Ces protestants qui deviennent catholiques romains (1) : la "conversionite" – Chris Castaldo et Brad Littlejohn
10 dรฉcembre 2019

Plusieurs des auteurs rรฉguliers sur ce blog se sont sรฉrieusement posรฉ la question : Et si les papistes avaient raison ? La recherche d’une rรฉponse ร  cette question les a menรฉ loin dans leurs recherches. Loin dans l’histoire, profondรฉment dans les notions thรฉologiques et largement dans l’ampleur des donnรฉes ร  considรฉrer. Mais s’ils sont auteurs sur ce blog, c’est qu’ils pensent que la rรฉponse ร  cette question est que Rome est dans l’erreur. Nรฉanmoins, une fois que l’on a dit cela, on n’a pas dit la moitiรฉ de ce qu’il faut dire. En effet, si Rome est dans l’erreur, cela n’est pas ร  dire que les รฉvangรฉliques sont dans la vรฉritรฉ. Dans cette sรฉrie, traduite avec autorisation, Bradford Littlejohn et Chris Castaldo du Davenant Institute explore les raisons psychologiques, thรฉologiques et sociologiques qui poussent des intellectuels protestants ร  se tourner vers Rome et proposent un diagnostic de la maladie des Eglises รฉvangรฉliques derriรจre ce symptรดme ainsi qu’un remรจde. Ce remรจde est celui pour lequel notre blog combat de toutes ses forces ou plutรดt de tous ses articles.


Il y a vingt-quatre ans, au dรฉbut de son ouvrage magistral intitulรฉ The Scandal of the Evangelical Mind, Mark Noll faisait remarquer avec insistance que ยซย le scandale de l’esprit รฉvangรฉlique est qu’il n’existe guรจre d’esprit รฉvangรฉliqueย ยป. Depuis ce temps, il y a eu beaucoup de signes d’espoir et d’amรฉlioration. Le mouvement d’รฉducation chrรฉtienne classique, d’abord dirigรฉ en grande partie par des protestants รฉvangรฉliques, s’est considรฉrablement dรฉveloppรฉ en nombre et en influence, bien qu’il ne reprรฉsente encore qu’un tout petit changement dans le paysage รฉducatif amรฉricain. De nouveaux collรจges รฉvangรฉliques engagรฉs dans le renouvellement de l’esprit รฉvangรฉlique, comme le New Saint Andrews College et le Patrick Henry College, bien que minuscules en nombre, dรฉpassent largement leur poids en influence acadรฉmique et culturelle. Le nombre d’รฉtudiants รฉvangรฉliques diplรดmรฉs qui suivent des programmes de premier ordre a augmentรฉ considรฉrablement au cours de cette pรฉriode (bien que cette augmentation soit trop importante pour que le marchรฉ du travail รฉvangรฉlique stagnant puisse le supporter). Le complexe industriel de l’รฉdition รฉvangรฉlique se porte trรจs bien, et des รฉditeurs comme Crossway publient des documents d’une profondeur et d’un poids thรฉologique authentiques.

Pourtant, il n’est pas exagรฉrรฉ de dire que le principal bรฉnรฉficiaire de cette renaissance n’a pas รฉtรฉ le protestantisme รฉvangรฉlique, mais le catholicisme romain (et dans une moindre mesure l’orthodoxie orientale). Le mouvement d’รฉducation chrรฉtienne classique est de plus en plus dominรฉ par des enseignants et des dirigeants catholiques et orthodoxes, et les meilleurs diplรดmรฉs des collรจges รฉvangรฉliques ont un risque disproportionnรฉ de conversion vers Rome. Mรชme parmi les intellectuels protestants chevronnรฉs, on peut identifier un flux constant de conversions trรจs mรฉdiatisรฉes au cours des deux derniรจres dรฉcennies, dont Scott Hahn, Francis J. Beckwith, J. Budziszewski, R. R. Reno, Reinhard Hรผtter et Christian Smith, pour ne citer que ceux-lร . La politique conservatrice de la droite religieuse, autrefois dynamisรฉe par des baptistes comme Pat Robertson et Jerry Falwell, est devenue de plus en plus le domaine des intellectuels catholiques romains, dont beaucoup sont des convertis du protestantisme รฉvangรฉlique. Voyez, par exemple, la trajectoire de First Things au cours du dernier quart de siรจcle, passant de plate-forme oecumรฉnique ยซย Evangelicals and Catholics Togetherย ยป au vaisseau amiral du catholicisme romain conservateur d’Amรฉrique.

