Et si les baptistes et pédobaptistes pouvaient se réconcilier ? (1)
12 mars 2018

Cet article veut faire écho à l’excellent article du Bon Combat intitulé « Quand devrions-nous baptiser les nouveaux convertis ?« .

Pour faire un disciple, il semble que le modèle donné par le Christ et celui suivi dans les Actes se fasse rare aujourd’hui. Le baptême était vu comme l’entrée dans la vie chrétienne, dès que le convertit avait professé il était baptisé puis enseigné.

Malheureusement, il est bien courant de voir des jeunes qui ont toute une préparation au baptême parfois très longue avec une limite d’âge arbitraire pour le baptême qui fait que ces jeunes sont baptisés des années après le début de leur vie chrétienne. Puis, une fois le baptême effectué, la procédure s’arrête. Le baptême parait être l’aboutissement de la vie chrétienne « c’est bon, tu es un disciple ». Non, toute la vie chrétienne est un baptême, toute la vie chrétienne est une repentance, une mort à soi-même, se revêtir du Christ.

Je suggère que notre discipulat serait bien plus efficace si nous respections l’ordre biblique en baptisant tout de suite les nouveaux convertis et continuions à les former après le baptême.

Et, puisqu’il est question de limite d’âge, je tiens à faire ici une remarque qui me vient de Vern S. Poythress. Ce dernier a écrit un article dans le Westminster Theological Journal où il s’adresse autant aux baptistes qu’aux pédobaptistes (ceux qui baptisent les enfants des croyants). Il est lui-même pédobaptiste et plaide une certaine forme de réconciliation entre les deux positions.

En effet, bien que la plupart des baptistes soient d’accord sur le fait que quelqu’un qui professe la foi peut être baptisé, ils auront toutefois des réticences à baptiser un enfant de 12, 10 ou 6 ans qui professe. Parce que « c’est un enfant ». Sa profession de foi ne serait pas crédible parce qu’il serait influencé par ses parents.

Quand on y réfléchit, cela n’a aucun sens. En effet, il est totalement illusoire de penser qu’un adolescent ou même un adulte est désormais un être autonome et sans influence. Les influences changent et prennent différentes formes mais certains adultes sont plus sous pression et influence d’une autre personne qu’un enfant. Ce n’est pas l’absence d’influence qui rend le baptême valide. Une telle absence n’existe pas. Mieux encore, je pense que Dieu a lui-même créé cette influence au sein de la famille. Il est bon que les parents influencent leurs enfants et louons Dieu si cela les pousse à professer la foi plutôt que de leur faire comprendre que c’est pas tout-à-fait crédible tant qu’ils n’ont pas atteint une certaine limite d’âge totalement arbitraire où ils seraient potentiellement autonomes.

L’Evangile est pour tous, grands et petits. Les petits enfants sont amenés à Christ et il les béni. Réfléchissons au message que nous envoyons aux enfants en ne prenant pas au sérieux leur profession de foi : seuls les grands peuvent être vraiment des chrétiens crédibles. Et que dire des déficients mentaux sous l’influence de ceux qui en prennent soin ? Ce n’est pas le degré d’intelligence ni d’autonomie qui fait que quelqu’un peut être chrétien. Ce n’est pas non plus le fait d’avoir vécu « une expérience radicale de conversion » qui rend la profession de foi crédible.

Et ne prenons pas pour excuse « Oui, mais quand ils seront grands ils pourront témoigner à leur baptême devant leurs amis ». Pas sûr qu’il y ait eu beaucoup de témoins au baptême de l’eunuque (Actes 8:38), à celui de Paul (9:18), de Lydie (16:15) ou du geôlier (16:33). Et rien n’empêche d’inviter des amis pour cette occasion et d’y prêcher l’Evangile. Ne pensons pas que les 3000 baptisés à la Pentecôte ont « raconté leur témoignage ».

Ne disons pas non plus « oui, mais s’ils se détournent plus tard de la foi » car même un adulte peut se détourner de la foi après son baptême. Là encore, il est totalement arbitraire d’évaluer cela « je pense que la probabilité que tu te détournes de la foi est inférieure à 95% du coup je te baptise ».

Alors, certes, les positions baptistes et pédobaptistes ne sont pas pleinement réconciliées par ces considérations, mais le fossé parait bien moins large et profond en pratique. Le dialogue permet d’apprendre des uns et des autres à ce sujet, le recul de l’histoire nous permet de regarder avec moins d’amertume et plus d’objectivité cette question qui a divisé l’Église.

« Laissez les petits enfants venir à moi »
(Luc 18:16)

 

Maxime Georgel

Maxime est étudiant en médecine à Lille. Fondateur du blog Parlafoi.fr, il se passionne pour la théologie systématique, l'histoire du dogme et la philosophie réaliste. Vous entendrez souvent dans sa bouche "Thomas d'Aquin", "Jean Calvin" et "Vive la scolastique". Il affirme être marié à la meilleure épouse du monde. Ils vivent ensemble sur Lille avec leurs deux enfants et sont moniteurs de la méthode Billings.

2 Commentaires

  1. Pascal Denault

    Merci pour cet article Maxime, je suis pasteur baptiste et je te rejoins entièrement sur ces points.

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    • Maxime Georgel

      Tu devrais aimer les autres articles de la série qui suivront. En réalité je pense que les baptistes et pédobaptistes peuvent faire plus qu’aujourd’hui pour se rapprocher sans compromettre leurs positions respectives.

      Réponse

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