmentaires pour dรฉterminer la prรฉsence d’autres grosses molรฉcules se dรฉposant de la mรชme maniรจre que les molรฉcules tรฉmoins. Les rรฉsultats indiquent la prรฉsence de grosses molรฉcules, de la taille de l’albumine, dans l’รฉchantillon. Des tests gรฉnรฉtiques ou la spectromรฉtrie de masse pourraient apporter des informations supplรฉmentaires. Le Dr Linoli a utilisรฉ les outils de son รฉpoque, mais aujourd’hui, pour affirmer qu’il s’agit d’un ยซ rรฉsultat remarquable ยป, il faudrait des analyses plus approfondies36.
Du reste, la prรฉsence de protรฉines sanguines a depuis รฉtรฉ identifiรฉe sur d’autres tissus anciens37, ce qui a poussรฉ Silvano Fuso, professeur et chimiste, ร commenter :
Bien entendu, la prรฉservation des protรฉines et des minรฉraux observรฉe dans la chair et le sang de Lanciano n’est ni impossible ni exceptionnelle5.
Le test ร l’orthotolidine
ร propos du test de Stone et Burke, qui sโavรจre positif, Linoli prรฉcise cependant quโil sโagit dโun test de dรฉtection de lโoxydase, et il est en effet facile de constater que lโoxydase est loin dโรชtre une molรฉcule spรฉcifique du sang. Linoli reconnaรฎt lui-mรชme quโaucune conclusion ne peut รชtre tirรฉe de la dรฉtection dโoxydase, puisque celle-ci peut apparaรฎtre ยซ en prรฉsence dโorganes riches en ferments, dโextraits vรฉgรฉtaux ou de mรฉtaux finement divisรฉs38 ยป ; rappelons quโau cours de lโexamen microscopique il disait avoir dรฉtectรฉ de ยซ rares corps รฉtrangers de probable nature vรฉgรฉtale39 ยป.
La chromatographie sur couche mince.
Cette technique consiste ร dรฉposer lโรฉchantillon sur une plaque de gel de silice placรฉe verticalement, laquelle est ensuite posรฉe dans un solvant ; le liquide remonte alors par capillaritรฉ, entraรฎnant plus ou moins haut les diffรฉrents composants de lโรฉchantillon selon leur polaritรฉ. On mesure ensuite la distance parcourue par les diffรฉrents points obtenus, depuis le dรฉpรดt initial, puis on divise cette distance par celle parcourue par le solvant : ceci donne le Rf (ratio of front).
En appliquant cette mรฉthode au sang de Lanciano, Linoli observe un point dont le Rf est de 0,88, ce qui coรฏnciderait avec la valeur quโil aurait mesurรฉe dans les mรชmes conditions pour un รฉchantillon dโhรฉmoglobine. ร partir de lร , il conclut ร la prรฉsence dโhรฉmoglobine et, par consรฉquent, au fait quโil sโagit rรฉellement de sang. Mais cette conclusion est prรฉcipitรฉe : la chromatographie sur couche mince nโa de valeur probante quโen sens nรฉgatif, cโest-ร -dire lorsquโelle donne des valeurs de Rf divergentes ; lโinverse nโest pas vrai, puisque des molรฉcules diffรฉrentes peuvent avoir le mรชme Rf, et lโidentification ne serait ici que de nature indiciale, dans lโattente dโune confirmation par dโautres tests, exactement comme pour l’รฉlectrophorรจse40.
Septiรจme problรจme : les difficultรฉs qui sont occultรฉes
D’autres tests rรฉalisรฉs ne font l’objet que de mentions passagรจres plutรดt que d’explications dรฉtaillรฉes dans les sources partisanes. Relatons-les.
Rรฉaction de Teichmann
Il s’agit d’un moyen de recherche en mรฉdecine lรฉgale de tรขches de sang basรฉe sur la transformation de lโhรฉmoglobine en cristaux dโhรฉmine aprรจs traitement par lโacide acรฉtique bouillant41. Ce test revient nรฉgatif, signalant l’absence d’hรฉmoglobine. Une telle chose est fort possible pour un tissu ancien. Mais il n’est alors plus pertinent de prรฉtendre ร une conservation miraculeuse.
Rรฉaction de Takayama
Un test complรฉmentaire est utilisรฉ en mรฉdecine lรฉgale pour identifier la prรฉsence de sang, il s’agit de la rรฉaction de Takayama. Les experts en mรฉdecine lรฉgale signalent que ยซ seuls les tests de confirmation comme le Takayama Crystal Test et le Teichmann Crystal Test permettent de conclure […] que nous sommes face ร du sang42. ยป Ce test est รฉgalement revenu nรฉgatif. Lร encore, cette chose est possible sur du sang ancien (mais รงa n’est pas toujours le cas). Lร aussi, il ne convient plus d’รฉvoquer une conservation miraculeuse.
