La lutte entre protestants confessants et charismatiques au XVIIIe siècle
15 décembre 2021

J’ai conclu ma « Brève histoire des Églises Réformées de France » en mentionnant entre autre Antoine Court, le restaurateur de l’Église Réformée. En pleine Révocation, alors que les protestants sont traqués et punis, qu’ils doivent s’assembler dans le Désert, Antoine Court restaure la Confession de foi et la Discipline de l’Église Réformée comme standards des protestants français. C’est une histoire extraordinaire, qui forcément rappelle en partie notre propre vision à Par La Foi : celle de faire connaître et de préparer une semblable restauration. J’en parlerai ultérieurement.

Aujourd’hui, le sujet de cet article est la lutte entre protestants « confessants » d’Antoine Court, sortis d’entre les « charismatiques » jusqu’à ce que les pasteurs remplacent les prophètes, la Confession remplace la Prophétie, et l’Ordre de la Discipline remplace la spontanéité des cultes des « Inspirés » comme on les appelait à l’époque. Je pense que le lecteur protestant contemporain saura comprendre la pertinence de ces évènements sur notre propre contexte.

Je m’appuie sur le chapitre 7 de l’Histoire de la Restauration du protestantisme, volume 1 par Edmond Hugues, publié en 1872, à une époque où les réformés étaient libérés du Concordat et cherchaient une nouvelle place dans la nation française. Il est disponible sur Google Books, pages 194 à 243. Ce qui suit est une synthèse, complétée sur certains points par mes notes sur les Mémoires d’Antoine Court, éditées par le même Edmond Hugues.

Avant le ministère d’Antoine Court (1715)

Les tous premiers prophètes étaient des enfants dauphinois 1 vers 1688, à peine trois ans après la Révocation de l’Édit de Nantes. De ceux-ci, seuls Gabriel Astier et Isabeau Vincent ont accédé à la célébrité. Edmond Hugues dit que la cause de l’émergence de ce mouvement est l’ambiance apocalyptique de la communauté protestante de l’époque, qui a fait surgir chez les enfants ce genre de visions et de comportement. Les prophètes protestants sont nés d’un excès de souffrance. Dans tous les cas, leur effet est grand : ils sont les premiers à convoquer des assemblées dans le désert.

La première vague est facilement contenue par les intendants et leur appareil répressif. Mais en 1700 d’autres prophètes, certes plus des enfants, mais toujours inspirés par la souffrance, reprennent l’activité prophétique et pousse à la révolte et la guerre sainte. Ils sont les chefs, l’âme, la vie, la force et l’inspiration des camisards. Leur sincérité est totale : lorsque Claris dénonca un traître et qu’on mit en doute son accusation, il s’imposa de passer à travers un bûcher pour faire voir qu’il n’était pas brûlé, preuve de son inspiration. Edmond Hugues fait remarquer qu’au sein même de la guerre, ces chefs de guerre/prophètes ont toujours fait attention à rester humains et modérés dans les violences.

La révolte des camisards fut cependant dispersée par les accords passés entre le gouvernement et les chefs camisards : « Plus de chefs, plus de pasteurs, plus de prophètes. Les chefs étaient morts ou réfugiés, les pasteurs étaient bannis, les prophètes avaient cherchés un asile dans les pays étrangers. »

Une troisième vague de prophètes, ou plutôt de prédicantes vint alors, ce que connut Antoine Court. Abandonnant les discours militaristes, elles se concentrent plutôt à générer l’espoir et raffermir la foi. Malheureusement, il se mêle aussi beaucoup de bêtises et fausses prophéties dans leurs discours qui décourageront Court. Voici pour les 3 phases du mouvement prophétique avant le début du ministère d’Antoine Court.

Du temps d’Antoine Court

Il y en a partout au départ : aux assemblées, n’importe qui s’exprime fort, à tort et à travers. Leurs prophéties sont hasardeuses, souvent fausses et mal rattrapées. Par exemple, à Ganges, une prophétesse annonce la guérison d’un homme qui avait le corps enflé : qu’il prie trois jours Dieu, et il serait guéri. Celui qui raconte cette histoire ajoute cependant : « Depuis il a été inspiré à cette femme qui lui avait imposé les mains, que ces trois jours voulaient dire trois semaines à Dieu, le maître de ces évènements. » Ce n’est pas qu’ils étaient fourbes, il y a toutes les raisons de les croire sincères. Mais ils se trompaient sincèrement.

