Le don des langues est inférieur à la prophétie : Le don des langues dans 1 Corinthiens 13.8-14.40 (7/16)
3 mai 2018

Article d’un auteur invité, Calvinyps.


Partie 7 : le don des langues est secondaire parce que ce don est inférieur au don de prophétie – 1 Corinthiens 14.1-5

Après avoir examiné dans le dernier article la façon dont le paganisme influençait le culte corinthien, revenons à notre texte en 1 Corinthiens 14. Nous pouvons diviser ce chapitre en trois parties qui nous parlent (i) de l’importance secondaire du don des langues (1 Corinthiens 14.1-19), (ii) de la signification du don des langues (1 Corinthiens 14.20-25) et (iii) de la procédure systématique qui doit régir l’usage du parler en langue (1 Corinthiens 14.26-40).

I. L’importance secondaire du parler en langue (v.1-19).

Dans les dix-neuf premiers versets de 1 Corinthiens 14, Paul montre que l’importance du don des langues est secondaire par rapport aux autres dons, et en particulier par rapport au don de prophétie. Il donne trois raisons pour soutenir cette idée.

1. La prophétie édifie toute l’assemblée (v.1-5)

Le don des langues est inférieur au don de prophétie parce que les langues ne peuvent pas édifier alors que la prophétie édifie. Qu’est-ce que ça change ? C’est que la finalité du rassemblement de l’église, c’est l’édification. A la fin du v.26, Paul ordonne : “Que tout se fasse pour l’édification”, et déclare à la fin du v.12, à propos des dons spirituels, “que ce soit pour l’édification de l’église que vous cherchiez à en posséder abondamment”. Autrement dit, la finalité du rassemblement de l’église est l’édification. Tout au long du chapitre 14, on peut remarquer que Paul insiste sur cette notion. Par exemple, au v.4, il dit que “celui qui prophétise édifie l’église”. Au v.5, il déclare que l’on doit exercer les dons “pour que l’église en reçoive de l’édification”. Au v.31, il déclare : “Vous pouvez tous prophétiser successivement, afin que tous soient instruits et que tous soient exhortés”. L’idée est donc la suivante : l’église se rassemble pour être édifiée, elle se rassemble pour son édification. Voici donc ce que nous tirons de ce passage à propos des langues : les langues ne peuvent pas édifier ; et cela était d’autant plus vrai que la plupart des Corinthiens utilisait une contrefaçon du vrai don des langues. Au contraire, la prophétie édifie toute l’assemblée. C’est cette idée que nous trouvons dans les cinq premiers versets.

a. La recherche de la prophétie (v.1).

“Recherchez l’amour. Aspirez aussi aux dons spirituels, mais surtout à celui de prophétie”.

“Recherchez l’amour”. Cette phrase fait la transition entre le chapitre 13 et le chapitre 14. Paul a jusqu’ici parlé de la voie par excellence, de l’amour. C’est cela que nous devons rechercher. On pourrait d’ailleurs paraphraser ce que dit Paul en 1 Corinthiens 12.31 de la façon suivante : “Vous convoitez les dons tape-à-l’oeil, mais je vais vous montrer une voie par excellence. Vous vous préoccupez de rechercher les dons spectaculaires qui ne font qu’édifier votre vanité, mais moi, je vais vous montrer une meilleure voie : cherchez l’amour”. C’est alors qu’il leur explique ce qu’est l’amour au chapitre 13, chapitre qui est presque une parenthèse. Car en 1 Corinthiens 14.1, il reprend ce qu’il disait à la fin du chapitre 12 en leur disant que s’ils veulent sincèrement rechercher quelque chose, alors que ce soit l’amour qu’ils recherchent.

Le verbe “rechercher” correspond au mot grec dioko qui signifie “poursuivre, courir après, rechercher”. Souvent ce terme est même traduit dans les bibles françaises par le verbe “persécuter”. Donc Paul est en train de dire que s’ils veulent poursuivre, courir après ou rechercher quelque chose, alors, que ce soit l’amour qui soit l’objet de leur désir.