Absence de globules rouges et blancs
Aucune cellule n’est observรฉe dans l’รฉchantillon de sang, comme le relate Serafini. Lร encore, cela est possible pour un tissu ancien. Mais ces mรชmes cellules ont รฉtรฉ observรฉes dans des รฉchantillons millรฉnaires de momies43, sur des outils prรฉhistoriques44 et sur un fameux Iceman pluri-millรฉnaire45. En fait, il est maintenant bien connu que des ossements de dinosaure contiennent รฉgalement des globules rouges.
Ainsi, lร encore bien qu’il ne soit pas surprenant qu’un tissu ancien ne contienne plus ces cellules, on peine ร comprendre pourquoi la prรฉservation de l’รฉchantillon, qui est moins bonne que pour d’autres exemples plus anciens, devrait nous faire conclure ร un miracle de prรฉservation.
Les composants chimiques
Dans l’รฉtude de Linoli figure le tableau qui suit :

Dans ce tableau, la premiรจre ligne rapporte les valeurs de Calcium, Chlore, Phosphore, Magnรฉsium, Potassium (Kalium) et Sodium (Natrium) du ยซ sang ยป de Lanciano. Les dix lignes qui suivent comparent avec les valeurs obtenus pour 10 prรฉlรจvements sanguins de contrรดle qui ont รฉtรฉ sรฉchรฉ. Vient ensuite la moyenne des valeurs des 10 contrรดles et enfin les valeurs considรฉrรฉes comme normales sur un bilan sanguin. Aucune des valeurs obtenues n’est dans les normes du sang. Et la simple prรฉsence de ces minรฉraux n’est absolument pas spรฉcifique au sang, encore moins au sang humain. Le taux de Calcium est trรจs augmentรฉ, tous les autres minรฉraux sont nettement diminuรฉs. Pourtant, de maniรจre incomprรฉhensible, Linoli commente :
On peut dire que, dans l’ensemble, les composants du ยซ Sang ยป se sont maintenus ร travers les siรจcles d’une maniรจre non diffรฉrente du sang de contrรดle dessรฉchรฉ22.
On peut difficilement rรฉsumer de maniรจre plus inexacte ces donnรฉes. Linoli suggรจre, ร propos de l’augmentation du Calcium, une pollution due au verre du reliquaire (sans produire de source qui tรฉmoigne de la possibilitรฉ d’une telle pollution). Ethan Muse passe sous silence ces donnรฉes. Serafini les mentionne en รฉvoquant la mauvaise conservation de l’รฉchantillon (mais oรน est passรฉ le miracle de prรฉservation ?).
Huitiรจme problรจme : la subjectivitรฉ de l’analyse histologique et macroscopique
L’analyse au microscope d’un tissu pourrait sembler pour le profane comme une donnรฉe objective et indubitable (et c’est souvent ainsi que la littรฉrature populaire prรฉsente les choses pour ce miracle). En rรฉalitรฉ, il ne s’agit pas simplement de zoomer trรจs fort et de constater. Un tissu se prรฉpare, on utilise des colorants voire des marqueurs, selon les hypothรจses que l’on a formulรฉes. ยซ Les รฉchantillons ont รฉtรฉ, de lโaveu mรชme des chercheurs, altรฉrรฉs par le temps, dรฉshydratรฉs pendant des siรจcles de conservation, rรฉhydratรฉs au laboratoire, fixรฉs ร lโalcool, inclus dans de la paraffine, coupรฉs en fines tranches, puis colorรฉs46. ยป Ainsi, les Dr Frank Ligaj et Kelly Kearse relรจvent de maniรจre opportune :
Un problรจme rรฉcurrent dans bon nombre de ces rapports histologiques est quโils reposent uniquement sur lโinspection visuelle. Bien que cela puisse convenir dans la routine normale dโexamen dโรฉchantillons provenant de personnes dont de nombreuses informations sont connues, lโidentification de certains types cellulaires ou de tissus dans des cas tels que celui-ci nรฉcessite des รฉtudes complรฉmentaires avec des marqueurs spรฉcifiques47.
Bien que cette analyse soit l’une des plus intรฉressantes de l’รฉtude, sous rรฉserve de l’absence de prรฉvarication de la part de Linoli, elle demeure douteuse en raison de la nature particuliรจrement modifiรฉe de l’รฉchantillon observรฉ.
