Somme Théologique

Les oeuvres de Christ: humaines ou divines? -Thomas d’Aquin

Maintenant qu’il est établi que Christ a deux volontés, unies entre elles, se pose la question de son œuvre : les œuvres de Jésus sont-elles humaines ? Sont-elles divines ? Les deux ? Voici la Question 19 de la Troisième partie de la Summa :

  1. N’y a-t-il chez le Christ qu’une seule opération, à la fois divine et humaine ? Non.
  2. Y-a-t-il chez le Christ plusieurs opérations humaines ? Non.
  3. Par l’activité de sa nature humaine, Christ a-t-il pu mériter pour lui-même ? Oui.
  4. Par cette même activité, a-t-il mérité pour nous ? Oui.

Article 1 : Y-a-t-il une seule opération divino-humaine chez le Christ ?

Ambroise écrit  » Comment la même opération peut-elle provenir de puissances diverses? Une puissance inférieure peut-elle agir de la même manière qu’une puissance supérieure? Peut-il enfin y avoir une seule opération là où il y a diversité de substance? « 

Thomas d’Aquin fait un assez long développement sur la distinction entre l’opération d’un outil, qui reçoit son action d’un autre, et l’opération « propre » qui vient de la forme même de l’agent. Appliqué à notre question cela veut dire que nous avons deux modèles :

Le modèle monophysite considère la nature humaine comme un « outil » entre les mains de la nature divine de Christ. Dans cette vision, il n’y a qu’une seule opération, qui est proprement divine. De même que l’on dit que l’ouvrier « chauffe » le fer parce qu’on lui attribue l’action de son outil le feu, il serait juste d’attribuer à la nature divine de Christ ses œuvres humaines, puisque la nature humaine est soumise à la Divinité.

Mais ce n’est pas le modèle orthodoxe, qui affirme la complétude des deux natures : Jésus est pleinement humain, et pleinement divin. Ce qui amène Thomas à dire :

Or, chez le Christ, la nature humaine a une forme propre et une puissance qui est principe d’opération; de même, la nature divine. Par conséquent, la nature humaine possède une opération propre distincte de l’opération divine, et réciproquement.

Et il cite alors le pape Léon, qui fut déterminant dans la fixation de cette doctrine :

« L’une et l’autre forme », c’est-à-dire la nature divine et la nature humaine  » accomplissent ce qui leur est propre en communion l’une avec l’autre : le Verbe opère ce qui appartient au Verbe, et la chair exécute de qui est propre à la chair ».

Il y a donc deux opérations en Christ : une œuvre humaine, et une œuvre divine, faites par une seule personne.

Article 2 : Y-a-t-il en Christ plusieurs opérations selon sa nature humaine ?

Les œuvres humaines de Christ comprennent-elles l’ouverture du sphyncter anal quand Jésus allait aux toilettes ?

[Jean] Le Damascène écrit « L’opération suit la nature. » Mais chez le Christ il n’y avait qu’une seule nature humaine. Il n’y eut donc en lui qu’une seule opération humaine.

En réalité, c’est un commentaire général sur ce que signifie « opération humaine » : est-ce que tout ce que fait un être humain, y compris ce qu’il partage avec les plantes et les animaux, est une œuvre humaine ? Non.

La nature humaine, c’est être raisonnable, c’est-à-dire soumis à la vérité. Il y a bien sûr d’autres choses qui appartiennent à la nature humaine : être matériel et donc soumis aux lois de la physique, être sensible –avoir nos 5 sens, avoir nos appétits corporels…

Cependant ces choses là ne sont pas à proprement parler des actes humains, mais des actes rattachés à notre nature humaine. C’est ainsi que nos mouvements conscients (je lève le bras) sont complètement distincts de nos mouvements végétatifs (notre cœur qui bat). De même, chez le Christ, il n’y a qu’une seule œuvre humaine, celle qui procède de la partie la plus noble de son esprit humain.

Article 3 : Par l’activité de sa nature humaine, le Christ a-t-il pu mériter pour lui-même ?

Paul écrit (Ph 2, 6)  » Il s’est fait obéissant jusqu’à la mort; et c’est pourquoi Dieu l’a exalté. » Le Christ, par son obéissance, a donc mérité son exaltation, et ainsi il a mérité pour lui-même.

Soit l’on possède un bien par soi – par exemple, la vision de Dieu – soit on l’acquiert.

Quand on acquiert un bien spirituel comme celui de voir Dieu, soit nous l’acquérons nous-même en le méritant (par une obéissance parfaite), soit il nous est imputé sans mérite de notre part. La première voie est plus noble que la première.

Or il faut attribuer à Jésus ce qui est le plus noble. Il faut donc reconnaître que tous les biens qu’il a eu, il les a mérités. Mais il faut faire une nuance. Des biens comme la grâce, l’omniscience, la béatitude, la divinité n’ont pas été mérités ou acquis par Christ : il les a toujours eu.

Par contre des biens comme la gloire du corps, son ascension, sa vénération parmi les hommes etc… ceux-là ont bel et bien été acquis par Christ, il les mérite.

Article 4 : Par l’activité de sa nature humaine, le Christ a-t-il mérité pour nous ?

Je cite Thomas entièrement :

Il est écrit (Rm 5, 18)  » Comme la faute d’un seul a entraîné la condamnation de tous les hommes, ainsi la justice d’un seul procure à tous les hommes la justification qui donne la vie. » Or le démérite d’Adam a entraîné la condamnation des autres hommes. A plus forte raison le mérite du Christ rejaillit sur les autres.

Comme nous l’avons dit, le Christ ne possédait pas seulement la grâce à titre individuel, mais aussi comme tête de toute l’Église, à qui tous sont unis comme les membres à leur tête, pour constituer avec lui une seule personne mystique. Aussi le mérite du Christ s’étend-il aux autres hommes en tant qu’ils sont ses membres; ainsi, dans un individu, l’action de la tête appartient de quelque manière à tous ses membres, car ce n’est pas seulement pour elle que ses sens agissent, mais pour tous ses membres.

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Mari, père, j'appartiens à Christ. Les marques de mon salut sont ma confession de foi et les sacrements que je reçois.

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