La profession de foi est-elle la preuve de l’élection ?
10 mars 2020

Un site baptiste a posté aujourd’hui un épisode d’un podcast au cours duquel l’un des intervenant a formulé une critique de ce qu’il juge être une erreur dans la conception réformée de l’Église. J’ai alors commenté sur le site en réponse à l’épisode et profite de cet article pour reproduire ce commentaire et pour, dans un deuxième temps, offrir quelques réflexions sur la source de cette confusion.

Vous faites une remarque à la 29e minute qui souligne vraiment une incompréhension de la position pédobaptiste et je suis étonné de ne pas entendre Pascal la corriger.

La profession de foi n’est pas le signe certain de l’élection, cela ne fait aucun sens. En effet, lorsqu’on parle de « professants » on parle précisément de personne qui ont accompli un acte extérieur : professer la foi. Cet acte nous invite à un jugement de charité envers eux mais ne prouve en rien leur élection. Pensons simplement aux exemples bibliques, historiques et quotidiens de personnes ayant professé la foi avant de s’en détourner. Si la profession était signe d’élection, alors tous ces professants auraient été des élus qui se détourneraient de la foi ? Je sais bien que vous n’accepteriez pas cette conclusion, alors pourquoi formuler de tels arguments ?

S’il s’agit de dire par cela que la profession est l’élément visible que Dieu a donné à son Église comme critère pour décider de l’inclusion dans une Église locale, c’est tout autre chose et ce serait erroné de penser que l’inclusion à l’Église locale équivaut à l’élection (ou à un « moyen de contrôle de l’élection » pour reprendre l’expression utilisée), pour les raisons mentionnées plus haut. Si l’on croyait cela, on manquerait de prêcher aux membres de l’Église les avertissements bibliques en cas d’apostasie.

Ainsi, la profession est une réalité externe qui invite à juger avec charité la personne mais qui ne constitue en rien une preuve certaine du décret d’élection sur cette personne qui, par définition, est secret. Pour ce qui est de naître dans une maisonnée croyante, il s’agit aussi d’une réalité externe et nous pensons que cette réalité invite aussi à juger avec charité cet enfant, comme membre du peuple de Dieu et à lui attribuer, non pas tel décret divin d’élection, mais la réalité aussi externe d’un baptême physique et bien visible et externe.

L’intervenant baptiste reconnait toutefois que ce signe de profession n’est pas « certain » mais probable. Ainsi, il admet que la profession n’équivaut pas à l’élection (il faut donc nuancer le commentaire ci-dessus et préciser ma critique), pourquoi pense-t-il alors que les réformés verraient dans le fait de naître en maisonnée croyante une sorte de « moyen de contrôle » de l’élection ? Ce n’est pas le rôle de la profession, ce n’est pas non plus celui d’une telle naissance.

Mais allons plus loin. Il reconnait que certains professants ne sont pas élus. Pourtant, il reconnait aussi que la profession est le critère suffisant (pour peu qu’elle soit raisonnablement crédible) pour baptiser. Or, le baptême étant « un moyen concret par lequel Dieu nous fait parvenir sa grâce », il remplit bien la définition de ce que l’on appelle « l’administration » de l’alliance. Ainsi, comme tous les baptistes, il doit admettre qu’il baptise légitimement des personnes irrégénérées. Et il le fait parce qu’il dispose d’un critère externe (la profession) qui, selon lui, est ordonnée par Dieu comme critère pour reconnaître qui nous devons inclure dans l’Église. Dieu nous a donc donné un critère d’inclusion dans l’Église locale qui n’est pourtant pas un critère certain d’élection. Tout au plus un critère probable. Mais Dieu ne nous a jamais demandé d’évaluer la probabilité qu’une personne soit élue avant de l’inclure dans l’Église.

On aboutit à l’incohérence de l’argument baptiste que j’ai souligné plus d’une fois : on ne peut pas se baser sur une prétendue absence d’irrégénérés dans l’administration pour rejeter le pédobaptême puisque le baptisme lui-même administre (c’est-à-dire donne des moyens externes, quelle que soit la façon dont ils veulent l’appeler) à des irrégénérés.

