Zacharias Ursinus est en train de dĂ©crire comment nous pouvons ĂȘtre sauvĂ©s. Il a dĂ©jĂ prouvĂ© que nous ne pouvions pas Ă©chapper Ă la colĂšre de Dieu. Il a ensuite parlĂ© du fait que nous ne pouvons pas nous sauver nous-mĂȘme, ni par un autre. Maintenant Zacharias va dĂ©crire comment doit ĂȘtre notre sauveur.
Question 16
16. Pourquoi doit-il ĂȘtre un homme honnĂȘte et sans pĂ©chĂ© ?
A. Parce que la justice de Dieu exige que la mĂȘme nature humaine qui a pĂ©chĂ© fasse satisfaction pour le pĂ©chĂ© ; mais aucun homme, Ă©tant lui-mĂȘme un pĂ©cheur, ne pourrait le faire pour les autres.
Il Ă©tait nĂ©cessaire que notre MĂ©diateur soit un homme, et mĂȘme vraiment homme, et qu’il soit parfaitement juste.
D’abord, il fallait qu’il soit un homme.
- Parce que c’est l’homme qui a pĂ©chĂ©. Il Ă©tait donc nĂ©cessaire que l’homme fasse satisfaction pour le pĂ©chĂ©. « Comme par un seul homme le pĂ©chĂ© est entrĂ© dans le monde, et la mort par le pĂ©chĂ©, » etc. « Puisque la mort est venue par l’homme, la rĂ©surrection des morts est venue aussi par l’homme. (Rom. 5:12 ; 1 Cor. 15:21)
- Pour qu’il puisse mourir. Il fallait qu’il nous satisfasse par sa mort et par l’effusion de son sang, parce qu’il avait Ă©tĂ© dĂ©clarĂ© : « Tu mourras sĂ»rement ». « Sans effusion de sang, il n’y a pas de rĂ©mission. » (Gen. 2:17 ; HĂ©b. 9:22)
DeuxiĂšmement, il fallait qu’il soit vraiment homme, descendant de la mĂȘme nature humaine qui avait pĂ©chĂ©, et non pas créé de rien, ou descendu du ciel, mais soumis Ă toutes nos infirmitĂ©s, sauf au pĂ©chĂ© :
- Parce que la justice de Dieu exigeait que la mĂȘme nature humaine qui avait pĂ©chĂ©, fasse aussi la satisfaction pour le pĂ©chĂ©. « L’Ăąme qui pĂšche, elle mourra. » « Et le jour oĂč tu en mangeras, tu mourras. » (EzĂ©chiel 18:20 ; GenĂšse 2:17). Il Ă©tait donc nĂ©cessaire que celui qui veut satisfaire l’homme soit lui-mĂȘme vraiment homme, ayant jailli de la postĂ©ritĂ© d’Adam, qui avait pĂ©chĂ©. Les passages suivants de l’Ăcriture sont ici citĂ©s : « Puisque la mort est venue par l’homme, la rĂ©surrection des morts est venue par l’homme. » « Car il y a un seul Dieu, et un seul MĂ©diateur entre Dieu et l’homme, l’homme JĂ©sus Christ. » « Il prit sur lui la postĂ©ritĂ© d’Abraham ; c’est pourquoi, en toutes choses, il fallait qu’il soit rendu semblable Ă ses frĂšres, etc. (1 Cor. 15:21 : 1 Tim. 2:5. HĂ©b. 2:16, 17) Ainsi l’ApĂŽtre dit aussi que nous sommes enterrĂ©s avec Christ dans le baptĂȘme, crucifiĂ©s avec lui, ressuscitĂ©s avec lui, etc. (Rom. 6:4. Col. 2:12) Et Augustin, dans son livre sur la vraie religion, dit : « La mĂȘme nature qui devait ĂȘtre assumĂ©e, est celle qui devait ĂȘtre dĂ©livrĂ©e ».
- Parce que la vĂ©ritĂ© de Dieu l’exigeait. Les prophĂštes, qui s’expriment sous l’impulsion de l’Esprit Saint, dĂ©crivent souvent notre MĂ©diateur comme pauvre, faible, mĂ©prisĂ©, etc. Le 53e chap. de la prophĂ©tie d’IsaĂŻe nous en fournit un exemple frappant.