Aspect macroscopique
Pour ce qui est de l’analyse macroscopique du tissu, le Pr Giuseppe Costantino Budetta, professeur associรฉ ร l’universitรฉ de Palerme, qui a รฉcrit plus de cent publications scientifiques, dont certaines dans d’importantes revues amรฉricaines (J. Anatomia) et anglaises, spรฉcialiste en immuno-histochimie, ร la facultรฉ de mรฉdecine de Naples, et en alimentation des animaux domestiques, ร la facultรฉ de mรฉdecine vรฉtรฉrinaire de Naples, dit avoir assistรฉ ร une visite ร Lanciano en septembre 2007 et relรจve dans une publication pour l’Auditorium (un site d’essais acadรฉmiques en archรฉologie) des incohรฉrences macroscopiques entre l’hypothรจse d’une coupe cardiaque qui lui a รฉtรฉ exposรฉe durant sa visite et les images observables48. Sans contester l’origine humaine voire cardiaque du tissu (car on ne peut pas en juger par l’aspect macroscopique), il retient quant ร lui l’hypothรจse d’une fraude mรฉdiรฉvale et relรจve des signes de modifications volontaires dudit tissu.
Aspect microscopique
Pour ce qui est de l’analyse microscopique, n’รฉtant pas compรฉtent pour juger des images ร notre disposition (voir les 18 coupes compilรฉes par Nasuti), j’ai eu l’idรฉe de contacter mon ancien professeur d’histologie, qui est รฉgalement chef de service en anatomopathologie et a travaillรฉ avec l’INSERM et le CNRS. Une recherche sur PubMed ramรจne plus de 300 articles ร son nom dont certains dans PlosONE et The Lancet. Autrement dit, son mรฉtier est d’observer des coupes pour les analyser et il a une expรฉrience acadรฉmique nettement plus consรฉquente que le Dr Linoli. Linoli affirme : ยซ Les illustrations qui accompagnent ce texte suffisent en elles-mรชmes ร confirmer ce diagnostic, irrรฉfutable en dรฉpit des limitations de la coloration du tissu49. ยป J’ai donc transmis les 18 images ร mon professeur, en lui prรฉcisant le grossissement et la technique de coloration utilisรฉe ainsi que la dรฉcennie lors de laquelle l’รฉtude a รฉtรฉ rรฉalisรฉe, mais sans lui donner l’origine des coupes. Je lui ai simplement prรฉcisรฉ qu’il s’agissait d’un tissu trรจs dรฉgradรฉ. Il m’a alors rรฉpondu :
En effet, ce n’est pas de la grande qualitรฉ. On voit un tissu conjonctif fibreux acellulaire. Tissu cicatriciel, aponรฉvrose… En 11, petit doute avec une รฉpithรฉlium du fait des cavitรฉs mais pas de cellules visibles donc plus probablement un tissu fibreux avec des artรฉfacts. Je ne connais pas la mรฉthode d’Ignesti (photo 5 et 8).
Autrement dit, les images ne lui รฉvoquent pas un tissu cardiaque mais plutรดt conjonctif fibreux, avec un petit doute sur de la peau.
Il m’a alors demandรฉ des informations complรฉmentaires. Afin de ne pas lever l’aveugle, j’ai tentรฉ le mรชme exercice en sens inverse : toujours sans lui dire d’oรน proviennent les coupes, je lui ai fourni les interprรฉtations que Linoli faisait de chacune d’elle pour qu’il estime si elles sont vraisemblables, je lui ai prรฉcisรฉ que le contexte รฉtait celui d’une enquรชte forensique. Avant de vous livrer sa rรฉponse, je prรฉcise que j’ai aussi cherchรฉ ร savoir pourquoi la mรฉthode d’Ignesti lui รฉtait inconnue : cette mรฉthode ne figure que dans des sources italiennes, elle semble assez ancienne et dรฉsuรจte, possiblement en raison d’un manque de spรฉcificitรฉ. Elle serait nommรฉe d’aprรจs Ugo Ignesti et รฉtait un trichrome utilisรฉ pour les pathologies musculaires. Je lui ai communiquรฉ les informations ร propos de ce trichrome. Voici alors sa rรฉponse, image par image (il faut se souvenir que les images en question sont censรฉes ยซ offrir la meilleure visualisation possible50 ยป), le commentaire de Linoli est suivi, en gras, du commentaire de mon professeur :
Pour la figure 1, il est affirmรฉ : Aspect histologique global dโun รฉchantillon de Chair constituรฉ de fibres regroupรฉes en faisceaux ร orientation longitudinale.
OKPour la figure 2 : Cellules musculaires dโorientation longitudinale.
Pas convaincu, plutรดt tissu fibreux.Pour la figure 3 : Tissu myocardique dont les cellules sont de diverses orientations.