Il se structure dans ce milieu une théorie de l’inspiration qui rejette la Bible, ou plutôt, prétend être une parole de Dieu autonome. C’est ainsi que le Livre de l’Esprit circule dans le bas Languedoc. Les théoriciens justifient leur recours à l’Esprit seulement par l’urgence et la gravité du contexte. Les simples croyants justifient les prophéties par leur expérience et la sincère foi qui sortait de l’écoute de ces prophéties. Mais les extravagances infiniment variées et l’esprit sectaire commençaient à émietter le protestantisme.

Antoine Court avait commencé par donner foi à ces prophéties avant de se rendre compte qu’elles défaillaient trop souvent. Il y prêche en toute confiance au départ, mais au fil des expériences, va finir par être déçu, puis rebuté par les erreurs de ce mouvement.

  • Il part du Vivarais vers le Languedoc. Les assemblées l’apprécient, mais lui apprécie moins son collègue Jean Vesson, prédicateur et prophète qui « dans l’une de ses extases fit choix de mon épaule pour poser sa tête où il débita des mensonges et des extravagances » : sa précédente assemblée avait été découverte et il prédisait toutes sortes de gibets et morts pour les arrêtés. Cette prophétie était fausse.
  • Même genre de fiasco quand ses collègues prédicantes pratiquent un exorcisme sur une simple d’esprit : « Une jeune fille appellée Moran était malade d’esprit. Elle fut vue par la veuve Caton et par Claire, qui la crurent possédée, et se croyant en droit de chasser le démon du corps de cette fille et de commettre un crime de ne pas l’entreprendre, elles se mirent en devoir de le faire ; elles ne voulurent pourtant pas commencer que je ne fusse présent.[…] Le prétendu démon fut questionné devant moi, il dit qu’il s’appelait Belle Oreille, on lui fit commandement de la part de Dieu de quitter le corps de cette jeune fille ; on pria, on jura, on récita le commandement ; mais le démon n’obéit point, la jeune fille demeura dans l’état où les prophétesses l’avaient trouvée. »
  • Jean Vesson avait convoqué une assemblée à la Baume des Fades. Mais comme ce lieu était très proche de vignes surveillées ordinairement par des catholiques, on annula la réunion. Jean Vesson prophétisa alors que l’on avait eu tort et que pour le prouver, dans trois jours les portes de la ville se fermeraient seules en plein midi. « Mais le Ciel qui n’était pas assujetti aux caprices du prophète irrité, ne troubla point le calme dont la ville jouissait. »
  • Un soir, alors qu’il était sur le point de partir avec son collègue Monteil, ce dernier tomba en extase, et dans un grand bruit prophétisa que l’assemblée allait être découverte par les soldats. Antoine Court demande confirmation, ce qui lui attire une censure de Monteil. Ce dernier prétendit se soumettre à la volonté divine et refusa d’y aller. Antoine Court y va quand même, assisté par un guide. Alors que le guide prévient ses amis et que ceux-ci décampent, la rumeur de la prophétie de Monteil se répand dans l’assemblée. Une autre prophétesse alors tombe en extase et dit qu’il n’y avait rien à craindre. De fait, tout se passa très bien. « Aussi la chose fit-elle beaucoup impression sur moi. La contradiction qu’il y eut entre la prédiction du prophète et celle de la prophétesse n’en fit pas moins ; et quoique l’une fut plus conforme à l’évènement que l’autre, je commençais à croire qu’elle n’en valait pas mieux, qu’elle n’était pas plus divine. »
  • Le dernier clou dans le cercueil : Cela faisait 20 ans que tous les prophètes et prophétesses du pays prédisaient une gigantesque assemblée dans le haut vivarais, au pré Lacour. Une prophétesse fixa le temps pour Noël 1713 : il y aurait des anglais, un arbre qui allait surgir miraculeusement du milieu du pré, et même les détails de qui distribuerait les sacrements. Antoine Court prévint Claire que tout cela n’arriverait probablement pas, mais elle jura haut et bas que tout s’accomplirait jusqu’au bout. À Noël 1713, il n’y eut que de la neige sur le pré : pas d’anglais, pas d’arbre magique, et surtout pas d’assemblée. « Ma patience dans l’examen de prophètes que j’avais eu bien de la peine à conduire jusqu’ici m’abandonna enfin ; de là en avant, je me déclarai contre tout ce qu’on appelait inspiration, et je travaillais à en faire connaître la source et les abus. Aussi ne tardais-je pas à m’attirer l’indignation des prophètes qui, pour justifier que l’évènement ne s’était pas accompli, se servaient de spécieux prétextes, qu’elles étaient conditionnelles, qu’elles avaient manqué parce qu’on avait manqué à remplir la condition sur laquelle elles étaient fondée ; cette condition était pour l’ordinaire la conviction et l’amendement de vie qu’on n’exprimait pas, mais qu’il fallait sous entendre. »