Le cas de Newman

D’une certaine faรงon, il n’y a rien de nouveau en cela. On songe ร  un converti par excellence ร  Rome comme John Henry Newman (1801-1890). Newman, comme d’autres personnages qui ont traversรฉ le Tibre, dont G.K. Chesterton, Malcom Muggeridge et Thomas Merton, a expliquรฉ les raisons de son voyage. Le rรฉcit de Newman, cependant, qui se trouve principalement dans son Apologia Pro Vita Sua, est particuliรจrement utile en รฉclairant les raisons et les circonstances qui conduisent rรฉguliรจrement les pรจlerins protestants ร  Rome.

Il est important de noter que, pour Newman, la conversion est un processus graduel. ยซย Les grands actes prennent du tempsย ยป comme il l’รฉcrivit dans son Apologia1. Ou comme il l’avait dรฉjร  รฉcrit dans Tracts for the Times (no 85), l’esprit est attirรฉ dans la vรฉritรฉ ยซย non pas en perdant ce qu’il avait, mais en gagnant ce qu’il n’avait pasโ€ฆ La vraie conversion est toujours de caractรจre positif, non nรฉgatifย ยป. Selon Newman, ce dรฉveloppement en cours n’est pas strictement rationnel ou propositionnel ; c’est une expรฉrience incarnรฉe qui implique le cล“ur et l’imagination – en fait, un cล“ur qui vit dans une relation aux autres cล“urs. Selon les mots de ses cรฉlรจbres armoiries, cor ad cor loquitur (le cล“ur ร  cล“ur). Ou dans ses lettres classiques concernant la salle de lecture Tamworth (1841) : ยซย les personnes nous influencent, les voix nous font fondre, les regards nous subjuguent, les actes nous enflamment.ย ยป

John Henry Newman

Dans ce pรจlerinage, le cล“ur et la tรชte travaillent toujours en tandem. Dans un sermon sur les ยซย Conversions soudainesย ยป, Newman parle du dรฉveloppement de la foi comme de la croissance ยซย lente, progressive et continueย ยป des plantes : ยซย Quand les hommes changent rรฉellement et vraiment leurs opinions religieuses, รฉcrit-il, ce n’est pas seulement leurs opinions qu’ils changent, mais leur cล“ur, et cela ne se fait รฉvidemment pas en un instant – c’est un travail lent2.ย ยป Le cรฉlรจbre poรจme de Newman, Lead Kindly Light, fait un commentaire similaire concernant la nature prolongรฉe du processus :

Guide, lumiรจre bienveillante, au milieu de la morositรฉ qui nous entoure,
Oui, Guide-moi !
La nuit est sombre, et je suis loin de chez moi,
Oui, Guide-moi !
Garde mes pieds, je ne demande pas ร  voir
Ces paysages รฉloignรฉs, un seul pas me suffit.

Le point de dรฉpart de la conversion de Newman a commencรฉ dans son adolescence. Jusqu’alors, son passรฉ religieux a รฉtรฉ dรฉcrit comme ยซย un passรฉ de classe moyenne conventionnel et non sacramentelย ยป3, mais il s’est vite rรฉveillรฉ de son sommeil religieux en lisant le dรฉiste Thomas Paine et le sceptique David Hume. Cette rรฉflexion a finalement conduit ร  sa conversion ร  une sorte d’รฉvangรฉlisme ยซย calvinisteย ยป4, ร  l’automne 1816, alors que Newman avait quinze ans, et elle est considรฉrรฉe comme sa ยซย premiรจreย ยป conversion.

Newman conservera l’essentiel de son credo calviniste pendant prรจs de dix ans. Aprรจs รชtre devenu un fellow ร  Oriel College, Oxford, il a pris les ordres sacrรฉs, et en 1824, il a รฉtรฉ ordonnรฉ diacre. Newman s’engagea alors avec beaucoup d’enthousiasme dans la pastorale, mais c’est ร  ce moment-lร  qu’il commenรงa ร  remettre en question un principe fondamental chez les รฉvangรฉliques : la distinction entre chrรฉtiens ยซย nominauxย ยป et ยซย rรฉelsย ยป.