Pas convaincu, plutรดt tissu fibreux, on ne reconnait pas de strie, ni de noyaux.Pour la figure 4 : pont anastomotique entre les cellules myocardites
Plutรดt tissu collagรจne, un peu craquelรฉ, les stries que je subodore sont celles liรฉes ร la pixรฉlisation.Pour la figure 5 : pont anastomotique entre les cellules myocardites
IdemPour la figure 6 : Aspect global montrant la structure de muscle striรฉ du tissu avec des fibres qui se relient entre elles selon un aspect syncytoรฏde.
IdemPour la figure 7 : Cet agrandissement montre une structure tissulaire trรจs dense en fibres, qui prรฉsente lโaspect dโun syncytium.
On peut avoir un doute car on devine une striation mais les ponts me semblent plus des artรฉfacts.Pour la figure 8 : Bien que le tissu soit ancien, il est constituรฉ de fibrocellules musculaires isolรฉes ou regroupรฉes en faisceaux. En de nombreux points, les fibrocellules se rejoignent entre elles. Le tissu, de type syncytoรฏde, est clairement รฉvident. Malgrรฉ certains artefacts dus ร lโรขge du tissu, il est manifeste que celui-ci est constituรฉ de cellules musculaires cardiaques isolรฉes ou en faisceaux.
Ininterprรฉtable.Pour la figure 9 : Disposition syncytiale des cellules myocardiques.
On devine de rares noyaux mais impossible ร interprรฉter.Commentaire complรฉmentaire : Lโagrรฉgation syncytiale des fibres est une caractรฉristique constante du tissu, avec parfois des jonctions transversales (Fig. 6, Fig. 7), y compris dans les zones oรน les fibres sont plus denses et forment un corps compact. De plus, un lobule de tissu adipeux a รฉtรฉ retrouvรฉ dans lโinterstice du muscle striรฉ, traversรฉ par des fibres qui sโรฉparpillent autour (Fig. 10, Fig. 11, Fig. 12).
Fig. 10 โ รosine x 200. Lobule de tissu adipeux dans lโespace interstitiel du muscle striรฉ. Les cellules musculaires sont dissociรฉes et mรฉlangรฉes ร des cellules adipeuses au sein du tissu myocardique.
Pour ce qui est des adipocytes (vacuoles claires) : pourquoi pas mais ils me semblent petits pour ce grossissement.Figure 11 : Vaisseaux sanguins (artรจres et veines).
Je ne reconnais pas de structures vasculaires. Ininterprรฉtable.Figure 12 : Vaisseaux sanguins (artรจres et veines) au sein du tissu myocardique. Un nodule de tissu adipeux est entremรชlรฉ au tissu myocardique.
Idem.Figure 13 : Une artรจre et, trรจs proche, une branche du nerf vague.
??Figure 14 : Branche du nerf vague. Pรฉrinรจvre mince et structure fasciculaire bien conservรฉe.
Possible quโil y ait un nerf.Figure 15 : Structure endocardique avec des ยซ collines ยป en forme de papilles.
Avec les yeux de la foi.Figure 16 : Mise en รฉvidence de lโaspect ยซ rugueux ยป de lโendocarde ; sous-jacent, la structure syncytoรฏde du tissu myocardique.
Idem.Ces donnรฉes sont confirmรฉes รฉgalement ร plus fort grossissement, mรชme si la couche endothรฉliale est absente en raison de lโรขge du tissu (Fig. 17, Fig. 18).
Idem.Figure 17 : Lโendocarde, en couche conjonctive continue, et en dessous le tissu myocardique avec des vaisseaux sanguins.
Idem.Figure 18 : Fragment dโendocarde en forme de couche fibreuse dโรฉpaisseur rรฉguliรจre, avec des vaisseaux sanguins dans le tissu sous-endocardique et le tissu myocardique. ยป
Possible que ce soit une lumiรจre vasculaire mais on ne reconnait pas le tissu pรฉriphรฉrique.
Au total, les phรฉnomรจnes dโautolyse cadavรฉriques et les artรฉfacts techniques gรชnent la reconnaissance tissulaire et ne permettent pas de confirmer les lรฉgendes. Elles ne permettent pas dโinfirmer certaines car lโauteur savait ร priori oรน le prรฉlรจvement avait รฉtรฉ fait (oรน lโa-t-il dรฉduit ?) et je suis gรชnรฉ par un examen sur des photos pixรฉlisรฉes et de petit format. Peut-รชtre quโen agrandissant, il serait possible de voir certains dรฉtails.
