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Je veux catéchiser mon enfant…

Dans un article récent, j’ai beaucoup parlé de transmission de la foi dans un cadre familial, par l’usage d’un catéchisme. Plusieurs m’ont alors demandé de donner plus de détails sur comment mettre en place l’enseignement du catéchisme dans le cadre familial, dans le but de le faire. Je dois avouer être assez gêné par cette question : oui j’essaye de mettre en place cela pour mes enfants, mais je lutte et tâtonne encore beaucoup dans ma propre famille. Je ne me considère pas du tout comme un exemple de catéchète pour mes enfants. Mais comme la question m’est posée, et qu’elle est intéressante, je tâcherais d’y répondre. Exercez donc votre discernement et n’hésitez surtout pas à corriger et améliorer ce que je vais suggérer. Je ne suis pas plus compétent que vous. Je suis juste en train d’essayer depuis cette année.

Pourquoi catéchiser ses enfants ?

Dans nos vies trépidantes et bousculées, catéchiser nos enfants représente un coût en temps et en énergie, et il nous faut une bonne raison pour vouloir le faire. Les raisons sont les suivantes :

  • Nous perdons nos enfants à l’athéisme dans des proportions effrayantes.
  • Il est évident qu’ils n’entendront pas parler correctement de Jésus dans le monde séculier ou à l’école. Plus inquiétant, ils n’entendront probablement pas parler correctement de Jésus à l’église. Ce qui laisse comme seul lieu de transmission la famille. Pour parler de mon expérience personnelle, j’ai réussi à naître et grandir dans l’église, et ne pas avoir compris à l’âge adulte que Jésus était Dieu. Il n’en sera pas ainsi pour mes fils. 
  • Pour obéir aux commandements de Dieu tels qu’ils sont établis à de multiples reprises dans la Bible : Deutéronome 6.6-7 ; Psaumes 78.3-4 ; Ephésiens 6.4 et autres
  • Parce que c’est le salut éternel de nos enfants dont il s’agit, et que de la même manière que nous voulons leur éviter tout mal temporel, nous voulons aussi les garder de toute malédiction éternelle.
  • Enfin –excusez mon pédobaptisme- parce que les enfants sont déjà membres de l’église, qu’ils sont au bénéfice des promesses du Christ, et qu’il est donc de mon devoir de leur faire approprier leur héritage.

Donc : Oui, vous avez de bonnes raisons de catéchiser vos enfants, même si vous vous sentez faible et incapable d’accomplir cette tâche.

Quel est l’objectif du catéchisme ?

Nous posons ici la question de la « cause finale » du catéchisme. Que voulons-nous atteindre par le catéchisme ?

  • Que nos enfants comprennent et articulent le message évangélique, de façon à ce qu’ils s’engagent clairement dans la vie chrétienne et évangélique à leur tour.
  • Qu’ils soient conduits au salut par la connaissance de Dieu qui leur sera transmise. L’objectif n’est pas de les sauver par notre propre enseignement –idée ridicule- mais de donner les conditions optimales pour le salut de nos enfants. Comme le disait Timothy Keller : « Selon Archibald Alexander, théologien à Princeton au XIXe siècle, ce genre d’enseignement est comme un tas de bois prêt à brûler dans une cheminée. Sans le feu – l’Esprit de Dieu – le bois de chauffage ne s’enflammera pas de lui-même et ne produira ni flammes ni chaleur. Mais sans combustible, il ne peut pas non plus y avoir de feu. Voici pourquoi nous avons besoin de l’enseignement de la catéchèse. »
  • Que nous plaisions à Dieu par une obéissance raisonnable à ses commandements.
  • Former une culture familiale plus profondément chrétienne, qui s’accrochera à eux même quand ils affronteront directement le monde séculier.
  • Apprendre à dépendre encore plus de Dieu, devant notre incapacité et nos multiples échecs dans la mise en place du catéchisme.
  • Qu’à l’âge de raison, nos enfants aient déjà une base de connaissances suffisante et solide à partir de laquelle ils pourront plus vite découvrir les doctrines avancées du christianisme, l’apologétique, l’histoire de l’église etc…

Quel genre de catéchisme devons-nous faire ?

