Le contraste entre les dons et l'amour : Le don des langues dans 1 Corinthiens 13.8-14.40 (5/16)
1 mai 2018

Partie 5 : le triple contraste entre les dons et l’amour – 1 Corinthiens 13.8-13

Le treizième chapitre de la première épître aux Corinthiens ne parle que de l’amour. Le traitement de ce sujet atteint son paroxysme au verset 8 où l’apôtre énonce que “l’amour ne périt pas…”. Il déclare ici que l’amour est la seule vertu éternelle, la seule chose que nous avons ici et que nous aurons éternellement. Cette déclaration est très importante dans le contexte de l’église de Corinthe à laquelle Paul s’adresse ; car dans cette église, les chrétiens portaient une telle attention aux dons, aux ministères spirituels qu’ils en avaient oublié l’essentiel. Ils avaient négligés ce que Paul appelle en 1 Corinthiens 12.31 “la voie par excellence”, à savoir l’amour. Et c’est dans un tel contexte que Paul dresse un triple contraste entre les dons et l’amour.

I. Les dons sont temporaires mais l’amour est éternel (v. 8).

“L’amour ne périt jamais. Les prophéties prendront fin [lit. ’seront rendues inopérantes’], les langues cesseront [lit. ‘cesseront d’elles-mêmes’], la connaissance disparaîtra[lit. ’seront rendues inopérantes’]”.

On pourrait reformuler ce que Paul dit ici de la manière suivante : “Les dons de prophéties, de langues et de connaissance sont amenés à disparaître. Ils auront leur utilité pendant un temps, mais ils ne sont ni permanents ni éternels”.

Précédemment, nous avons vu que Paul faisait une distinction entre les dons de prophétie et de connaissance d’une part et le don des langues d’autre part. Nous avons vu que le verbe pauo était utilisé à la voix moyenne, ce qui signifie que les langues cesseront d’elles-mêmes alors que le verbe utilisé pour décrire la fin de la prophétie et de la connaissance (katargeo) est utilisé à la voix passive, ce qui signifie qu’elles seront rendues inopérantes par quelque chose d’autre qui, dans le contexte, est la chose parfaite dont parle le v.10.

C’est pourquoi nous devons en conclure que la prophétie et la connaissance n’ont pas cessé en même temps que les langues puisque ce passage nous dit qu’elles doivent disparaître lorsque “ce qui est parfait” sera venu. Les v. 9-10 nous disent : “Car nous connaissons en partie, et nous prophétisons en partie, mais quand ce qui est parfait sera venu, ce qui est partiel disparaîtra”. Ce qui est partiel – la connaissance et la prophétie – cesseront lorsque ce qui est parfait sera venu, parce que ces dons ne sont que temporaires. Tant que ce qui est parfait n’est pas advenu, ces dons seront essentiels. Mais ils sont seulement temporaires et non éternels.

La deuxième chose que nous apprenons de Paul lorsqu’il traite de la permanence de l’amour c’est que :

B. Les dons sont partiels mais l’amour est parfait (v.9-10, 12).

Si l’on observe les v.9, 10 et 12, on se rend compte que le mot “partiel” revient quatre fois. Quatre fois en trois versets, Paul utilise le mot grec meros qui signifie simplement “une partie de l’ensemble”. Ces dons, donc, sont partiels. Au passage, remarquons que les langues n’apparaissent pas dans les v.9-13. Pourquoi ? Parce que les langues ont disparus avant même que ce qui est parfait advienne, et par conséquent Paul n’a pas besoin d’opposer les langues à ce qui est parfait. Pour Paul, la prophétie et la connaissance seront là jusqu’à ce que “ce qui est parfait” advienne, mais non les langues, car avant que la perfection ne soit établie, les langues auront auparavant cessé d’elles-mêmes.

1. Les limites des dons de prophétie et de connaissance (v. 9)

“Car nous connaissons en partie, et nous prophétisons en partie”.

A l’époque où Paul écrit aux Corinthiens, en 55 ap. J.-C., l’activité de ceux qui avaient le don de prophétie et de connaissance ne permettaient pas encore de saisir toute la vérité que Dieu voulait révéler aux hommes. L’essentiel était révélé, mais non l’ensemble de la foi dont Jude dira plus tard qu’elle “a été transmise une fois pour toute”.

Cela ne veut pas dire que, parce que la connaissance était partielle, elle ne leur servait à rien ou les induisait en erreur. Au contraire, toute l’histoire de la révélation est celle d’une progression, d’une connaissance floue, approximative et partielle à une connaissance de plus en plus précise et complète. Au fur et à mesure que la révélation s’est complétée, la connaissance du salut et de la personne de Jésus-Christ est devenu de plus en plus précise.