Ainsi, si l’on rรฉsume son avis, les images 1 ร 6 correspondent plutรดt ร un tissu fibreux qu’ร du tissu myocardique. Les images 7 ร 12 sont soit artรฉfactรฉes (ce que Linoli lui-mรชme avait notรฉ), soit douteuses : les vacuoles semblent petites pour รชtre des adipocytes. Ces 12 images correspondent ร celles de l’รฉtude de 1971, les suivantes proviennent d’un document complรฉmentaire รฉditรฉ pour les 10 ans de l’autorisation ecclรฉsiastique pour l’รฉtude. Ces 6 suivantes sont douteuses pour la 14 et 18 : peut-รชtre un nerf, peut-รชtre un vaisseau. Pour les 15 ร 17, les affirmations sont faites ยซ avec les yeux de la foi ยป (l’expression m’a fait sourire, รฉtant donnรฉ le contexte !). Une prรฉcision est encore d’intรฉrรชt : mon professeur suppose que Linoli n’a pu offrir de tels propos que parce qu’il savait oรน le prรฉlรจvement avait รฉtรฉ fait. Or, Linoli ne le savait pas puisque c’est ce que son รฉtude devait dรฉterminer, et c’est prรฉcisรฉment ce qui rend son analyse incertaine. Puisque j’ai รฉvoquรฉ le contexte d’une enquรชte, mon professeur a supposรฉ une origine cadavรฉrique, il ne s’agit pas d’une interprรฉtation histologique de sa part. Si l’un de mes lecteurs a accรจs ร des photographies complรฉmentaires ou de meilleures qualitรฉs, je les transmettrai ร mon professeur et complรจterai l’article par ses rรฉponses. J’ai รฉgalement contactรฉ d’autres anatomopathologistes, dont j’attends encore le retour. Je complรจterai mon article ร l’occasion.
L’article d’Ethan Muse offre plusieurs remarques sur l’aspect macroscopique et microscopique, sans autre source que les images elles-mรชmes et en concรฉdant toute l’analyse de Linoli, sachant qu’il n’a aucune compรฉtence particuliรจre en histologie pour รฉvaluer cette analyse. Ces remarques sont de valeur scientifique nulle en elles-mรชme et ne sont qu’une rรฉitรฉration de l’avis de Linoli, รฉtendue et รฉlaborรฉe par un amateur. Du reste, certains arguments ont peu de sens : on nous dit que l’aspect uniformรฉment longitudinal des cellules sur les coupes tรฉmoigne d’une main experte. Mais la troisiรจme image, par exemple (ainsi que le neuviรจme), ne prรฉsente pas un aspect longitudinal. La lรฉgende mรชme de Linoli dรฉclare qu’elles sont ยซ de diverses orientations. ยป Rappelons que nous parlons d’un morceau de 20 milligrammes, qui ne peut absolument pas nous informer sur la structure de l’ensemble de la relique.
En ce qui concerne la maniรจre dont lโรฉchantillon a รฉtรฉ dรฉcoupรฉ, il ne sโensuit pas nรฉcessairement quโune main expรฉrimentรฉe en dissection anatomique nโaurait pu produire quโun spรฉcimen en forme dโhostie, comme lโa suggรฉrรฉ Linoli. Lโavis est intรฉressant, mais, encore une fois, il nโest tout simplement pas concluant51.
En concluant cette section histologique, une interrogation persiste pour moi : Pourquoi Linoli n’a-t-il pas utilisรฉ de microscope รฉlectronique, existant depuis plusieurs dรฉcennies lors de la rรฉalisation de son รฉtude ?
Conclusion
En bref, pour conclure ร un miracle dans le cas de Lanciano il faut :
- Supposer que le rรฉcit fait huit siรจcle aprรจs l’รฉvรจnement allรฉguรฉ est exact ;
- Miser sur la probitรฉ de Linoli et l’absence de biais de prรฉvarication ;
- Adopter les conclusions les plus charitables possibles des tests rรฉalisรฉs et
- Concรฉder les interprรฉtations histologiques et macroscopiques de Linoli, qui n’ont rien d’รฉvidentes.
Chacun de ces points connaรฎt des difficultรฉs sรฉrieuses. Et je n’ai pas abordรฉ l’affirmation purement pseudo-scientifique qui voudrait que les 14 petits trous dans la ยซ chair ยป soient dus ร la rigiditรฉ cadavรฉrique tรฉmoignant que le pseudo-cลur รฉtait vivant lors du ยซ miracle ยป. Aucun lecteur informรฉ scientifiquement n’y verra autre chose qu’une spรฉculation gratuite.