En termes simples, Newman s’รฉtait aigri sur la tendance รฉvangรฉlique de joindre la dรฉcision de foi de l’individu ร  la conversion, un lien qu’il aborde en dรฉtail dans ses confรฉrences sur la Doctrine de la Justification. L’enjeu รฉtait la question de Newman et de ses prรฉdรฉcesseurs รฉvangรฉliques concernant la source de la ยซย vraieย ยป vie chrรฉtienne, qu’elle provienne des sacrements ou de la seule foi. Newman a choisi les sacrements. Cette conviction a minรฉ la distinction de Newman entre chrรฉtiens rรฉels et chrรฉtiens nominaux et l’a conduit ร  se retirer de la sotรฉriologie rรฉformรฉe. Dans ses propres mots, il รฉcrivait en janvier 1825 : ยซย je pense, je ne suis pas certain, que je dois abandonner la doctrine de la justice imputรฉe et celle de la rรฉgรฉnรฉration sans le baptรชmeย ยป5.

En plus de rรฉviser sa comprรฉhension de la rรฉgรฉnรฉration, Newman commenรงa aussi ร  repenser la faรงon dont la tradition sacrรฉe se rapporte aux ร‰critures. Cela s’est produit ร  un moment critique oรน Newman s’est retrouvรฉ dans un dรฉbat prolongรฉ sur la nature et l’รฉtendue de l’autoritรฉ religieuse avec son collรจgue ร  Oriel, Edward Hawkins. Newman livre le rapport suivant :

ยซย Il [Hawkins] fait une proposition, รฉvidente dรจs qu’elle est formulรฉe, ร  ceux qui ont examinรฉ la structure des ร‰critures, ร  savoir que le texte sacrรฉ n’a jamais รฉtรฉ destinรฉ ร  enseigner la doctrine, mais seulement ร  la prouver, et que, si nous voulons apprendre la doctrine, nous devons avoir recours aux formulaires de l’ร‰glise, par exemple au Catรฉchisme, et aux Credo. Il considรจre qu’aprรจs avoir appris d’eux les doctrines du christianisme, l’investigateur doit les vรฉrifier par les Ecritures6.ย ยป


ยซย Quand les hommes changent rรฉellement et vraiment leurs opinions religieuses, ce n’est pas seulement leurs opinions qu’ils changent, mais leur cล“ur, et cela ne se fait รฉvidemment pas en un instant – c’est un travail lentย ยป

John Henry Newman

Racontant dans ses Apologia les facteurs qui l’ont le plus influencรฉ durant ces annรฉes de formation, Newman en souligne deux en particulier. Le premier รฉtait un intรฉrรชt pour la thรฉologie libรฉrale, qui prรฉfรฉrait l’excellence intellectuelle ร  l’excellence morale. Les historiens appellent souvent cette ยซย deuxiรจmeย ยป conversion de Newman, mais elle a probablement รฉtรฉ trop courte pour รชtre considรฉrรฉe comme une conversion au sens propre ou significatif du terme. L’autre facteur d’influence a รฉtรฉ sa lecture de L’annรฉe chrรฉtienne (1827) de John Keble, en particulier de sa vision sacramentelle. Selon les mots de Newman : ยซย c’รฉtait ce qu’on pourrait appeler, dans un sens plus large du terme, le systรจme sacramentel, c’est-ร -dire la doctrine selon laquelle les phรฉnomรจnes matรฉriels sont ร  la fois les types et les instruments des choses invisibles.ย ยป Newman poursuit en expliquant que les sacrements ne sont pas seulement des signes qui dirigent les fidรจles vers les mystรจres de la foi (comme beaucoup d’รฉvangรฉliques l’enseignaient ร  l’รฉpoque) ; ils sont aussi le moyen instrumental par lequel on les rencontre.

