Illustres réformés (13) : Agrippa D'Aubigné (1552-1630)
28 février 2019

Agrippa D’Aubigné était un poète protestant. Il fut un homme hors du commun, ne fût-ce que par sa précocité et son érudition : à six ans, il lisait le latin, le grec et l’hébreu ; à dix ans, il traduisait Criton de Platon.

Mais il fut aussi un homme de son siècle troublé au cours duquel les protestants subissaient des persécutions. Ce n’est qu’à 8 ans qu’il est confronté aux pendus de la Conjuration d’Amboise et que son père lui fait faire le serment de venger ces hommes. Il tint parole et passa plus de la moitié de sa vie à cheval dans les rangs des troupes huguenotes.

Mais c’est pour ses Tragiques que sa renommée de grand poète s’est faite. Dans le Premier Livre, intitulé “les Misères”, il dresse le tableau du triste état de la France à son époque :

Je n’escry plus les feux d’un amour inconnu ;
Mais par l’affliction plus sage devenu,
J’entreprends bien plus haut, car j’apprends à ma plume
Un autre feu, auquel la France se consume…
… Ces ruisselets d’argent…
Ne courent plus ici ; mais les ondes si claires…
… Sont rouges de nos morts ; le doux bruit de leurs flots
Leur murmure plaisant heurte contre des os.

Les rois qui sont du peuple et les rois et les pères
Du troupeau domestique sont les loups sanguinaires.

Ne voit-on pas déjà, dès trois lustres passés,
Que les peuples fuyards des villages chassés
Vivent dans les forêts ; là chacun d’eau s’assère
Au ventre de leur mère, aux cavernes de terre ;
Ils cherchent, quand l’humain leur refuse secours,
Les bauges des sangliers et les roches des ours…
… L’homme n’est plus un homme, il prend réfection
Des herbes, des charognes, des viandes non prestes,
Ravissant les repas préparés pour les restes.
La racine douteuse est prise sans danger…

Mais il utilise aussi ses écrits pour dénoncer la sources des malheurs de la France :

Ces deux esprits meurtriers de la France mi-morte
Naquirent en nos temps ; les astres mutinés
Les tirèrent d’enfer, puis ils furent donnés
A deux corps vicieux, et l’amas de ces vices
Trouva l’organe prompt à leurs mauvais offices.
Voici les deux flambeaux et les deux instruments
Des plaies de la France et de tous ses tourments :
Une fatale femme, un cardinal qui d’elle,
Parangon du malheur, suivait l’âme cruelle.

Il désigne ici Catherine de Médicis et le Cardinal de Lorraine.

Mais sa foi réformée, sa confiance en un Dieu qui fera justice des misères de la France et de l’Église ressort aussi dans ses écrits :

Tu vois, juste vengeur, les fléaux de ton Église,
Qui, par eux mise en cendre et en masure mise,
A, contre tout espoir, son espérance en toy,
Pour son retranchement le rempart de la foy.

Et Dieu, seul, au désert pauvrement hébergé,
A basti tout le monde et n’y est pas logé !

Lève ton bras de fer, haste ton pied de laine ;
Venge ta patience en l’aigreur de ta peine :
Frappe du ciel Babel : les cornes de son front
Deffigure la terre et lui oste son rond.

Il dénonce encore dans le Livre Second, “Les Princes”, les moeurs dissolues de son époque, notamment à la Cour. Et dans le Livre Troisième “La Chambre Dorée”, il représente par allégorie les perversions de la Justice française. Il laisse ainsi un bel exemple de talent littéraire utilisé pour le bien de la société et l’apologie de la foi réformée.

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Maxime Georgel

Maxime est étudiant en médecine à l'Université Catholique de Lille. Fondateur du blog Parlafoi.fr, il se passionne pour la théologie systématique, l'histoire du dogme et la philosophie réaliste. Vous entendrez souvent dans sa bouche "Thomas D'Aquin", "Jean Calvin" et "Vive la scolastique". Il affirme être marié à la meilleure épouse du monde. Ils vivent ensemble sur Lille avec leur petit Thomas.

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