Pour ce qui est des arguments en faveur de l’impossibilitรฉ ou l’improbabilitรฉ d’une fraude mรฉdiรฉvale, ils dรฉpendent tous de l’interprรฉtation histologique douteuse. Certaines rรฉpugnent d’ailleurs au bon sens : Ethan Muse affirme qu’un fraudeur aurait souhaitรฉ crรฉer une relique plus spectaculaire. Ignore-t-il que des milliers de fausses reliques ont รฉtรฉ produites au Moyen-รge, allant du ยซ lait de la Vierge ยป ร des simples fils de tissu en passant par des poils52 ? Du reste, si cette relique a รฉtรฉ conservรฉe, c’est bien qu’elle semblait suffisamment ยซ spectaculaire ยป pour l’รชtre. Cet argument relรจve de la psychologie de comptoir spรฉculant sur ce qu’un fraudeur mรฉdiรฉval aurait estimรฉ.
Bien que la probitรฉ de Linoli ne puisse รชtre affirmรฉe, l’hypothรจse d’une fraude mรฉdiรฉvale anachronique, รฉtant donnรฉe les nombreux prรฉcรฉdents, avec une erreur d’interprรฉtation pour Linoli (pour ne pas dire le biais de confirmation), n’est en rien รฉcartรฉe par les observations faites, et c’est donc l’option que je retiens.
Le principal souci avec Lanciano
Le principal problรจme de Lanciano demeure thรฉologique : notre Seigneur Jรฉsus-Christ est au ciel, depuis lโAscension et jusquโร son retour, son corps ressuscitรฉ y est glorifiรฉ, il ne se trouve, ni entiรจrement ni partiellement, sous une forme sujette ร la moisissure sur cette terre, car il est รฉcrit ยซ tu ne laisseras pas ton Saint voir la corruption. ยป (Psaume 16,10 ; Actes 13,35). Le culte des reliques, absent des รcritures saintes et condamnรฉ par saint Antoine et saint Athanase, nโest quโun ยซ culte volontaire… qui ne mรฉrite pas d’honneur ยป (Colossiens 2,23) : Dieu ne prend pas plaisir dans les inventions que nous aurions imaginรฉ pour lui rendre un culte mais dรฉsire que nous nous conformions ร ce quโil a prescrit.
Quel discrรฉdit jetรฉ sur le christianisme, que ces histoires dโhosties sanguinolentes accompagnรฉes de preuves pseudo-scientifiques ! Les remarques de Jean Calvin dans son Traitรฉ des reliques demeurent pertinentes aujourdโhui : celui qui vรฉnรจre une relique ne sait pas plus aujourdโhui quโhier sโil ne vรฉnรจre pas lโos dโun รขne ou dโun criminel plutรดt que celui dโun saint53. Quelle รฉnergie dรฉpensรฉe dans des confรฉrences, des livres, des reportages, des articles pour tenter de dรฉmontrer quโun bout de chair se trouve dans un ostensoir en Italie plutรดt que pour sโatteler ร prรฉsenter, prรชcher et dรฉfendre lโรvangile de Jรฉsus-Christ. Mรชme un catholique romain doit concรฉder que lโon peut รชtre chrรฉtien sans croire un instant ร ces histoires qui, dรจs lors, reรงoivent beaucoup trop dโattention et sont une distraction, dans nos courtes vies, de lโessentiel : ยซ Jรฉsus-Christ, et Jรฉsus-Christ crucifiรฉ. ยป (1 Corinthiens 2,2). ร lui la gloire.
P.S. : En prรฉparation de cet article, j’ai pris bien d’autres notes relatives ร des arguments secondaires, si vous souhaitez y accรฉder, vous pouvez me contacter.
- Stacy Trasancos, Eucharistic Miracles and Raw Data.[↩]
- Bruno Sammaciccia, Le miracle eucharistique de Lanciano.[↩][↩]
- La source seconde est vraisemblablement le livre de Bruno Sammaciccia mentionnรฉ plus tรดt, qui n’offre aucune rรฉfรฉrence de sources premiรจres en รฉdition moderne.[↩]
- Trasancos Stacy, Behold it is I.[↩]
- Fuso S, Il miracolo eucaristico di Lanciano, CICAP, 2006.[↩][↩][↩]
- Justice Steven, 2012, ยซ Eucharistic Miracle and Eucharistic Doubt ยป, Journal of Medieval and Early Modern Studies, 42(2), pp. 307-332.[↩]
- Erny Pierre, 2000, ยซ Une question de boulange sacrรฉe : le pain eucharistique doit-il รชtre azyme ou fermentรฉ ? ยป, Revue des sciences sociales, 27, pp. 12-17 ; [↩]
- Jungmann Joseph A., 1951, The Mass of the Roman Rite: Its Origins and Development (Missarum Sollemnia), New York, Benziger.[↩]