>> Cet article peut vous intéresser : Substance et administration : une incohérence logique du baptisme

On peut avoir bien d’autres arguments contre le pédobaptême, mais celui-là est tout simplement mauvais car incohérent en lui-même en raison d’une confusion dans la relation entre le décret secret d’élection et l’inclusion bien visible dans une Église locale. Ces deux réalités ne sont tout simplement pas superposables et nous n’avons pas reçu comme mandat de chercher à les rendre les plus superposables possibles.

>>Cet article peut vous intéresser : Jérémie 31 nous dit-il qu’il n’y a plus d’irrégénérés dans la nouvelle alliance ?

Maintenant, il reste à clarifier ce que nous voulons vraiment dire et à balayer les caricatures de la position réformée. Réformés baptistes, ouvrez bien vos yeux. Nous ne baptisons pas un enfant de maisonnée croyante sur le fondement d’une présomption probable de son élection mais sur la promesse de Dieu qui constitue le vrai critère d’inclusion à l’Église visible. Est-ce que cela signifie que la profession n’est pas un critère ? Pas tout à fait et c’est pour cela que l’on peut clarifier les choses ainsi :

  1. L’unique critère pour faire partie du peuple visible de Dieu est que Dieu lui-même nous y ait appelé par une promesse.
  2. Il existe des conditions pour que cette promesse nous soit adressée.
  3. Ces conditions sont : (a) professer la foi ou (b) être membre d’une famille dont la tête professe la foi. Cela est ainsi car lorsqu’une personne professe la foi, il reçoit une promesse pour « lui et sa famille » et ce depuis Adam jusqu’à nous. Voilà pourquoi nous sommes tenus coupables du péché d’Adam, voilà pourquoi la famille de Noé était avec lui dans l’arche, voilà pourquoi Isaac fut circoncis, voilà pourquoi la descendance de David eut son trône, etc.

Dès lors, pourquoi accuser injustement les réformés de rendre confus la doctrine de l’élection ? Qui la rend confuse, celui qui la confond ou veut la rendre superposable avec des réalités visibles et administratives de l’alliance (quelle que soit la façon dont il les appelle) ou celui qui maintient une juste distinction (sans séparation) entre ce que les conditions externes d’inclusion à l’Église sont et le décret invisible de Dieu ?

Pour nous, l’Église visible contient des irrégénérés. C’est une réalité quotidienne. Ce n’est pas une erreur du plan de Dieu ni un défaut d’administration de la part des anciens, c’est la réalité de la nouvelle alliance : un peuple mixte, en attendant la parachèvement eschatologique de cette alliance où nous serons tous et pleinement régénérés, contemplant face à face Dieu lui-même.

Un tableau simple qui résume la distinction que nous faisons :

>> Pour plus d’info sur le pédobaptême, rendez vous sur cette page.

Maxime Georgel

Maxime est interne en médecine générale à Lille. Fondateur du site Parlafoi.fr, il se passionne pour la théologie systématique, l'histoire du dogme et la philosophie réaliste. Il affirme être marié à la meilleure épouse du monde. Ils vivent ensemble sur Lille avec leurs deux enfants et sont moniteurs de la méthode Billings.

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Le baptême ne peut être administré que par un pasteur ou quelqu’un qui en a une commission. Dès le seizième siècle, le baptême administré par celui qui n’a aucune vocation ni commission est considéré comme nul. Dans le contexte d’alors, cela signifiait que l’on acceptait les baptêmes faits par des prêtres catholiques, mais qu’on rejetait ceux qui étaient faits par des moines, des proposants [élèves pasteurs] ou simples particuliers. Détail amusant : la plupart des gens au début du dix-septième siècle arrivaient jusqu’à la vieillesse sans autre baptême que celui qui était fait par les sages-femmes, considéré comme nul, ce qui a posé un problème particulier au synode de la Rochelle 1607. Par ailleurs, il ne suffit pas d’être docteur: c’est bien le statut de pasteur qui permet d’administrer les sacrements, et celui-là seul.

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