Les cinq solae, cinq principes pour notre culte !
21 mai 2020

Alors que nous avons fêté les 500 ans de la Réforme, les réflexions sur les cinq solae se sont multipliés. Si pour Luther, la Réforme était surtout une redécouverte de l’Évangile, pour Calvin, il s’agit avant tout de retrouver le culte qui plaît à Dieu. Autrement dit, pour Calvin, la Réforme est d’abord une réforme de l’adoration. Nous aimerions donc réexaminer dans cet article la liturgie réformée sous l’angle des cinq solæ… et même d’un sixième !

Sola scriptura

Le Sola scriptura appliqué au culte en église, c’est tout simplement l’organisation du culte non selon nos envies, mais selon la Parole. C’est ce que l’on appelle le principe régulateur. Comme le dit le catéchisme de Heidelberg, Dieu veut « que nous ne lui rendions aucun autre culte que celui qu’il a commandé dans sa Parole » (Catéchisme de Heidelberg, R. 96). Cela est aussi valable pour notre culte en église.

Sola gratia

Rendre un culte à Dieu, alors que nous sommes pécheurs, est une tension qui ne se comprend qu’à la lumière de la grâce surabondante de Dieu. Ainsi, si dans la liturgie réformée le culte commence par un accueil, nous ne devons pas le transformer en un simple « Bonjour ! » ni une simple invitation à adorer : l’Église doit se rappeler qu’elle ne peut adorer que par grâce et que c’est un privilège immérité.

Cela signifie aussi que le culte tout entier doit illustrer, comme dans un théâtre, la grâce de Dieu. Voilà pourquoi la liturgie réformée comporte un moment de confession des péchés suivi d’un moment où la promesse du pardon de Dieu est annoncé à l’assemblée.

Finalement, le culte doit être l’occasion de proclamer l’Évangile de la grâce de Dieu (1 Cor 14:25). Et ce n’est pas uniquement dans la prédication mais encore dans l’organisation même du culte que la grâce doit être visible.

Sola fide

Dieu est un Dieu d’alliances et de promesses. Et le peuple de Dieu est un peuple qui marche par la foi seule. L’application du sola fide au culte, c’est ce que l’on appelle le principe dialogique : le culte est un dialogue. Les perfections de Dieu sont présentées et le peuple répond par l’adoration, les promesses de Dieu sont annoncées et le peuple répond par la foi, la Loi de Dieu est proclamée et le peuple répond par la repentance et l’obéissance, les sacrements nous illustrent l’Évangile et le peuple les saisit par la foi, les grandes actions de Dieu sont rappelées et le peuple répond « Car sa bienveillance dure à toujours ! » (Ps 136).

Puisque la foi est ce qui nous unit à Dieu et que nous voulons nous souvenir de ses grandes actions, la liturgie réformée inclut aussi un moment de confession de foi : l’assemblée déclare publiquement sa foi en lisant le Credo ou le Symbole de Nicée.

Solus Christus

Le contenu des Écritures, la grâce de l’Évangile, et l’objet de notre foi se résument en Jésus-Christ. Tout le culte doit être centrée sur la vie, la mort et la résurrection du Christ. Non seulement la prédication doit être christocentrique, mais aussi les chants et la structure du culte. C’est encore pour cela que nous argumentions sur notre blog en faveur d’une prise hebdomadaire ou courante de la Cène : Jésus-Christ y est offert et présenté aux croyants, il est la raison même de notre culte, pourquoi s’en priver et appauvrir notre culte ?

Soli Deo gloria

La liturgie réformée se conclut par une doxologie : un court chant qui rend gloire à Dieu. Et c’est tout à fait approprié : le but de notre culte est de rendre gloire à Dieu, c’est le sens même du culte. Cela implique encore une fois que notre culte ne cherche pas premièrement à plaire aux hommes mais à Dieu et nous renvoie au principe régulateur qui répond à la question « comment rendre gloire à Dieu dans notre culte communautaire ? ». Le but de notre existence doit aussi être le but de notre culte.

