La cessation des "dons extraordinaires" (2) : le témoignage apostolique – Richard B. Gaffin
9 juin 2018

Article précédent : La cessation des « dons extraordinaires » (1) : l’apostolat – Richard B. Gaffin


Le témoignage apostolique comme fondement

L’activité la plus importante des apôtres est sûrement celle de témoins du Christ. Les apôtres – qualifiés et fortifiés par le Christ lui-même – rendent témoignage de sa résurrection en tant qu’accomplissement de l’histoire de l’alliance (Jn 15:27 ; Ac 1:8, 13:31 ; Lc 24:48 ; Ac 1:22, 2:32, 4:33, 10:39-41). Ce témoignage est une interprétation approfondie de la personne et de l’oeuvre du Christ dont la mort et la résurrection constituent le message central de l’histoire.

Leur témoignage ne se limite donc pas à la proclamation des faits de l’Evangile aux non-croyants. Il présente l’ensemble de la prédication et de l’enseignement apostoliques, aussi bien écrit qu’oral, à savoir rien de moins que « tout le dessein de Dieu », dévoilé dans l’avènement du royaume de Dieu et la révélation du mystère de Christ pour le salut de son peuple et le renouvellement de la création entière (2 Th 2:15 ; Ac 20:25,27 ; Rm 16:25 ; 2 Co 5:17 ; Ap 21:5).

C’est en Ephésiens 2:19 que se trouve le mieux exposée cette tâche de témoignage. Paul décrit l’Eglise de la nouvelle alliance comme étant le résultat de l’action de Dieu entre la résurrection et le retour de Christ (Cf. 1 P 2:4-8). C’est ainsi que Paul qualifie les apôtres de fondement de l’Eglise, dont Christ est la pierre de l’angle (v.20). Il n’amoindrit, ni ne renie la personne de Christ et son oeuvre qui sont le seul fondement de l’Eglise. Il inclut seulement, dans ce fondement, les apôtres et leur activité, à leur propre place (1 Co 3:11).

L’apport des apôtres à l’oeuvre de Christ ne consiste pas à y ajouter quelque chose, mais à lui rendre témoignage. Selon les termes de ce texte, les apôtres ne sont pas, comme le Christ, la cause de la réconciliation des Juifs et des Gentils avec Dieu et entre eux (vv.14-16). Ils sont les porte-parole par lesquels le Christ exalté est venu prêcher la paix et l’unité aux Juifs et aux Gentils (v.17). L’oeuvre unique et fondatrice du Christ, c’est-à-dire sa mort et sa résurrection, est accompagnée du témoignage unique et fondateur des apôtres. Ce témoignage est annoncé en Matthieu 16:18, où Jésus qualifie la confession de Pierre (v.16), représentant les autres apôtres, de pierre sur laquelle il bâtira son Eglise.

Les apôtres ne constituent pas une partie du fondement de l’Eglise en raison de leur priorité chronologique (Si c’était le cas, la situation de Paul serait douteuse ; cf. 1 Co 15:8) ou de leur nombre déterminé, ou de leur race (juive). Le but de ce texte est de souligner que l’unité entre Juifs et Gentils dépend de la pierre d’angle, le Christ, qui, avec les apôtres et les prophètes, constitue un seul fondement. Les apôtre ne font partie du fondement qu’en raison de l’exercice de leur fonction. Cependant, le caractère de leur témoignage ne peut pas être séparé de leurs personnes. Le choix entre une compréhension personnelle et impersonnelle du fondement est, du point de vue exégétique, un faux problème. Le fondement est constitué par les apôtres qui témoignent, et par les apôtres qui ont reçu une révélation et en parlent (Ep 3:5).

Il est important de comprendre que ce fondement est absolu et historique. Il n’est pas lié aux situations particulières dans lesquelles l’Evangile est annoncé pour la première fois, à n’importe quel moment et en n’importe quel lieu. Il concerne plutôt ce qui a eu lieu une fois au commencement de l’histoire de l’Eglise, et qui ne se répète pas ; et il constitue une partie – ceci est vrai pour les apôtres comme pour le Christ – de l’histoire historico-rédemptive de l’édification de l’Eglise. La période au-delà de cette époque fondatrice ne peut pas perpétuer celle-ci comme si le fondement devait être posé à nouveau ; elle est celle de la construction qui doit être élevée sur ce fondement immuable.

La nature fondatrice du témoignage apostolique nous permet de comprendre l’égale importance de la « tradition » apostolique à maintenir, du « dépôt » à garder selon les Epîtres pastorales et de la foi qui a été transmise aux saints une fois pour toutes. Cette insistance sur l’autorité absolue du témoignage apostolique ouvre la voie à la constitution du Canon du Nouveau Testament (2 Th 2:15 ; 1 Tm 6:20 ; 2 Tm 1:14 ; Jd 3; cf. 2 P 3:16 dans lequel les lettres de Paul sont mises au même niveau que les « autres Ecritures »).

Téléchargez gratuitement notre livre sur les dons de l’Esprit en cliquant ICI

Image Cessation

Maxime Georgel

Maxime est étudiant en médecine à Lille. Fondateur du blog Parlafoi.fr, il se passionne pour la théologie systématique, l'histoire du dogme et la philosophie réaliste. Vous entendrez souvent dans sa bouche "Thomas d'Aquin", "Jean Calvin" et "Vive la scolastique". Il affirme être marié à la meilleure épouse du monde. Ils vivent ensemble sur Lille avec leurs deux enfants et sont moniteurs de la méthode Billings.

0 commentaires

Trackbacks/Pingbacks

  1. La cessation des « dons extraordinaires » (3) : le caractère fondateur de la prophétie – Richard B. Gaffin – PAR LA FOI - […] Article précédent : La cessation des « dons extraordinaires » (2) : le témoignage apostolique – Richard B. Gaffin […]
  2. La cessation des "dons extraordinaires" (3) : le caractère fondateur de la prophétie – Richard B. Gaffin – Par la foi - […] Article précédent : La cessation des « dons extraordinaires » (2) : le témoignage apostolique – Richard B. Gaffin […]

Soumettre un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.