- Voir notre article ร ce propos.[↩]
- Par exemple, Martin Luther, Commentaire sur l’รฉdit impรฉrial, 1531.[↩]
- Jean Huss, Lettre d’octobre 1412.[↩]
- Jean Cardinalis, Lettre du 10 novembre 1414.[↩]
- Les presbytรฉriens dans cette rรฉgion cรฉlรฉbraient la Cรจne quatre fois par an.[↩]
- L’expression annoncer la mort du Seigneur jusqu’ร ce qu’il vienne dรฉsigne le fait de communier ร la Cรจne et provient de la premiรจre รฉpรฎtre de Paul aux Corinthiens.[↩]
- John Kennedy, The Days of the Fathers in Ross-Shire, 1867, p. 220.[↩]
- Samuel Rutherford, A Survey of Spiritual Antichrist, Londres, 1648, p. 42.[↩]
- Le texte en franรงais est disponible ici.[↩]
- Le texte en franรงais est disponible ici, en page 2.[↩]
- Grzybowski, T., Wrzosek, M., Woลyniec, W. et al., โMethodology for the analysis of biological impurities associated with peri-eucharistic phenomenaโ, Appl. Microbiol. Biotechnol., 109, 58, 2025.[↩]
- Virgolini I, Zelger B, Zelger B, Kenner L, 2023, Reality or fiction of the ยซย real presenceย ยป of Jesus Christ in the holy eucharist ?, Ann Case Rep 8:1289.[↩]
- Trasancos Stacy, Behold It is I, โCommentary on the Commencement of the Investigationโ.[↩]
- Bruno Sammaciccia, Le Miracle eucharistique de Lanciano, Considรฉrations terminales.[↩][↩]
- Trasancos Stacy, Behold It is I, โCommentary on the Histological Study of the Flesh and the Bloodโ.[↩]
- Franco Serafini, Un cardiologue rencontre Jรฉsus.[↩]
- Bothwell, Laura E., et Scott H. Podolsky. ยซ The Emergence of the Randomized, Controlled Trial ยป. The New England Journal of Medicine 375, nยฐ 6 (2016) : 501-504.[↩]
- Fernรกndez PL, Esteban J, Tortosa M, Rull E, Fresno L, Fernรกndez E, Gerszten E, Allison MJ (s. d.) Tรฉcnicas de estudio histopatolรณgico de partes blandas de especรญmenes momificados. Grupos de Trabajo, p. 2.[↩]
- Linoli O., Ricerche istologiche, immunologiche e biochimiche sulla carne e sul sangue del miracolo eucaristico di Lanciano (VIII secolo). Quaderni Sclavo di Diagnostica Clinica e di Laboratorio 7(3):661-674, 1971, p. 663.[↩]
- Voir la page 23 de la compilation de Nasuti.[↩]
- Kearse, K.P. The relics of Jesus and Eucharistic miracles: scientific analysis of shared AB blood type. Forensic Sci Med Pathol 21, 1507โ1510 (2025) ; Brinkkรถtter A, Klรถss H, Alpert C, Lengeler JW. Pathways for the utilization of N-acetyl-galactosamine and galactosamine in Escherichia coli, Mol Microbiol, 2000, 37(1):125โ35 ; Acquired BP. 2014. Acquired B Phenotype โ Lablogatory.[↩]
- Franco Serafini, Un cardiologue rencontre Jรฉsus, Artรจge, 2025, p. 101[↩]
- Kearse K, Ligaj F., Scientific Analysis of Eucharistic Miracles: Importance of a Standardization in Evaluation. J Forensic Sci Res. 2024; 8(1): 078-088, page 79.[↩]
- Wolfe HR. โFactors Which May Modify Precipitin Tests in Their Applications to Zoรถlogy and Medicine.โ Physiological Zoology, vol. 6, no. 1, janvier 1933, pp. 55-90.[↩]
- Gradwohl, R. B. H. Clinical Laboratory Methods and Diagnosis. 7แต รฉd., vol. I. Saint Louis : The C. V. Mosby Company, 1970, p. 892-893.[↩]
- Kearse, K. P. ยซ Unanticipated Issues in Serological Analysis of Blood Species : The Shroud of Turin as a Case Example ยป. Forensic Science International: Reports, vol. 2, 1แตสณ dรฉcembre 2020 ; voir รฉgalement cet article pour d’autres rรฉactions croisรฉes, page 293.[↩]
- Noreen Tuross, Protein Identification of Blood Residues on Experimental Stone Tools, Journal of Archaeological Science, Volume 23, Issue 2, March 1996, Pages 289-296.[↩]
- Trasancos Stacy, Behold It is, Commentary on the Electrophoresis of Proteins.[↩]
- Loy, T. H. ยซ Prehistoric blood residues: detection on tool surfaces and identification of species of origin ยป Science, 1983, 220(4603): 1269โ1270.[↩]