En 1715, il a cessé d’être charismatique. Il travaille alors à détacher les prophètes de leurs disciples en critiquant publiquement la démarche prophétique avec un certain succès : il ne put pas convaincre les prophètes d’arrêter de prophétiser, mais il détournait les gens d’eux. Parallèlement, il en vient à la conviction que ce dont a besoin le protestantisme français, c’est un retour à la stratégie de Claude Brousson : rassembler tous les protestants de France en un culte aussi public que possible, en une masse aussi grande que possible, de la façon la plus pacifique possible pour que le roi soit forcé de se rendre compte que sa révocation n’a aucun sens ni intérêt. Mais pour cela, il faut de l’ordre et de la structure, plus qu’il n’en existe dans le protestantisme de son temps. Et pour avoir cet ordre et cette structure, il faut remettre en application la Discipline de l’Église Réformée, complètement abandonnée depuis la Révocation. Il s’entend avec des collègues prédicants et convoque le premier synode de l’Église du Désert en 1715.

L’opposition aux prophètes se structura dès le premier synode qui donna deux règles : 1. Pas de femmes prédicantes et 2. Pas d’autres règles que la Bible.

Le schisme de 1721

Mais même à l’intérieur du synode, deux prédicants eurent maille à partir sur ce point : Jean Vesson et Jean Huc. Jean Vesson, en particulier n’en fait qu’à sa tête, ne se présentant pas aux synodes et n’écoutant pas ces règles. Le 13 septembre 1720, c’en est trop : Vesson est censuré et on lui ordonne « d’obéir à la voix de l’Écriture qui dit que l’esprit des prophètes est soumis aux prophètes. »

Vesson et Huc deviennent alors les chefs du parti des Inspirés, le nom donnés aux protestants pratiquant ou suivant la prophétie. Corteiz tâche de les contrecarrer, en vain. C’est un jeune proposant, Combes, qui réussit à s’implanter sur les terres des Inspirés et à renverser l’influence de Huc. Vesson en revanche, organise avec succès une faction dans l’Église, qui regroupe aussi bien des acolytes que de simples chrétiens qui n’appréciaient pas personnellement Vesson, mais avaient tout de même des dogmes charismatiques, à l’image de Benjamin Du Plan.

Le synode de 1721 menace de suspension de la Cène tous les partisans de Vesson et censure Benjamin Du Plan, toujours plein membre du parti de Court, parce que Du Plan qui autorise les visions et songes de ces femmelettes. Jean Vesson est devenu officiellement schismatique. Le synode du Désert colle aux basques de Vesson jusqu’à quatre prédicants : d’abord Bétrine et Pierredon (disciples de Court), puis Corteiz et Rouvière suivent les rondes de Vesson et prêchent à sa suite, le provoquant en débat, et décourageant les protestants de suivre le parti des Inspirés. Vesson évite tout débat. Le synode fait aussi circuler Contre les fanatiques de Merlat le pasteur suisse.

Court et Corteiz font pression sur Benedict Pictet jusqu’à ce qu’il publie sa Lettre sur ceux qui se croient inspirés. L’autorité du nom de Pictet est si grande parmi les réformés français que c’est une bombe dans le parti des Inspirés.

Vesson, en perte de vitesse, écrivit à Pictet pour chercher une reconnaissance officielle, vu que sa légitimité charismatique était en chute. Il produit plus tard une lettre de Pictet l’autorisant à se faire élire pasteur. Sans réfléchir davantage, ses soutiens le proclament Pasteur, et Vesson repart à l’attaque :

Vesson, rassuré, convoqua avec une nouvelle ardeur les assemblées, administra les sacrements et annonça hautement qu’il ne voulait plus se laisser gouverner par tous les « réformateurs et docteurs, car il avait reçu plus de Dieu que tous ces bons personnages. » Il signa : Jean Vesson, berger du Christ.

Edmond Hugues, Histoire de la restauration du protestantisme, volume 1, p. 196

Problème : cette lettre de Pictet était une supercherie complète, ce que fit savoir publiquement ledit Bénédict Pictet. La réputation de Vesson est instantanément détruite sans espoir de réparation. Ses assemblées ne font plus que quelques fidèles. Aux abois, il disparut de la Vaunage pour aller rejoindre les Multipliants, une secte charismatique à Montpellier.

