Parler la langue de la Bible au peuple de Dieu
19 novembre 2018

Comment s’adresser à une personne de nos assemblées ? Peut-on lui dire qu’il est enfant de Dieu ? Peut-on dire, comme je l’ai encore entendu ce dimanche, qu’il peut avoir la certitude de retrouver Christ après sa mort ? Peut-on chanter en assemblée « J’ai l’assurance de mon salut » ? Ne savons-nous pas que certains ne croient pas, même parmi les membres officiels et réguliers ?

Cette question « simple » est en fait une des choses que nous nous demandons quand nous parlons d’administration de l’alliance. Un terme technique pour désigner la façon dont Dieu a décidé de nous faire parvenir ses promesses dans ce monde. Elle ne viennent pas « nues ». Elles viennent avec des signes (Baptême et Cène), un cadre (l’Église) et selon une formulation particulière.

Un peuple élu

Quand Paul s’adressait à une assemblée, il lui parlait comme si elle était tout entière élue. Il écrit aux « saints » de telle ville. Il dit aux Thessaloniciens « nous savons… que vous avez été élus » (1 Thessaloniciens 1:4 ; cf. aussi Pierre en 1 Pierre 2:9 et Jean en 1 Jean 5:13).

Un peuple mixte

Mais ailleurs, il montre qu’il sait que ce n’est pas le cas. En 1 Corinthiens 10, par exemple, il avertit les Corinthiens de ne pas tomber par incrédulité comme les Juifs au désert. L’épître aux Hébreux, aussi, nous avertit de prendre garde de peur qu’un frère ait un coeur incrédule (Hébreux 3:12). Un frère en Christ incroyant, quelle drôle d’idée !

Une tension

Ce constat crée une tension dans notre théologie. Mais c’est une tension qui est biblique : l’Église n’étant pas encore parvenu à l’état de gloire, elle est encore mixte. Elle est dépositaire de promesses qui s’adressent aux élus et qui promettent la gloire tout en étant composée de personnes qui n’auront pas toutes part à ces promesses.

Les systématiciens peuvent « résoudre » cette tension ou plutôt la codifier en parlant de la substance de l’alliance : ce qui est promis et auquel seuls les élus ont part ; et de l’administration de l’alliance : la façon dont ces choses sont promises et à laquelle toute l’Église visible a part.

Et les enfants ?

Cette tension se cristallise d’autant plus dans la question du statut des enfants qui sont dans nos assemblées. Peut-on leur apprendre à prier « Notre Père » avec nous ? N’est-ce pas une confession claire que nous les considérons comme enfants de Dieu ? Ou alors, nous leur enseignerions à prier comme des hypocrites qui ne croient pas à ce qu’ils disent ?

Parler comme la Bible

Je pense que le plus sage pour répondre à notre question est de parler le langage de la Bible. L’Eglise visible est la pépinière des élus et c’est principalement pour eux qu’elle existe. C’est l’endroit que Dieu a créé pour y faire grandir ceux qu’il a uni d’une union vitale et éternelle avec son Fils. Il est donc normal que nous adressions à toute l’Église, comme le fait la Parole, les promesses qui sont faites aux croyants. Certains recevront ces promesses avec foi par l’Esprit et seront fortifiés, d’autres non.

Et puisque la réalité de la mixité de l’Église doit aussi influencer notre prédication, nous devons, comme Paul, avertir le peuple de Dieu dans les mêmes termes que lui : « Voyez les Israélites, ils avaient Moïse pour conducteur, eux aussi ont tous été baptisé en Moïse et eux aussi ont mangé la même nourriture spirituelle que vous, le Christ. Pourtant, considérez leur fin : ils sont morts par incrédulité dans le désert. Prenez garde qu’il n’en soit pas de même pour vous, qu’en ayant le Baptême et la Cène vous passiez à côté de ce qu’ils promettent. Car ces choses ne vous serviront de rien si vous ne croyez pas. Pire encore, elles pourraient être un jugement contre vous » (paraphrase de 1 Corinthiens 10:1-12 et 11:29-33). Ces avertissements peuvent réveiller un croyant qui s’était assoupi dans sa lutte contre le péché et peuvent amener à la repentance une personne qui était dans l’Église tout en fondant son assurance sur le Baptême, la Cène et sa bonne réputation sans s’appuyer sur le Christ.

Dieu ne nous appelle pas à ponctuer de « si vous êtes vraiment élus » nos affirmations de ses promesses. Ces promesses doivent être annoncées à toute l’Église car c’est ainsi que Dieu y fait grandir ses élus. Mais Dieu ne nous appelle pas non plus à donner une fausse espérance à des incrédules dans nos assemblées, il faut les avertir. Oui, il existe une relation légale, réelle, objective et scellée par les sacrements entre toutes les personnes de l’assemblée visible et Dieu. Mais elle ne doit pas être confondue avec la relation vivante et véritable qui s’établit par la foi.

