Alliances,  Baptême des enfants

Kingdom Through Covenant et le pédobaptême

Le livre Kingdom Through Covenant, de Peter J. Gentry et Stephen J. Wellum est devenu incontournable dans toute discussion sur les alliances. Ses auteurs proposent une voie médiane entre la théologie des alliances et le dispensationnalisme et sont loin d’être les premiers à entreprendre cela. Mais pour le sujet qui nous intéresse, à savoir le pédobaptême, il n’est pas utile d’analyser l’ensemble du livre. Joseph Minich a proposé une recension complète pour The Calvinist International que nous traduirons éventuellement. Il relève plusieurs points positifs et formule ensuite 10 critiques. Nous traduisons ici la critique numéro 8, qui concerne justement le pédobaptême.

Avant de proposer notre traduction, quelques remarques pour aider le lecteur qui n’est pas initié à comprendre pourquoi toute cette discussion est liée au pédobaptême. Les réformés baptistes et les adhérents de la New Covenant Theology ont bien des différences, mais ils s’unissent dans la critique et le rejet du baptême des enfants. Un de leur principaux arguments, si ce n’est le principal, consiste à dire que, contrairement à la situation du peuple de Dieu dans l’Ancien Testament, le peuple sous la nouvelle alliance n’est plus « mixte », c’est-à-dire qu’il n’est plus composé que de croyants, régénérés, habités par l’Esprit. Or, il est clair que tous les enfants de croyants ne sont pas dans cette situation, encore moins depuis leur naissance. Ainsi, concluent-ils, il ne faut pas  appliquer le signe de la nouvelle alliance (le baptême) à ces enfants. C’est en particulier à partir de Jérémie 31 qu’ils espèrent prouver qu’un tel changement a eu lieu dans l’administration de l’alliance.

J’ai déjà proposé ailleurs une analyse de Jérémie 31 et de la façon dont Hébreux utilise ce texte. Ce premier article se voit bien complété par l’analyse de Joseph Minich maintenant traduite :

« 8. Et maintenant, nous en arrivons au point sur lequel beaucoup présument que ce livre a le dernier mot : le baptême des enfants. À mon avis, nos auteurs n’ont pas présenté d’arguments convaincants contre la doctrine réformée des enfants – les enfants étant une question plus importante que le baptême des enfants en tant que tel. Et cela pour plusieurs raisons. (1) Nos auteurs se concentrent continuellement sur le « principe généalogique » de l’alliance abrahamique comme si, en conjonction avec une « alliance de grâce » imposée aux textes, elle constituait l’argument principal du baptême des enfants. Ce n’est pas le cas. Le principe généalogique n’est pas enraciné en Abraham, mais dans la création. Dieu a appelé Adam et sa postérité au travail dans la création. Toute la famille d’Adam fait un sacrifice à Dieu. Dieu a sauvé Noé et ses enfants du déluge. Dieu appela Abraham et tout ce qui appartenait à Abraham à sortir d’Ur. Et les promesses de la nouvelle alliance continuent d’être pour nous et nos enfants (Actes 2:39). Dans l’histoire des actes rédempteurs de Dieu, Dieu s’est toujours lié à son peuple en respectant les structures qu’il avait créé. Pourquoi ? Parce que Dieu sauve la création ! Quand Dieu appelle un homme à une tâche ou donne une identité à un homme, Il appelle en même temps la famille de cet homme à cette tâche. Quand Il fait des promesses, les promesses appartiennent à tout ce qui est à cette personne. Et les choses sont ainsi car Dieu est en relation avec la création exactement comme Il l’a faite. Le débat a tendance à se concentrer sur Abraham non pas parce que le « principe généalogique » commence avec Abraham, mais parce que nous y trouvons le sacrement de la circoncision – et que le débat concerne les sacrements. Mais même si c’est « l’endroit » typique du débat, la question essentielle est notre vision des enfants et du principe d’identité communautaire (note : ou « corporative »). Une théologie biblique du baptême des enfants est enracinée dans une théologie biblique des enfants et de l’identité objective de l’alliance. Une fois ce dernier point bien compris, le marqueur objectif du baptême suit tout naturellement.

(2) Même en dehors de cette construction théologique globale, nos auteurs ne traitent pas des preuves du Nouveau Testament concernant les enfants. Ils sont saints (1 Cor. 7:14). Paul s’adresse à eux en Christ (Eph. 6:1). Jésus dit que le royaume leur appartient (Matthieu 19:14) et plus tard beaucoup de Juifs entendirent Pierre dire « à vous et à vos enfants » (Ac 2:39). Fait significatif, ce dernier cas est juste après la Pentecôte, alors que l’on pourrait s’attendre à ce que ces structures communautaires soient modifiées – si l’opinion de nos auteurs était correcte. Quoi que nous puissions faire avec la grammaire du passage des Actes des Apôtres, il semble inimaginable que les Juifs du premier siècle entendent l’expression « pour vous et vos enfants » d’une manière différente de ce que nous trouvons dans l’Ancien Testament.