- Linoli O, Ricerche istologiche, immunologiche e biochimiche sulla carne e sul sangue del miracolo eucaristico di Lanciano (VIII secolo). Quaderni Sclavo di Diagnostica Clinica e di Laboratorio 7(3):661-674, 1971[↩]
- Linoli O, Ricerche istologiche, immunologiche e biochimiche sulla carne e sul sangue del miracolo eucaristico di Lanciano (VIII secolo). Quaderni Sclavo di Diagnostica Clinica e di Laboratorio 7(3):661-674, 1971.[↩]
- Fried Bernard et Serma Joseph, Thin-Layer Chromatography, 4e รฉdition, New York : Marcel Dekker, 1999, chap. 9.[↩]
- Voir la dรฉfinition du Dictionnaire mรฉdical de l’Acadรฉmie de mรฉdecine, 2020.[↩]
- Voir cet article du Laboratoire d’analyses criminalistiques.[↩]
- Zimmerman, M.โฏR. ยซโฏBlood cells preserved in a mummy 2000 years oldโฏยป Science, 1973, 180(4092): 303โ304 ; Riddle, J.โฏM., Mowers, H.โฏA., et al. ยซโฏPeripheral blood elements found in an Egyptian mummy: a threeโdimensional viewโฏยป Science, 1975, 192(4242): 374โ375 ; Reyman, T.โฏA., et al. ยซโฏHistopathological Examination of an Egyptian mummyโฏยป Bulletin of the New York Academy of Medicine, 1976, 52(4): 506โ516 ;Hart, G.โฏD., et al. ยซโฏBloodโgroup testing of ancient material with particular reference to the mummy Nahktโฏยป Transfusion, 1978, 18(5): 474โ478.[↩]
- Loy, T.โฏH. ยซโฏPrehistoric blood residues: detection on tool surfaces and identification of species of originโฏยป Science, 1983, 220(4603): 1269โ1270.[↩]
- Janko, M., et al. ยซโฏPreservation of 5300โyear-old red blood cells in the Icemanโฏยป Journal of the Royal Society Interface, 2012.[↩]
- Trasancos Stacy, Behold It is I, Commentary on the Histological Study of the Flesh and the Blood.[↩]
- Kearse K, Ligaj F., โScientific Analysis of Eucharistic Miracles: Importance of a Standardization in Evaluationโ, J. Forensic Sci. Res., 2024; 8(1): 78-88, p. 80.[↩]
- Budetta GC, Su una particolaritร del miracolo eucaristico di Lanciano che genera perplessitร , Auditorium, 2007.[↩]
- Voir la traduction de Bruno Sammaciccia.[↩]
- Trasancos Stacy, Behold It is I, โCommentary on the Histological Study of the Flesh and the Bloodโ.[↩]
- Trasancos Stacy, Behold It is, Commentary on the Conclusions of the Linoli Report.[↩]
- Voir par exemple cet article, celui-lร ou encore Jelle Koopmans, ยซ L’รฉquarrissage pour tous ou la scรจne des mystรจres dits religieux ยป, Littรฉratures classiques,โ mars 2010, pp. 109-120.[↩]
- Jean Calvin, Traitรฉ des reliques : ยซ Au lieu de mรฉditer la vie [des apรดtres, martyrs et autres saints], pour suivre leur exemple, [le monde] a mis toute son รฉtude ร contempler et tenir comme trรฉsor leurs os, chemises, ceintures, bonnets, et semblables fatras. Quel sacrilรจge est-ce, d’abuser ainsi du nom de Jรฉsus-Christ, pour couvrir des fables tant froidement forgรฉes ? Ainsi en est-il des reliques : tout y est si brouillรฉ et confus, qu’on ne saurait adorer les os d’un martyr qu’on ne soit en danger d’adorer les os de quelque brigand ou larron, ou bien d’un รขne, ou d’un chien, ou d’un cheval. On ne saurait adorer un anneau de Notre-Dame, ou un sien peigne, ou ceinture, qu’on ne soit en danger d’adorer les bagues de quelque paillarde. Le principal serait d’abolir entre nous chrรฉtiens cette superstition paรฏenne de canoniser les reliques, tant de Jรฉsus-Christ que de ses saints, pour en faire des idoles. ยป[↩]





Trรจs bon article ! Chui pรด un apologรจte athรฉe par contre !
Merci pour cette information que j’avais complรฉtement loupรฉ dans ma vidรฉo :
ยซย La premiรจre mention de ce rapport se trouve dans un entretien รฉcrit avec le docteur Linoli lui-mรชmeย ยป
Et merci d’avoir pris le temps de renvoyer Ethan aux fraises.
Merci pour ce retour !
Comment appeler quelqu’un qui fait l’apologie de l’athรฉisme, ou du moins la critique de la religion ?
Maxime