Réflexion sur le baptême et la profession de foi
17 janvier 2020

Le baptême n’est pas administré sur la base de la foi selon certains baptistes.

Sur quoi basent-ils donc le baptême ? Sur quelque chose d’objectif et que l’être humain peut voir et constater (car c’est un être humain qui administre ensuite le baptême, or il faut bien qu’il ait pu voir la chose qui fonde sa décision de baptiser ou non). Ces baptistes fondent donc le baptême sur la présence d’une profession de foi.

Mais à quel titre refuseront-ils de baptiser un enfant ? Ils ne peuvent pas dire « l’absence de foi », puisque ce n’est pas cela qui fonde le baptême. Ils diront « l’absence de profession de foi ». Ce faisant, ils refusent à l’enfant le baptême pour le même motif qu’ils le refusent au païen : les deux ne professent pas. Mais la nature de leur non-profession est-elle la même ? Non. Dans un cas c’est une incapacité physique, dans l’autre une incapacité morale.

Qu’est-ce que cela signifie ? Tout le monde comprend intuitivement ce que sont ces incapacités dans d’autres situations. Par ex., lorsque l’on lit « Que celui qui ne travaille pas ne mange pas non plus » dans la lettre de Paul aux Thessaloniciens, personne n’aurait l’idée de priver de nourriture un nourrisson ou une personne en incapacité de travailler. Pourquoi ? Car nous comprenons intuitivement que ce n’est pas celui qui est en incapacité physique qui est repris dans ce passage mais celui qui est en incapacité morale, celui qui n’a pas une bonne volonté. Ainsi, ne pas baptiser un enfant parce qu’il ne professe pas, c’est vraiment dire « pas de bras, pas de chocolat » ! En effet, l’enfant ne professe pas non pas par incapacité morale mais par incapacité physique.

Mais est-ce que cela signifie que les réformés baptisent parce qu’ils pensent que l’enfant serait de bonne volonté s’il pouvait parler ? Pas du tout. Il est en effet possible qu’il le serait par la grâce de Dieu. Mais nous ne pensons pas que le baptême soit fondé sur la volonté de l’homme ni sur un acte qu’il aurait accompli (comme la profession). Ainsi, les paragraphes qui précèdent visent simplement à montrer que dire « l’enfant ne professe pas, il ne peut donc pas être baptisé » n’est pas une objection pertinente à la pratique de l’Eglise Réformée. Sur cette base, nous refuserions le baptême à tous les muets, les personnes en handicap mental, etc.

Que croient donc les réformés ? Nous croyons que tous les signes visibles d’une alliance que Dieu a conclu sont des signes qui visent à représenter de manière concrète une promesse de Dieu. L’arc-en-ciel, la circoncision, le baptême, la Cène, l’arbre de vie en Eden, etc. sont là pour illustrer de manière visible une parole, une promesse invisible. Par ex, l’arc-en-ciel dans les nuages signifie que Dieu ne détruira pas par la pluie et l’eau la terre, la Cène signifie que le corps de Christ est le pain de notre âme… le baptême que Dieu purifie celui qui est uni au Christ et greffé sur lui (voilà pourquoi la Bible parle de la réalité de l’union avec Christ, du pardon des péchés, etc. comme étant un « baptême en Christ »).

Cela signifie-t-il que le baptême doit être reçu avec foi ? Bien-sûr : puisqu’il s’agit d’une promesse visible de Dieu, nous devons la recevoir avec foi. Cela signifie-t-il que sans la foi il est invalide ? Bien-sûr que non, ce serait mettre la charrue avant les bœufs ! C’est parce que Dieu a promis que la promesse est valide, et non pas parce que nous ajoutons foi à cette promesse. Il en est de même des signes de cette promesse. Ainsi, les enfants en Israël était circoncis alors que la circoncision était le signe d’une promesse divine : « je circoncirai vos coeurs ». Cette promesse était valide même lorsque le coeur de l’enfant n’était pas encore circoncis. Par contre, les Israélites avaient le devoir d’y répondre avec foi : « Vous qui êtes circoncis de chair, soyez le de coeur ! ». Certains diront qu’il y a ici un parallèle forcé, mais nous n’avons pas besoin d’un quelconque parallèle pour fonder notre position. Les deux sont signes d’une promesse qui concerne la circoncision de notre coeur, les deux sont des signes visibles d’un phénomène invisible, ce n’est pas à nous mais aux baptistes de prouver que les choses fonctionnent autrement dans un cas que dans l’autre. Et il n’est pas besoin de citer les passages montrant que des convertis adultes se font baptiser : nous les baptisons aussi et les Juifs les circoncisaient aussi. Simplement, nous le faisons « avec leur famille ».

Maxime Georgel

Maxime est étudiant en médecine à Lille. Fondateur du blog Parlafoi.fr, il se passionne pour la théologie systématique, l'histoire du dogme et la philosophie réaliste. Vous entendrez souvent dans sa bouche "Thomas d'Aquin", "Jean Calvin" et "Vive la scolastique". Il affirme être marié à la meilleure épouse du monde. Ils vivent ensemble sur Lille avec leurs deux enfants et sont moniteurs de la méthode Billings.

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Le baptême ne peut être administré que par un pasteur ou quelqu’un qui en a une commission. Dès le seizième siècle, le baptême administré par celui qui n’a aucune vocation ni commission est considéré comme nul. Dans le contexte d’alors, cela signifiait que l’on acceptait les baptêmes faits par des prêtres catholiques, mais qu’on rejetait ceux qui étaient faits par des moines, des proposants [élèves pasteurs] ou simples particuliers. Détail amusant : la plupart des gens au début du dix-septième siècle arrivaient jusqu’à la vieillesse sans autre baptême que celui qui était fait par les sages-femmes, considéré comme nul, ce qui a posé un problème particulier au synode de la Rochelle 1607. Par ailleurs, il ne suffit pas d’être docteur: c’est bien le statut de pasteur qui permet d’administrer les sacrements, et celui-là seul.

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