- A cause de notre rĂ©confort : car si nous ne savions pas qu’il est sorti d’Adam, nous ne pourrions le recevoir comme le Messie promis, et comme notre frĂšre, puisque la promesse est : « La postĂ©ritĂ© de la femme Ă©crasera la tĂȘte du serpent ». « Dans ta postĂ©ritĂ© seront bĂ©nies toutes les nations de la terre. » (Gen. 3:15 ; 22:18). L’apĂŽtre Paul dit aussi Ă ce propos : « Celui qui sanctifie et ceux qui sont sanctifiĂ©s ne font qu’un, c’est-Ă -dire qu’ils sont tous d’une mĂȘme nature humaine ; c’est pourquoi il n’a pas honte de les appeler frĂšres. » (HĂ©breux 2:11) Il Ă©tait donc nĂ©cessaire qu’il surgisse d’Adam, afin qu’il soit notre frĂšre. « Comme les enfants participent Ă la chair et au sang, lui aussi, lui aussi, a pris part Ă la chair et au sang, etc. (HĂ©b. 2:14)
- Pour qu’il soit un Grand PrĂȘtre fidĂšle, capable de secourir ceux qui sont tentĂ©s. « C’est pourquoi, en toutes choses, il lui fallait ĂȘtre semblable Ă ses frĂšres, afin qu’il fĂ»t un souverain sacrificateur misĂ©ricordieux et fidĂšle dans les choses qui concernent Dieu, pour faire la rĂ©conciliation des pĂ©chĂ©s du peuple. Car en cela il a lui-mĂȘme souffert, Ă©tant tentĂ©, il est capable de secourir ceux qui sont tentĂ©s. » (HĂ©b. 2:17, 18)
TroisiĂšmement, il Ă©tait nĂ©cessaire qu’il soit un homme parfaitement juste, un homme totalement exempt de la moindre tache du pĂ©chĂ© originel et rĂ©el, afin qu’il puisse ĂȘtre notre Sauveur, et que son sacrifice puisse servir, non pour lui-mĂȘme, mais pour nous : car s’il avait Ă©tĂ© lui-mĂȘme un pĂ©cheur, il aurait dĂ» pour ses propres pĂ©chĂ©s. « Mon juste serviteur en justifiera beaucoup. » « Qui n’a pas pĂ©chĂ©, et la ruse n’a pas Ă©tĂ© trouvĂ©e dans sa bouche. » « Le Christ aussi a souffert une fois pour le pĂ©chĂ©, le juste pour les injustes, afin de nous amener Ă Dieu. » (Is 53,11 ; 1 Pierre 2,22 ; 3,18)
Si le MĂ©diateur lui-mĂȘme avait Ă©tĂ© un pĂ©cheur, il n’aurait pas pu Ă©chapper Ă la colĂšre de Dieu, et encore moins procurer aux autres la faveur de Dieu et l’exemption du chĂątiment, et la passion et la mort de celui qui n’a pas souffert comme un homme innocent ne pourraient ĂȘtre une rançon pour le pĂ©chĂ© des autres. C’est pourquoi « Dieu l’a fait pĂ©chĂ© pour nous, (c’est-Ă -dire un sacrifice pour le pĂ©chĂ©) qui ne connaissait pas le pĂ©chĂ©, afin que nous devenions la justice de Dieu en lui ». « Car un tel souverain sacrificateur est devenu comme nous, qui est saint, inoffensif, sans souillure, sĂ©parĂ© des pĂ©cheurs, et rendu plus Ă©levĂ© que les cieux ; qui n’a pas besoin, comme ces grands prĂȘtres, d’offrir quotidiennement des sacrifices, pour ses propres pĂ©chĂ©s et ensuite pour ceux du peuple. » (2 Cor. 5:26 ; HĂ©b. 7:26, 27)
L’homme Christ Ă©tait parfaitement juste, ou a accompli la loi Ă quatre Ă©gards.
- Par sa propre justice. Christ seul a exĂ©cutĂ© l’obĂ©issance parfaite, telle que la loi l’exige.
- En endurant une punition suffisante pour nos pĂ©chĂ©s. Il Ă©tait nĂ©cessaire que ce double accomplissement de la loi fĂ»t en Christ, car si sa justice n’avait pas Ă©tĂ© pleine et parfaite, il n’aurait pas pu satisfaire pour les pĂ©chĂ©s des autres. S’il n’avait pas endurĂ© le chĂątiment dĂ©crit ci-dessus, il n’aurait pas pu nous dĂ©livrer ainsi du chĂątiment Ă©ternel. Le premier est appelĂ© l’accomplissement de la loi par l’obĂ©issance, par laquelle il Ă©tait lui-mĂȘme conforme Ă celle-ci ; le second est l’accomplissement de la loi par le chĂątiment qu’il a subi pour nous, afin que nous ne soyons pas soumis Ă une condamnation Ă©ternelle.
