Le culte à Corinthe : Le don des langues dans 1 Corinthiens 13.8-14.40 (14/16)
11 mai 2018

Article d’un auteur invité, Calvinyps.


Partie 14 : La louange dans l’Eglise de Corinthe – 1 Corinthiens 14.26

Remarques préliminaires sur l’édification

1. De l’importance de comprendre ce qu’est l’édification.

Comme nous l’avons vu précédemment dans notre étude d’1 Corinthiens 14, pour bien comprendre ce chapitre, il faut comprendre ce qu’est l’édification. Le mot “édification” y est utilisé à plusieurs reprises et le concept d’édification sous-tend d’autres affirmations. Par exemple, le v.3 parle d’édification, le v.4 parle d’édifier l’Eglise, le v.5 montre qu’il faut tout faire “pour que l’Église en reçoive de l’édification”, le v.12 qu’il faut chercher les dons spirituels “pour l’édification de l’Église”, au v.19 Paul explique qu’il parle dans l’Eglise “afin d’instruire aussi les autres” et le v.26 résume bien tout ce développement : “que tout se fasse pour l’édification”.

C’est donc avant tout de l’édification dont nous parle le chapitre 14 de l’épîtres aux Corinthiens. Lorsque l’Eglise se réunit, c’est avant tout afin que ses membres puissent être édifiés.

2. L’étymologie du mot “édification”

Les mots grecs qui sont derrière la notion d’édification sont le verbe oikodomeo et le substantif oikodome qui viennent tous deux de la combinaise de deux mots : oikos (qui signifie “maison”) et demo (qui signifie “bâtir”). Ainsi, les mots édifier/édification signifie littéralement “bâtir une maison/celui qui bâtit la maison”. Être édifié, c’est être bâti. C’est littéralement ce que signifie le mot qui est utilisé en 1 Corinthiens 14.

Le nom oikodome est traduit par l’expression “celui qui bâtit la maison” dans cette phrase qui est répétée à cinq reprises dans le Nouveau Testament : “La pierre qu’ont rejetée ceux qui bâtissaient est devenue la principale de l’angle…” (Mt 21.42 ; Mc 12.10 ; Lc 20.17 ; Ac 4.11 ; 1 P 2.7) et qui désigne de façon métaphorique le Christ. Ce que je veux dire ici, c’est que le mot qui est utilisé ces cinq fois-là pour parler de “ceux qui bâtissent” est une forme du mot qui est utilisé pour parler d’édification. Ainsi, l’édification est semblable à la construction d’une maison : l’Eglise a pour vocation de bâtir pour arriver au perfectionnement des saints. “Edifier quelqu’un” c’est donc agir pour le faire “croître spirituellement”, pour faire évoluer la personnalité du croyant vers une plus grande “maturité spirituelle”.

3. La responsabilité de chaque croyant dans l’édification des autres croyants.

La fonction première de la réunion de l’Eglise est l’édification. Nous devons y être édifiés ensemble en tant que corps. Cependant, même si nous devons être édifiés lorsque nous nous réunissons en Eglise pour offrir à dieu un culte, c’est également la responsabilité individuelle de chaque croyant d’être activement impliqué dans l’édification des autres croyants. Paul le dit très bien en 1 Thessaloniciens 5.11 : “C’est pourquoi exhortez-vous réciproquement, et édifiez-vous les uns les autres…”. Ce n’est pas seulement aux prédicateurs ou aux anciens que revient la tâche d’édifier l’Eglise ; c’est la mission de chaque croyant.

L’édification est néanmoins également la mission des dirigeants de l’Eglise. En Ephésiens 4.11-12, nous lisons “Et il a donné les uns comme apôtres, les autres comme prophètes, les autres comme évangélistes, les autres comme pasteurs et docteurs, pour le perfectionnement des saints en vue de l’oeuvre du ministère et de l’édification du corps de Christ”. Ainsi, la direction de l’Eglise et les membres qui la compose sont impliqués ensemble dans l’édification mutuelle pour croître en maturité. Telle est notre vocation, la responsabilité, le mandat que Dieu nous donne.

La conséquence de ce que nous venons de voir, c’est que l’édification est tout sauf centré sur soi-même. Nous ne devons pas nous préoccuper dans l’Eglise de notre propre réussite, de notre propre glorification ou même de notre propre édification. Pour être édifiés, nous devons compter sur l’édification mutuelle. En Romains 15.2, nous lisons : “Que chacun de nous complaise au prochain pour ce qui est bien en vue de l’édification”. Et pour illustrer ce commandement, Paul continue au v.3 en expliquant “Car Christ ne s’est point complu en lui-même…”. Christ est venu “non pour être servi, mais pour servir et donner sa vie comme la rançon de plusieurs” (Mc 10.45). Christ n’a pas rechercher ce qui lui serait le plus profitable, mais ce qui serait le plus profitable aux autres. Et c’est exactement ainsi que nous sommes censés agir. Nous avons chacun reçu de Dieu la responsabilité d’édifier les autres.