Une fois convaincus de la nécessité de catéchiser nos enfants, nous butons tout de suite sur la question : à quoi est-ce censé ressembler ? Vu que c’est une pratique tout à fait disparue de nos églises, nous manquons de modèles qui nous indiquent comment procéder. Voici ce que je suggère :

  • Il vaut mieux enseigner de la théologie systématique que de la culture biblique. Notre premier réflexe en tant qu’évangélique sera toujours de lire la Bible à nos enfants, avec peu ou pas de commentaires. C’est le genre de transmission que j’ai reçu pour ma part. Le problème de cette méthode est qu’elle n’enseigne pas comment interpréter la Bible, ni ce que je suis censé en tirer. Arrivé à l’âge adulte, je connais l’histoire d’Othniel certes, je connais les paroles de Jésus à la croix, mais je ne sais pas exposer l’évangile du début à la fin…

Objection : La Bible est la fondation de notre connaissance de Dieu. Le catéchisme consiste à transmettre la connaissance de Dieu à nos enfants. Donc nous devons transmettre prioritairement la Bible plutôt qu’un système théologique. Réponse : Sans système d’interprétation, lire la Bible de façon évangélique est ardu et hasardeux. Si justement nous voulons amener nos enfants à l’Evangile, il faut prendre conscience que « l’Evangile » est le système d’interprétation chrétien qui émerge de la Bible, et qu’il vaut mieux commencer par apprendre ce qui émerge de la Bible à nos enfants, plutôt que de les bombarder d’un million d’informations bibliques sans leur donner ni contexte ni mise en forme.

Objection : La Bible est la parole de Dieu. Les systèmes théologiques sont humains. En tant que parent catéchète, je préfère transmettre directement la Parole de Dieu plutôt qu’un système faillible et humain. Réponse : Cette décision même est le reflet d’un système théologique, aussi informel qu’il soit. L’acte même d’enseigner à nos enfants est humain et faillible. Plutôt que de s’illusionner sur nos capacités à transmettre directement la révélation divine sans corruption de notre part, il vaut mieux être méthodique et soigneux dans notre transmission, et enseigner à nos enfants les composantes de l’évangile avant le texte lui-même.

Objection : Agir ainsi c’est imposer dès le départ un système doctrinal à nos enfants, sans leur avoir laissé l’occasion de découvrir la Bible par eux-mêmes. C’est aller contre l’expérience directe de l’Ecriture qui est une grande force du mouvement évangélique. Réponse : On pourrait dans cette logique défendre l’idée que la meilleure façon d’apprendre à nos enfants à nager est de les balancer dans l’océan sans rien leur avoir expliqué ou montré au préalable. La Bible est un livre riche, complexe, dont la richesse même offre aux âmes non préparées des occasions de chute, par le fait qu’elles ne sont pas convenablement préparées à une étude rigoureuse de l’Ecriture. De la même façon qu’il faut d’abord apprendre à nager dans une profondeur où l’on a pied avant de pouvoir plonger dans l’océan, il faut apprendre un catéchisme formel pour mieux s’approprier la Bible en direct. Par ailleurs, rien n’empêche de transmettre le système évangélique et la culture biblique à la fois, c’est une fausse opposition. Je dis simplement que la culture biblique n’est pas d’une grande utilité si elle n’est pas jointe à une connaissance minimale du système doctrinal de l’évangile.

  • Conséquence du point précédent : il faut un catéchisme formel. S’appuyer sur des thèmes vagues comme « le pardon » « la vie dans l’esprit » « comment obéir à Dieu » ne donnera à nos enfants que des informations parcellaires, qu’ils ne sauront pas arranger entre elles pour bâtir leurs vies dessus. Le format de questions-réponses arrangées dans un ordre rigoureusement logique permet à l’enfant de structurer son intellect et sa volonté entière autour de l’Evangile.

Objection : Le meilleur enseignement est par l’exemple. Il suffit donc de mener une vie chrétienne exemplaire, et nos enfants apprendront la vie évangélique en nous regardant. Réponse :

  1. C’est une fausse opposition, dans le sens où un catéchisme formel ne saurait se passer d’une vie exemplaire, et une vie exemplaire n’est pas rendu moins forte par l’usage d’un catéchisme formel.
  2. Cette objection surestime grandement notre capacité à « mener une vie chrétienne exemplaire ».
  3. L’exemple moral seul risque d’engendrer bien plus une imitation creuse ou des postures identitaires vides qu’une vie chrétienne réelle et spirituelle. Il ne suffit pas de savoir à quoi ressemble une vie où l’on obéit à Dieu. Il faut savoir qui est Dieu et ce qu’il a fait, ce qui se transmet mieux par un catéchisme formel.
  • Dans l’idéal, ce catéchisme doit être formalisé autour du Credo, des Dix Commandements et du Notre Père :
    • Le crédo pour exposer la doctrine biblique (que dois-je savoir sur Jésus ?)
    • Les Dix Commandements pour exposer l’éthique biblique (comme je vis selon Jésus ?)
    • Le Notre Père pour exposer la vie spirituelle biblique (comment je prie Jésus)