- Le Christ accomplit la loi en nous par son Esprit, quand il nous rĂ©gĂ©nĂšre par le mĂȘme Esprit, et par la loi nous conduit Ă cette obĂ©issance qui nous est demandĂ©e, qui est extĂ©rieure et intĂ©rieure, que nous commençons dans cette vie, et que nous accomplirons parfaitement et pleinement dans la vie Ă venir.
- Le Christ accomplit la loi en l’enseignant, en la libĂ©rant des erreurs et des interpolations, et en lui redonnant son sens vĂ©ritable, comme il l’a dit lui-mĂȘme : « Je ne suis pas venu pour dĂ©truire la loi, mais pour l’accomplir ». (Matt. 5:17)
Question 17
17. Pourquoi doit-il ĂȘtre en mĂȘme temps vrai Dieu ?
A. Afin que, par la puissance de Sa divinité, Il puisse porter dans Son humanité le fardeau de la colÚre de Dieu et ainsi obtenir et restaurer pour nous la justice et la vie.
Il Ă©tait nĂ©cessaire que notre MĂ©diateur ne soit pas seulement un homme, et un homme qui soit vraiment tel, et parfaitement juste ; mais qu’il soit aussi Dieu – le Dieu vrai et puissant – et non une DivinitĂ© imaginaire, ou qui soit ornĂ© d’excellents dons, au-dessus des anges et des hommes, comme le supposent les hĂ©rĂ©tiques. Les raisons en sont les suivantes :
- Pour qu’il puisse, par la puissance de sa divinitĂ©, soutenir, dans sa nature humaine, la colĂšre infinie de Dieu contre le pĂ©chĂ©, et endurer un chĂątiment qui, bien qu’il soit temporel en respectant sa durĂ©e, Ă©tait nĂ©anmoins infini en grandeur, dignitĂ© et valeur. Si notre MĂ©diateur n’avait Ă©tĂ© qu’un homme, et s’il avait pris sur lui le fardeau de la colĂšre de Dieu, il aurait Ă©tĂ© Ă©crasĂ© sous son poids. Il fallait donc qu’il fĂ»t possĂ©dĂ© d’une force infinie, et pour cela qu’il fĂ»t Dieu, afin qu’il endurĂąt un chĂątiment infini, sans sombrer dans le dĂ©sespoir, ni ĂȘtre Ă©crasĂ© sous lui. Il Ă©tait nĂ©cessaire que le chĂątiment du MĂ©diateur soit d’une valeur infinie et Ă©quivalente Ă ce qui est Ă©ternel, qu’il y ait une proportion entre le pĂ©chĂ© et sa punition. Car il n’y a pas un seul pĂ©chĂ© parmi tous les pĂ©chĂ©s commis, du commencement Ă la fin du monde, si petit qu’il ne mĂ©rite pas la mort Ă©ternelle. Tout pĂ©chĂ© est si excessivement mauvais qu’il ne peut ĂȘtre expiĂ© par la destruction Ă©ternelle d’aucune crĂ©ature.
Il convenait cependant que ce chĂątiment soit limitĂ© dans le temps, parce qu’il n’Ă©tait pas nĂ©cessaire que le mĂ©diateur demeure Ă jamais sous la mort ; mais il lui appartenait de sortir de la mort, afin qu’il puisse accomplir le bĂ©nĂ©fice de notre rĂ©demption, c’est-Ă -dire qu’il puisse parfaitement mĂ©riter et, ayant mĂ©ritĂ©, appliquer et nous accorder le salut qu’il a achetĂ© en notre faveur. Il Ă©tait aussi demandĂ© Ă notre MĂ©diateur, pour mĂ©riter et donner la justice, d’ĂȘtre un Sauveur parfait dans le mĂ©rite et l’efficacitĂ©. Mais ces choses n’auraient pas pu ĂȘtre accomplies par un simple homme, quelle que soit sa force, s’il n’avait pas nĂ©anmoins le pouvoir de sortir de la mort. Il Ă©tait donc nĂ©cessaire que celui qui devait sauver les autres de la mort surmonte la mort par sa propre force et la rejette d’abord de lui-mĂȘme. Mais cela, il n’aurait pas pu le faire s’il n’avait pas Ă©tĂ© Dieu. - Il Ă©tait nĂ©cessaire que la rançon payĂ©e par le RĂ©dempteur ait une valeur infinie, qu’elle possĂšde une dignitĂ© et un mĂ©rite suffisants pour la rĂ©demption de nos