Mais en même temps, il leur dit : “Aspirez aussi aux dons spirituels”. On pourrait également traduire de façon plus littérale : “Continuez aussi à aspirer aux dons spirituels”. Paul est donc de reprocher aux Corinthiens qu’ils recherchent les dons tape-à-l’oeil au lieu de rechercher l’amour. Pour autant, ça ne veut pas dire qu’il faut cesser de rechercher les dons spirituels. Il faut juste garder à l’esprit que c’est seulement dans le cadre de la recherche d’amour qu’il faut continuer à rechercher les dons de l’Esprit.

Cela étant dit, Paul ordonne : “Aspirez aussi aux dons spirituels, mais surtout à celui de prophétie“. Les langues ont une importance secondaire. Paul est en train de dire que lorsque nous nous rassemblons pour adorer Dieu, nous devrions préférer la clarté de la prophétie au chaos et à la confusion du charabia des langues.

Dans le contexte, la prophétie est clairement définie comme une révélation, une connaissance surnaturelle du mystère de l’Evangile. Le prophète était celui qui, dans l’assemblée, recevait de Dieu la doctrine que nous trouverons plus tard dans le Nouveau Testament. Le rôle du prophète était de proclamer la doctrine divine à une époque où la révélation de l’histoire du salut avançait. Paul est donc en train de dire ici que, plutôt que de s’exprimer tous en même temps dans un charabia extatique, il vaudrait mieux que quelques uns se lèvent pour énoncer le mystère de l’Evangile. La parole de celui qui dit les mots de Dieu devait donc remplacer le chaos et la confusion des langues.

On peut dire un mot ici sur le fait que le don de prophétie de l’époque du Nouveau Testament était un don révélatoire, et que par conséquent, puisque le Nouveau Testament est le dernier mot de Dieu ce don n’est plus d’actualité aujourd’hui. Mais ce que nous pouvons garder pour nous, c’est que l’église se rassemblait pour être édifiée et que le moyen principal d’édification était la proclamation de la Parole de Dieu, et non le fait d’entendre un langage extatique et émotionnel. Nous devons en tirer que tout ce que nous faisons dans l’église doit être fait pour édifier l’assemblée. Bien sûr, plus personne ne dit aujourd’hui les paroles mêmes de Dieu. Mais de façon analogique, nous devons nous rassembler avant tout pour écouter les personnes auxquelles Dieu à fait le don de bien comprendre et de bien exposer ce que la Parole de Dieu enseigne. Car ainsi nous respectons l’esprit de ce que Paul est finalement en train de dire ici : plutôt que de rechercher ce qui est inintelligible – les langues – il vaudrait mieux rechercher ce qui est intelligible – la prophétie.

La raison évidente pour laquelle les langues sont inférieures aux autres dons, c’est que personne ne pouvait comprendre ce qui était énoncé. Le seul moment où le don des langues pouvait être utilisées, c’était lorsque quelqu’un qui comprenait la langue était présent. Le don des langues était un don qui servait de signe. En fait, le don des langues ne servait pas à l’édification. En effet, l’église ne pouvait être édifiée par les langues que lorsque quelqu’un qui comprenait ses langues en donnait l’interprétation à l’assemblée. Mais même dans ce cas, ce n’était pas les langues qui édifiaient mais leur interprétation. Quoi qu’il en soit, la finalité des langues n’était pas l’édification. En effet, le don des langues avait pour finalité de signifier que Dieu était à l’époque en train de parler par les prophètes et les Apôtres du Nouveau Testament qui disait les paroles infaillibles de Dieu.

b. Le premier détournement des langues : s’adresser à Dieu en langues (v.2).

“En effet, celui qui parle en langue ne parle pas aux hommes, mais à Dieu [ou ‘à un dieu’], car personne ne le comprend, et c’est en esprit qu’il dit des mystères”.