L’avantage de cette méthode est qu’elle couvre bien tous les aspects de la vie chrétienne, sans tomber dans le déséquilibre (en n’enseignant que la doctrine ou que l’éthique par exemple). D’autre part, c’est exactement ainsi que sont conçus les catéchismes protestants historiques. Enfin, ils sont utiles pour avoir une idée du « programme d’études » à faire avec votre enfant. En effet, l’objectif du catéchisme est d’enseigner les doctrines basiques à vos enfants, et non des doctrines trop avancées.

  • Le crédo est ici très utile pour savoir quelles sont ces doctrines basiques que je dois absolument transmettre, et quelles doctrines je peux remettre à plus tard ou le laisser libre de découvrir.
    • Idem pour les Dix Commandements : sans guide, et avec les orientations actuelles de mon époque, l’éthique chrétienne que j’enseignerais à mes enfants se limitera probablement à « TOUCHE PAS AU « S » AVANT LE MARIAGE P’TIT… ». Les Dix Commandements sont pour moi une barrière qui me rappelle que l’éthique chrétienne touche à tous les sujets, et que la sexualité n’arrive qu’au septième commandement…
    • Pour le Notre Père, outre l’universalité et le biblisme de cette prière, c’est aussi une excellente occasion de parler du règne de Dieu, de la soumission de notre esprit à Dieu, de la providence… tous les domaines de la vie spirituelles, et pas que les prières de délivrance par exemple.

Quel catéchisme utiliser, quand et où le faire ?

Dans cet article, je vais comparer Heidelberg, le petit catéchisme de Westminster et le Nouveau Catéchisme pour la Cité :

  • Le Catéchisme de Heidelberg est le prince de tous les catéchismes, une des trois formes d’Unité qui ont été définies au Concile de Dordrecht. Beau pedigree historique. Il a aussi l’avantage d’être divisé en 52 « dimanches » ce qui vous donne un planning d’apprentissage tout inclus ! Cet avantage très précieux contrebalance la longueur et la complexité des réponses, que je suis obligé de simplifier un peu pour mon fils. C’est le catéchisme que j’apprends personnellement, et que je fais apprendre à mon fils.
  • Beaucoup dans mon entourage ont préféré le petit catéchisme de Westminster, à la fois à cause de son pedigree historique impeccable, mais aussi parce que les réponses sont plus courtes et font moins peur à apprendre. Un choix que je comprends tout à fait.
  • Enfin, je signale le Nouveau Catéchisme pour la Cité, que je trouve extrêmement intéressant :
    • Il est impeccablement organisé et conçu, dans son déroulement comme dans son contenu.
    • Il est découpé en 52 questions, soit une par semaine pour un an. Très pédagogique (là où Heidelberg a jusqu’à 5 questions/semaine, et que le « petit Wessie » n’a pas de découpage du tout)
    • Il est spécifiquement conçu pour une audience contemporaine, qui a perdu l’habitude de mémoriser : les réponses sont courtes et synthétiques (là où Heidelberg fait des phrases à rallonges à subordonnées multiples)
    • Il est édité avec une série d’outils qui accompagnent afin de vous aider à l’utiliser pour vos enfants : une version pour enfants, un commentaire inclus pour nous aider à exposer, des chansons pour l’apprentissage…. Très utile pour aider des parents ignorants (comme moi) à enseigner à des enfants distraits.
    • Son contenu est orthodoxe et ouvert à tout le monde évangélique.

Lequel utiliser ? Regardez par vous-même, ces trois-là sont très bien, et pour les autres c’est juste que je les ignore je rate peut-être une perle. Il y a un site dédié pour le catéchisme de Heidelberg et le New City Catechism. Pour ce dernier d’ailleurs, pas de panique, il est édité en français sous le titre : « Nouveau Catéchisme pour la cité ». Appel aux éditeurs : des « livrets d’accompagnement pédagogiques » basés sur ces catéchismes seraient d’une grande utilité 🙂

Pour ce qui du temps où l’apprendre, la réponse est semblable pour toute discipline spirituelle :

