Cet article est une adaptation d’un travail de rapport rendu à la faculté Jean Calvin, mais aussi une feuille de route pour un média réformé confessant tel que Par la Foi, ou ceux qui viendront après.
Introduction
Il est prudent de commencer d’abord par les définitions :
- Média : Un média est d’abord et avant tout un moyen – un outil, une technique, un intermédiaire – qui permet aux hommes de s’exprimer et de communiquer à autrui cette expression, quel qu’en soit l’objet ou la forme. Mais il se définit également par son usage, lequel désigne à la fois un rôle déterminé qui a fini par prévaloir et la meilleure façon de remplir ce rôle.[1] Dans la suite de ce travail, nous ferons référence aux outils de communications propre à Internet : sites, chaîne YouTube, comptes de réseaux sociaux.
- Religieux : ici, cela désigne le fait que son usage est au service d’une religion particulière : le christianisme. Pour la définition de cette religion, nous renvoyons à la confession de foi de la Rochelle, qui en est la meilleure expression. Considérant que la Faculté Jean Calvin est dans le même positionnement, je me contente de le poser comme un postulat.
- Confessant vient ici qualifier de quelle expression chrétienne l’on parle. Nous définissons un axe entre adaptation au monde contemporain et la fidélité au dépôt traditionnel de notre Église : contrairement à un autre média protestant comme Réforme, l’objectif de ce genre de média n’est pas de bâtir des ponts entre la culture protestante et la culture séculière plus large, mais de défendre et affirmer davantage les particularités de la culture chrétienne protestante, définie de façon explicite autour des standards confessionnels historiques de notre communauté.
L’ancienne Discipline des églises réformées prescrit ceci concernant les médias de son temps, à savoir les œuvres des auteurs protestants qui font de l’apologétique publique.
Ceux auxquels Dieu a donné des grâces pour écrire, sont avertis de le faire d’une façon modeste, et bienséante à la Majesté de Dieu ; conséquemment de n’écrire d’une façon ridicule et injurieuse : laquelle modestie et gravité ils garderont aussi dans leurs prédications ordinaires[2].
Elle prescrit également que ces apologètes doivent être missionnés par les synodes de manière à éviter une profusion d’apologètes de mauvaise qualité qui nuiraient à la réputation de l’Église. Au-delà de ce témoignage historique, notre prudence est aussi interrogée par la forme de la communication publique de l’Église réformée : quelle forme lui donner ? comment l’encadrer ? Quel contenu ?
Dans ce travail, nous allons tâcher de faire une étude aussi complète que possible sur la forme d’un média religieux confessant au service de l’Église réformée de France au XXIe siècle.
Afin d’être aussi exhaustif et complet que possible, je propose de le traiter selon la méthode scolastique qui a l’avantage d’être exhaustive et très méthodique, de sorte qu’il ne reste aucune pierre non retournée.
Faut-il un média chrétien confessant ?
Cherchons d’abord les objections que l’on pourrait donner à l’existence même d’un tel média.
- Le rôle d’un média chrétien est d’annoncer l’Évangile. Or, un média qui traite des particularités confessionnelles s’oppose à l’universalité de l’Évangile. Un média religieux confessant est donc illégitime car il fragmente l’Église.
- Le rôle médiatique est déjà rempli par les pasteurs, établis légitimement pour la tâche de prêcher chaque dimanche. Un média confessant est donc redondant.
- Pour qu’un média religieux soit pertinent aujourd’hui, il doit s’adresser à la société séculière ou au protestantisme large pour bâtir des ponts. Un positionnement confessant, par sa rigidité doctrinale, brise le dialogue avec le monde. Il faut donc un média neutre ou culturel, plutôt que confessionnel.
- Un média distinct du corps presbytéral est en danger de concurrencer et supplanter le corps presbytéral dans sa tâche de gouvernance de l’Église et d’instruction des fidèles. Il ne faut donc pas de média religieux confessant.
- Un média chrétien confessant, dans le contexte actuel, court le danger de générer sa propre communauté virtuelle en concurrence à celle de la communauté ecclésiale réelle. Or, selon l’ecclésiologie réformée, l’Église locale et physique est le seul lieu ordonné pour la communion des saints. Le média numérique risque de supplanter l’Église réelle pour des croyants isolés.