Ăąmes, et qu’elle puisse servir au jugement de Dieu, pour expier nos pĂ©chĂ©s et restaurer en nous la justice et la vie que nous avions perdues. C’est pourquoi il appartient Ă la personne qui ferait cette satisfaction pour nous, d’ĂȘtre dotĂ© d’une dignitĂ© infinie, c’est-Ă -dire d’ĂȘtre Dieu ; car la dignitĂ© de cette satisfaction, qui fait que Dieu pourrait l’accepter et qui est infiniment prĂ©cieuse, quoique temporelle, est double : la dignitĂ© de la personne, et l’importance de la peine. La dignitĂ© de la personne qui a souffert apparaĂźt en ce que c’est Dieu, le CrĂ©ateur lui-mĂȘme, qui est mort pour les pĂ©chĂ©s du monde ; ce qui est infiniment plus que la destruction de toutes les crĂ©atures, et sert plus que la saintetĂ© de tous les anges et de tous les hommes. C’est pourquoi les ApĂŽtres, lorsqu’ils parlent des souffrances du Christ, font presque toujours mention de sa DivinitĂ©. « Dieu a achetĂ© l’Ăglise avec son sang. » « Le sang de JĂ©sus-Christ nous purifie de tout pĂ©chĂ©. » « Voici l’Agneau de Dieu, qui enlĂšve les pĂ©chĂ©s du monde. » Dieu lui-mĂȘme, au Paradis, a rĂ©uni ces deux-lĂ : « La postĂ©ritĂ© de la femme t’Ă©crasera la tĂȘte, et tu lui Ă©craseras le talon ». (Actes 20:28 ; 1 Jean 1:7 ; Jean 1:29 ; Gen. 3:15)
L’importance du chĂątiment que Christ a endurĂ© apparaĂźt en ceci, qu’il a supportĂ© les affreux tourments de l’enfer, et la colĂšre de Dieu contre les pĂ©chĂ©s du monde entier. « Les douleurs de l’enfer s’accrochent Ă moi. » « Dieu est un feu dĂ©vorant. » « Le Seigneur a fait retomber sur lui l’iniquitĂ© de nous tous. » (Ps. 116:3 ; Deut. 4:24 ; Is. 53:10). De lĂ , nous pouvons percevoir pourquoi le Christ a manifestĂ© de tels signes de dĂ©tresse dans la perspective de la mort, alors que beaucoup de martyrs ont rencontrĂ© la mort avec le plus grand courage et le plus grand sang-froid. […]
- Il Ă©tait nĂ©cessaire que le MĂ©diateur soit Dieu, afin qu’il puisse rĂ©vĂ©ler la volontĂ© secrĂšte de Dieu concernant la rĂ©demption de l’humanitĂ©, ce qu’il n’aurait pas pu faire s’il avait Ă©tĂ© simplement un homme. Aucune crĂ©ature n’aurait jamais pu connaĂźtre, ou dĂ©couvrir, la volontĂ© de Dieu concernant notre rĂ©demption, si le Fils de Dieu ne l’avait pas rĂ©vĂ©lĂ©e. « Personne n’a jamais vu Dieu ; le Fils unique, qui est dans le sein du PĂšre, l’a dĂ©clarĂ©. » (Jean 1:18)
- Il Ă©tait nĂ©cessaire que le MĂ©diateur soit Dieu, afin qu’il puisse donner le Saint-Esprit, rassembler une Ă©glise, ĂȘtre prĂ©sent avec elle, accorder et prĂ©server les bienfaits acquis par sa mort. Il ne lui appartenait pas seulement d’ĂȘtre sacrifiĂ©, de se dĂ©barrasser de la mort et d’intercĂ©der pour nous auprĂšs de Dieu, mais il lui appartenait aussi de donner l’assurance que nous n’offenserions plus Dieu par nos pĂ©chĂ©s. Ceci, cependant, Ă cause de notre corruption, personne ne peut le promettre en notre nom, qui n’a pas le pouvoir de donner l’Esprit Saint, et par lui, le pouvoir de nous conformer Ă l’image de Dieu. Mais donner l’Esprit Saint, et par lui rĂ©gĂ©nĂ©rer le cĆur, est propre Ă Dieu seul, Ă l’Esprit duquel il est. « Que je t’enverrai du PĂšre. » (Jean 15:26). Seul celui qui est Seigneur de la nature peut la rĂ©former.
- Enfin, il était nécessaire que le Messie soit « LE SEIGNEUR, NOTRE JUSTICE ». (Jer. 28:6)




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