Le dernier raout : la secte des Multipliants

Montpellier est une ville fortement catholique, où siège les jésuites, le gouverneur et l’intendant du bas-Languedoc. C’est pourtant ici qu’est fondé un groupe d’Inspirés par Mademoiselle Verchand en 1720. Ils sont rejoints par deux prophètes ultra-inspirés : les frères Comte, qui prirent la direction de cette Église. Cette Église grossit petit à petit, de gens déçus par le parti de l’ordre d’Antoine Court. C’est vers 1722 qu’arrive Jean Vesson, espérant avoir de Mademoiselle Verchand quelque salaire. La communauté fit de lui le pasteur en titre. La secte des multipliants invita alors tous les partisans restants de Vesson à le rejoindre, dont Du Plan dont on a déjà parlé. Mais Du Plan, quoique charismatique dans sa théologie, refusa de rejoindre le groupe et resta du côté d’Antoine Court.

Cette secte devient le navire amiral des Inspirés, et prétend être la seule chance de salut du protestantisme. Ils deviennent la secte millénariste.

La réunion de ces visionnaires, tous Inspirés et prophètes à divers degrés, devait nécessairement faire éclore quelque système bizarre et étrange. C’est ce qui arriva. Un des membres, Bonicel, en fut le théoricien.

Dieu, disait-il, avait envoyé une première fois Jésus au monde pour le sauver ; mais le monde, sous l’influence de sa nature perverse, ne l’avait pas écouté et avait persisté dans ses errements. Il fallait donc une nouvelle création du règne de Jésus-Christ ; cette création, le Saint-Esprit en pouvait seul être l’auteur. Voilà pourquoi Dieu avait institué trois mages pour instruire et reprendre de sa part les peuples, les avait appelés Paul, Jean, Moïse et leur avait donné le baudrier, la robe blanche et le casque comme marque de leur charge, et leur avait confié le soin de faire entrer les nations dans le temple saint, où il avait placé une nouvelle arche mystique. Qu’on se gardât surtout de fermer l’oreille aux prophéties de ces mages suscités par Dieu ; la coupe de malédiction était pleine, la chaudière brûlait et allait consumer ceux qui les auraient méprisées. Il fallait, à moins de périr, devenir hommes de la nouvelle création et entrer dans le royaume que le Saint Esprit allait fonder.


Mais comment y entrer et par quels moyens ? Par le baptême du Saint Esprit. Un des trois mages, le mage Jean – Bonicel – appelé par Dieu à administrer le baptême de la repentance, avait été chargé de répandre sur les élus « les eaux de la grâce divine ». Bienheureux qui recevait le billet de ce baptême et possédait « le numéro de ce jour de bienveillance ». Il participait aux bienfaits de ce nouveau règne. Ce règne ne devait pas tarder à venir ; il était même déjà venu, et « l’année de bienveillance » en était le commencement. La maison de la Glanitino – Mademoiselle Verchand – était le temple de Salomon, et Montpellier allait devenir une nouvelle Jérusalem, où de tous côtés on apporterait les trésors du monde et où arriveraient des pays étrangers les plus magnifiques offrandes.

Op. cit., p. 202-3

Il en suit quelques descriptions de pratiques assez funky, comme seuls les charismatiques savent faire. Au jour de leur arrestation, les cadres portent ledit casque – un bonnet en papier doré – et baudrier, insigne du fait qu’ils sont les « mages ». Ou bien encore :

Devenus par le baptême enfants d’une nouvelle création, les élus changeaient leurs noms contre de nouveaux noms. Ainsi Bonicel s’appelait Jean ; Antoine Comte Moïse ; Bourely Paul ; Mademoiselle Verchand, la Glanitino ; la prophétesse Blayne, Marie-Madeleine ; Vesson Solmifa. Dès qu’un nouveau disciple avait reçu le baptême, il recevait un billet où se trouvait un nouveau nom en hébreu – hébreu, comme le reste de récente invention.

Op. cit, p. 203

Tout devait suivre l’inspiration du Saint Esprit, même si c’était… original.

Il fut un jour question de faire dans les rues de Montpellier une procession, Mademoiselle Verchand représentait la veuve de Sarepta ; Marie-Madeleine figurait Sion et les deux femmes les filles d’Israël. Soixante enfants habillés de blanc avec des bonnets en carton enrubannés frappaient sur des tambours ; quelques veuves suivaient le cortège une palme à la main et des couronnes sur la tête ; plus loin marchaient les anciens et les patriarches en culottes noires et en bas noirs.