Retour aux enfants

De la même manière, puisque Dieu a placé nos enfants dans son peuple, nous pouvons nous adresser à eux avec les promesses de l’Évangile. Certains ont pu être choqués du fait que je dise que prier « Notre Père » implique que nous sommes ses enfants. Mais je ne vois pas comment éviter cette conclusion : s’il est notre Père, c’est bien que nous sommes ses enfants. Ainsi, lorsqu’un réformé éduque son enfant, il l’instruit dans les promesses de Dieu, lui déclare les choses qui sont vraies de tout le peuple de Dieu et l’avertit aussi du danger de l’incrédulité. Il s’agit de faire preuve de la pédagogie divine : lui fournir les promesses sur lesquelles son assurance peut se bâtir et l’orienter vers le Christ et, en particulier en cas d’endurcissement dans le péché, lui signaler que ces promesses doivent être saisie par la foi et que l’incrédule ne peut pas prétendre y avoir part.

Il m’apparait clair qu’au moins certains enfants, avant l’âge de discrétion, seront sauvés. Dès lors, il est tout aussi clair que l’on peut être régénéré très tôt, car nul ne verra le royaume de Dieu sans être né d’en haut (Jean 3). Un réformé ne s’attend donc pas à avoir des enfants incrédules, qui vont « faire leur expérience dans le monde » avant, peut-être, de revenir. Il sait que Dieu est capable, dès le plus jeune âge, de régénérer une personne, de faire naître en elle la foi de telle sorte qu’elle peut dire « tu es mon Dieu dès le sein maternel » (Ps 22:11). Oui, c’est la foi qui rend capable d’être enfant de Dieu (Jean 1:12) et c’est par l’Esprit que nous disons « Père » (Romains 8:15). Mais puisque c’est Dieu qui connait ceux qui lui appartiennent (2 Tim 2:19) et non pas nous, nous ne pouvons pas nous adresser uniquement aux élus, que nous ne connaissons pas car le décret d’élection est secret. Nous déclarons alors les promesses de Dieu à tout son peuple, enfants compris, ayant foi en Dieu qu’il est capable de régénérer n’importe qui et appliquant un jugement de charité : si la personne ne démontre pas de façon évidente par sa conduite qu’elle n’est pas au Christ, nous agissons avec elle comme si elle l’était et cela implique de l’appeler « enfant de Dieu ».

2 fausses pistes

En résumé, il y a deux fausses pistes à éviter. La première consisterai à ne pas vouloir adresser les promesses de Dieu à tout son peuple mais à constamment nuancer de « si vous être vraiment élus » ses promesses. Dans l’éducation des enfants, cela se manifesterai par une suspicion que l’enfant est incrédule et un appel constant à enfin prier « la prière du pécheur » et à « se convertir » (entendez par cela, non pas la repentance quotidienne à laquelle nous appelle la Bible mais le fait de vivre une expérience d’avant-après). Cette approche, bien qu’elle puisse effectivement amener une personne à se questionner sur son état profond et à se tourner vers Christ, risque de miner l’assurance des vrais croyants qui, au lieu de s’appuyer sur les promesses de Dieu, seront poussés vers l’introspection en se demandant si, au fond d’eux, ils sentent la foi et en cherchant dans leur passé s’ils ont vécu une expérience d’avant-après. Le fondement de notre assurance n’est pas notre ressenti ni le fait d’avoir vécu telle expérience, c’est Jésus-Christ et ses promesses.

L’autre fausse piste consiste à croire que toute l’Église est élue et régénérée. Pour un baptiste, cela conduirait à donner une fausse assurance à tous les baptisés de son Eglise. « Nous ne baptisons que les élus, et vous êtes baptisés, tout va bien ». Pour un pédobaptiste, c’est presque pire : cela conduirait à donner une fausse assurance à tous les baptisés, enfants compris. Il faut donc avertir le peuple de Dieu, de façon générale en exposant les passages biblique d’avertissement et sans les amoindrir. Et de façon particulière lorsqu’un frère, même s’il a 5 ans, semble tolérer un péché récurrent. Il convient de veiller les uns sur les autres en s’adaptant à la personne pour parler son langage. Dans le cas de l’enfant qui n’est pas (encore ?) marié et qui vit donc sous la responsabilité de ses parents, il convient de les impliquer dans ce processus.

« Qu’il se détourne de l’injustice »

Paul réunit de façon admirable ce que nous avons dit dans sa deuxième épître à Timothée : « Pourtant, la solide base posée par Dieu subsiste, scellée par ces paroles : Le Seigneur connaît ceux qui lui appartiennent; et : Quiconque prononce le nom du Seigneur, qu’il se détourne de l’injustice » (2:19). D’un côté, Dieu connait ses élus, cette réalité est une base solide qui subsiste, elle est scellée et certaine. De l’autre, nous devons avertir tous ceux qui se réclament de son nom, tous ceux qui sont dans l’Église, enfants compris, de se détourner du péché.

 

Maxime Georgel

Maxime est étudiant en médecine à Lille. Fondateur du blog Parlafoi.fr, il se passionne pour la théologie systématique, l'histoire du dogme et la philosophie réaliste. Vous entendrez souvent dans sa bouche "Thomas d'Aquin", "Jean Calvin" et "Vive la scolastique". Il affirme être marié à la meilleure épouse du monde. Ils vivent ensemble sur Lille avec leurs deux enfants et sont moniteurs de la méthode Billings.

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