4. L’erreur qu’il y a à s’édifier soi-même

Lorsque nous lisons 1 Corinthiens 14.2, il faut bien voir que le contexte montre que Paul est en train de dénoncer une erreur et non de mettre en avant une vérité lorsqu’il dit que”celui qui parle en langue ne parle pas aux hommes”, car c’est bien ce qu’ils auraient dû faire – parler aux hommes et s’édifier mutuellement – et qu’ils ne faisaient pas. Dès lors, lorsque le v.4 dit que “celui qui parle en langue s’édifie lui-même”, il montre combien les Corinthiens étaient en tort : la Bible ne nous appelle jamais à nous édifier nous-mêmes. Nous sommes censés nous édifier les uns les autres.

5. Comment être vraiment édifié.

Nous nous rassemblons pour nous édifier mutuellement. Cela comprend plusieurs éléments :

a. La bonne attitude : l’altruisme.

Pour nous édifier les uns les autres, nous devons adopter la bonne attitude. Paul en parle en Romains 14.19 où il déclare “Ainsi donc, recherchons ce qui contribue à la paix et à l’édification mutuelle”. Autrement dit, il déclare ici qu’il faut rechercher ce qui édifie les autres et qu’il ne faut pas exercer sa liberté indépendemment de cet objectif. Il ne faut pas ce dire qu’on peut tout faire parce que nous sommes sous la grâce ou que nous avons raison et sans se soucier de ce que les autres pensent. IL ne faut pas que nous agissions dans l’Eglise pour faire avancer la cause de notre propre gloire ou de notre propre bien. Cette attitude égocentrique n’est pas seule qui contribuera à l’édification mutuelle.

Pour l’édification commune, il nous faut l’altruisme, mais ce n’est pas tout. Il nous faut aussi :

b. Le bon outil : la Parole de Dieu.

Si nous voulons nous édifier mutuellement, il n’y a qu’un seul outil à notre disposition qui peut nous permettre d’atteindre ce but : la Parole de Dieu. 2 Timothée 3.16-17montre que c’est la Parole de Dieu qui édifie et qui nous rend parfait, c’est-à-dire de plus en plus mature.

Nous sommes donc responsables d’avoir une attitude qui cherche le bien des autres et qui utilise la Parole de Dieu pour atteindre ce but. Nous devons également avoir :

c. La bonne perspective : l’oeuvre de Dieu.

Nous devons avoir de la patience les uns avec les autres et laisser Dieu agir en son temps.

6. La conséquence de l’édification : l’évangélisation

Nous devons nous consacrer à l’édification mutuelle et nous réunir pour nous édifier. Oui mais, me direz-vous, et l’évangélisation dans tout ça ? Comment atteindrons-nous les autres si tout ce que nous faisons c’est édifier les saints ? La réponse se trouve en Actes 9.31 : “L’Église était en paix dans toute la Judée, la Galilée et la Samarie, s’édifiant”. Les églises faisaient ce qu’elles devaient faire : s’édifier les uns les autres pour parvenir à la maturité. Mais voici quelle était la conséquence de leur édification : “et marchant dans la crainte du Seigneur, et elle s’accroissait par l’assistance du Saint Esprit”. Ainsi, la croissante est la conséquence de l’édification. Une église qui est édifiée est une église qui évangélise. L’évangélisation est un produit dérivé de l’édification.

Ainsi, nous nous réunissons pour être édifiés. Nous sommes censés nous réunir pour être enseignés dans la Parole de Dieu et pour être confrontés à la vérité divine d’une manière qui nous fera grandir en maturité. L’édification est la priorité première de l’Eglise.

INTRODUCTION

Dans l’Eglise de Corinthe, tous le processus d’édification était bloqué. Il n’y avait pas d’édification à cause de la confusion et du désordre qui régnait dans cette église. Dans le chapitre 14 de la première lettre aux Corinthiens, Paul essaie de mettre un terme à cette perversion, cette contrefaçon de l’édification chrétienne et de d’amener les Corinthiens à réformer leur système pour aller vers un ordre qui leur procurerait une véritable édification.

En 1 Corinthiens 14.1-25, Paul Paul a déjà donné quelques principes relatifs à l’utilisation des dons spirituels de langues et de prophétie mais surtout, il avait également donné des indications concernant l’importance et la finalité de chacun de ces deux dons. A partir du v.26, Paul part de ces considérations théologiques pour aller vers des exhortations pratiques. Après avoir parler de ce qu’était vraiment les dons, il explique comment les utiliser.

Voici jusqu’où nous en étions arrivés dans notre étude du chapitre 14 :

I. L’importance secondaire du parler en langue (v.1-19).

II. La finalité du don des langues : être un signe (v.20-25).

Nous abordons maintenant la troisième et dernière partie de ce chapitre :

III. Comment faire usage du don des langues (v.26-40).

1. La louange dans l’Eglise de Corinthe (v.26).

“Que faire donc, frères? Lorsque vous vous assemblez, les uns ou les autres parmi vous ont-ils un cantique, une instruction, une révélation, une langue, une interprétation, que tout se fasse pour l’édification”.

a. Remarques générales.