Pour répondre, nous renvoyons à la définition de média plus haut : un média est une organisation de communication. A partir du moment où l’expression chrétienne confessante a quelque chose à dire, cela passe par un média. La question ne sera plus alors faut-il un média, mais quelle sorte de média, et quel fonctionnement.
Cela nous amène aux réponses suivantes :
- Les symboles confessionnels (comme la Confession de La Rochelle) ne s’opposent pas à l’universalité de l’Évangile ; ils en sont, objectivement, la meilleure formulation. Il n’y a donc pas de concurrence entre Évangile et confession, mais une complémentarité qui rend possible un média confessant.
- Le média confessant ne remplace pas la prédication dominicale, qui est le moyen de grâce par excellence. Il se positionne de manière subsidiaire comme un outil de formation continue. Il offre des ressources théologiques denses et spécialisées que le temps limité du culte dominical ne permet pas de déployer, équipant ainsi les fidèles et les pasteurs eux-mêmes. Les huguenots du XVIIe siècle reconnaissaient déjà l’existence de personnes ayant de la grâce pour écrire au service de l’Église, en plus des prédicateurs locaux.
- Un média confessant ne cherche pas à s’adapter à la société séculière ou le protestantisme large. Il affirme au contraire une proposition doctrinale unique et particulière, parce que ses auteurs pensent qu’une affirmation forte vaut mieux qu’un consensus mou. Cette stratégie de communication n’a aucune raison de ne pas être portée par un média.
- Cette objection porte sur la gouvernance du média et non sur son principe. Un média confessant aligné sur l’orthodoxie ne cherche pas à exercer la discipline ecclésiastique, mais se soumet volontairement, par ses chartes doctrinales, au consensus des Églises historiques.
- C’est là un abus du média, et non son principe. La solution n’est pas de supprimer l’usage, mais de faire un meilleur usage en réorientant les lecteurs vers leurs Églises physiques.
Cause finale : Mission et but
Il est important de commencer par la cause finale, car c’est en ayant une vision claire de la fin visée que l’on pourra plus facilement répondre au reste des questions. La fin proche d’un média confessant est l’édification de l’église. Cette édification de l’église peut être comprise selon trois buts. D’abord, l’édification du croyant pour le service de Dieu. Ensuite, l’édification du croyant pour le service des autres frères. Enfin, l’édification du croyant pour le service des autres, même non-croyants.
- L’édification pour le service de Dieu désigne tous les articles qui renforcent et fécondent la vie spirituelle individuelle et encouragent les exercices spirituels intérieurs. Par exemples, les contenus sur le sujet de la prière, de la lecture de la Bible, de la lutte contre le péché, le renforcement du caractère et de la piété personnelle.
- L’édification pour le service des frères désigne tous les contenus qui renforcent les activités collectives et les exercices spirituels communautaires. Par exemple, les contenus sur la gestion de conflits, l’art de la prédication, la manière d’évangéliser, comment exercer l’hospitalité. Tout conseil qui aide à la maturation du chrétien à la fois dans l’Église, et dans sa vocation séculière.
- L’édification du croyant pour le service des autres désigne tous les contenus qui encouragent l’engagement dans la cité et les activités sociales chrétiennes. Par exemple, des contenus culturels, d’apologétique, d’interaction avec l’actualité et les sujets éthiques contemporains.
L’expression confessante est ici puissante en ce qu’elle ne cherche pas à être pertinente ou compréhensible en dehors de l’Église. Elle est directement applicable et encourageante pour des chrétiens engagés. Ainsi, ce qu’elle perd en accessibilité pour des personnes extérieures à la confession, elle gagne en efficacité pour les personnes qui sont dans la confession. C’est un arbitrage rhétorique assumé.
L’équilibre entre les trois édifications dépendra ensuite de la personnalité des auteurs et de la ligne éditoriale choisie par le comité de rédaction.
La fin ultime de ce média sera la gloire de Dieu. Cette contribution consiste en trois objets.
- L’expression des charismes propres aux auteurs et aux éditeurs pour un usage centré sur Dieu. Dieu est glorifié par l’usage et la fructification de ses dons.
- L’édification produite par ces contenus, formant ainsi une église plus sainte et plus engagée dans la voie chrétienne, ce qui augmente la gloire de Dieu.
- Le témoignage de la vérité diffusé dans le monde contre les mensonges du diable.
Cette cause finale étant définie, il est plus facile à présent de définir la forme d’un tel média, et sa définition.