Sola ecclesia

L’Église seule est le sixième sola suggéré par Kevin Vanhoozer dans Biblical Authority After Babel. Ce principe n’avait peut être pas besoin d’être autant souligné à l’époque de la Réforme, mais dans notre contexte individualiste, cela devient central. Sola ecclesia signifie l’Église seule. Kevin Vanhoozer suggère cela dans le cadre d’une discussion sur l’interprétation de la Bible où il montre que cette tâche est avant tout communautaire.

Alors que je donnais un cours d’herméneutique au Foyer évangélique universitaire de Lille, j’ai eu à cœur de rappeler cet aspect communautaire et en réfléchissant au sujet je me suis rendu compte là encore de la pertinence de la liturgie réformée. En effet, celle-ci comporte un moment de lecture publique des Écritures. Les premiers chrétiens passaient un temps considérable à lire la Bible de cette façon. Je pense que nous aurons beaucoup de mal à travailler à la manifestation de l’unité de l’Église si le principal rapport que les chrétiens ont avec la Parole est un rapport individuel : Moi, ma Bible et mon plan de lecture. Ces choses sont bonnes, mais le risque est de perdre de vue que la Bible ne m’est pas adressée à moi mais à l’Église avant tout, et à moi uniquement dans le cadre de l’Église. Cela a d’immenses conséquences quant à l’interprétation biblique.

Et cela nous mène à un autre principe du culte communautaire : le principe… communautaire (ou corporatif) ! Comme le dit Pierre-Sovann Chauny dans “Réformer le culte évangélique au XXIe siècle” (sous presse pour la Revue réformée) :

Il y a des marques d’affection et des confidences qui sont parfaitement déplacées en public mais que nous avons la liberté de faire dans un cercle plus restreint et, évidemment, dans l’intimité d’un tête-à-tête. Pour cette raison, le culte communautaire n’est pas le lieu de l’expression particulière des joies particulières et des fautes particulières d’un individu, sauf lorsqu’elles concernent la communauté […].

Pour cette raison, le culte doit rassembler toutes les différentes catégories qui composent l’Église, aussi bien aux plans socio-économique et socio-culturel qu’au niveau des classes d’âge – aussi bien les « enfants » que les « pères » et les « jeunes gens » (cf.1 Jn 2:12-14). L’intégration des enfants au culte communautaire doit particulièrement être réfléchie – y compris dans les communautés qui ne les considèrent pas comme participant de l’alliance – car, de fait, ils sont là et, pour le moins, sont confiés à la garde de l’Église. Ils doivent apprendre avec leurs parents et en les imitant à adorer le Seigneur avec crainte, joie et sincérité.  « Réunissez le peuple, consacrez une assemblée ! Rassemblez les anciens, réunissez les enfants, même les nourrissons au sein de leur mère ! » (Jl 2:17). Tous sont concernés !

Le fait que le culte soit communautaire doit nous rappeler finalement que le culte a aussi pour but d’édifier les croyants, tous les croyants.

Conclusion

Les solæ sont les principes qui guident toute la vie de l’Église et du croyant. Toute sa vie est un culte vivant offert à Dieu et cela est d’autant plus vrai dans notre culte communautaire. Et si la Réforme et ses solæ commençaient à réformer notre culte ?

Maxime Georgel

Maxime est étudiant en médecine en 4ème année (FASM1) à la Faculté de Médecine et Maïeutique de l'Université Catholique de Lille. Fondateur du blog Parlafoi.fr, il se passionne pour la théologie systématique, l'histoire du dogme et la philosophie réaliste. Vous entendrez souvent dans sa bouche "Thomas D'Aquin", "Jean Calvin" et "Vive la scolastique". Il affirme être marié à la meilleure épouse du monde avec laquelle il vit sur Lille.

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