Paul est en train ici de s’étonner de ce que les Corinthiens faisaient toutes ces choses… au même endroit et en même temps. Paul n’est pas en train de dire aux Corinthiens ce qu’il faut faire dans un culte, il est simplement en train de faire une liste de ce qu’ils faisaient. un tel chaos devait être assez impressionant : chacun essayait de montrer qu’il était le plus important, le plus spirituel, et ils utilisaient en conséquence leurs dons tous en même temps de sorte que même ceux qui utilisaient des contrefaçons de dons ou des dons inexistants pouvaient s’en donner à coeur joie, chacun se levant et prononçant le plus fort possible des discours dans un langage extatique. Personne n’aurait pu ressortir édifier d’un tel culte. En fait, les incroyants en ressortaient en ce disant que ces chrétiens étaient fous.

Que faisaient-ils donc plus précisément ?

b. Remarques spécifiques.

“Lorsque vous vous assemblez…”. Ce morceau de phrase indique une église qui se rassemblaient en un même lieu pour avoir un moment de louange et de communion fraternelle comme le montre aussi le v.23. La fin du verset montre ce qui se passait à Corinthe un dimanche normal :

“les uns ou les autres parmi vous ont-ils un cantique”. Il est probable que ce qu’il se passait à Corinthe, c’est que chacun poussait sa chansonnette dans son coin mais en même temps. Pouvons-nous nous imaginer le chaos absolu à quoi cela devait ressembler ? Dès que quelqu’un avait envie de chanter, il commençait aussitôt. Imaginons la cacophonie que cela devait créer. A Corinthe, on chantait pour montrer qu’on chanter, et la conséquence était un grand désordre. Mais ce n’est pas tout :

“une instruction”. Tous ceux qui voulaient exercer le don d’enseignement, ou plus exatement tous ceux qui pensaient être des enseignants se levaient là où ils étaient et commençaient à donner leur petite leçon pendant que d’autres chantaient dans leur coin. A cette cacophonie de chants et d’enseignements s’ajoutait également…

“une révélation”. Certains se levaient dans l’assemblée en disant “Ainsi parle le Seigneur” et proclamaient ensuite une prétendue révélation divine. Bien sûr, ils devaient sumonter le bruit des personne qui essayait d’enseigner ou de chanter, mais en plus ils devaient prophétiser plus fort que ceux qui avaient…

“une langue”. Certains se levaient et utilisaient le véritable don des langues, mais d’une manière totalement inappropriée, et d’autres qui n’avaient pas le don des langues se levaient et parlaient en charabie. Quel chaos !

Nous avons vu précédemment que lorsque le mot langue était utilisé au singulier, il faisait référence à la contrefaçon du don véritable parce qu’il n’y a pas plusieurs charabie. Cependant, aux v.26 et 27, le mot “langue” au singulier peut également faire référence au véritable don parce qu’il y est question d’un individu qui parle une langue. Autrement dit, on pourrait traduire cette phrase aussi bien par “quelqu’un a-t-il une langue” en faisant référence au véritable don que par “quelqu’un a-t-il un charabia” en faisant référence à la contrefaçon du don. Nous verrons au v.27 qu’il en est de même. Tout cela pour dire que ce que je dis ici n’invalide pas ce que j’ai suggéré précédemment que lorsque les langues sont employées au pluriel il s’agit du don véritable et que lorsque ce mot est employé au singulier il s’agit d’une contrefaçon de ce don. Ainsi, lorsque la forme singulière est nécessaire parce que le sujet de l’action est singulier, il peut être fait référence aussi bien au don véritable qu’au don contrefait.

En plus de ceux qui chantaient, enseignaient, avaient des révélations et des langues, il y avait aussi ceux qui avaient…

“une interprétation.” Ces personnes essayaient d’interpréter tous ce qui se disaient en langues, et il est possible qu’ils proposaient des interprétation différentes des mêmes langues.

Tout cela nous montre à quoi ressemblait le culte de Dieu à Corinthe. Nous comprenons mieux maintenant pourquoi les incroyants qui entraient là et voyaient ce qui se faisaient se disaient qu’ils étaient fous. A la fin du v.26, Paul veut mettre un terme à tout ce chaos en exhortant à ce “que tout se fasse pour l’édification”. C’est ce qu’il faut garder en tête. La manière dont on peut se défaire de la confusion, c’est de s’édifier mutuellement. Comment s’édifier mutuellement, c’est ce que nous verrons dans les v.27 à 35 la prochaine fois.

Adapté de John MacArthur dans son guide d’étude The Truth about Tongues.

Maxime Georgel

Maxime est étudiant en médecine à Lille. Fondateur du blog Parlafoi.fr, il se passionne pour la théologie systématique, l'histoire du dogme et la philosophie réaliste. Vous entendrez souvent dans sa bouche "Thomas d'Aquin", "Jean Calvin" et "Vive la scolastique". Il affirme être marié à la meilleure épouse du monde. Ils vivent ensemble sur Lille avec leurs deux enfants et sont moniteurs de la méthode Billings.

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