Cause formelle : Contenu et ligne éditoriale
Il y a cinq familles de lignes éditoriales pour un média chrétien :
- La ligne d’ouverture, comme Réforme, qui cherche à bâtir des ponts entre la culture protestante et la société plus large. On y trouvera des commentaires de l’actualité, y compris politique, des recensions d’œuvres d’art récentes, ou des initiatives de dialogue interreligieux.
- La ligne d’interpellation, à l’image de notre littérature d’évangélisation et d’apologétique. L’objectif est de convaincre le lecteur de la vérité de la foi chrétienne, ou équiper le chrétien pour évangéliser.
- La ligne dévotionnelle, comme ce qui est majoritaire chez Toutpoursagloire.com. Elle s’adresse au chrétien individuel dans sa marche quotidienne afin de l’aider à décider et vivre selon sa foi.
- La ligne institutionnelle, à l’image de nos gazettes d’Église ou d’union d’Églises. L’objectif est principalement informatif : informer les autres membres de l’Union ou de la paroisse des initiatives dans l’union, afin de garder une identité et une cohérence collective.
- Enfin, notre ligne confessionnelle, qui cherche à proposer et inspirer une vision chrétienne globale qui irrigue toute l’Église, selon la cause finale définie plus haut.
Contrairement aux médias chrétiens d’ouverture, le média confessionnel ne cherche pas à plaire au public séculier et réserve son énergie pour le public ecclésial. Contrairement aux médias chrétiens d’interpellation, le média confessant s’intéresse à toute la vie chrétienne et pas seulement son point de départ. Il a pour lecteur le chrétien et non celui qui est en recherche. Contrairement à la ligne dévotionnelle, le média confessionnel déborde aussi sur des sujets publics et collectifs. Son objectif n’est pas seulement de rendre des avis d’éthique, mais de proposer une vision du monde complète et désirable. Contrairement à la ligne institutionnelle, le média confessionnel assume d’être partisan et même se défend par une saine polémique.
Au-delà de ce principe, les détails de la mise en œuvre sont à définir par l’équipe éditoriale.
Cette ligne éditoriale implique trois contraintes, tout à fait assumées : (1) la soumission aux documents confessionnels qui fournissent dès la fondation le système dogmatique précis dans lequel vont s’insérer les articles. Cela s’écarte d’une voie latitudinariste exemplifiée par The Gospel Coalition, articulée autour d’articles minimaux de l’évangélisme. Avec tout le respect dû à cette réussite médiatique, Richard J. Mouw pointe un problème de cette démarche : quand vient le temps de faire de la théologie culturelle ou politique, il n’y a pas d’Évangéliques, il n’y a que des Anabaptistes, des Baptistes et des Réformés.[3] Cela vient du fait que les positions de théologie publique ne requièrent pas seulement quelques articles doctrinaux fondamentaux, mais le jeu doctrinal complet de chaque sous-tradition protestante. Il est donc impossible d’avoir une théologie publique génériquement « évangélique ». Même dans le milieu francophone, la culture d’église individualiste, charismatique et pragmatique des pentecôtistes donnera par nature des analyses différentes de la culture d’église réformée consciente de l’histoire, multitudiniste, et qui valorise davantage la théorie. Poser des documents confessionnels dès le début de l’entreprise médiatique permet non seulement de rendre le contenu éditorial plus cohérent, mais permet également d’atteindre des conclusions particulières qui seraient plus difficiles à atteindre dans un média latitudinariste.
Autre contrainte assumée : (2) Le média confessionnel doit assumer le temps long et de ne pas courir après l’actualité. Contrairement à un média d’ouverture, il n’est pas tenu à parler d’actualité pour être pertinent. Naturellement, il paraît difficile de faire un média confessionnel et commercialement rentable, et il est probable que l’on se rapproche du format de la publication des think-tanks. Ainsi, le média confessionnel est un laboratoire de théologie publique. Son apport ne vise pas l’actualité, mais l’infrastructure culturelle et doctrinale de l’Église pour orienter et encourager les vocations publiques des chrétiens. Il ne propose pas un plan d’action pour les chrétiens engagés, mais une boîte à outils.