Quant aux salles où se réunissaient les sectaires, la première contenait vingt-quatre bancs, elle était ornée de lauriers auxquels étaient attachés des pommes, des oranges, des citrons, des pains de grosseurs différentes, des bouteilles de vins et d’eau-de-vie. Sur la porte se lisait cette inscription: « Personne ne peut entrer dans le lieu saint sans être fouillé ». La seconde « le résidu, le sanctuaire » était plus vaste. Au milieu se dressait une chaire élevée de quatre marches, ornée de lauriers, de rubans avec des inscriptions hébraïques. Au mur s’adossaient de gros lauriers. Le plafond était tendu de blanc et au milieu brillait un cartouche avec ces mots en grosses lettres rouges : Haec est via veritatis [Voici le chemin de la vérité]. Dans la salle on voyait une lampe à sept becs, des tambours, des sacs remplis de fruits, des balances, des compas, des pains moisis, un plat entouré d’une serviette dont les quatre bouts étaient liés avec des rubans de différentes couleur ; tout cela en bon ordre, bien disposé, arrangé. Chaque objet en effet avait sa signification. Les lauriers représentaient la délivrance de l’Église et le triomphe de Jésus-Christ en esprit ; les oranges figuraient les biens qui devaient abonder pendant le règne du Christ ; le taffetas blanc tendu sur le plafond et les ganses de rubans aux quatre couleurs n’étaient autres que les livrées de noces du Saint-Esprit ; la chaire représentait la montagne d’Oreb ; la lampe les chandeliers de Salomon ; les trois drapeaux le Père, le Fils, et le Saint Esprit… il faut passer outre ; on risquerait de se perdre dans cette multitude de symboles.

Op. Cit, p. 204-6

La compagnie de Court isole cette assemblée par des avertissements, mais c’est le gouverneur Bernage qui y mettra fin. Le 6 mars 1723, les soldats du roi arrêtent treize membres de cette secte, dont Vesson. Ce dernier propose au magistrat de dénoncer Court et son synode pour la liberté, le secret et 500 écus. Le magistrat refuse la proposition de Vesson et le condamne à mort. Il fut exécuté le 22 avril 1723. Le même jour, le vieux Huc fut executé lui aussi, après avoir sincèrement abjuré. Il fut enterré selon le rite catholique.

Les extravagances et le destin final de cette secte portèrent le coup fatal aux Inspirés. Le dernier qui aurait pu servir de figure, Benjamin Du Plan, fut poussé à l’exil. Un synode exigea que le formulaire suivant soit prononcé par ceux qui voudraient réintégrer l’Église après avoir soutenu Vesson :

Nous confessons et déclarons en présence de Dieu et de l’Église que, si nous avons soutenu Vesson, ça a été dans un temps qu’il ne prêchait que la parole de Dieu et que nous ignorions s’il avait droit ou tort dans le schisme qui déchirait l’Église. Nous demandons pardon à Dieu de n’avoir pas donné assez de soins et fait de prières pour connaître notre devoir dans cette affaire, et nous promettons désormais d’être attachés au corps des pasteurs et des anciens qui composent l’Église et de nous opposer de toutes nos forces à ceux qui voudront prêcher sans vocation, ou qui n’observeront pas l’ordre et la discipline ecclésiastique que nos pères ont sagement établis, pour l’édification de l’Église.

Op. cit, p.210-11

Ainsi fut vaincu le parti des Inspirés.

Conclusion

Il ne faut pas croire que les charismatiques sont une sorte de fin de l’histoire et qu’ils sont destinés à supplanter le méchant christianisme institutionnel. En réalité, ces choses arrivent de façon cyclique, depuis les montanistes jusqu’à nos jours, et finissent toujours par se retirer, généralement par obsolescence.

On remarquera aussi qu’ils secrètent leur propre réfutation, par leurs extravagances qui finissent par fatiguer les contemporains. Les extravagances des multipliants de Montpellier valent bien les gandalferies de Bethel Church. Et elles ont le même résultat : les prophètes et quelques acolytes demeurent, mais la majorité finit par se lasser et est prête à se rallier au parti de l’Ordre, bien mieux enraciné historiquement que les Inspirés.

  1. les petits prophètes du Dauphiné[]

Étienne Omnès

Mari, père, appartient à Christ. Les marques de mon salut sont ma confession de foi et les sacrements que je reçois.

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nous protestons, qu’aux même noms de garder la Discipline Ecclésiastique, établies dans les Églises du Royaume et de suivre l’ordre qui y est porté, tant pour la conduite desdites Églises, que pour la correction des moeurs, reconnaissant qu’elle est conforme à la Parole de Dieu, l’Empire duquel demeurant en son entier ; Nous protestons et jurons de rendre obéissance et fidélité à leurs susdites Majestés, ne désirant que servir notre Dieu en liberté de conscience, sous la faveur de leurs édits.

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