La finalité principale du don des langues était détournée par les Corinthiens.
Ce que Paul dit ici, c’est que les Corinthiens avec leur extases païennes ne faisaient pas ceux pour quoi les dons spirituels étaient donnés : servir les (ou parler aux) hommes. Au contraire, ils ne se préoccupaient que de dire à un dieu des mystères païens dans un langage extatique de sorte que personne ne pouvait comprendre ce qu’ils disaient ! Il faut comprendre que dans ce verset Paul n’est pas en train de parler du mystère de Dieu (i.e. l’Evangile) dont il était lui-même le serviteur, mais des religions païennes des mystères.

Tous les dons sont donnés dans le but de servir les (ou de parler aux) hommes. Aucun don spirituel n’a été donné dans le but d’édifier Dieu. Tous les dons spirituels sont donnés pour édifier le corps de Christ en pourvoyant aux besoins des membres du corps. Mais Dieu n’a pas besoin que nous pourvoyons à ses besoins – il n’en a pas ! Paul est en train de dire ici que les Corinthiens avaient perdu de vue l’utilité des dons spirituels qui servent à édifier le corps et non Dieu, mais que lorsqu’ils parlaient en langues, ils ne parlaient plus aux hommes, mais à un dieu.

Le mot “Dieu” n’a en effet pas d’article dans le grec ce qui, contrairement à l’usage français, peut aussi bien faire dire au texte que “l’on parle à Dieu” ou que “l’on parle à un dieu”. A cause du contexte, je crois que la meilleure traduction est “un dieu” plutôt que “Dieu”. Pourquoi ? Parce que les Corinthiens n’avaient de cesse d’introduire dans leur église des pratiques issues de la culture corinthienne, et que dans les religions corinthiennes des mystères on s’adressait “à un dieu” en disant des mystères dans le langage extatique des dieux. Ce faisant, les corinthiens détournaient la finalité principale des dons spirituels puisqu’ils s’adressaient à d’autres personnes qu’au corps de Christ. Et Dieu n’avait certainement pas besoin qu’on s’adresse à lui dans un quelconque charabia extatique !

Ainsi, ce que nous trouvons dans ce texte, c’est une condamnation du langage personnel de prière. La similitude entre les pratiques modernes du mouvement charismatique et celles de l’église de Corinthe me semble assez frappante. Les enseignants charismatiques prétendent que l’usage principal des langues est celui d’un langage personnel de prière à Dieu. Pourtant, c’est exactement ce que Paul condamne dans ce passage. Il est en effet en train d’expliquer aux Corinthiens qu’ils étaient passés à coté du but du véritable parler en langues. Ce don devait être utilisé pour parler aux hommes, comme tous les autres dons. Mais s’impliquer dans une sorte de communion avec un dieu païen en disant des mystères païens que personne ne comprend ne peut être le bon usage de quelque don que ce soit. Et Dieu ne veut certainement pas que l’on s’adresse ainsi à lui.

Y a-t-il le commencement d’un raisonnement biblique qui soutient l’utilisation d’un langage personnel de prière ? Je ne le crois pas.

Ca n’a été jamais l’intention de Dieu que l’on s’adresse à lui sans comprendre ce qu’on lui disait. Si jamais on examinait chaque prière que nous trouvons dans la Bible ainsi que chaque passage nous enseignant quelque chose à propos de la prière, on ne trouvera jamais quoi que ce soit et où que ce soit qui suggère que la prière peut être inintelligible. En fait, Jésus déclare exactement l’inverse. En Matthieu 6.7, Jésus dit : “En priant, ne multipliez pas de vaines paroles, comme les païens…”. L’expression “multiplier de vaines paroles” est la traduction du mot grec battalogeo qui adosse au verbe logeo (qui signifie parler), le préfixe batta qui est une onomatopée (c’est-à-dire une imitation vocal du son que quelque chose fait). Ce que Jésus est littéralement en train de dire en Matthieu 6.7 c’est : “En priant, ne dites pas ‘batta, batta, batta’, ne faites pas comme les païens qui offrent à leurs dieux un bégaiement et un charabia. Le Père n’est pas intéressé par ce genre de prière”. C’est pourquoi nous devons prier de façon intelligible et “avec l’intelligence” (1 Cor 14.15).

