Un regard sur l'art : célébrer la Réforme en musique
1 avril 2020

Tous ceux qui passent dans le 12e arrondissement de Paris ne peuvent manquer la place de la Bastille et son monument commémorant les Trois Glorieuses de la révolution de Juillet 1830. Les hommes ont tendance à vouloir immortaliser les événements frappants et cela n’est pas nouveau. Déjà dans l’Ancien Testament, on entend à plusieurs reprises parler d’élévation de stèles en souvenir de tel ou tel évènement. Dieu lui-même s’empare de cette pratique et institue des fêtes, cérémonies et témoignages physiques de son oeuvre parmi les hommes. Pensons à la verge d’Aaron dans le tabernacle, à la fête de la Pâque ou même à la Sainte-Cène.

La musique est aussi un moyen de célébrer, de marquer le souvenir d’évènements marquants. Et si la vie et l’oeuvre de Jésus-Christ fut célébrée bien des fois en musique – chaque dimanche en réalité –, la Réforme de son Église marqua aussi tellement les peuples chrétiens que, parmi les plus grands noms de la musique, nous retrouvons des compositeurs ayant écrit pour la célébrer.

Je vous propose de découvrir trois belles œuvres, dont une contemporaine, célébrant la Réforme et ses vérités.

Post Tenebras Lux – Jeff Lippencott

Cette célébration symphonique par Lippencott fut composée à la demande du ministère Ligonier de R.C. Sproul à l’occasion des 500 ans de la Réforme. Elle comporte trois mouvements que nous décrirons ci-dessus en adaptant la description que le ministère Ligonier propose sur son site en anglais.

Premier mouvement

Le continent européen a sombré dans les ténèbres après la chute de l’Empire romain au cinquième siècle. Le millénaire suivant a vu la société, l’Église et la civilisation sombrer dans une ère de corruption. Les mélodies monophoniques ou plain-chant ont défini la musique de cette époque, et l’organum – une mélodie monophonique avec une autre ligne chantée à une hauteur fixe, notamment une quinte ou une quinte parfaite – est devenu la principale tendance musicale à l’approche de la Renaissance.

Le morceau commence par un carillon d’église définissant la règle et le pouvoir de l’Église au Moyen Âge. La première mélodie est entendue au basson et au violoncelle. Elle porte la forme et le sentiment du plain-chant que l’on pouvait entendre dans un monastère à cette époque. La mélodie est ensuite transférée sur la flûte à bec d’époque, les bassons suivant à la manière d’un organum. Les carillons sont omniprésents, comme l’Église qui veille et a seigneurie sur tout. Le mouvement montre un peu d’espoir dans les bois, mais ils sont dépassés par la progression tourbillonnante des accords alors que l’Église descend dans les profondeurs de la corruption et du mal. La récapitulation de la mélodie et la cloche finale de l’église nous rappellent que l’obscurité continue de recouvrir la chrétienté.

Deuxième mouvement

Dès le début, la cloche de l’église est dominante comme elle l’était dans la culture de l’époque médiévale. Les cordes couvent, puis elles accélèrent et transfèrent la tension aux cuivres. On entend maintenant l’entrée de l’homme de Dieu, Martin Luther, représenté par le hautbois qui prend son tour dans le style de l’organum. La tension commence à s’accumuler dans la vie de Luther alors qu’il cherche dans les Écritures et se débat avec les défis qu’elles posent à ses croyances. Les cuivres ponctuent ses proclamations contre l’Église catholique romaine et ses pratiques, tandis que les carillons entrent à nouveau comme la voix de l’Église s’opposant à ses Quatre-vingt-quinze thèses. À la Diète de Worms (une cacophonie de cuivres et de carillons en forme de chœur), le hautbois de Luther répond à l’accusation d’hérésie de Rome par la vérité de l’Évangile et par son objection de conscience finale. Le mouvement se termine par une riche résolution de cordes – la vérité est apparue au grand jour. Grâce à Martin Luther, l’Évangile de la grâce de Dieu par le Christ seul sera proclamé au monde entier. Cette section se termine par un dernier accord qui passe d’un sentiment mineur à un accord majeur en prévision de ce qui va suivre.