L’entrรฉe de Newman dans l’ร‰glise catholique romaine en 1845, sa ยซย troisiรจmeย ยป conversion de notoriรฉtรฉ publique, est due ร  une sรฉrie de facteurs complexes. Sa dรฉcision dรฉpendait en grande partie de sa comprรฉhension de la rรฉgรฉnรฉration, maintenant placรฉe dans le contexte de l’objectivitรฉ sacramentelle, et de son รฉlรฉvation de la tradition de l’ร‰glise au sommet de l’autoritรฉ chrรฉtienne. Mais comme le montre clairement l’Apologia de Newman, ces dรฉveloppements se sont produits au fil de nombreuses annรฉes et au cours de conversations avec divers interlocuteurs. Lewis Rambo saisit la nature holistique de ce type d’expรฉrience de conversion, qui s’applique ร  toutes les conversions, lorsqu’il รฉcrit : ยซย Le processus de conversion est le produit des interactions entre les aspirations, les besoins et les orientations des convertis, la nature du groupe dans lequel ils sont convertis et la matrice sociale particuliรจre dans laquelle ces processus ont lieuย ยป7.

La ยซย conversioniteย ยป aujourd’hui

Indรฉpendamment des particularitรฉs de la conversion de Newman et du voyage de Cantorbรฉry ร  Rome, cependant, il semble y avoir quelque chose d’unique – et si vous รชtes protestant, c’est unique – sur la tendance rรฉcente de ce que nous pourrions appeler ยซย une conversioniteย ยป. En l’รฉtiquetant ainsi, nous n’avons bien sรปr pas l’intention de la dรฉnigrer ou de la mรฉpriser. C’est en grande partie le rรฉsultat naturel des blessures auto-infligรฉes du scandale de l’esprit รฉvangรฉlique de la fin du XXe siรจcle, qu’il faudra des gรฉnรฉrations pour rรฉparer. Aprรจs tout, chaque gรฉnรฉration a tendance ร  se dรฉfinir par rapport ร  la gรฉnรฉration de ses parents, rรฉagissant consciemment ou inconsciemment contre elle de diverses maniรจres. Pour les รฉvangรฉliques du dรฉbut du 21e siรจcle, le manque de profondeur, la subjectivitรฉ et l’hypocrisie du protestantisme de l’รฉpoque des Boomers ont รฉtรฉ difficiles ร  ignorer, et l’urgence accrue de notre moment culturel a convaincu beaucoup, en particulier nos meilleurs et plus brillants, qu’ils seraient stupides de continuer ร  se reposer sur un roseau aussi fragile. Ni Jerry Falwell ni Mark Driscoll ne sont d’aucune utilitรฉ pour nous dรฉfendre contre les ennemis qui frappent maintenant ร  nos portes, et le catholicisme romain possรจde toujours une tradition intellectuelle riche et solide qui peut soutenir ร  la fois la foi orthodoxe et la politique รฉvangรฉlique. Quand tous les efforts des lรฉgions romaines en voie de disparition n’ont plus pu protรฉger l’Italie des ravages d’Attila le Hun, le pape Lรฉon est entrรฉ dans la brรจche, et qui peut blรขmer les peuples d’Europe occidentale pour avoir placรฉ leur confiance en lui ? C’est comme รงa aujourd’hui. Il pourrait bien y avoir des ressources dans la tradition intellectuelle protestante qui รฉgalent l’offre de Rome – c’est certainement ce que nous prรฉtendons ร  l’Institut Davenant. Mais tant que nous ne les enseignerons pas efficacement ร  nos pasteurs, paroissiens et enfants, nous ne devrions pas รชtre surpris quand ils partent ร  la recherche de pรขturages plus verts.