La connaissance que Dieu nous donne de lui-même doit devenir de plus en plus complète, et c’est dans ce contexte que Paul explique que les dons surnaturels de prophétie et de connaissance cesseront lorsque ce qui est parfait viendra.

2. De quoi Paul parle-t-il lorsqu’il parle de la venue de “ce qui est parfait” (v. 10, 12) ?

“Mais quand ce qui est parfait sera venu, ce qui est partiel disparaîtra [du gr. katargeo qui signifie ‘abolir’]… Aujourd’hui nous voyons au moyen d’un miroir, d’une manière obscure, mais alors nous verrons face à face; aujourd’hui je connais en partie, mais alors je connaîtrai comme j’ai été connu”.

L’idée de ce passage, c’est que le jour vient où nous aurons tout pleinement pour comprendre la personne et l’oeuvre de Christ, pour saisir pleinement l’ensemble de l’histoire de la rédemption. Et lorsque nous aurons cela, nous n’aurons plus besoin de prophétie et de connaissance. Bien sûr, lorsque ces dons auront disparu, il nous restera la foi, l’espérance et l’amour qui seront nourri par “ce qui est parfait”. Et ultimement, lorsque nous n’aurons plus besoin ni de foi ni d’espérance, parce que nous verrons celui en qui nous avons cru et espéré, alors il ne restera que l’amour. Ainsi, les dons sont moins importants que l’amour parce que les dons sont temporaires et partiels alors que l’amour est éternel et parfait.

Mais, la chose parfaite dont parle le texte nous semble être autre chose que l’amour. Pourquoi ? Parce qu’après que “ce qui est parfait” soit venu subsisteront encore la foi, l’espérance et l’amour. Par conséquent, Paul n’a pas en vue le retour de Jésus-Christ lorsqu’il parle de ce qui est parfait, car à son retour il n’y aura plus ni foi ni espérance. Paul parle donc d’un événement qui a lieu avant le retour de Jésus-Christ et qui nous permet de le connaître parfaitement.

Lorsque Paul écrit cette lettre en 55 ap. J.-C., il peut dire : “Aujourd’hui nous voyons au moyen d’un miroir, d’une manière obscure…”. Ici, Paul fait référence au don de prophétie et de connaissance. La révélation n’était pas encore complète, et par conséquent l’église ne pouvait voir que partiellement comment toutes les promesses de Dieu trouvaient en lui leur accomplissement. Paul continue alors en disant : “Aujourd’hui je connais en partie, mais alors je connaîtrai comme j’ai été connu”.

Dans l’ensemble de l’épître aux Corinthiens, le verbe “connaître” est utilisé comme un “connaître d’enseignement” et non comme un “connaître d’intimité”. Donc, lorsque Paul utilise dans ce passage l’expression “connaître comme j’ai été connu”, il ne veut pas dire que “Je connaîtrai Jésus comme Jésus m’a connu” mais plutôt “Je connaîtrai l’Evangile dans toute sa plénitude”. A quoi Paul fait-il référence ? Nous croyons qu’il s’agit de la complétion du canon, et c’est seulement en acceptant cela que nous pouvons établir la doctrine de la perfection de l’Ecriture. Et comme nous l’avons dit auparavant :

L’interprétation cessassioniste traditionnelle de 1 Corinthiens 13.8-13 est très contestée, mais je ne pense pas qu’elle soit pour autant erronée. Dans ce passage, Paul explique que lorsque ce qui est parfait sera venu, les prophéties cesseront. Nous pensons que “ce qui est parfait”, ce sont les écrits du Nouveau Testament. Certains objectent immédiatement que ça ne peut pas être le cas, puisque le texte parle de voir “face à face” et que cela fait donc référence à la Seconde Venue de Christ. A cela, nous répondons que Jésus-Christ est la révélation finale de Dieu (Hb 1.2), et que nous avons dans le Nouveau Testament une image parfaite de Jésus-Christ. Ce n’est pas pour rien, pensons-nous, que Jésus a promis à ses apôtres que l’Esprit Saint les guiderait “dans toute la vérité” (Jn 16.13), qu’il leur enseignerait “toutes choses” (Jn 14.26). Jésus promet ici que les apôtres connaîtront par l’Esprit Saint la totalité de ce qui leur est nécessaire, et la conséquence, c’est que nous connaissons par les apôtres la totalité de ce qui nous est nécessaire. C’est pourquoi nous pouvons appeler notre Bible complète “ce qui est parfait”. Si ce n’était pas le cas, si nous devions attendre la retour de Jésus-Christ pour voir “face-à-face”, pourquoi a-t-il dit à ses disciples : “il vous est avantageux que je m’en aille, car si je ne m’en vais pas, le consolateur ne viendra pas vers vous ; mais, si je m’en vais, je vous l’enverrai” (Jean 16.7) ? D’après Jésus, son départ nous est plus utile que s’il était resté physiquement avec nous…

Bien sûr, la perfection de l’Ecriture renvoie ici à la perfection de son contenu et non à la compréhension que nos esprits dépravés en ont. Mais ce que nous établissons ici – à la suite de Paul – c’est que l’Ecriture contient en elle-même toute la manière suffisante pour connaître parfaitement Christ et pour nous équiper en vue de toute oeuvre bonne.