Lorsque Jésus pria son Père dans le jardin, il ne s’adressa pas à lui dans quelque langage céleste que ce soit. Pourquoi le devrions-nous donc ? Lorsque Dieu le Fils communiquait avec Dieu le Père, il lui parlait dans un langage compréhensible. Lorsque Jésus se tenait devant le tombeau de Lazare, il pria avant de le ressuscité. Jean entendit chaque mot de cette prière et retranscrivit ce que Jésus avait dit : des mots compréhensibles, intelligibles. Jean 17 nous plonge dans l’intimité de Jésus en nous présentant sa prière au Père. Il parle en langage compréhensible. Voici l’idée que nous voulons mettre en avant : il n’y a pas le moindre commencement de suggestion biblique que l’on puisse prier Dieu dans un langage personnel de prière qu’on ne comprend pas ! Nous devons prier d’une manière intelligible et compréhensible.

Les charnels Corinthiens (tout comme les charismatiques, je le crains), avec leur désir pour un don tape-à-l’oeil et émotionnel qui attire l’attention sur soi et qui édifie l’amour-propre, utilisaient le don des langues (ou sa contrefaçon) comme une preuve de leur spiritualité. “J’ai atteint un tel niveau spirituel”, pensaient-ils, “que je peux maintenant m’adresser au Dieu éternel dans mon propre langage personnel de prière”. Pourtant tout ceci n’était qu’une importation en provenance du paganisme ! C’est pourquoi Paul leur écrivit en leur expliquant qu’ils étaient passés complètement à côté du vrai don des langues et en leur rappelant qu’on était censé utilisé le vrai don des langues pour s’adresser aux hommes et non parler en mystères à un dieu. On peut d’ailleurs noter au passage que c’est soi-disant “mystères” étaient considérés comme des secrets cachés que seuls les initiés pouvaient connaître. On croyait aussi que ces mystères étaient reçus du dieu avec lequel ils étaient en communion durant leur transe extatique. Les Corinthiens étaient ainsi vraiment passés à côté de l’usage du véritable don des langues.

c. Les fruits de la prophétie (v.3).

“Celui qui prophétise, au contraire, parle aux hommes, les édifie, les exhorte, les console.”

Paul dit ici que, lorsque l’église se rassemble, il ne faut pas parler dans une langue inconnue que personne ne comprend mais qu’il faut plutôt chercher à prophétiser. Lorsque les prophètes parlent, qu’ils proclament la doctrine du Nouveau Testament, les personnes de l’assemblées seront édifiées en examinant l’oeuvre de Jésus-Christ, elles seront exhortées à vivre une vie nouvelle à cause de la résurrection de Jésus-Christ et elles seront consolées de leurs afflictions à cause de son prochain retour. Plutôt que de se réunir pour dire “Batta, batta, batta”, les Corinthiens devaient se réunir pour entendre la proclamation de l’Evangile.

d. Le second détournement des langues : s’édifier soi-même par le parler en langues (v.4).

“Celui qui parle en langue s’édifie lui-même ; celui qui prophétise édifie l’église.”

Qu’est-ce qui est le mieux : s’édifier soi-même ou édifier l’église ? L’idée principale du chapitre entier c’est que les dons servent à édifier l’église et non à s’édifier soi-même ! Si quelqu’un reçoit un don spirituel et que cependant il l’utilise pour s’édifier lui-même, il a détourné ce don de son usage. Pourquoi ? Parce que les dons servent à l’édification du corps du Christ et doivent donc utilisé pour servir les autres.

Les langues sont incapables d’édifier l’église. Le v.4 ne dit-il pas que si l’on parle dans une langue inconnue on s’édifie soi-même ? Eh bien, en fait, il me semble que ce n’est pas ce que dit ce verset. L’idée principale du verset c’est que ce don n’édifie pas l’église. Certes, si les langues sont interprétées, cela édifie l’église, mais à proprement parler c’est le don d’interprétation qui édifie l’église et non le don des langues. Les dons des langues ne peut édifier l’église parce que personne ne comprend ce qui est dit. Même lorsque le vrai don des langues (et non sa contrefaçon païenne) était utilisé dans l’assemblée, il ne pouvait édifier de lui-même qui que ce soit, car il fallait d’abord le traduire. C’est d’ailleurs ce que dit la fin du v.5 : “Celui qui prophétise est plus grand que celui qui parle en langues, à moins que ce dernier n’interprète, pour que l’église en reçoive de l’édification”, ce qui implique que sans interprétation le don des langues n’édifie par l’église.