L’รฉpidรฉmie actuelle de ยซย conversioniteย ยป a de nombreuses causes. Dans cette sรฉrie d’essais, nous examinerons trois ensembles diffรฉrents de motifs : psychologique, thรฉologique et sociologique, et nous nous concentrerons principalement sur les causes de la conversion catholique romaine, bien que certains de nos propos s’appliquent รฉgalement ร  l’orthodoxie orientale. Beaucoup de convertis, sans aucun doute, mettront au premier plan les considรฉrations thรฉologiques, insistant sur le fait que ce sont les revendications supรฉrieures de vรฉritรฉ de l’ร‰glise catholique romaine qui les ont convaincus. En fin de compte, bien sรปr, c’est sur ce terrain qu’il faut mener la bataille, et si le protestantisme ne peut y faire valoir ses arguments, le reste importe peu. Pourtant, comme Newman l’a reconnu, les motivations personnelles et sociales jouent aussi un rรดle important dans la plupart des conversions religieuses, quelle qu’en soit la forme. En attirant l’attention sur ces motivations un peu moins ยซย rationnellesย ยป, nous ne cherchons cependant pas ร  discrรฉditer les rรฉcits de conversion comme au fond irrationnels, ni ร  ยซย psychologiserย ยป avec dรฉdain la conversion d’un individu ร  Rome. Les motivations psychologiques et sociologiques doivent รชtre prises tout aussi au sรฉrieux par les pasteurs, les parents et les enseignants que les considรฉrations thรฉologiques. Nous ne sommes pas de simples cerveaux, mais des รขmes, et des รขmes incarnรฉes. Si le protestantisme ne peut pas soutenir et satisfaire les รขmes et les corps de ses adhรฉrents, on ne peut guรจre se plaindre quand ils regardent ailleurs.


Si le protestantisme ne peut pas soutenir et satisfaire les รขmes et les corps de ses adhรฉrents, on ne peut guรจre se plaindre quand ils regardent ailleurs.


En regardant encore une fois Newman, nous trouvons les dimensions psychologique, thรฉologique et sociologique de la conversion au grand jour. Sa conversion au catholicisme romain, comme toutes les conversions spirituelles, consistait en une ยซย poussรฉeย ยป et une ยซย tractionย ยป – un certain mรฉcontentement ร  l’รฉgard de l’ร‰glise d’Angleterre, qui le poussa effectivement vers le Tibre, et une soif pour la tradition romaine, qui le poussa de l’autre cรดtรฉ.

En ce qui concerne la ยซย poussรฉeย ยป du protestantisme, Newman affirme sa principale contestation lorsqu’il รฉcrit que ยซย l’ร‰glise considรจre la doctrine de la justification par la foi uniquement comme un principe et la religion du jour la considรจre comme une rรจgle de conduiteย ยป8. Autrement dit, il n’aime pas ce qui, ร  son sens, est un dรฉcisionnisme qui conduit ร  une grรขce facile, une expรฉrience subjective de conversion qui marginalise l’autoritรฉ de la tradition catholique et ses prรฉceptes. Son frรจre cadet Francis, un des premiers collaborateurs de John Nelson Darby et des Plymouth Brethren, รฉtait un exemple particuliรจrement flagrant que John Henry a souvent citรฉ. Le dรฉpart de Francis du christianisme pour une sorte d’agnosticisme rationnel-mystique et de vรฉgรฉtarisme militant a รฉtรฉ une des preuves de ce qu’il faut faire attention de fonder la foi dans plus que dans une subjectivitรฉ ou une raison, ร  savoir dans une รฉglise aux dimensions incarnationnelles.

En ce qui concerne l'ย ยปattractionย ยป du catholicisme, plusieurs traits doctrinaux et sociologiques de l’ร‰glise romaine attirent Newman : sa revendication sur la catholicitรฉ, une liturgie riche et texturรฉe, la via pulchritudinis (la voie de la beautรฉ), le cรฉlibat clรฉrical – une discipline ร  laquelle il s’รฉtait engagรฉ trรจs jeune et un magistรจre faisant autoritรฉ. Peut-รชtre plus que tout, Newman รฉtait attirรฉ par le caractรจre objectif des rites sacramentels, une attraction qui s’รฉtait dรฉveloppรฉe depuis de nombreuses annรฉes en opposition ร  son expรฉrience personnelle du protestantisme รฉvangรฉlique.