La perfection de l’Ecriture est cependant supplantée d’une certaine façon par la perfection de l’amour. Une fois que l’Ecriture a été complétée, les dons miraculeux de prophéties et de connaissance ont cessé, mais la foi, l’espérance et l’amour ont demeuré. Et un jour, de ces trois, ne demeurera plus que l’amour. C’est dans ce sens qu’on peut dire que Paul établit un contraste entre l’insuffisance des dons et la perfection de l’amour : les dons sont partiels mais l’Ecriture est parfaite, l’amour survivra à la venue de ce qui est parfait, ainsi l’amour est aussi parfait alors que les dons sont partiels. C’est pourquoi Paul déclare aux Corinthiens, à une époque où ces dons étaient encore d’actualité, qu’avant de chercher les dons partiels, ils feraient mieux de rechercher la perfection de l’amour.

Ainsi, la démarche de Paul au chapitre 13 est de comparer l’amour aux dons miraculeux. Du v.8, nous tirons que les dons sont temporaires alors que l’amour est éternel, des v.9, 10 et 12 nous tirons que les dons sont partiels alors que l’amour est parfait. Enfin, du v.11, nous tirons que :

III. Les dons correspondent à l’enfance, mais que l’amour correspond à l’âge adulte (v. 11).

“Lorsque j’étais enfant, je parlais comme un enfant, je pensais comme un enfant, je raisonnais comme un enfant ; lorsque je suis devenu homme, j’ai fait disparaître ce qui était de l’enfant”.

Dans le judaïsme, il y a une cérémonie traditionnelle qui s’appelle la Bar-Mitzvah. Le jour d’avant sa Bar-Mitzvah, le garçon est encore un enfant. Mais après la cérémonie, il devient un “fils de la Loi”, un véritable adulte. De même, avant que le canon ne soit complet, l’église était dans un état d’enfance puisqu’elle n’avait pas encore la totalité de la révélation divine. Mais à partir du moment où l’ensemble des écrits du Nouveau Testament fut rédigé et diffusé, l’Eglise pouvait désormais faire disparaître ce qui est de l’enfant. C’est alors que la prophétie et la connaissance ont cessé. Désormais ne demeuraient que la foi, l’espérance et l’amour – si bien que nous pouvons dire que les dons correspondent à l’enfance, mais que l’amour correspond à l’âge adulte.

Quelle est la conclusion que nous devons tirer de tout cela ? Si les dons sont temporaires, partiels et correspondent à l’enfance alors que l’amour est éternel, parfait et correspond à l’âge adulte, sur quoi Paul devait-il attirer l’attention de ces Corinthiens bien puériles ? Sur l’amour bien sûr. Et c’est ce qu’il fait au v. 13.

Conclusion : La suprématie de l’amour.

“Maintenant donc ces trois choses demeurent : la foi, l’espérance, l’amour ; mais la plus grande de ces choses, c’est l’amour.”

L’amour est supérieur à la foi et à l’espérance parce que la foi et l’espérance ne sont pas éternelles. Actuellement, nous marchons par la foi et non par la vue (2 Cor 5.7), mais un jour nous marcherons par la vue et non plus par la foi. Il en va de même de l’espérance. Actuellement nous avons une espérance, mais elle disparaîtra un jour lorsque nous verrons ce que nous espérons (Rom 8.24-25). Ainsi, la foi et l’espérance disparaîtront aussi. Mais l’amour est éternel. C’est pourquoi Paul conclut ce chapitre en disant : “La plus grande de ces choses, c’est l’amour”.

Nos dons, nos capacités, notre ministère, nos talents, notre foi, notre espérance – tout cela est très important. Mais il ne s’agit que de choses temporaires. L’amour, lui, est éternel. La leçon que nous devons en tirer avec les Corinthiens est la suivante : nous ferions mieux d’apprendre dès maintenant à aimer, parce que c’est la seule chose que nous conserverons dans l’éternité. Rien de moins que ça ! Qu’il est important de s’aimer dans l’assemblée du peuple de Dieu !

Et c’est d’ailleurs les trois prochains mots qu’écrit l’apôtre : “Rechercher l’amour” (1 Cor 14.1). Voici la voie par excellence !