Là où le véritable don des langues étaient utilisés dans les premières assemblées comme un signe, Dieu se débrouillait toujours pour qu’il y ait à cet endroit quelqu’un qui ait le don d’interprétation pour traduire ce qui avait été dit. Pourquoi pensons-nous cela ? Parce que sinon, cela n’aurait pas édifié l’église alors que Dieu donne les dons pour l’édification de l’église. C’est pourquoi Dieu donna le don d’interprétation, afin que l’église soit édifiée même si elle ne comprenait pas les langues. Le problème à Corinthe, c’est qu’ils utilisaient le don des langues d’une façon très chaotique. Et non seulement cela, mais encore ils avaient décidé dans leur culte que le don des langues édifierait de lui-même l’église, alors que ce n’est tout simplement pas vrai.

Le problème qu’il y a à parler en langues pour s’édifier soi-même
, c’est qu’il s’agit là d’un deuxième détournement du parler en langues. Le premier détournement consistait à utiliser ce don pour parler à Dieu et non aux hommes. Le deuxième détournement consiste à chercher à s’édifier soi-même plutôt que d’édifier l’église. Et c’est ce que nous trouvons aujourd’hui dans le mouvement charismatique.

Donald Gee, un charismatique bien connu a fait l’affirmation suivante : “… Les finalités révélées du don des langues sont avant tout dévotionnelles, et nous faisons bien de mettre en avant cette caractéristique” [Concerning Spiritual Gifts, ed. Gospel Publishing House, 1937, p. 59]. Un autre charismatique, Larry Christenson, écrit : “On ne parle en langues la plupart du temps que dans ses dévotions personnelles. Il s’agit de loin de son utilisation la plus importante et de son but premier” [Speaking in Tongues and Its Significance for the Church , ed. Bethany Fellowship, 1968, p. 28]. Pourtant, c’est exactement à la conclusion inverse que nous arrivons en lisant 1 Corinthiens 14. Paul dit en effet dans ce chapitre que le parler en langue ne sert pas à s’édifier soi-même en parlant à Dieu, mais qu’il s’agit d’un don qui n’a son utilité que lorsqu’il est utilisé pour le bien du corps. Si donc nous cherchons à édifier Dieu ou à nous édifier nous-mêmes, c’est que nous n’avons rien compris aux dons spirituels.

En fait, lorsque Paul dit : “Celui qui parle en langue s’édifie lui-même”, il est possible qu’il fasse ici preuve d’une ironie mordante. Dans cette épître, Paul a en effet déjà traité de l’idée d’édification personnelle de façon assez caustique. Par exemple :

(i) En 1 Corinthiens 8.10-11, Paul est en train de dire aux Corinthiens que ce n’est pas mal de manger de la viande offertes aux idoles mais que pourtant il ne faut pas le faire par attention aux chrétiens plus faibles qui pensent que c’est mal, afin de ne pas provoquer leur chute ; c’est alors qu’il explique “Car, si quelqu’un te voit, toi qui as de la connaissance [i.e. ‘vous qui avez une certaine maturité chrétienne’], assis à table dans un temple d’idoles [i.e. ‘mangeant la viande sacrifiée aux idoles’], sa conscience, à lui qui est faible, ne le portera-t-elle [Gr. oikodomeo qui signifie ‘édifier’] pas à manger des viandes sacrifiées aux idoles ? Et ainsi le faible périra par ta connaissance…”. Autrement dit, il est possible d’édifier quelqu’un à son propre mal. Dans ce cas, l’édification provoque la ruine du frère plus faible.