Autre contrainte (3) l’usage d’une théologie élenctique[4] de qualité qui fasse honneur à l’Église. En effet, il est inévitable qu’une certaine forme d’opposition doctrinale ait lieu, à cause de la nature même de l’activité du média confessionnel. Une ligne d’interpellation peut avoir elle aussi de l’élenctique, mais parce qu’elle vise un public plus large sur des thématiques plus fondamentales, le niveau d’argumentation n’est pas le même. Nous en parlerons davantage à la section suivante.
Ceci nous amène à présent à préciser le style et la qualité du contenu, qui constitue la cause matérielle du média.
Cause matérielle : sources, thématique et contenu
La cause matérielle du média confessionnel est décrite par Matthieu 13,52 « C’est pourquoi, tout spécialiste de la loi instruit de ce qui concerne le royaume des cieux ressemble à un maître de maison qui tire de son trésor des choses nouvelles et des choses anciennes. »
Le trésor qu’exploite le média confessionnel provient de trois sources :
- La Bible : la Parole de Dieu, inerrante et normative[5], interprétée selon l’analogie de la foi. Elle est la règle normante de toutes les règles, c’est-à-dire que toute loi posée pour les chrétiens doit pouvoir être fondée sur l’Écriture, par application directe ou par conséquence bonne et nécessaire.
- La Tradition : Par ce terme, nous regroupons ensemble la tradition universelle, depuis les Pères de l’Église jusqu’aux réformés évangéliques, en passant par les pères médiévaux, les réformateurs et les huguenots. Cette tradition assiste l’interprétation individuelle, la corrige au besoin. Les voix anciennes permettent aussi de fournir des idées nouvelles pour notre temps, ne serait-ce qu’en regardant comment ils ont répondu à des questions semblables aux nôtres dans leur contexte.
- Philosophie contemporaine : ainsi que l’enseignaient les pères réformateurs, il faut savoir s’appuyer sur la grâce commune que l’on peut trouver dans des écrits séculiers, surtout ceux de haute qualité académique. Cependant, ainsi que l’ont précisé les pères néo-calvinistes, il ne s’agit pas de baptiser des auteurs séculiers, mais de soumettre leurs écrits aux tamis de l’Écriture pour en garder la sagesse qui s’y trouve. Ainsi que le disait aussi Saint Augustin :
Si ceux qu’on appelle philosophes […] ont dit par hasard des vérités utiles et conformes à notre foi, loin de les redouter, nous devons les leur réclamer comme à des possesseurs injustes. De même que les Égyptiens n’avaient pas seulement des idoles […], mais avaient aussi des vases et des ornements d’or et d’argent […] que l’Israélite s’est approprié pour un meilleur usage…[6]
Et que faire à partir de ces sources ? Les articles se distingueront selon quatre genres :
- Les essais doctrinaux : les articles de fond traitant en profondeur un sujet de théologie publique ou de doctrine.
- Les traductions de sources anciennes. L’objectif est ici de ramener à la mémoire de l’Église ses auteurs anciens, pour qu’elle puisse mieux s’arracher de sa dépendance à son époque et prenne connaissance de son fonds propre, pour mieux définir son identité et sa conduite en notre époque.
- La traduction de sources étrangères, de médias confessionnels étrangers dont les contenus pourraient aider l’Église de notre nation.
- Des articles apologétiques, pour renforcer les intellectuels chrétiens en difficulté sur une objection à leur foi. Comme nous l’avons dit plus haut, le public étant les chrétiens, c’est une apologétique ad intra, de chrétiens à chrétiens, pour renforcer l’Église plutôt que convaincre les non-croyants.
Il se peut que les opportunités, ou que le génie de l’équipe éditoriale trouve de nouveaux genres d’expression, mais ceux-là sont un bon point de départ.
Enfin, bien que nous en ayons parlé à la section précédente, il faut ici reparler du style des articles : Le défi est ici de combiner harmonieusement une argumentation intellectuellement efficace avec une expression spirituellement conforme au Christ. L’usage du sarcasme, des attaques ad personam, et certains artifices rhétoriques comme les sophismes doivent être exclus comme le demandent les apôtres. Mais la conformité au Christ nous interdit des méthodes d’argumentation sceptiques ou artificiellement neutres, puisque nous devons au contraire avoir une démarche de témoignage fidèle.
Pour ce qui concerne le rapport à la vérité, ce média confessionnel doit être à la fois partisan sans vergogne, et soucieux de la vérité et respectueux des autres expressions que la sienne.