Adapté de John MacArthur dans son guide d’étude The Permanence of Love

Téléchargez gratuitement notre livre sur les dons de l’Esprit en cliquant ICI

Image Cessation

Maxime Georgel

Maxime est étudiant en médecine à Lille. Fondateur du blog Parlafoi.fr, il se passionne pour la théologie systématique, l'histoire du dogme et la philosophie réaliste. Vous entendrez souvent dans sa bouche "Thomas d'Aquin", "Jean Calvin" et "Vive la scolastique". Il affirme être marié à la meilleure épouse du monde. Ils vivent ensemble sur Lille avec leurs deux enfants et sont moniteurs de la méthode Billings.

8 Commentaires

  1. Jean-Mikhaël B.

    « Mais, la chose parfaite dont parle le texte nous semble être autre chose que l’amour. Pourquoi ? Parce qu’après que “ce qui est parfait” soit venu subsisteront encore la foi, l’espérance et l’amour. »
    Il faut premièrement supposer que ce qui est parfait désigne le canon pour avancer que la foi, l’espérance et l’amour subsistent après sa venue…

    Réponse
    • Maxime Georgel

      Non, le raisonnement va dans l’autre sens : MacArthur dit que le grec implique la continuité de la foi, etc. mais la cessation des dons. Sur cette base, il rejette l’idée que ça soit le Retour.
      Encore une fois, je ne suis pas pleinement convaincu, mais je prends en note ^^

      Réponse
  2. Jean-Mikhaël B.

    « Mais, la chose parfaite dont parle le texte nous semble être autre chose que l’amour. Pourquoi ? Parce qu’après que “ce qui est parfait” soit venu subsisteront encore la foi, l’espérance et l’amour. Par conséquent, Paul n’a pas en vue le retour de Jésus-Christ lorsqu’il parle de ce qui est parfait, car à son retour il n’y aura plus ni foi ni espérance. »
    En fait, ses autres arguments pour le canon fonctionnent (même si je ne suis pas pleinement convaincu non plus) mais ce paragraphe essaie d’enfoncer le clou avec un raisonnement circulaire : il n’est pas dit dans le texte qu’après « ce qui est parfait » soit venu la foi, l’espérance et l’amour subsisteront

    Réponse
    • Maxime Georgel

      Hum, il me semble que c’est ce que MacArthur a voulu montrer. Pas 100% convaincant en effet.
      Dans tous les cas, moi c’est 1 Cor 14 et la citation d’Esaie qui m’a ôté tout doute quant au fait que les langues ont cessé.

      Réponse
  3. domydomi

    1/ Le canon des écritures signant un nouvel âge,ouvrant une nouvelle époque, est un présupposé qui n’est indiqué nulle part dans celui-ci.
    2/ en admettant cette hypothèse, l’état de perfection n’est pas dans l’énoncé que représenterait le Canon, mais dans son accomplissement comme toute écriture ou prophétie qui se respecte.
    3/ Le Canon présenté ici comme la perfection, se substitue à la perfection qu’il annonce: le retour de Christ.
    4/ quand ce qui est parfait viendra, l’espérance et la foi disparaîtront (rom:8:24) pour laisser place à l’amour.
    Or aujourd’hui, la foi et l’espérance demeurent.
    Conclusion: Le Canon n’étant qu’une borne installée dans le temps, l’énoncé n’est pas équivalent à son accomplissement et ne pourra donc être qualifié de parfait qu’à son accomplissement justifiant ainsi la légitimité des ministères et des dons qui l’accompagne. La foi qui subsiste, agissant comme un miroir vers l’espérance ne sera plus. Ce qui est parfait sera là.

    Réponse
    • Maxime Georgel

      1) Dans tous les cas il n’est pas désigné explicitement ce qui est en vue, que cela soit le canon ou le second retour
      2) Pourquoi ?
      3) Prouvez-le
      4) Justement, or ici la foi ne disparait pas.

      Réponse
      • Domy

        1/ le canon ouvrant la voie à une nouvelle époque est un présupposé indiqué nulle part. Prouvez le contraire?
        2/ un des principes d’authentification et de perfection de la prophétie biblique n’est pas dans son énoncé, mais dans son accomplissement.
        3/Et comme l’unité de l’écriture selon l’analogie de la foi ne peut être interprétée que par l’objet qu’elle désigne, il ne peut s’agir que de Christ en son retour.
        4/ où est-il indiqué que la foi ne disparaît pas?

        Réponse
        • Maxime Georgel

          1) Pourquoi le prouver ? Je ne l’ai jamais affirmé ! Je dis simplement que le texte n’est pas explicite sur ce qu’est le « parfait »
          2) Et alors ? ce n’est pas l’accomplissement du canon qui nous donnera la règle de foi ^^, le canon est identifié par le fait que ses auteurs soient du cercle apostolique.
          3) Pourquoi ?
          4) C’est ce que MacArthur souligne

          Réponse

Soumettre un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.