Ainsi, l’édification peut être une bonne ou une mauvaise chose. L’idée du chapitre 14 c’est que, si l’on utilise un don pour édifier l’église, il s’agit d’une bonne chose. Mais si on utilise ce don pour s’édifier soi-même, il s’agit d’un acte égoïste et mauvais. Ainsi, le verbe “édifier” peut aussi bien désigner quelque chose de bon que quelque chose de mauvais. Il faut donc se fier au contexte pour déterminer si le sens du terme est positif ou négatif.

(ii) En 1 Corinthiens 10.23-24, Paul s’écrie : “Tout est permis, mais tout n’est pas utile ; tout est permis, mais tout n’édifie pas. Que personne ne cherche son propre intérêt, mais que chacun cherche celui d’autrui”. De quelle édification Paul parle-t-il au v.23 ? De son édification personnelle ? Non, car au v.24 nous pourrions lire : “Que personne ne cherche [sa] propre [édification], mais que chacun cherche [celle] d’autrui. L’idée de ces versets, c’est qu’on ne doit pas faire les choses pour soi-même, égoïstement, mais que nous devons le faire pour les autres. Il en va de même des dons spirituels. Il ne nous sont pas donnés pour édifier Dieu ou pour nous édifier, mais pour édifier l’église. Ainsi, Paul est en train de dire que lorsque l’église s’assemble, il faut chercher à s’aimer les uns les autres plutôt que de chercher sa propre édification. Pourquoi ? Parce que l’amour “ne cherche pas son intérêt” (1 Cor 13.5). Les dons ne sont pas censés être dirigés vers Dieu, et ils ne sont pas donnés pour notre édification personnelle.

Que dit donc Paul en 1 Corinthiens 14 ? Il dit aux Corinthiens que les langues ne peuvent pas édifier l’église ; que, de plus, même si l’on possède le véritable don des langues et qu’on l’utilise pour sa propre édification, alors on détourne le don de sa finalité véritable. Par conséquent, ce don ne doit être utilisé que dans la finalité pour laquelle Dieu a prévu ce don. Sinon, même si on est capable de parler dans toutes les langues des hommes et des anges et que pourtant on cherche sa propre édification alors c’est qu’on n’a pas l’amour. Et si l’on n’a pas l’amour, alors on n’est rien de plus qu’un airain qui résonne ou qu’une cloche qui retentit.

e. L’importance secondaire des langues nuancée (v. 5).

La dernière chose que fait Paul dans ces cinq versets, c’est de nuancer le caractère secondaire et l’inutilité des langues pour l’édification en reconnaissant qu’il existait un vrai don des langues et que celui-ci avait une vraie place dans l’église.

Pour nuancer son propos, Paul utilise d’abord la figure de style de l’hyperbole (v.5a).
: “Je désire que vous parliez tous en langues…”.

Pourquoi Paul dit-il cela ? Les charismatiques utilisent souvent ce verset pour dire que Paul voulait vraiment que tout le monde parle en langue. Nous devons cependant comprendre cette affirmation de Paul à la lumière des autres passages de 1 Corinthiens. En 1 Corinthiens 12.30, Paul demande rhétoriquement : “Tous ont-ils le don des guérisons ? Tous parlent-ils en langues ? Tous interprètent-ils ?”. La réponse attendue à ces questions est un “non” ferme. En 1 Corinthiens 12.11, Paul dit d’ailleurs : “Un seul et même Esprit opère toutes ces choses [i.e., les dons], les distribuant à chacun en particulier comme il veut”. Pourquoi donc Paul dit-il : “Je désire que vous parliez tous en langues” alors qu’il sait très bien que ce n’est pas possible ? C’est parce qu’il parle ici en hyperbole.

En 1 Corinthiens 7.1-6, Paul parlait d’une mariage comme d’une bonne chose. Mais au v.7 il s’exclame : “Je voudrais que tous les hommes soient comme moi”, c’est-à-dire célibataire. S’agit-il là réellement d’un commandement de Dieu ? Bien sûr que non ! Ici Paul souhaite ce qui est impossible afin de nuancer son propos et de mettre en avant combien le célibat est une chose bonne. Paul procède exactement de la même façon au chapitre 14. Il est en train de signifier qu’il ne méprise pas le don des langues, mais qu’au contraire il souhaite que tous est le véritable don des langues même si bien sûr ce n’est pas ce que Dieu a décidé. La figure de style de l’hyperbole sert à souligner l’importance du don des langues puisqu’il vient de dire quelques paroles très dures contre le mauvais usage des langues et contre la prétendue prééminence du don des langues. Paul dit donc ce qu’il dit au v.5 afin que les Corinthiens ne croient pas que le véritable don des langues est quelque chose de mauvais.