Mรชme si la conversion de John Henry Newman a eu lieu il y a plus d’un siรจcle et demi et dans un contexte social trรจs diffรฉrent du nรดtre, elle est structurellement paradigmatique pour les convertis contemporains ร  l’ร‰glise catholique romaine. Au centre de ce modรจle se trouve une comprรฉhension particuliรจre des sacrements et de l’autoritรฉ contraignante de la tradition ecclรฉsiastique en tant qu’organe et oracle de la vรฉritรฉ religieuse divinement accrรฉditรฉ. La maniรจre dont les individus vivent ces deux facteurs (mรฉdiation sacramentelle et autoritรฉ ecclรฉsiale) est aussi nombreuse que les personnes elles-mรชmes, mais elles sont nรฉanmoins comme des voies ferrรฉes sur lesquelles l’expรฉrience du converti se dรฉplace. Dans notre prochain post, nous commencerons ร  dรฉcortiquer une taxonomie de ces convertis, en considรฉrant comment les trois ensembles diffรฉrents de motifs – psychologique, thรฉologique et sociologique – poussent et attirent nos amis, nos proches, et parfois mรชme nous-mรชmes.

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  1. NEWMAN, John Henry, Apologia pro vita sua: being a history of his religious opinions, Londres : Longmans, 1882, p. 169.[↩]
  2. NEWMAN, John Henry, Parochial and Plain Sermons, San Fransisco : Ignatius, 1987, p. 1682.[↩]
  3. GILLEY, Sheridan, โ€œLife and Writings.โ€ Dans The Cambridge Companion to John Henry Newman, KER, Ian, et MERRIGAN, Terrance (รฉds.), Cambridge : Cambridge University Press, 2009, p. 1.[↩]
  4. NEWMAN, John Henry, Autobiographical Writings, TRISTRAM, Henry (รฉd.), London Sheed and Ward, 1956, p. 29.[↩]
  5. NEWMAN, John Henry, Autobiographical Writings, p. 203.[↩]
  6. NEWMAN, John Henry, Apologia, p. 9.[↩]
  7. RAMBO, Lewis, Understanding Religious Conversion, New Haven CT : Yale University Press, 1993, p. 7.[↩]
  8. NEWMAN, John Henry, Lectures on the Doctrine of Justification, 3e รฉd., Londres : Rivington, 1874, p. 3.[↩]

Maxime Georgel

Maxime est mรฉdecin ร  Lille. Fondateur du site Parlafoi.fr, il se passionne pour la thรฉologie systรฉmatique, l'histoire du dogme et la philosophie rรฉaliste. Il affirme รชtre mariรฉ ร  la meilleure รฉpouse du monde. Ils vivent ensemble sur Lille avec leurs quatre enfants, sont membres de l'ร‰glise de la Trinitรฉ (trinitelille.fr) et sont moniteurs de la mรฉthode Billings.

4 Commentaires

  1. Alain Houisse

    Je n’arrive pas ร  comprendre comment on devient adepte de la Synagogue de Satan, surtout aujourd’hui avec tout ce que l’on sait des scandales financiers et sexuels. Il faut vraiment constater le dรฉlabrement thรฉologique du mouvement รฉvangรฉlique amรฉricain.

    Rรฉponse
    • Maxime N. Georgel

      Cette sรฉrie permettra justement d’en savoir plus sur ce qui en mรจnent certains ร  franchir le Tibre.

      Rรฉponse
    • Xavier Mainguy

      Bonjour Alain Houisse : il n’y a pas de ยซย dรฉlabrement theologiqueย ยป des ร‰glises ร‰vangรฉliques amรฉricaines, รฉtant donnรฉ que leur thรฉologie est basรฉe sur la Bible qui est la Parole รฉternelle de Dieu qui elle ne se delabre pas. Qu’il y ait des faillites personnelles, des scandales et pas seulement en amerique est incontestable, ce n’est rien d’autre que l’expression des faiblesses humaines. Ces Eglises ne sont pas parfaites car les hommes et femmes qui les composent ne le sont pas non plus. Ce phรฉnomรจne est bien plus grave et profond dans le catholicisme qui non seulement s’est รฉloignรฉ de la Bible mais aussi prรฉtend ร  la perfection theologique et doctrinale. Luther et les rรฉformateurs avec lui ont eu donc raison de prรชcher le retour aux ensegnements de la Bible qui est la Parole de Dieu. Amicalement

      Rรฉponse
      • Maxime N. Georgel

        Alain ne veut pas dire que leur dรฉlabrement vient du fait que leur thรฉologie soit fondรฉe sur la Parole. Il veut dire prรฉcisรฉment que bien qu’ils professent s’appuyer sur la Parole, beaucoup ne suivent en pratique pas la saine doctrine.

        Rรฉponse

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