Troisième mouvement

Le premier énoncé mélodique est un clin d’œil dérivé du cantique le plus célèbre de Luther, “C’est un rempart que notre Dieu” (Ein feste Burg ist unser Gott), que nous retrouverons dans les deux autres compositions présentées dans cet article. Cette mélodie forme la majeure partie de ce qui est le troisième mouvement. Dans sa déclaration héroïque, nous avons préparé le terrain pour que les feux de la Réforme s’allument. L’Évangile commence à se répandre à nouveau et le hautbois de Luther revient, mais il chante maintenant de concert avec les voix de Calvin (flûte) et de Zwingli (clarinette). De là, les cordes portent le contenu thématique de la bonne nouvelle à travers les campagnes et les villages d’Europe, tandis que les cuivres l’emmènent au bout du monde. Enfin, en passant à un tempo de mi-temps, le thème porte à la fois la douceur et la puissance de l’Évangile de la grâce, sans oublier l’obscurité dont il est issu. La mélodie revient à un niveau bas, puis remonte jusqu’au point culminant du thème dans la mi-temps. L’effet de Luther sur l’Église et son engagement envers la Parole de Dieu seront gravés dans les annales de l’histoire. L’Évangile de Jésus-Christ est victorieux. Son règne est éternel.

Symphonie n° 5 “Réformation” – Félix Mendelssohn

Cette symphonie est en quatre mouvements, un premier Andante – Allegro con fuoco, un deuxième Allegro vivace, un troisième Andante et un dernier qui reprend l’hymne de Luther “C’est un rempart que notre Dieu” (Ein feste Burg ist unser Gott), que nous mentionnions plus haut. Elle fut composée à l’occasion du tricentenaire de la confession d’Ausbourg, première confession de la Réforme magistérielle.

Le premier et le dernier mouvements sont les plus longs. L’influence de Beethoven est certaine et son aura en matière de symphonie empêcha certainement celle-ci d’être justement appréciée par les contemporains de Mendelssohn.

Cantate BVW 80 : Ein feste Burg ist unser Gott – Jean-Sébastien Bach

Cette cantate fut composée pour la célébration annuelle de la Réforme, à Leipzig en 1724. La cantate est écrite pour deux hautbois, deux violons, alto, violoncelle, contrebasse, timbales, basso continuo, quatre solistes et un chœur à quatre voix.

Elle a huit mouvements, dont quatre reprennent le choral de Luther. Contrairement aux deux œuvres ci-dessus, celle-ci commence directement par la reprise du choral luthérien. Bach y exprime la Réforme, dans sa fermeté face à l’adversité et son triomphe final.

C’est un rempart que notre Dieu

Cet article se veut une invitation, par la redécouverte ou la découverte de ces oeuvres, à recouvrer la beauté et la pertinence de l’art dans la vie de l’Église. Je vous laisse à l’écoute de ces oeuvres et avec une traduction en français des paroles du choral luthérien qui inspira ces 3 oeuvres.

I. C’est un rempart que notre Dieu,
Une invincible armure,
Notre délivrance en tout lieu,
Notre défense sûre.
L’ennemi contre nous
Redouble de courroux,
Vaine colère !
Que pourrait l’adversaire ?
L’Éternel détourne ses coups.

II. Seuls, nous bronchons à chaque pas,
Notre force est faiblesse ;
Mais un héros dans les combats,
Pour nous lutte sans cesse.
Quel est ce défenseur ?
C’est toi, divin sauveur !
Dieu des armées, tes tribus opprimées
Connaissent leur libérateur.

III. Que les démons forgent des fers
Pour accabler l’Église ;
Ta Sion brave les enfers,
Sur le rocher assise.
Constant dans son effort,
En vain avec la mort Satan conspire ;
Pour saper son empire,
Il suffit d’un mot du Dieu fort.

IV. Dis-le, ce mot victorieux,
Dans toutes nos détresses ;
Répands sur nous du haut des cieux
Tes divines largesses.
Qu’on nous ôte nos biens,
Qu’on serre nos liens,
Que nous importe !
Ta grâce est plus forte
Et ton royaume est pour les tiens.

Maxime Georgel

Maxime est étudiant en médecine à l'Université Catholique de Lille. Fondateur du blog Parlafoi.fr, il se passionne pour la théologie systématique, l'histoire du dogme et la philosophie réaliste. Vous entendrez souvent dans sa bouche "Thomas D'Aquin", "Jean Calvin" et "Vive la scolastique". Il affirme être marié à la meilleure épouse du monde. Ils vivent ensemble sur Lille avec leur petit Thomas.

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