Cela étant dit, la prophétie est quelque chose de plus excellent que les langues (v.5b). : “Je désire que vous parliez tous en langues, mais encore plus que vous prophétisiez. Celui qui prophétise est plus grand que celui qui parle en langues, à moins que ce dernier n’interprète, pour que l’Église en reçoive de l’édification”.

Paul dit ici que si tout ce qu’il souhaitait devait arriver, ce serait bien que tout le monde parle en langues ; mais si tout le monde pouvait être prophète, ce serait encore mieux. Bien sûr, cela non plus ne va pas arriver. Pourquoi donc Paul dit-il que la prophétie est supérieure au parler en langue ? C’est parce que les langues, à moins d’être interprétées, ne peuvent faire aucun bien à l’église.

Ainsi, ceux qui pensent que ça leur fait beaucoup de bien d’utiliser un langage personnel de prière s’abusent sévèrement. Un langage personnel de prière ne peut faire de bien à qui que ce soit pour la même raison qu’il ne peut faire aucun bien à l’église : c’est parce qu’aucun contenu cognitif n’est communiqué dans les paroles qui sont dites. Par conséquent, il n’y a alors aucun apprentissage de l’esprit, et il ne reste rien d’autre qu’une extase sensuelle, un sentiment, une émotion. Mais le christianisme ne repose pas sur ce genre de sentiments purement émotionnels.

Comment tout ceci s’applique-t-il à nous aujourd’hui ? Je vois deux application. Premièrement, lorsque l’église se rassemble, nous devons faire attention à ce qu’elle se rassemble pour écouter, par la Parole de Dieu, l’Evangile. Deuxièmement, nous devons être vigilents pour empêcher les pratiques païennes de se mêler à la pure vérité que garde l’église de Dieu.

Il y a une dernière remarque intéressante à faire ici. Au v.2 et 4, le mot “langue” est au singulier dans le grec alors que le mot est au pluriel au v.5. Pourquoi ? Peut-être parce que Paul utilisait le singulier pour désigner le charabia extatique (qui est d’un seul genre : celui du charabia) et le pluriel pour renvoyer au véritable don des langues (lequel pouvait être la cause de discours en de nombreuses langues humaines, cf. Ac 2.6). Paul est donc en train de dire aux v.1-4 que la contrefaçon corinthienne du don des langues était parfaitement inutile et mauvaise alors qu’au v.5 il dit que le véritable don des langues est utile s’il est correctement utilisé et traduit.

Assurons-nous donc que lorsque nous nous assemblons ce soit pour entendre les oracles des prophètes conservés pour nous dans la Bible. Soyons aussi attentif au fait que le paganisme sous diverse formes aura tendance à s’infiltrer dans l’église de Dieu, car Satan n’a pas changé de tactique depuis le premier siècle. Et rappelons-nous qu’il est toujours dangereux de rechercher quelque chose que Dieu ne donne pas, parce que dans ce cas on laisse à Satan la possibilité de produire sous nos yeux ébahis des contrefaçons dont il a le secret et qui ne nous feront aucun bien.

Adapté de John MacArthur dans son guide d’étude The Truth about Tongues

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Maxime Georgel

Maxime est étudiant en médecine à Lille. Fondateur du blog Parlafoi.fr, il se passionne pour la théologie systématique, l'histoire du dogme et la philosophie réaliste. Vous entendrez souvent dans sa bouche "Thomas d'Aquin", "Jean Calvin" et "Vive la scolastique". Il affirme être marié à la meilleure épouse du monde. Ils vivent ensemble sur Lille avec leurs deux enfants et sont moniteurs de la méthode Billings.

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