- Partisan sans vergogne : si les réformés évangéliques n’assument pas frontalement leurs convictions, qui le fera à leur place ? Il faut aussi tenir compte du fait que l’assurance est une tactique rhétorique en soi.
- Soucieux de la vérité : Il faut en même temps savoir se méfier de soi-même et de ses capacités, et avoir la modestie de se remettre en cause. La confession sert la vérité, ce n’est pas la vérité qui sert la confession.
- Respectueux des autres expressions : c’est une conséquence du point précédent, et de la modestie qu’il implique.
Les détails fins de ce style à la fois sûr de lui et modeste doivent être trouvés par l’équipe éditoriale elle-même, qui fera bien de suivre les conseils de la Sagesse, et notamment écouter les Anciens ordonnés et prendre conseil de tous.
Cause efficace : Gouvernance et relations institutionnelles
La gouvernance interne du média confessionnel ne soulève pas de question particulière. Si une attention particulière est portée au rôle de la confession de foi dans le recrutement des contributeurs, l’usage même de ces confessions est libre. On peut ainsi décider d’ouvrir les contributeurs aux baptistes réformés, ou au contraire de le restreindre à une seule confession réformée particulière. On peut souhaiter restreindre aux ministres ordonnés, ou accepter les auteurs laïcs. Ces questions-là sont libres, et dépendront du projet particulier de ce média confessionnel.
Il y a cependant des choses à dire sur la relation de ce média avec les autres institutions, tels que :
- L’Église, et en particulier les ministres ordonnés.
- Les autres associations chrétiennes.
- Les Églises non-protestantes
- Les autres médias
L’ordre à suivre est celui de Saint Pierre, dans sa première épître :
De même, vous qui êtes jeunes, soumettez-vous aux anciens. Et vous soumettant tous les uns aux autres, revêtez-vous d’humilité, car Dieu s’oppose aux orgueilleux, mais il fait grâce aux humbles. Humiliez-vous donc sous la puissante main de Dieu, afin qu’il vous élève au moment voulu[7]
Un exemple de cette conduite est Saint Antoine le Grand, dont Athanase disait :
Il était d’une patience admirable et d’une grande humilité d’esprit. Tout en étant un tel homme, il respectait au plus haut point la règle de l’Église et voulait que tout clerc soit honoré plus que lui-même. Il ne rougissait pas d’incliner la tête devant les évêques et les prêtres. Si un diacre venait le trouver pour être édifié, il lui transmettait ce qui était utile, mais pour la prière, il lui cédait la place, n’ayant pas honte d’apprendre lui-même. Souvent, en effet, il posait des questions et demandait à écouter les personnes présentes, confessant qu’il profitait si quelqu’un disait quelque chose d’utile.[8]
Il y a en effet un grand danger que le média confessionnel se dresse comme une chaire concurrente à l’Église, voire profite de sa tribune pour critiquer l’Église, en détache les fidèles afin de mieux les recruter dans sa communauté. Ces tentations sectaires doivent être prises très au sérieux, particulièrement à une époque où les algorithmes de réseaux sociaux récompensent ce genre de pyromanie.
Les mérites ou démérites que l’on attribue aux ministres ordonnés ne doivent pas être un sujet de défiance : l’apôtre Pierre exige que nous leur soyons soumis, pas que nous les jugions pour ensuite décider si nous avons envie de nous soumettre à eux ou non. (1 Pierre 5,4-5).
De même, l’équipe éditoriale prendra toujours grand soin de se souvenir qu’elle sert l’Église, et non un système dogmatique ou un document historique. Elle doit donc être disposée à accepter et aimer l’Église telle qu’elle est, et non telle qu’elle voudrait qu’elle soit, pour ensuite l’édifier et l’améliorer dans le sens qui convient le mieux.
Par conséquent, l’équipe éditoriale aura soin de rechercher l’approbation de pasteurs ordonnés, et de ne rien faire qui leur soit dommageable, ni à eux, ni à leur office, ni à leurs assemblées. La forme même de ce partenariat est libre : il peut s’agir d’un comité bien formalisé, de surveillance avec pouvoir de censure sur les articles; ou bien en sens inverse, il peut s’agir de relations informelles. L’essentiel est qu’il y ait un regard pastoral sur l’activité du média, et que cela se fasse dans une posture d’humilité de la part du média confessionnel.