(3) Et cela contredit l’affirmation de nos auteurs selon laquelle la « nature » et la « structure » de la communauté de la nouvelle alliance est appelée à changer. Leur interprétation de Jérémie 31 comme prédisant un temps où la nature de la médiation de l’alliance changerait (selon le proverbe « les dents agacées », Jer 31:29) ne tient pas compte du fait que ce même proverbe est condamné par Dieu selon les termes de l’ancienne alliance dans Ezéchiel 18 ! En d’autres termes, tout ce qui est condamné en Jérémie 31 par ce proverbe est tout simplement condamnable et l’a toujours été, et cela n’est pas une indication d’un changement historico-rédempteur. En ce qui concerne la citation plus célèbre de Jérémie 31 (note : Jer 31:31-34), nos auteurs notent que le « caractère mixte » d’Israël sera changé dans la nouvelle communauté d’alliance – et qu’elle ne peut donc pas impliquer la même dimension « familiale » des alliances Abrahamique et Mosaïque. Nous le savons, disent-ils, parce que notre expérience actuelle de la nouvelle alliance (en tant que famille) est d’un caractère « mixte » (note : c’est-à-dire qu’au sein d’une famille certains sont croyants, d’autres non). Ainsi, la prédiction de Jérémie selon laquelle il n’y aura pas de « caractère mixte » à la nouvelle alliance suggère que l’aspect familial de la communauté de la nouvelle alliance a cessé.

Mais cette interprétation pèche en ce qu’elle ne voit pas que ce passage nous présente le point de vue d’un saint de l’Ancien Testament qui regarde vers l’avenir. Le passage, en lui-même, ne dit rien sur un quelconque changement dans la structure de la communauté de l’alliance. Il mentionne les « pères », les « frères » et les « prochains » (Jr 31,31-34). Un saint de l’Ancien Testament, tourné vers l’avenir, aurait anticipé une communauté qui ressemblait un peu à la sienne (c’est-à-dire une vraie communauté humaine) mais qui était entièrement rachetée. Le fait que nous n’en fassions pas encore l’expérience suggère une seule chose : cela ne s’est pas encore produit. L’absence de « caractère mixte » est un aspect du ciel que nous attendons avec impatience. Même l’utilisation de Jérémie 31 dans Hébreux 8 et 10 est une utilisation qui souligne la finalité du pardon et la présence de l’Esprit eschatologique. L’auteur des Hébreux ne souligne tout simplement pas la fin d’une communauté à « caractère mixte » dans la nouvelle alliance. En effet, Hébreux 3, 6 et 10 (sans parler de 1 Corinthiens 10 et des lettres aux Eglises dans Apoc. 1-3) parlent à l’Eglise d’une manière très « mixte » – précisément parce que la nouvelle communauté d’alliance n’est pas complètement purifiée. Certes, la communauté visible d’Israël a échoué. Et bien que nous puissions avoir de grands espoirs pour l’Église visible (comme le fait l’auteur des Hébreux, Hébreux 6:9), nous devons néanmoins reconnaître que nous n’avons pas encore tous les bienfaits de la nouvelle alliance. Même l’Esprit dans nos cœurs n’a pas encore produit la pleine obéissance. Nous péchons toujours. Nous avons encore des corps qui meurent. Nous attendons encore le règne final du Christ, la mort de la mort, la résurrection du corps et le caractère non mixte de la communauté de l’alliance. Ce que nous n’attendons pas, c’est le pardon total des péchés, l’universalisation de l’Esprit (qui semblent être les orientations principales de l’épîtres aux Hébreux) et les avant-goûts inauguraux de tous ces dons eschatologiques qui nous sont assurés précisément par ce pardon. Tant que nous péchons encore, l’Esprit agit dans nos coeurs. Bien que notre corps soit mort, nous avons la vie de résurrection dans nos âmes, et bien que notre communauté soit mixte, nous savons que le Saint-Esprit agit dans l’Eglise visible pour la préserver et la rendre victorieuse d’une manière qu’Israël n’a jamais connue. En effet, les portes de l’enfer ne prévaudront pas contre elle ! Mais ce ne sont que les avant-goûts des choses dernières – le déjà et le pas encore, que les prophètes (comme ils le faisaient typiquement) ont fusionné ensemble. »

Étudiant en médecine, passionné de théologie et marié à la meilleure femme du monde. Vous entendrez souvent dans ma bouche "Thomas D'Aquin", "Jean Calvin" et "Vive la scolastique".

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