  • C’est le problème le plus critique dans notre époque remplie de distractions et de sollicitations : prendre le temps d’apprendre à nos enfants le catéchisme, quand ils passent déjà 10h par jour à l’école et que nous en passons 12 entre le travail et les transports, plus le reste.
  • Il faut donc décider et agir de façon intentionnelle pour dégager du temps pour le catéchisme, tout comme vous devez agir de même pour prendre le temps de prier et de lire votre Bible.
  • Soyez modestes dans vos objectifs : ce qui fait la différence dans l’apprentissage du catéchisme c’est la persévérance et non la performance. Votre enfant n’apprendra rien des 45 minutes que vous aurez consacrés pendant 4 jours avant d’arrêter. Il apprendra plutôt des cinq minutes par jour tous les jours pendant 20 ans. Catéchisez dans la durée.
  • Même s’il serait idéal d’avoir un temps parfaitement à part posé sur une table et sans distraction, n’attendez pas forcément qu’une telle occasion se présente. La plupart du temps, je catéchise mon fils quand il est à la douche, parce que c’est un des rares moments où je suis sûr de passer du temps avec lui.
  • Révisez « à la volée » comme un jeu pour lui : Posez-lui de temps en temps la question de la semaine : « Quel est ton unique espoir dans la vie comme dans la mort ? » « J’appartiens à Jésus ! »
  • S’il y a un temps de culte familial, c’est bien entendu un moment privilégié pour le catéchisme.

Pour ce qui est du lieu, il s’agit essentiellement de la même réponse : adaptez-vous à votre contexte, ne soyez pas trop exigeant, mais faites-le de préférence là où il n’y a pas de distraction.

Qui et comment catéchiser ?

Dans l’idéal, les deux parents devraient s’entendre à ce sujet, à la fois sur le principe et la méthode. Dans les faits, il est possible qu’un seul des deux le fasse. Cela n’est pas d’une importance démesurée, seulement il est bon que lorsqu’un des parents est faible, il y en ait un autre pour continuer la tâche de transmission. Pour ce qui est des familles avec un conjoint non croyant, il est vrai que c’est compliqué. Cependant, aucune injonction conjugale ne saurait supplanter le commandement que Dieu a donné d’enseigner nos enfants.

Pour ce qui est de la méthode, c’est là que je tâtonne, je n’ai pas encore trouvé une méthode correcte. Quiconque a de bonnes idées, qu’il les présente en commentaire !

  • Il faudra mémoriser. Je ne dis pas que toutes références aux catéchismes devront être faites de mémoire, mais l’avantage de la mémorisation est que le texte et l’enseignement du catéchisme est écrit directement sur votre cœur par une patiente répétition. Il n’y a pas d’alternative pour garder durablement un texte en soi. C’est aussi le moyen le plus sûr d’atteindre l’objectif d’un catéchisme.
  • Pour que votre enfant l’apprenne par cœur, il faudra que vous l’appreniez vous-même. L’une des raisons est pratique : vous n’aurez ainsi pas besoin du texte sous les yeux et serez plus libre de faire répéter n’importe quand. L’autre est basé sur l’exemple : il sera plus facile à votre enfant de répéter s’il voit que vous avez fait le même travail avant lui.
  • Prenez confiance en vous : vous êtes capable d’apprendre à votre enfant le Notre Père, même si votre tête est une passoire ! La mémoire est comme un muscle : tous ne naissent pas avec la même force, mais tous peuvent la développer en la travaillant. La « galère » ne sera que pendant les premières semaines. Et de même votre enfant est capable de retenir il vous surprendra même ! Osez, et vous verrez.*
  • Si jamais vous n’avez pas assez confiance en vous pour vous lancer directement dans un catéchisme, commencez par faire apprendre le Notre Père (isolément), puis les 10 commandements, puis le Crédo. Ces « gros morceaux » feront de toute façon partie des catéchismes qui suivent, et vous aurez ainsi l’occasion d’apprendre à mémoriser et faire mémoriser sur quelque chose de plus petit qu’un catéchisme entier. Et ensuite vous passerez au catéchisme.
  • Pour mon fils, je mets le rythme suivant : 1 « dimanche » par semaine, répétition 5-10 fois par jour. Le mercredi il a généralement retenu, le samedi il a hâte de passer au suivant. Pour moi-même, 10 fois par jour, 1 « dimanche » de Heidelberg par semaine, le matin après la prière. (entre 5h30 et 6h)
  • La vraie difficulté est de faire répéter dans la durée, quand l’exercice commence à devenir ennuyant. C’est sur ce point que je bute et je cherche une méthode. Mettre les questions en chanson, en faire un jeu pour toute la famille…

Je vous ai transmis à présent tout ce que je sais. Faites de même avec vos enfants, et revenez vers moi pour me dire comment vous faîtes 😉

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