Pour ce qui concerne les relations avec les autres Églises non-protestantes, il est possible que le média confessionnel fasse davantage de théologie élenctique que la moyenne du corps pastoral, mais cela ne doit pas devenir un prétexte pour être plus « confessionnels que les confessants ». Il y a un risque de spirale de pureté[9] qui s’oppose à la mission d’édification de l’Église. Aussi faudra-t-il veiller à ce que l’élenctique ne dégénère pas en polémique inutilement offensante, et que les efforts d’apologétique pour édifier l’Église ne deviennent pas contre-productifs. La prudence et les conseils des ministres ordonnés sont ici précieux.
Pour ce qui concerne les autres associations chrétiennes, le média confessionnel devra se donner pour mission de faire la promotion des initiatives qui sont conformes à sa théologie publique. En effet, s’il se contente de publier des articles doctrinaux sans s’intéresser à leur mise en application, il fait défaut à sa mission de propager ses idées. Mais si par exemple le média confessionnel soutient les écoles chrétiennes, conformément à l’ancienne Discipline (chap 3), alors il devrait étudier comment encourager et soutenir davantage les écoles chrétiennes. Contrairement à d’autres associations dont accroître la notoriété n’est pas un objectif principal, le média confessionnel apporte une véritable plus-value à l’écosystème associatif chrétien en ce qu’il permet de faire connaître bien plus vite une initiative digne d’être suivie, afin d’encourager l’Église à se bâtir elle-même, et renforcer les initiatives évangéliques.
Pour ce qui concerne les autres médias, une main d’association doit être tendue avec tous ceux qui ont une ligne suffisamment proche pour collaborer utilement à ce qui est commun en chacun. Si en revanche il y a une opposition frontale avec un autre média, il est prudent d’ignorer ce média rival, sauf s’il y a quelque chose de bon ou d’édifiant à dire à partir de leurs contenus. Ce que nous voulons éviter ici est de sombrer dans un style polémique sans freins ni barrières.
Ces principes de relations s’incarneront dans des gouvernances différentes, selon les personnalités des éditeurs. L’essentiel n’est pas une forme particulière de gouvernance, mais ce que doivent viser ces formes de gouvernance et de partenariat.
Conclusion
L’idée d’un média confessant n’est pas nouvelle : c’est ce qu’est la Revue réformée depuis 1950. Cependant, le concept n’est pas épuisé, et Par La Foi, sujet de mon stage, en est un autre exemple. Les blogs plus petits en sont encore d’autres propositions.
Tous ces sites visent à la gloire de Dieu. Ils ont un contenu et une ligne éditoriale orientée vers l’édification de l’Église chrétienne, sur la base des confessions de foi réformées. Spontanément, ils visent à la fois à l’excellence intellectuelle et la modestie du style et de l’écriture. On remarque aussi qu’ils collaborent volontiers entre eux, et que les auteurs se connaissent tous.
Ce que j’ai proposé dans ce rapport n’est que la théorisation d’un mouvement déjà lancé, parce que ce mouvement ne vient pas des hommes mais de Dieu. C’est donc vers Dieu que nous nous tournons enfin : que ta parole ne revienne pas à toi sans effet, achève ce que tu as commencé avec succès, ô Seigneur.
[1] Francis Balle, Les Médias, Paris, PUF, coll. « Que sais-je ? », 2009, p. 3.
[2] Discipline des Églises Réformées de France, chapitre 1, article 41
[3] Richard J. Mouw, Toward a Full-Orbed Evangelical Ethic : The Pioneering Contribution of Carl F.H. Henry in Essential Evangelicalism: The Enduring Influence of Carl F.H. Henry, Matthew J. Hall and Owen Strachan (éditeurs), éd. Crossway Books, 2015
[4] De défense de la foi contre les objections.
[5] Article 4 de la confession de foi de la Rochelle ; Déclaration de Chicago sur l’inerrance biblique.
[6] Saint Augustin, De Doctrina Christiana 2.40
[7] 1 Pierre 5.5-6
[8] Saint Athanase le Grand, Vie d’Antoine, §67
[9] Ce terme désigne les effets de surenchère rigoriste qui peuvent saisir certains partisans d’idées radicales, lorsqu’ils se mettent à pousser toujours plus loin l’instinct séparatiste dans des directions toujours plus restreintes et isolantes.




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